CHAPITRE SECOND
LES PHÉN0MÈI>Œ:S chimiques dans la PLANll!:
Les éléments nutrititifs des plantes (1). Substance aèctae i rapport de «on poids au poids Tif. — Si Ton évapore
entre 100 et 110 degrés l'eau qui imbibe toute partie de plante vivante^ jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de perte de poids, il reste une matière sèche ordinairement friable et facile à pulvériser. Dans les graines mûres, le poids de cette substance sèche atteint environ les 8/9 du poids de l'organe vivant» mais dans les plantules issues de germination, après consommation totale des matériaux de réserve, il descend au-dessous de 1/10 du poids vif. Dans le cours ultérieur de la végétation il s'élève ordinairement à 1/5 et jusqu'à 1/3, mais dans les plantes aquatiques submergées et dans certains Champignons il est le plus souvent moindre de 1/10 et n'atteint même quelquefois que 1/20 du poids vif. Ces valeurs, que nous ne faisons que citer ici, varient d'ailleurs dans des limites fort étendues, suivant la nature et l'âge de la plante et de ses divers organes.
Cendres. — Si maintenant l'on calcine en présence de l'oxygène la substance sèche de la plante, la partie de beaucoup la plus grande de cette substance brûle en dégageant principalement, comme produits de combustion, de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau. Ce qui reste après cette nouvelle opération est une blanche et fine poussière, qu'on appelle les cendres. Les cendres ne représentent ordinairement que quelques centièmes de la substance sèche; mais le rapport des deux poids dépend à la fois de la nature spécifique de
(1) Les chapitres V et VI de mon Manael de physiologie expérimentale suffiront pour guider le commençant au milieu des nombreux travaux que la science possède sur ce sujet. L'ouvrage de Théodore de Sadssure : Recherches chimiques sur la végétation, Paris, 1804, est encore précieux aujourd'hui et indispensable à tous ceux qui veulent se faire un jugement indépendant. — On trouvera une exposition détaillée de Tétude de la nutrition végétale dans Meyer : Lelirbuch der Agriculturchemie, 1870-1871 . — On doit à M. Boussingault des recherches fondai mentales sur un grand nombre de points importants ; Bocssiugadlt : Agronomie, Chimie agricole et Physiologie, 4 vol.^ 1860-1868. ~~ Citons encore comme travaux de grande valeur E. WoLFF : Aschenanalyse von landwirthschaftlich. Prod. etc. Berlin, 1871, et Vegetationsvei*suche in wasserigen Losungen ihrer Nährstoffe (Hohenheimer Jubiläumsschrift» 1862).
[A ces ouvrages il faut joindre J. Raulin : Études chimiques sur la végétation (Ann. des se. nat., 5« série. XI. 1870). {Trad).]
la plante, de la nalure et de l'âge de ses divers organes, et il est soumis k de grandes variations.
Analyse élémeatalre de la sabstance seefie et de« eendrea. — Ceci posé^
l'analyse chimique de la partie combustible de la matière sèche montre que chez toutes les plantes elle se compose de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, d'azote et de .soufre. Mais ce dernier corps demeure dans les cendres, après la combustion, sous forme d'acide sulfurique, combiné aux diverses bases qu'elles contiennent.
De leur côté les cendres renferment, sans aucune exception, les cinq corps suivants : potassium, calcium , magnésium, fer, phosphore ; habituellement aussi les cinq suivants : sodium, lithium?^ manganèse, siliciuni, chlore. ËnQn les plantes marines contiennent en outre de l'iode et du brome.
A ces éléments constitutifs, dans des cas assez rares et dans des circonstances particulières, on trouve mélangés en très-pelile quantité les corps simples suivants : aluminium, cuivre, zinc, cobalt, nickel, strontium et baryum.
EnOn la présence de très-petites quantités de fluor dans les plantes peut se conclure de l'accumulation de fluorure de calcium dans le corps des animaux qui tous, directement ou indirectement, se nourrissent de plantes.
Éléments nutritif« des plantei. — Ceci posé, il va de soi qu'il ne faut considérer comme substances nutritives élémentaires que celles qui sont absolument nécessaires aux phénomènes de nutrition de la plante. Les autres substances dont l'analyse démontre, il est vrai, l'existence dans les végétaux, mais qui peuvent tout aussi bien y manquer sans que leur nutrition soit supprimée, ne sont que des mélanges accidentels.
Parmi les principes nutritifs indispensables, il faut citer en première ligne les éléments de la substance combustible, qui se présentent dans toutes les plantes sans exception, c'est-à-dire le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, l'azote et le soufre. Ces éléments appartiennent en effet à la formule chimique de la cellulose et à celle des substances albuminoïdes qui composent le protoplasma; sans eux l'existence même de la cellule végétale ne pourrait être imaginée.
Le potassium, le calcium, le magnésium, le fer et le phosphore sont au^i des éléments indispensables à la nutrition des plantes. C'est ce qui résulte d'abord de leur présence tout à fait générale dans les plantes, et surtout de l'ensemble des recherches expérimentales sur la végétation; la nutrition et l'accroissement de toutes les plantes étudiées jusqu'ici à ce point de vue se sont montrés en effet impossibles ou anormales, toutes les fois qu'un seul de ces éléments a manqué dans le mélange nutritif.
Quant au sodium, au manganèse, au silicium, cette démonstration n'a pas été donnée jusqu'ici; il semble plutôt que leur présence n'est pas indispensable aux phénomènes chimiques de la nutrition. La nécessité du chlore poar la nutrition complète du Polygonum Fagopyrum a été établie par les recherches de M. Nobbe (1). On ignore encore si l'iode et le brome ont, dans les plantes marines où on les rencontre, la valeur de véritables éléments nutritifs.
(1) LandwirthschafUiclie Versuchsstationen, VII, 18Gâ.