CAUSES DIVERSES DE L'ACCROISSEMENT
gonflement de ce grain ou de cette cellule et être alors réversible^ de même tout accroissement d'une cellule n'est pas nécessairement lié à une augmentation de volume et de masse, puisque certaines parties de la cellule peuvent se rapetisser pour fournir les matériaux à l'agrandissement des autres parties. La cellule, considérée comme un ensemble, ne change alors que sa forme, et si le changement de forme est provoqué par un phénomène organisateur interne^ on devra le considérer comme une sorte d'accroissement. Au contraire, il est nécessaire d'exclure de la définition de l'accroissement ces changements de forme et de volume des cellules qui n'interviennent qu'accidentellement et sont totalement réversibles, comme c'est le cas, par exemple, pour les organes moteurs des feuilles irritables et périodiquement mobiles.
Aecroissemeiit et Hutrltlom tout deux pbénomèBes dlBÜBct« et Indépendante. — C'est une erreur très-généralement répandue parmi les commençants et parmi les observateurs qui ne sont pas physiologistes, que de confondre les termes accroissement et nutrition, ou de regarder ces deux expressions comme identiques.
A la vérité, il est certain que tout accroissement esi nécessairement lié à l'apport de substances plastiques ou de principes nutritifs au point qui s'accroît; seulemen tces substances nutritives sont ordinairement puisées dans des parties âgées, où elles étaient restées jusqu'alors inactives. Composé ainsi de parties qui s'accroissent et de parties qui s'épuisent, l'ensemble de la plante (par exemple un bulbe suspendu dans l'air et se développant) n'a nullement besoin d'être nourri du dehors. L'accroissement de certaines parties ne prouve donc , en aucune façon, que l'ensemble se nourrisse actuellement. Inversement, la nutrition aux dépens du milieu extérieur n'est nullement liée à un accroissement actuel ; précisément les organes propres de la nutrition, c'est-à-dire les feuilles arrivées à développement complet, ne s'accroissent pas, tandis qu'elles sont le siège incessant des phénomènes nutritifs.
Les deux phénomènes d'accroissement et de nutrition peuvent donc coïncider dans l'espace et dans le temps, c'est-à-dire s'accomplir à la fois dans la môme cellule; mais ils peuvent aussi être séparés dans l'espace et dans le temps, et c'est môme là le cas ordinaire, comme nous l'avons suffisamment établi au § 5.
Ganses diverses de l'accroissement.
Cantcs evtemes on pbysiqnes de 1 aceroüieenient. Conditions nécessairee et ir^nérales i condition» aeeessoires et eceidentellef. — Comme ractivité
vitale en général, l'accroissement n'a lieu que lorsque certaines circonstances extérieures se trouvent réunies autour du corps organisé. Ces conditions générales, nécessaires à tout accroissement, sont : i"" des aliments assimilés; 2"" de l'eau; S'' l'oxygène de l'air; 4'' une température suffisamment élevée. Ces conditions réunies, les cellules isolées ou associées en tissus massifs peuvent s'accroître, à supposer cependant que, dans leur état actuel d'organisation, elles
9iO MËCANISME DE L'ACCROISSEMENT. [§ 1^.
soient capables d'accroissement ou du moins renferment des parties capables d'accroissement. Mais outre ces circonstances generales« il y a, comme nous l'aTons TU dans le précédent chapitre, d'autres causes encore qui peuvent, sinon provoquer ou empêcher l'accroissement, du moins l'accélérer oa le ralentir, ou enfin le modifier de quelque façon : telles sont la lumière, la pesanteur, la pression et la traction. Les premières sont les conditions primordiales et nécessaires, les autres les conditions accessoires et secondaires de l'accrois^ sèment. A quoi il faut ajouter que les premières sont générales et indispensables, à toute espèce d'accroissement, tandis que les secondes n'interviennent que dans certains cas et exercent leur action modificatrice d'une façon tr^ différente, soit sur les diverses parties d'une même plante, soit sur les parties analogues de plantes différentes.
Qu'elles soient nécessaires et générales, ou accessoires et accidentelles, les conditions que nous venons de signaler puisent toujours leur origine dans le monde extérieur ; c'est du dehors qu'elles sont offertes à la plante, ou qu'elles lui sont retirées. Nous pouvons donc les désigner toutes ensemble comme étant les conditions, ou causes extérieures de l'accroissement, par opposition aux conditions, ou causes internes de l'accroissement, qui résident dans l'organisation elle-même.
»!«••• •« kéréditaiMs. — L'existence de ces dernières se manifeste avec la plus claire évidence, si l'on réfléchit que toute plante, ou partie de plante, n'est capable de s'accrollre que pendant un certain temps. Une fois ce temps écoulé, le temps de la jeunesse et du développement, elle cesse de s'accroître, quoique les conditions d'accroissement continuent de se trouver réunies autour d'elle. On voit donc que, par le fait même de l'accroissement, Vorganisation interne subit des modifications progressives qui rendent finalement impossible la continuation de ce même phénomène.
Mais, même dans les organes jeunes et encore en voie d'accroissement, il est facile de reconnaître une certaine indépendance entre la qualité de leur accroissement et les conditions extérieures. Une feuille de Chêne, par exemple, croit, une fois pour toutes, autrement qu'une feuille d'Orme ; un fruit de Chêne, autrement qu'une racine de Chêne. La diversité de ces phénomènes d'accroissement se révèle immédiatement dans la différence de forme et de qualité des organes, et aucune combinaison de causes extérieures n'est capable, en transformant son accroissement, de donner à une racine la forme d'une feuille, ni à une feuille de Chêne la forme d'une feuille d'Orme. Il existe donc certaines conditions internes de l'accroissement qui n'agissent pas, comme l'âge ou comme les conditions extérieures nécessaires» pour le provoquer ou pour l'empêcher, ni même, comme les conditions extérieures accessoires, pour l'accélérer ou le ralentir, mais qui déterminent comment il doit s'accomplir et quelle organisation spécifiquement déterminée il doit finalement atteindre.
Ces conditions internes dépendent exclusivement du père ou de la mère dont est issu l'individu végétal considéré, en d'autres termes, de l'espèce et de la variété à laquelle il appartient. C'est l'origine de la plante, et cette origine seule, qui décide de la qualité spécifique de son accroissement; toutes les autres con-