ETATS DE MOBILITÉ ET DE RIGIDITÉ DES ORGANES MOTEURS
long à une basse température, supérieure toutefois àO®, ou à une température élevée, mais inférieure à 50® ; 2® dans les feuilles végétatives exposées à l'obscurité pendant deux jours au plus, ou à une ombre épaisse pendant un temps plus long ; 3® dans les feuilles sensibles par ui^ manque d'eau, assez faible cependant pour ne pas les flétrir ; 4® dans tous les organes sensibles, par une exposition dans le vide, ou dans une atmosphère privée d'oxygène, ou dans de Tair fortement chargé soit d'acide carbonique, soit de certaines vapeurs, notamment de vapeurs de chloroforme. Dans tous ces cas, la mort arrive si Faction dure trop longtemps, ou si elle dépasse un certain degré.
Exemples. — Le lecteur trouvera dans mon Mémoire cité plus haut des indications plus détaillées sur ce sujet. Je me borne à y emprunter les quelques exemples suivants :
Wtîgî&ité traBsitoire eaïuée l"" par le frotd. — Il sufût que la température ambiante descende pendant quelques heures au-dessous de 15** pour que, toutes les autres conditions étant d'ailleurs favorables, les organes mobiles du Mimosa pudica entrent en état de rigidité transitoire. Plus la température s'abaisse au-dessous de ce point, plus la rigidité s'introduit rapidement. C'est d'abord la sensibilité par l'ébranlement et le toucher qui disparait, puis la sensibilité par la lumière, enfin le mouvement périodique spontané s'évanouit en dernier lieu. D'après M. Kabsch, il suffit que la température s'abaisse au-dessous de 22®, pour que les folioles latérales de YHedysarum gyrans deviennent immobiles et rigides.
2® Par la ehalevr. — Une heure de séjour dans de l'air humide à 40^, une demi-heure à 45®, quelques minutes seulement à 49®-50® suffisent à faire entrer en rigidité transitoire les feuilles des Mimosa, La sensibilité reparaît au bout de quelques heures, si la plante est soumise de nouveau à une température favorable. Quand les feuilles de Mimosa sont placées dans l'eau, leur rigidité par le froid arrive déjà au bout d'un quart d'heure à 16M7®, et leur rigidité par la chaleur se produit déjà en un quart d'heure à 36M0® (1). Pendant cette rigidité transitoire, et cela aussi bien dans l'air que dans Teau, les folioles se ferment, comme après une excitation; mais leurs pétioles communs se dirigent vers le ciel, taudis qu'après l'excitation ils s'abaissent vers la terre.
3® Par robfeurité* — Place-t-on dans l'obscurité des plantes à feuilles végétatives périodiquement mobiles et sensibles à la lumière ou à l'ébranlement, comme les Mimosa^ Acacia^ Tnfolium^ Phaseolus^ OxaUs, les mouvements périodiques spontanés, débarrassés ainsi des changements de position déterminés par la lumière, apparaissent avec une netteté d'autant plus grande, et la sensibilité au choc y demeure aussi inaltérée au début. Seulement, quand l'obscurité a agi pendant un ou quelques jours, cette sensibilité disparaît complètement, et il s'établit dans la feuille un état de rigidité causé par
(1) Plongé dans l'eau à 19« — 21*,5> le Mimosa conserve pendant dix-huit heures et plus sa sensibilité pour le choc et pour la lumière. — Les observations de M. Bert (Rechercbos sur les mouvements de la Sensitive, Paris, 1867> p. 10}, d'après lesquelles les Mimosa demeurent sensibles Jusqu'à 56* et même Jusqu'à 62« sont trop peu précises et, d'après tout ce que nous savons sur la limite supérieure des températures de végétation, les résultats en sont tout simplement incroyables.
l'absence de lumière. Éclairée de nouveau, la plante ainsi devenue rigide, reprend, après quelques heures ou parfois seulement après quelques jours, sa mobilité première.
Pour amener cette rigidité, il n'est cependant pas du tout nécessaire d'avoir recours à une très-profonde obscurité. Il suffit, en effet, pour la provoquer, qu'une plante très-avide de lumière, comme sont les Mimosa, demeure exposée pendant quelques jours à un éclairage insuffisant, par exemple à la lumière qui règne dans une chambre ordinaire à distance des fenêtres.
Par opposition à l'état de rigidité causé par l'absence de lumière, j'ai appelé état phototonique l'état de mobilité où se trouve la plante exposée à Tacüoe prolongée de la lumière. Diaprés ce que nous venons de dire, une plante en état pholotonique, placée à l'obscurité, conserve pendant quelque temps (plusieurs heures ou môme quelques jours durant) cet état, qui disparaît ensuite peu à peu ; et même, dans les conditions ordinaires de la végétation, la plante se trouve pendant la nuit en état phototonique. Par contre, une plante amenée à l'état rigide par un séjour prolongé à l'obscurité et placée ensuite à la lumière conserve sa rigidité pendant quelque temps (des heures ou même des jours durant). Les deux états opposés ne se transforment donc qu'avec lenteur l'un dans l'autre.
Pour l'obscurité, comme pour la chaleur et le froid, quand le Mimosa entre en rigidité, c'est d'abord sa sensibilité pour le choc qui disparaît, puis ensuite son mouvement périodique spontané. Placée à la lumière, la plante reprend •d'abord son mouvement spontané, et plus tard seulement sa sensibilité.
La position qu'affectent les diverses parties des feuilles des Mimosa pendant leur rigidité diffère de la position nocturne qu'elles prennent dans l'état phototonique, mais elle diffère aussi de celle de la rigidité calorifique. Dans les Mimosa devenues rigides à l'obscurité, les folioles sont, en effet, totalement ouvertes, les pétioles secondaires abaissés, les pétioles primaires presque horizontaux.
Les variations de l'intensité lumineuse n'excitentde mouvements que dans les plantes saines et en état phototonique. Les plantes devenues rigides à Tobscarilé se montrent insensibles à la lumière, jusqu'à ce que par un séjour prolongé «lies y aient repris l'état phototonique qui leur permet ensuite d'être sensibles aux variations de son intensité. J'ai pu m'en convaincre notamment en étu- <liant un plant A' Acacia lophantha. Il avait séjourné cinq jours à Tobscurité où, depuis quarante-huit heures, il avait perdu jusqu'aux dernières traces de son mouvement spontané. Transporté devant la fenêtre, au bout de deux heures et par un ciel couvert, il abaissa fortement ses folioles, après quoi ses pétioles secondaires eux-mêmes changèrent un peu de position. Mais, dans cet état, la plante était cependant encore rigide; car, placée vers midi à l'obscurité à côté d'une plante de même espèce en état phototonique, elle ne changea pas la position de ses feuilles et ses folioles demeurèrent ouvertes, tandis qu'au bout d'une heure l'autre plante avait pris sa position nocturne et fermé ses folioles. Replacées ensuite toutes deux devant la fenêtre, la première maintint ses feuilles en place, la seconde les ouvrit en une heure par un ciel couvert. Le soir du même jour, les six feuilles inférieures étaient encore rigides et ouvertes, mais