INFLUENCE DE L'ORIGINE DES CELLULES SEXUÉES. 10Ö
luence cette plus ou moins proche parenté d'origine des cellules mâles et Helles peut exercer sur le résultat de la fécondation. Dans Tétat actuel de science, on ne peut, il est vrai, formuler sous ce rapport aucune loi générale, ais la très-grande majorité des faits atteste que la réunion sexuelle des cellules Tuées trop proches parentes est préjudiciable à la conservation des plantes et cela 'autant plus, en général, que la difféi^enciation morphologique et sexuelle y est plus tancée. C'est seulement dans quelques plantes inférieures, que les cellules bnt la réunion produit Toospore sont des* cellules sœurs; il en est ainsi par temple dans \es Rht/nchonema parmi les Conjuguées. Mais déjà, dans la plupart 'es autres Algues et des Champignons, les cellules sexuées de la plante sont e parenté plus éloignée {Spirogyra, Œdogonium, Fucus platycarpus, etc.); et •artout où la fécondation est amenée par des anthérozoïdes mobiles ou passiement entraînés, il est tout au moins possible que ces anthérozoïdes aillent 'unir à des oosphères de famille encore plus éloignée. Ainsi déjà chez les Vau- 'hertüy où Tanlhéridie est cependant une cellule sœur de l'oogone,. la courbure f|u'elle présente et la direction où elle émet ses anthérozoïdes attestent que ja fécondation n'a pas lieu ordinairement entré les deux organes situés côte à :2Ôte, mais bien entre des organes éloignés sur la même plante ou même appartenant à des plantes dilférentes.
Disposition« qui tendent à ne permettre la fécondation» dans une espèce idonnée» qu'entre des cellules sexuées de parenté aussi éloignée que pos-
stille. — En général, il existe une tendance à ne permettre la fécondation, ; dans une espèce donnée, qu'entre des cellules sexuées d'origine aussi différente que possible. Cette tendance se manifeste par les dispositions les plus variées.
I niœcie. — La plus simple de toutes, c'est quand un exemplaire sexué de la plante ne produit que des organes mâles ou que des organes femelles; entre , les deux cellules sexuées qui vont se réunir's'étend alors toute la série du développement des deux plantes considérées, si elles sont issues de la même plante mère, et une bien plus longue série si les plantes considérées descendent elles-mêmes de parents différents. Cette séparation des sexes, que nous appelons en général la répartition dioîque, la diœcie, se trouve répandue dans toutes les classes et dans tous les ordres du règne végétal, et cette diffusion même est la preuve que cette disposition est nécessaire à la conservation des espèces les plus différentes. Ainsi, nous rencontrons la diœcie chez beaucoup d'Algues, par exemple dans la plupart des Fucacées, chez certaines Saprolégniées, certaines Characées (Nitella syncarpa, etc.), un grand nombre de Muscinées, dans le prolhalle de certaines Fougères {Osmunda regalis) et de la plupart des Prêles, enfin chez beaucoup de Gymnospermes et d'Angiospermes.
Monœcie. — Si le corps de la plante qui produit les organes sexués est en lui-même déjà grand et richement différencié, il suffira que les organes mâles se développent sur d'autres branches que les femelles, pour qu'il en résulte entre les deux espèces de cellules sexuées une parenté déjà fort éloignée. Cette disposition^ que l'on appelle communément la monœcie, est aussi très-répandue dans le règne végétal (certaines Algues, beaucoup de
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Muscinées, un très-grand nombre de Gymnospermes et d'Angiospermes) (l).
Fécondation crolaêe «mns les plrnnten licnnapliroditM. — Toutefois
on rencontre aussi très- fréquemment dans le règne dégelai une autre disposition, en apparence défavorable au but exprimé plus baut; c'est celle OUI les organes sexués naissent côte à côte au même endroit de la plante et oui les cellules sexuées sont par conséquent procbes parentes, quoique cette parenté ne soit pas toujours la plus proche possible. Ainsi le môme filament cellulaire dHŒdogonium produit des cellules mâles et des cellules femelles, le même tube de Vaucheria forme côle à côte des antbéridies et des oogones, le même conceptacle.de Fucus platycarpus produit des oosphères et des anthérozoïdes, l'oogemme de la plupart des Gharacées natt sur la même feuille tout à côté de Tanthéridie, les archégones et les antbéridies de certaiqes Mousses [Bryum) sont réunis dans des fleurs hermaphrodites, les prothalles de beaucoup de Fougères produisent côte à côte les deux organes sexués, enûn dans les fleurs des Angiospermes l'hermaphrodisme est une disposition typique et trèsgénérale.
Seulement, dans tous ces cas^ où il semble au premier abord que l'on ait cherché à favoriser la réunion de cellules sexuelles de proche parenté, il exisle en même temps des dispositions qui empêchent les cellules mâles d'entrer en rapport avec les cellules femelles produites dans leur voisinage immédiat, ou du moins les précautions sont prises pour que leur rencontre ne puisse avoir lieu toujours. Ce fait important, d'abord constaté par Kolreuter en 1761 et par Conrad Sprengel en 1793, a été étudié et généralisé dans ces derniers temps par MM. Darwin, Hildebrand et d'autres observateurs (2). C'est précisément dans les fleurs hermaphrodites et dans la répartition analogue des sexes chez les Cryptogames, que l'on voit de la manière la plus frappante combien la combinaison de cellules sexuelles proches parentes' doit être préjudiciable à la conservation de la plupart des plantes ; car les moyens les plus divers et souvent les plus étonnants y sont employés pour empêcher la fécondation de s'opérer entre les deux éléments du système hermaphrodite.
Bicboiriiniie. — L'un de ces moyens les plus ordinaires et les plus simples est la dichogamie, c'est-à-dire le développement non simultané des deux organes sexués dans un seul et même appareil sexué hermaphrodite. Il en résulte que les cellules sexuelles produites côte à côte et proches parentes arrivent à maturité à des époques différentes et ne peuvent par conséquent pas se combiner ensemble; la cellule mâle d'un appareil doit donc s'unir à la cellule femelle d'un autre
(1) La répartition des sexes que l'on désigne sous le nom de polygamie doit aussi être citée parmi les dispositions qui empêchent la continuelle autofécondation d'une fleur ou d'an individu.
(2) Conrad Sprengel (Das neu entdeckte Geheimniss der Natur im Bau und in der Befruclh tung der Blumen. Berlin, 1703, p. 43} a exprimé le premier cette idée féconde: « Puisqu'un très-grand nombre de fleurs à sexes séparés et probablement un nombre tout aussi grand de fleurs hermaphrodites sont dicliogames, il semble que la Nature n'ait pas voulu que Jamais une fleur soit fécondée par son propre pollen. » — De son côté, M. Darwin (On the varions contrivances by which Orchids are fertilised, p. 359) s'exprime ainsi : n La nature nous dit de la manière la plus évidente qu'elle a horreur d'une perpétuelle autofécondation * et plus loin : <r Aucun hermaphrodite ne se féconde lui-même perpétuellement. »