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INFLUENCE DE L'ORIGINE DES CELLULES SEXUÉES

appareil hermaphrodite. Il en est très-ordinairement ainsi, non-seulement danb les fleurs hermaphrodites des Angiospermes, mais encore dans la plupart des prothalles de Fougères et dans les Gharacées non dioïques, où l'oogemme se trouve en effet naître tout à côté de Tanthéridie, mais ne parvient à maturité que bien après l'émission des anthérozoïdes ; la chose est très-frappante dans le Nitella flextlisy par exemple. Dans les fleurs dichogames des Phanérogames, ce sont les insectes qui sont employés à transporter le pollen d'une fleur sur le stigmate d'une autre fleur ; à cet efiet, les diverses parties de la fleur réalisent des dispositions toutes particulières que nous étudierons de plus près dans la suite. Dans les Nitella et dans les prothalles de Fougères également dichogames, c'est le mouvement propre dont ils jouissent qui permet aux anthérozoïdes de parvenir facilement aux archégones des prothalles voisins, ou aux oogemmes d'autres feuilles ou même d'autres plantes de même espèce. On ignore encore s'il y a dichogamie dans les Algues et les Muscinées citées plus haut; toujours est-il que, grâce à leur mobilité, leurs anthérozoïdes ont la possibilité de se transporter sur les oosphères d'autres plantes ou de rameaux différents de la même plante.

Pollinisation par les inieetês. — Mais oulre la dichogamie, qui y est trèsfréquente, les Angiospermes présentent souvent des dispositions toutes différentes^ qui visent exclusivement ce but, de permettre aux insectes de transporter le pollen d'une fleur hermaphrodite sur le stigmate d'une autre fleur hermaphrodite soit de la même plante, soit même souvent de plantes diffé* rentes. Dans la plupart des Orchidées, Asclépiadées, Viola^ etc., en effet, les organes sexuels de la fleur se développent simultanément, et il n'y a par conséquent pas dichogamie. Mais au temps de la maturité sexuelle^ il se manifeste dßs dispositions mécaniques qui empêchent que le pollen de la fleur puisse parvenir sur le stigmate de cette fleur, et qui nécessitent son transport par les insectes sur le stigmate d'autres fleurs; nous reviendrons bientôt sur ce point.

Inactivité du pollen sur le stigmate de la même fleur. — Dans d'autres

cas, comme dans le Corydalis cava (étudié par H. Hildebrand), le pollen tombe bien sur le stigmate de la même fleur , mais il y demeure sans action. Il n'exerce son influence fécondante que s'il est amené sur le stigmate d'une autre fleur, et même la fécondation n'est complète que s'il -est transporté sur les fleurs d'une autre plante de même espèce. Le Corydalis cava n'est donc hermaphrodite qu'au point de vue morphologique ; physiologiquement, c'està-dire sous le rapport de la fonction des cellules sexuées, il est au contraire dioïque. D'après M. John Scott, VOncidium microchilum se comporte de la même manière, car son pollen transporté sur le stigmate de la même fleur y demeure inactif, tandis qu'il a le pouvoir de féconder un autre individu, et que le stigmate de son côté peut être fécondé par un pollen étranger (1).

Le pollen et le stigmate de la même fleur sont donc, dans ce cas, sans fonction l'un vis-à-vis de l'autre^ mais chacun d'eux peut se combiner à l'organe complémentaire d'une fleur étrangère. Des observations analogues ont été

(1) D'après M. Fritz Müller (Botanische Zeitaiig, 1868), les masses polliniques et les stigmates de divers Oncidium agissent môme Tun sur l'autre à la façon d'an poison et se tuent.

faites par M. Gaerlner sur le Lobelia fulgens et le Vei^bascum nîgrum, et par M. Fritz Müller sur les Bignonia (1).

Hétérostylie. — Un autre phénomène non moins remarquable et qui amène également une fécondation croisée entre des plantes différentes de la même espèce, bien que les fleurs y soient hermaphrodites, c'est Vhétéi'ostylie,

Dans ce cas, la même espèce présente, sous le rapport de la disposition relative des organes sexués, des individus de deux sortes : les uns forment exclusivement (}es fleurs pourvues d'un long style et de courts filets staminaux, c'est-à-dire d'un stigmate haut placé et d'anthères surbaissées ; les autres, au contraire, ne portent que des fleurs à style court et à longs filets, c'est-à-dire à stigmates surbaissés et à anthères surélevées. A l'intérieur de la même espèce, on trouve donc alors des exemplaires à fleurs macrostyles et d'autres à fleurs microslyles. Il en est ainsi, par exemple, dans les Linum perenne, Primula sinensis et autres Primulacées. Mais il peut arriver aussi, comme chez un grand nombre d'espèces d'Oxalis (2) et chez le Lythrum Salicana, que par la disposition relative des organes sexués dans la fleur hermaphrodite, il y ait lieu de distinguer dans la môme espèce trois sortes d'individus ; outre les formes macrostyle et microstyle, on y trouve, en effet, des individus à fleurs mésostyles.

Ceci posé, MM. Darwin et Hildebrand ont montré que, dans ces cas d'hétérostylie, la fécondation n'est possible {Lilium perenné), ou du moins n'a son plein efl'et, que lorsque le pollen des fleurs macrostyles est amené sur le stigmate des fleurs microstyles et le pollen des fleurs microstyies sur le stigmate des fleurs macrostyles d'une plante diflérente. Quand il y a trois longueurs de style, la m^me règle s'applique en s'élargissaut, et la fécondation réussit le mieux possible lorsque le pollen d'une fleur est transporté sur un stigmate situé dans une autre fleur à la même hauteur que l'anthère d'où ce pollen procède.

Cas oik la pollinisation s'opère d'une fleur à 1^ autre «ans l'aide des insectes. — Dans les nombreuses plantes dicîines et dichogames, ainsi que dans les Phanérogames hermaphrodites que nous venons de signaler, ce sont, nous l'avons dit, les insectes qui portent le pollen d'une fleur à l'autre. IL arrive aussi cependant, bien que la chose soit relativement rare, que la pollinisation puisse s'opérer d'une fleur à l'autre sans l'aide des insectes ; il en est ainsi par exemple chez certaines Urlicées (comme les Pilea) et Morées (comme les Broussoneiia). Ici les étamines, se déployant brusquement hors du boulon, projettent dans l'air leur léger pollen con^me un nuage de fine poussière, et c'est le vent qui dissémine les grains et les porte sur les organes femelles de fleurs difl'érentes,

La chose est plus simple encore d^ns le Seigle. Les fleurs de l'épi du Seigle s'ouvrent isolément, et d'ordinaire le matin; les filets rapidement allongés poussent alors les anthères mûres hors des glumelles; Penchées vers la terre au sommet de leurs longs filets, les anthères s'ouvrent aussitôt et laissent tomber leur lourd pollen sur les stigmales de fleurs situées plus bas sur le même épi ou sur des épis voisins. Les oscillations des chaumes sous l'influence du vent aident d'ailleurs puissamment à ce transport.

(1) Fritz Möller : Botanische Zeitung, 18C8. [1] HiLDEBRAND : Botanische Zeitung, 1871.

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