HYBRIDITÉ
bybrides successives reprendre de plus en plus les propriétés de la forme souche qui a servi à la dérivation et finalement Thybride dérivé revient complètement à ce type primitif. Suivant que Ton aura choisi, pour opérer la dérivation. Tune ou l'autre des deux formes souches, il faudra un plus ou moins grand nombre de générations pour que l'hybride dérivé lui redevienne semblable. De celte considération, M. Nageli a déduit des expressions numériques ou formules d'hérédité, qui donnent en nombres la valeur de l'influence qu'une espèce exerce, au point de vue de la transmission héréditaire de ses propriétés par voie de croisement. A mesure que l'hybride dérivé se rapproche ainsi de Tune des deux formes primitives, sa nature hybride s'efface progressivement en même temps qu'augmente sa fécondité.
Si l'on croise un hybride avec une nouvelle forme primitive, ou bien avec un
hybride d'une autre espèce, il naît un hybride dérivé, dans leqifel se trouvent
confondues trois, ou quatre, ou un plus grand nombre d'espèces ou de variétés.
M. Wichura a môme réuni ainsi six espèces de Saules dans un seul hybride
dérivé. Les hybrides de cette sorte, qu'il serait préférable d'appeler hybrides
eomöiWs, suivent en général, dans leurs formes et dans toute leur manière d'être,
les règles que nous avons données plus haut pour les hybrides simples. Les
bybrides combinés deviennent d'autant plus stériles qu'il entre en eux un plus
grand nombre de formes diverses, d'ordinaire ils sont aussi très-variables.
De ses observations et de celles de M. Gärtner, M. Wichura a conclu que les
produits engendrés par le pollen hybride sont plus variables, plus polymorphes,
que ceux que donne le pollen de véritables espèces.
lia fécondation atteint son meilleur résultat quand la différence d'origine des cellules sexuées acqalert une certaine Taleur moyenne. — Les
résultats des expériences sur l'hybridité sont pour la théorie de la sexualité d'une très-haute importance. Ils établissent, en effet, qu'il n'y a pas de limite, pas de différence essentielle entre la fécondation d'espèces ou de variétés pures avec elles-mêmes et leur fécondation avec d'autres espèces ou variétés; en même temps, ils mettent en évidence certaines propriétés de la différenciation et de la combinaison sexuelles, qui n'apparaissent avec toute leur netteté que dans ce dernier cas, c'est-à-dire quand il y a croisement et hybridation.
Au point de vue de la possibilité d'une réunion féconde de cellules sexuées, les deux extrêmes sont très-éloignés l'un de l'autre, mais se trouvent reliés par un grand nombre d'intermédiaires et de transitions graduées. L'un de ces extrêmes nous est offert par les Rhynchonema et certaines Saprolégniées, où l'union sexuelle s'opère régulièrement et avec bon résultat entre cellules sœurs. L'autre extrême s'observe dans les hybrides de genres^ où les cellules sexuées qui s'unissent appartiennent à des plantes douées de forme et de propriétés différentes et dont la descendance d'une souche commune remonte à un passé très-reculé. Mais la grande majorité des faits que le règne végétal nous offre à cet égard atteste que l'union sexuelle atteint son meilleur résultat quand la parenté des cellules sexuées n'est ni trop proche ni trop lointaine. Dans presque tous les cas, en effet, l'autofécondation se trouve évitée dans la nature avec autant de soin que la formation d'hybrides entre espèces et genres différents.
Les phénomènes peuvent donc se résumer dans la proposition suivante. Il
est probable que la forme primitive de la différenciation sexuelle consiste dans la formation simultanée d'organes mâles et d'organes femelles côte à côte sur la même plante; mais la réunion sexuelle est plus active et plus favorable à la conservation de la vie des plantes, quand ce ne sont pas les cellules sexuées nées ainsi côte à côte qui s'unissent, quand la combinaison a lieu, au contraire, entre cellules d'origine difi*érente. A quoi il faut ajouter que le résultat le plus favorable s'obtient lorsque celte différence d'origine acquiert une certaine valeur moyenne. Celte valeur moyenne de la différence d'origine, qui correspond au maximum d'effet, sexuel, est atteint quand les cellules sexuées proviennent d'individus différents d'une seule et môme espèce.
Les dispositions organiques étudiées dans le paragraphe précédent et qui trouvent leur expression dans la polygamie, la diclinie, la dichogamie, l'hétérostylie, l'impuissance du pollen à agir sur le stigmate de la même fleur {Corydalis^ Oncidium)^ l'impossibilité mécanique de l'autofécondation (beaucoup d'Orchidées, Aristolochia ClematitiSy etc.), ces dispositions, disons-nous, ue sont autre chose en réalité que des moyens divers de favoriser ou de rendre seule possible l'hybridation entre individus différents de la même espèce naturelle.