CHAPITRE SEPTIÈME
Genèse des variétés.
Ce qu'on entend par Tnriété. — Les propriétés que les plantes possèdent actuellement se transmettent à leurs descendants ; elles deviennent héréditaires. Mais, outre ces propriétés héréditaires, il pourra, chez quelques-uns ou chez un grand nombre des descendants d'une plante, apparaître aussi de nouveaux caractères, non encore aperçus jusque-là chez leurs devanciers. Ainsi, par exemple, dans un semis de graines de Robinia pseudo-acacia^ Descemet obtint en i803 un individu dépourvu d'épines (i); dans un semis de Fragaria vescay Duchesne observa en 1761 un exemplaire à feuilles simples et non ternées (2) ; parmi de jeunes Datura Tatula^ M. Godron a observé un individu dont la capsule était entièrement lisse, au lieu d'ôtre épineuse comme toujours dans cette espèce (3).
Ces propriétés nouvelles, ainsi apparues tout à coup chez certains descendants, ne sont souvent qu'individuelles, c'est-à-dire qu'elles ne se transmettent pas à leur postérité. Ainsi, par exemple, les graines du Robinia sans épines dont nous venons de parler ont donné des individus épineux, semblables par conséquent, non à leur mère, mais à leur grand'mère. Dans d'autres cas, au contraire, la nouvelle propriété est héréditaire ; ordinairement, il est vrai, la transmission ne s'en opère qu'imparfaitement, elle ne se maintient que chez un plus ou moins grand nombre des descendants du nouveau type, tandis que les autres font retour à la forme originelle : c'est ce qu'on a observé pour le Fraisier à feuilles simples de Duchesne.
Quand une nouvelle propriété se transmet ainsi aux générations successives, le nombre des individus qui reviennent à la forme primitive va diminuant de génération en génération, en d'autres termes, la transmissibilité du caractère nouveau va en augmentant; ce caractère devient donc de plus en plus constant et arrive enfin à avoir la m'ême fixité que les propriétés de la forme souche. Le nouveau type végétal ainsi fixé est une variété (4).
(1) Voir Chevreul: Ann. des se. nat, 1846, VI, 157.
(2) Pour plus de détails voir Usteri : Annalen der Botanik, V, p. 40.
(3) Naudin : Comptes rendus, 1867, LXIV, p. 929.
(4) Pour les exemples, voir Hofmeisteb : Allgemeine Morphologie, p. 565.
Une même espèce peut produire plusienre Tarlétés. — Une seule et même
forme primilive peut produire simultanément ou successivement un plus on moins grand nombre^ parfois même des centaines de variétés, comme cela arrive fréquemment chez les plantes cultivées. Le Dahlia variabilis à fleurs simples et jaunes a donné dans les jardins, depuis Tannée 1B02, un nombre immense de variétés, différant par la couleur, la forme et la grandeur des fleurs, et par le développement végétatif. Pratiquée depuis 1687, la culture de la Pensée a fait sortir du Viola tricolor de nos champs les nombreuses variétés qui ornent nos jardins et qui se distinguent surtout par la coloration diverse de leurs fleurs (i). Les variétés de Courge {Cucurbita Pepo) sont plus diverses encore, non-seulement par la forme des fruits, mais aussi par tous les autres caractères; il en est de même des Choux {Brassica oleracea) et d'un grand nombre d'autres plantes cultivées.
Ija tendance à varier cet fort Inégale enlvant les plantes. — Certaines
formes végétales sont très-enclines à produire des variétés, c'est-à-dire à varier. Parmi les plantes sauvages, nous citerons pour exemples les RubuSy Rosa^ Bieracium.
D'autres se distinguent, au contraire, par la grande constance de tous leurs caractères, le Seigle par exemple, qui malgré une longue culture n'a encore fourni aucune variété héréditaire^ tandis que les Céréales voisines, notamment les Triiicum vulgare^ amylcum et Spelta, ont produit un grand nombre de variétés déjà anciennes et continuent toujours à en fournir de nouvelles.
Tariatton par graines j Tariation par boargeons. — La plupart des variétés héréditaires prennent naissance par voie de reproduction sexuée. Ainsi chez les Phanérogames, les nouvelles propriétés apparaissent tout à coup dans certaines plantules venues de graines et qui cessent ainsi de ressembler à la plante mère.
Mais il arrive cependant aussi que certains bourgeons se développent autrement que les autres pousses du même individu, et il faut ici distinguer avec soin deux cas différents et qui ont une signification très-diverse. Tantôt, en effet, la plante appartenant elle-même à une variété, ses pousses aberrantes ressemblent à la forme primitive, à laquelle elles font retour; il ne s'agit donc pas ici de la production d'une nouvelle forme, mais bien de la destruction d'une variété déjà produite. Le jardin botanique de Munich, par exemple, possède un Hêtre à feuilles laciniées, appartenant par conséquent à une variété, et dont une branche porte des feuilles entières et fait ainsi retour au type normal. Tantôt, au contraire^ on voit apparaître sur certaines pousses de la plante des caractères réellement nouveaux, non encore aperçus jusqu'ici dans le cours des générations. Ainsi le Myrtus communis présente parfois des branches pourvues de feuilles verticillées par trois; mais j'ai observé que ces branches dressées produisent de nouveau, à l'aiselle de leurs feuilles, des branches à feuilles décussées. Knight (2) a remarqué sur un Cerisier une branche dont les fruits^ plus allongés, mûrissaient toujours plus tard que les autres. Suivant M. Dar-
(1] Darwin : De la variation des animaax et des plantes. Trad. française par Moulinié. Paris, 18Ö8, I, p. 3J0.
(2) Id. : ioc. cit., p. 370.