ACCUMÜUTION DES PROPRIÉTÉS NOUVELLES
reclions, tandis qu'en môme lemps chaque nouvelle propriété acquise tend à devenir héréditaire. Si, malgré cela, beaucoup de plantes sauvages et certaines plantes cultivées témoignent d'une grande constance et ne produisent pas de variétés extérieurement distinctes, cela tient le plus souvent à ce que les variétés nouvellement produites à chaque instant ne sont pas viables dans les conditions données, ou du moins y périssent bientôt; j'aurai à revenir plus loin sur ce point.
TransmlMibllIié des propriétés nonvelleiiiëBt aequlses« ^— La trans-
missibilité des propriétés acquises se manifeste avec une netteté toute particulière quand ces caractères nouveaux, comnue c'est le cas pour la variation gemmaire, n'intéressent pas toute l'étendue de la plante génératrice, mais seulement une de ses pousses. M. Kencely Bridgman a constaté un cas plus remarquable encore. Sur les Scolopendrium vulgare laceratum et Scolopendrium vulgare Crista-galUy il a vu que les spores provenant de la région inférieure et normalement conformée du limbe de la feuille reproduisent constamment la forme originelle, tandis que les spores provenant de la région périphérique et anormalement développée de ce limbe reproduisent toujours la variété correspondante (1).
Accumulation des propriétés nouvelles par la reprodaction des variétés.
I^es Tariétés dlTer|pent de plus en pins dans le eonrs des générAftons. —
A l'origine, la différence qui existe, entre une variété nouvellement produite et la souche dont elle émane, ou entre deux variétés d'une souche commune, est le plus souvent assez faible, et n'intéresse que quelques caractères. Mais la Tariélé peut à son tour varier elle-même dans sa descendance, et par là, nonseulement les nouveaux caractères peuvent s'accuser davantage, mais des propriétés différentes peuvent prendre naissance et venir s'y ajouter. De la sorte, la différence entre la forme originelle et sa variété, ou entre deux variétés d'un même type, va toujours croissant. Si la transmissibilité des propriétés nouvelles augmente en même temps que cette différence s'accuse, la variété se trouve finalement si éloignée de la forme primitive, que leur communauté d'origine ne peut plus être démontrée qu'en remontant dans l'histoire, ou en étudiant les formes de transition qu'elles peuvent présenter.
Exemples tirés des plantes eulti^ées. — C'est ce qu'on observe chez un grand nombre de nos plantes cultivées, par exemple chez le Poirier, qui varie déjà volontiers à l'état sauvage, mais dont la culture a transformé la croissance, tes feuilles, les fleurs et surtout les fruits à un tel degré, que jamais nous n'aurions pu regarder nos belles variétés de Poiriers comme des descendants du Pyrus communis sauvage, si M. Decaisne n'avait pas démontré cette communauté d'origine par l'étude des formes de transition (2).
De même, il est à peine douteux que tous nos Groseilliers épineux dérivent
0) NiEGELi : Berichte d. k. bayer. Akad. der Wissenscli., 1866, p. 2'4. (2) Darwi?( : loc. cit,^ p. 372.
du Bibes grossuîaria qui croît à Tétat sauvage dans le centre et le nord de l'Europe, et pour ces plantes M. Dar^^in montre, par des preuves historiques, comment la grosseur des fruits s'est constamment accrue par la culture depuis l'année 1786 Jusqu'à atteindre en 1852 le poids de 58 grammes, sept à huit fois le poids du fruit sauvage; c'est le poids d'une petite pomme ayant 6 pouces i/2 de circonférence.
Les diverses variétés de Chou procèdent peut-être d'une souche unique, peutêtre aussi, suivant A. De CandoIIe, de deux ou trois formes originelles très-voisines qui vivent encore actuellement dans les contrées méditerranéennes; toutefois, dans ce dernier cas, l'hybridilé aurait eu sa part. Ces variétés sont pour la plupart héréditaires, mais encore sans grande constance. Pour se faire une idée de l'étendue de la variation amenée par la culture, il suffit de comparer entre eux le Chou cavalier à tige arborescente, ligneuse et ramifiée de 10, 12 et même 16 pieds de hauteur, le Chou pommé ou cabu pourvu d'une tige courte, à tète sphérique, ou pointue, ou élargie, formée de feuilles emboîtées, le Chou de Milan avec ses feuilles crépues et vésiculeuses, le Chou-rave avec sa tige renflée en sphère à la base, le Chou-fleur avec ses fleurs monstrueuses étroitement serrées, etc., etc. (1).
Pour un grand nombre de plantes cultivées, on ne connaît pas la forme sauvage originelle. Il se peut que dans certains cas celle-ci ait disparu, mais il est plus probable que les variétés produites par la culture ont acquis et accumulé progressivement un si grand nombre de propriétés nouvelles, qu'il nous est devenu impossible aujourd'hui de reconnaître leur ressemblance avec la souche sauvage. Il en est vraisemblablement ainsi pour les Cucurbitacées cultivées : les Courges, Melons, Calebasses, etc.
Les Courges, dont les variétés se comptent par centaines, ont été rapportées par M. Naudin à trois formes originelles,, savoir : les Cucurbita Pepo^ maxima et moschata; mais ces formes ne se rencontrent pas à l'état sauvage dans la nature. Construites en quelque sorte au moyen des ressemblances et des différences de leurs innombrables variétés, elles n'ont qu'une existence idéale. Dès lors, on peut se demander si aucune d'elles a jamais existé réellement, ou si ces souches idéales ne correspondraient pas simplement à trois variétés principales, émanées d'un seul type peut-être encore existant aujourd'hui, ou issues par hybridation de quelques types pareils. Un grand nombre de ces variétés sont entièrement héréditaires et tous les organes y présentent les différences les plus profondes. Pour juger de l'étendue et de la diversité de ces dernières, il suffira de remarquer que M. Naudin répartit l'ensemble des formes qu'il rattache au Cucurbita Pepo en sept sections distinctes dont chacune embrasse à son tour des variétés secondaires (2).- Le fruit de telle variété est plus de deux mille fois plus grand que celui de telle autre; la forme originelle du fruit est probablement ovoïde, mais dans certaines variétés, elle s'allonge en un cylindre et dans d'autres elle se raccourcit en un disque aplati. La coloration de l'enve-
(]} Voir Metzger: Landwirlhschaft. Pflanzenkunde. Francfort, 1843, p. 1000, et Darwin : tac. cit., p. 343.
(2) Darwin : loc, ciY., p. 380. — Voir aussi Metzgbr : Landwirthschaft. Pflanzenkunde. Francfort, 1841, p. 692.