LES CRISTAUX DES CELLULES
Bary en a rencontré dans les boursouflures de beaucoup de filaments mycéliens, chez le Phallus caninus (1).
Cristaux dans la cavité cellulaire des Phanérogames. —-On sait peu de chose ou même rien du tout sur la présence de Toxalate de chaux dans la plupart des Algues, des Muscinées et des Cryptogames vasculaires; mais, par contre, on trouve ce corps en très-grande abondance dans la plupart des Phanérogames. Dans les Dicotylédones, il se présente souvent, dans la cavité des cellules, en grands cristaux isolés et parfaitement développés; par exemple, dans le parenchyme du pétiole et du limbe des Bégonia^ dans la tige et la racine des. Phaseolus, Mais dans cette classe, les macles cristallines sont cependant encore bien plus fréquentes ; elles se déposeotdans un noyau de substance proloplasniique, comme dans les cotylédons du Cardiospermum Balicaeabuniy et par conséquent les divers cristaux constitutifs n'y sont complètement développés que vers leur pointe extérieure libre. Parfois aussi, comme dans les poils des Cucurbita^ par exemple, le protoplasma, en active circulation, enveloppe et entraîne avec lui de beaux petits cristaux, terminés de tous les côtés.
Dans les Monocotylédones, notamment dans les Liliacées, les Aroïdées et les plantes qui gravitent autour de ces deux familles, les cristaux d*oxalale de chaux affectent le plus souvent la forme de longues et minces aiguilles^ disposées parallèlement côte à côte en faisceaux. Ces faisceaux d'aiguilles ou de raphidesy comme on les appelle souvent, remplissent plus ou moins complètement les cellules allongées qui les renferment. De pareilles aiguilles apparaissent aussi, au moment de leur décoloration automnale et de leur épuisement, dans les cellules des feuilles de beaucoup de végétaux ligneux, qui en étaient dépourvus pendant toute la durée de leur végétation.
Quand les cristaux sont libres dans la cavité cellulaire, et c'est le cas ordinaire chez les Angiospermes, ils sont fréquemment, peut-ôtre môme toujours^ recouverts par une petite membrane mince qui persiste après la dissolution dei'oxalate de chaux, et doit vraisemblablement être considérée comme un revêtement proloplasmique. Payen a montré anciennement qu'il en est ainsi dans les rapbides. Mes observaiiQns personnelles, et celles d'autres auteurs, me permettent d'affirmer qu'un pareil revêtement existe aussi dans les grands cristaux isolés et dans les macles.
Cristaux dans la membrane cellulaire des Phanérogames, — A l'état d'incrustation dans la substance même de la membrane cellulaire, l'oxalale de chaux ne se rencontre, parait-il, que rarement dans les Dicotylédones. M. de Solms- Laubach {loc. cit.) signale diverses espèces de Ficoïdes {Mesembryanthemum rhombeum, iigrinum, lacerum^ siramineum, Lemanni) et le Sempervivum calcareum, où certaines couches de la paroi extérieure des cellules épidermiques des feuilles sont parsemées de fins granules cristallins, ou de plus gros fragments anguleux {Sempervivum) d'oxalate de chaux.
La présence de cristaux d'oxalate de chaux dans la substance môme des parois cellulaires est, au contraire, d'après le même auteur, très-fréquente chez
(1) M, Brefeld » montré récemment que les membranes cellulaires du Mucor Mucedo s'incrustent d'oxalftte de cliaux sur leur face externe et que, notamment, les fines pointes qui lié«« rissent la paroi externe du sporange et qui s'éparpillent après la dissolution de la membrane
les Gymnospermes. Le plus souvent, ce sont de petits granules de forme méconnaissable et très-nombreux, mais d'autres fois aussi ce sont des cristaux bien développés. On trouve des incrustations de cette sorte dans le tissu libé* rien de la tige chez les Gupressinées, les Podocarpvs, Taxus, Cephalotcums, Ephedra, tandis que les Phyllocladus trtckomanotde». Ginkgo biloba^ Dammara 4iu8traUiy et toutes les Abiélinées étudiées, en sont dépourvues. Les petits granules anguleux, ou les cristaux plus grands et bien développés sont ordinairement englobés dans la lamelle moyenne ramollie qui sépare deux éléments libériens en contact (t). L' Oxalate de chaux incrusté dans les membranes cellulaires est encore beaucoup plus répandu dans le parenchyme cortical primaire de la tige et des feuilles des Gymnospermes que dans leur liber; il n'y a d'exception que pour quelques Abiétinées. Ici encore, c'est la lanaellc moyenne de la paroi commune à deux cellules voisines, qui est le siège de la formation cristalline; il en est de même encore dans les faisceaux sous-épidermiqu^s de cellules épaissies; par exemple, û^nsYEphedra, Les cellules ßbreuses à paroi très-épaissie, et souvent ramiQées, que Ton trouve disséminées en grand nombre dans le tissu parenchymaieux des Gymnospermes, et que l'on nomme quelquefois cellules spiculaires, contiennent souvent des cristaux dans leurs couches externes; c'est dans le Welwitschia mirabilis que ces cristaux sont le plus nombreux et qu'ils atteignent le plus beau développement Si on les dissout par l'acide chlorhydrique, les cavités vides que présente la membrane en coniservent entièrement la forme, et si Ton n'était prévenu, on croirait y voir encore les cristaux. Enfin, la paroi externe épaissie des cellules épidermiques des Gymnospermes est aussi fréquemment parsemée de petits granules {Weiwitschia, Taxus baccata, Ephedra, etc.) ou de petits cristaux achevés (ßiota orientaliSy Libocedrus Dontana, Cephalotaxus Fortunei^ etc.) d'oxalale de chaux. .
A ces incrustations directes de la membrane cellulaire, se rattachent encore les macles cristallines rencontrées par M. H osanofT (/oc. cit.) dans la moelle des Kerria japonica et Ricinus communis, ainsi que dans le pétiole de diverses Aroïdées {Anthutnum, Philodendron, Pothos); ces macles, situées dans la cavité cellulaire, sont reliées à la paroi par des filaments de cellulose simples ou rameux, et même revêtues par une mince membrane de cellulose.
Dimorphisme. — Les formes cristallines sous lesquelles l'oxalale de chaux se présente dans les cellules végétales sont extraordinairement variées, et l'une des causes de cette diver&ité, c'est que ce sel cristallise dans deux systèmes différents, suivant qu'il est combiné à deux ou à six équivalents d'eau. Le sel à six équivalents d'eau, 2CaO,G*0^-|- 6H0, cristallise dans le système quadratique, et sa forme fondamentale est un octaèdre obtus en forme d'enveloppe
ne sont pas autre chose que des aiguilles d*oxalate de chaux. (O. Brefeld, Botanische Untersuchungen über Schimmelpilze. Leipzig, 18*2, p. 17.) Cette propriété se retrouve d'ailleurs dans un grand nombre d'autres Mucurinées. (Trud.)
(I) Ces fibres libériennes, contenant dans la zone externe de leur membrane des rhombes cristallins, acquièrent, dans les ]eunes racines de Torrt*ya myrisiiea, un développement ramar^ quable et qu'il est facile de suivre pas à pas. C'est un des plus beaux exemples qui se puissent voir«
(frarf.)
§ il.] LES CRISTAUX ÜKS CIÜLLLLES. 91
de lettre; on rencontre fréquemment le prisme à base carrée terminé par les poiatements de cet octaèdre obtus« Les rapbides, au contraire, comme Talleste leur manière de se comporter dans la lumière polarisée, appartiennent, d'après M. Holzner, au système clinorhombique^ dans lequel cristallise le sel à deux équivalents d'eau, 2GaO,G*0^-|-2HO. La forme fondamentale des nom« breuses combinaisons qui s*y rattachent est un hendjoèdre qui engendre des formes dérivées très-analogues, les unes au spath d'Islande (par exemple, dans les incrustations des parois cellulaires), les autres au sulfate de chaux. Les macles cristallines, ou sphéro-cristaux, peuvent être formées d'individus de Tun ou de l'autre système.
Belations des cristaux avec le reste de la cellule. — Nous reviendrons plus tard^ livre III, chapitre ii, sur la signification morphologique de l'oxalate de chaux. Nous devons nous borner ici à quelques remarques sur les rapports directement appréciables qu'ont les cristaux avec les cellules qui les engendrent.
Quand les cristaux demeurent assez petits pour que leur volume soit négligeable par rapport àcelui de la cellule elle-môme, celle-ci conserve ses caractères ordinaires et peut posséder un protoplasma mobile, un noyau, des grains de chlorophylle et d'amidon (poils de Cucurbita, parenchyme des feuilles de Bégonia). Mais si un cristal isolé, ou une macle, ou un faisceau de raphides, ou enfin un amas de petits cristaux remplit la cellule, en tout ou en grande partie, on n'y rencontre d'habitude aucune autre production figurée; il semble que la cellule soitparvenue àl'état de repos et mèmesubisse une lente destruction. Si la masse cristalline a rempli la cellule dès sa première jeunesse, celle-ci demeure souvent plus petite que ses voisines, et conserve une paroi plus mince. Les cellules à raphides ont des parois molles et faciles à gonfler, et d'ordinaire le faisceau de raphides y est entouré d'un mucilage épais analogue à de la gomme. De même, dans les Gymnospermes, les granules et les cristaux incrustés dans les parois cellulaires sont ordinairement situés dans une lamelle mitoyenne ramollie et comme mucilagineuse, ou dans les couches cuticularisées de i'épiderme.
CHAPITBE DEUXIÈME
HORPilOLOGIE DES TISSUS
DèBnlUon et oiiglnc des Uhus.
Dans le seas le plus large de ce mot, on appelle tisêu toute rëuDion cellules qui obéît à une loi commune d'accroissement. De telles réunions cellules peuvent 6tre produites de bien des manières dißerentes.
Tlaaa vrvAait par la aoiidar« de cellwlea prlHiitlientcHt llbrca.
Les cellules isolées à l'origine peuvent se juxtaposer plus tard par l'effet
leur accroissement fusionner si bien le parois le long des fa de conlact, que touK gne de séparation vienne méconnaissal C'est ce qui arme, exemple, dans les ce les sœurs nées par vision dans les celli mères des Pedùuirvm, Cœiasirum et Hydrodictyon. Les cellules
, duprèiiM. *.. Brun (4001. - A,ua SœurS pOSSèdCnt icï, à
hir^'li^rl!' l'h!«'- iî^'™ fî™' l'intérieur de la cellule mère et pendant un temps assez long, un mouvement de fuurnaillement, avant de se jui-
f. 1> raenw tomill« de cellulci, qiul» heur» a dcmit iprà leur n-is- (aposef 60 UUe SUrfaCC
«°lÛl«l™l«Bg'^^^B^d"qu«qui™^J«'dI^^^^^^ plane {Pediaitrum) ou
per puur rcdcieuir p«reil »u diique primitif ^, gn un résCaU CreUX CD
forme de sac ( Hydrodiclyon) et de continuer à s'accroitre en devenant un tissu (Dg. 54). C'est de la mSme manière encore que les cellules sœurs, nées par voie de formation libre dans le sac embryonnaire des Pbanérogames, et qui constitueat l'albu-
0 rurmé de celluli
» au« g. qui