CHAPITRE TROISIÈME
Bistiiictloii entre membres et organes (i). Métamorphose.
Séparation de Pétnde morpholof Iqiie et de l'étude pliyilologlqiie dee
plante«. — Les diverses parties des plantes, douées de formes très-variées et appropriées à des fonctions physiologiques différentes, que Ton désigne ordinairement comme leurs organes^ peuvent être envisagées à deux points de vue distincts. On peut, en effet, se demander jusqu'à quel point ces parties sont, par leur forme et leur structure, appropriées au travail physiologique qu'elles ont à accomplir. On les considère alors uniquement comme des instruments, comme des organes au sens propre de ce mot, et cet ordre de considérations est une partie de la Physiologie. Ou bien, faisant pour le moment complètement abstraction de ce point de vue physiologique, et sans s'inquiéter de savoir quelles fonctions les diverses parties de la plante ont à remplir, on se demande seulement oii et comment elles se forment, et quelles sont les relations que, pendant sa formation et son accroissement, l'une d'elles contracte, dans le *temps et dans l'espace, avec toutes les autres. C'est le point de vue purement morphologique. Tl est évident qu'il est en lui-môme tout aussi insuffisant que le premier ; mais, ici comme partout dans les sciences, les recherches et l'exposition de leurs résultats nécessitent ce genre d'abstractions, et non-seulement cette séparation n'est pas nuisible, mais elle constitue au contraire le plus puissant des moyens d'investigation, pourvu qu'on ait toujours clairement présentes à l'esprit la méthode qu'on emploie et les faces de la question dont on fait pour le moment et volontairement abstraction.
Dans ce chapitre, c'est uniquement et exclusivement au point de vue morphologique que nous étudierons les diverses parties constitutives des plantes.
Mais, avant de pénétrer dans le détail, il est utile que nous examinions d'un peu plus près les rapports qu'ont entre eux ces deux ordres de considérations, physiologiques et morphologiques.
Tontes les parties des plantes supérieures se rattachent à quatre types
(1} NiEGiLi et Schweudeiier : Das Mikroskop. Leipzig, 1867, p. 599. — Hofmeister : Allgemeine Morphologie der Gewächse. Leipzig, 1868, §§1, 2. — Banste»: Botanische Abhandlungen aus d. Gebiet d. Morph, und Physiol. Bonn, 1870. Heft I, p. 85.
fondammtanx t la tl^e, la feulUe, la racine et le poil. — Les recherches
morphologiques ont conduit à ce résultat, que toutes les parties indéfiniment variées des plantes qui, dans leur état achevé, sont adaptées à des fonctions toutes différentes, se laissent cependant rattacher à un petit nombre de formes fondamentales, lorsqu'on ne considère que leur mode de développement, leur disposition relative, l'époque relative de leur apparition, enfin leurs états Ifô plus jeunes.
Par exemple, on s'assure que les écailles épaisses d'un bulbe, les appendices membraneux de beaucoup de tubercules, les pièces du calice et de la corolle, iesétamines et les carpelles, beaucoup de vrilles et d'épines, etc., se comportent, sous ces divers rapports, de la môme manière que les organes verts que l'on désigne purement et simplement sous le nom de feuilles.
On appelle donc également tous ces corps des feuilles (ou phyllomes), et il n'est pas rare de voir cette dénomination justifiée par ce fait que beaucoup de ces organes se transforment en réalité en feuilles vertes dans certaines circonstances (1). Et comme il est d'usage de regarder les organes verts que tout le monde appelle feuilles comme la forme primitive des feuilles, comme les feuilles proprement dites, tous les autres organes qui ressemblent aux feuilles paraissent n'être que des feuilles altérées, déformées, ou, comme on dit, métamorphosées.
11 en est absolument de même pour les parties sur lesquelles les feuilles sont insérées, et dont elles émanent comme autant d'appendices latéraux. Ces parties sont tantôt des tiges cylindriques ou prismatiques, grêles et trèsallongées, tantôt de gros tubercules arrondis ; souvent elles sont solides et lignifiées, d'autres fois molles et flexibles, s'enroulant autour d'autres corps solides, comme le Houblon, ou s'attachant fortement à eux comme le Lierre; elles peuvent aussi se présenter en forme d'épines aiguës comme dans le Prunier sauvage^ ou de vrilles comme dans la Vigne. Tous ces aspects divers dépendent du mode de vie de la plante et des fonctions que ces différents corps ont à remplir. Mais si l'on ne considère qu'un seul de leiKs caractères, celui qu'ils possèdent tous de porter des feuilles nées au-dessous de leur sommet végétatif^ on voit que sous ce rapport important ils se ressemblent tous et complètement. Il est vrai qu'on fait ainsi, pour le moment, abstraction totale de leurs diverses fonctions physiologiques et des variations de structure correspondantes ; mais, cette abstraction une fois faite, il est permis de fixer celte ressemblance commune en donnant le même nom à tous ces organes pourvus de feuilles. On les désigne tous sous le nom de liges (ou caulomes),ou simplement sous le nom d'axes. Ainsi, comme la vrille du Pois est une feuille ou un appendice, dans le même sens le tubercule de Pomme de terre est une tige ou un axe ; comme on dit que la vrille du Pois est une feuille métamorphosée, on dira aussi que le tubercule de Pomme de terre est une tige métamorphosée.
Ce que nous venons de dire des feuilles et des axes, nous pouvons le répéter d^s poils. Le caractère distinclif des poils des racines, des poils laineux, des poils
(1) Ce sont ces phénomènes de transfo mation qui ont tout d*abord porté Tattention de Gœtbe sur la métamorphoso des feuilles ; mais aujourd'hui l'étude de la métamorphose repose sur une base scientifique plus solide.