‹ Traité de botanique conforme à l'état présent de la scienceChapitre 68 sur 202 · DIVERSITÉ D'ORIGINE DES MEMBRES ÉQUIVALENTS. 2 M · texte numérisé non relu

DIVERSITÉ D'ORIGINE DES MEMBRES ÉQUIVALENTS. 2 M

nium furcatum, elc. Dans tous ces cas, les bourgeons produits par les feuilles sont d'origine exogène, et ceux que portent les pétioles des espèces nommées en premier lieu se forment déjà de bonne heure, lorsque les feuilles sont eucore très- jeunes, aux dépens de certaines de leurs cellules superBcielies isolées {!}. Ces pousses s'enracinent déjà quand elles tiennent encore à la feuille mère dont elles se séparent ensuite lot ou tard. Dans les Aspidium filU-min et Pter-L aquilina, cette mise en liberté n'a lieu souvent qu'après plusieurs années, quand les bourgeons ont beaucoup grossi et que la base de la feuille mère se détruit et meurt.

Les Phanérogames développent aussi , quoique plus rarement., des bourgeons sur leurs feuilles. Les plus connus sont ceux qui apparaissent fréquemment aux échancrures marginales des feuilles du Bryophyllum calycinum ; on les voit naître, d'après M. Hofmeisler (2), au fond des incisions du limbe, bien avant l'épanouisscment complet de la feuille, sous la forme de petites masses de parencbyme primitif. D'aprÈs M, Pringsheim (3), V i'tricvhria vulgaris, plante submergée, produit sur ses feuilles

des pousses exiguës situées le plus "p""«!" mpmb'» './,- iu b«» d'un de «u souvent près desangles formés parles "J^"« «cLL''(gr!Id''^n"''^*^"''"*''' ramißcations de la feuille. Dans les ' b'-'ui . ■■« . .

deux cas ces pousses sont d'origine exogène. Sous ce rapport, on ne sait rien encore des bourgeons portés parles feuilles des Atherurm ternatw, et ffuacinikus PottzolsiUüäLL, Flora vonBaden, 348),

Pr««««tlo. <!•»«. feaim« ,., i„ ,«^b„ Jeune,. Les bourgeons adventifs qui se développent sur les racines Jeunes sont toujours endogènes et naissent au voismage des faisceaux Ûbro-vasculaires ou dans le cambium ; il en est ainsi dans les Ophioghssum, Epipactis microphyila Umria vulgaris Cimum arvense, Populus iremula, Pyrt,s Malus (d'après M. Hofmeister).

ii«»K««H .dTe.tir. formé, .a, i„ p.rtie. àc*e^ Enfin, dans certaine« circonstances particulières, il se développe des bourgeons adventifs endogènes sur des feuilles âgées et séparées de la tige, ainsi que sur des fragments âgés de tige et de racine, notamment quand ces parties sont tenues dans un lieu humide et sombre. C'est sur cette propriété que repose la multiplication de beaucoup de plantes dans les jardins, par exemple celle des Bégonia par leurs

(I) HomisTEii ! Beitrage lur Kenmiss der Gemss-Kryplogimon. II. Leipiig, 1857. (î) HoFiiEiSTïii : Handbuch int «llgem, MorpIioL, p. *î3.

(î) PRiscsHEia : Zur Morphologie d.;r Utricularien, MonaUboridi. der k. Akad der Wiss Derlin, ISSU.

212 MORPHOLOGIE DES HEMBREIS. [§ !t.

feuilles, des Marallia par teura épaisses folioles, etc. Même sur de TÎeillei tiges de plantes ligneuses il peut se développer parfois une multilode de bourgeons adventifs ; ainsi, quand ou coupe une pareille tige ä ras de terre, il se forme entre l'écorce et le bois un bourrelet qui produi t une masse de boll^ geoDs. Les branches qui s'échappât de vieilles tiges dicotylédooes ou mnocotylédones ne sont cependaDtpas le plus souvent de vraies pousses »1venlives ; elles proviennent de bou^ geons normaux exogènes, f^, demeurés longtemps & l'état de rep«, et qui se sont constitués de Irèibonne heure à l'aisselle des feuilles, quand la tige elle-même était encore à l'élat de bourgeon. Pendant l'accroissement en épaisseur de la ti^,ili se sont trouvés enveloppés par l'écorce et ont mené une eiisteace misérable jusqu'à ce que quelque circonstance favorable , par eienqilt l'ablation de la tige au-dessus d'em, leur ait permis de prendre ud Tigiwreuz accroissement (M. Hartig).

AbMMM total« de kaarfCMi'Hi

iM iMtftM. — Dans le genre i«^^ la pousse fcuillée provient tODJonrsel exclusivement d'une oosphère rÉtot* dée, c'est-à-dire d'un embryoD, eu ces plantes ne forment ni boargew normaux sur leur tige, ni bonig^^ adventifs sur la tige, la feuille ou la racine; elles sont dépourvues de tonle espèce de bourgeons.

Bourceon- BorKkax criiftMt 4m EvBlMtam. — C'est surtout dans , . les £guàetum que l'on renconlre une

production normale endogêDc « pousses latérales, aux dépens du méristème primitif du point végétatif ; partout ailleurs elle est exogène. Les Prèles se trouvent sous ce rapport complélemul isolées dans le règne végétal. A l'exception delà faible pousse primaire qu procède de l'embryon, toutes leurs pousses latérales sont d'origine endogène (Fig. 120, A", A"). Ces pousses se développent, aux dépens d'une senlî cellule, h l'intérieur du tissu de la tige au voisinage du point végétatif, ua j^ après les plus jeunes bourrelets foliaires, et.pour paraître au dehors, elles pef" cent plus tard la base des gaines foliaires plus âgées. A cette seule exception près, tous les bourgeons normaux produits daos «

iule

d'un bonrgeoD »n

tcmlni

1 DU», d«

mtn-

ceUul

larmiulsdc

la li^,

1,1 Ktl

•t<r>iu

tttioU

plu.

»,du.

jCDD«j0>qu

P«lb.bkB

wlili

loni

déjà ronn«! CDCore

plu.b.

§ 34.] DIVERSITÉ D'0IUG1»Ë DES MEMBRES ËQUIVALENTS. 213

cftne TégétatU de la pousse mère ou dans son voisinage sont d'origine exogène, comme les feuilles (I).

BclatloHi 4ea r«m««ax ■•rH*Hx atcc las femllles tm mtH« àxe. — Les pousses latérales ou rameaux qui se développent normalement au sommet Tégétatir d'une pousse mère ou branche, se succèdent toujours en dtrecüoa

Fie- 1^1- ~ [Conp« ilait^tudlfiilc d« Li région lermlnile d'ime pi>LiilI,de Clemalii afiüfo!ia;i,toiamttdel\tige;b,b,kiuatt; F'g- (M.— Bn\b* it MiÊtetri hatHMtÊ : aat

LI qu'elle porte à ton liHclle.

acropëte, comme les feuilles de cette brancbe/avec lesquelles elles présentent divers rapports de nombre, d'âge et de position.

ßeiations de nombre. — Les relations de nombre que présentent les pousses latérales par rapport aux feuilles insérées avec elles sur l'axe commun peuvent être diverses, parce que le nombre des pousses peut 6tre le môme que celui des feuilles ou être différent. Si le nombre est différent, il nalL d'babitude sur l'axe plus de feuilles que de rameaus, beaucoup plus par exemple dans les Mousses, Fougères, Rhizocarpées, Cycadées et Conifères. Tantôt un rameau ne se forme qu'après qu'il s est développé un nombre de feuilles parfaitement déterminé, comme dans beaucoup de Mousses et certaines Fougères; tantôt la formation

(I) M. Leilgeb a fait connaître lécemment la formation ds rameaax endogènes chei le« Hépatiques. Dans un grand nombre da Jungerman niées, notamment dant les espËces qui appaniennent k la faniille des Tridioman aidées, les branches sexuées sont d'origine endogène. On trouve l'analogue de ce Tait, parmi lea PbanéroganiGi, dana les infloretcencei endogènes de« Balano* phorées et des Orobancheii. Lea cellulea interaee qui produlaent ces brancbes eiiitent déjk dana le mëristème primitif dn cône végétatif, où elles occupent des positions bien déterminées (Maitigobryum, Lepidoiia, Calypogtia), EaOa Ift ramiflcaüon ordinaire da beaucoup d'Mptcea de Jttngermanaia se fait vraiaembUblement par formation eicliiriva de branches endoginas« (H. Lkitgbbi Ueber endogene Sproubildung bei Lebermoosen, Botanische Zeitung, 1B11.}

{Trad.]

214 MORPHOLOGIE DES MEMBRES. [§n.

des pousses latérales n'a lieu que lorsque la pousse principale cesse momentanément de s'allonger et de produire des feuilles, comme dans le genre i4&ies, pour se trouver plus tard de nouveau suspendue.

Quand les feuilles sont verticillées, le nombre des rameaux peut être égala celui des feuilles comme dans les Equtsetumy mais il peut aussi être plus pça comme dans les Gharacées.

Il est rare que le nombre des rameaux soit plus grand que celui des feuilles; cela se voit dans quelques Monocotylédones et Dicotylédones, où il s'échappe souvent au-dessus de chaque feuille deux bourgeons, ou même un plus grand nombre de bourgeons collatéraux (Qg. iiS), ou superposés {Aristohchk Siph Gleditschia, etc.).

Dans la plupart des Monocotylédones et des Dicotylédones, si Ton fait abstraction des rameaux floraux, le nombre des branches d'une tige égale ao début celui des feuilles qu'elle porte ; mais d'ordinaire un petit nombre seule-' ment de ces branches sont douées d'un développement ultérieur.

Relations déposition. — Il y a des relations dans l'espace entre rorigine des feuilles et celle des rameaux normaux produits par une pousse mère commune, car dans toute plante, et souvent même dans des classes tout entières de plantes, ces rameaux affectent une disposition constante par rapport à ces feuilles; ils se produisent soit au-dessous des feuilles, soit à côté, soit au-dessus.

Les rameaux naissent sous les feuilles dans les Hépatiques des genres Rdàuk et Lejeunia et probablement dans toutes les Mousses, d'après les délicates recherches de M. Leitgeb (1). Le rameau y naît en effet, comme le montre la figure 106 z, de la partie inférieure d'un des segments de la tige, segment dont la partie supérieure s'est développée en une feuille; dans les /on/mû/« c'est exactement au-dessous de la ligne médiane de la feuille, dans le plan qui la partage en deux moitiés symétriques ; dans les Sphagnum c'est de côté, audessous d'une des moitiés de la feuille.

D'après le môme observateur (2), dans beaucoup d'Hépatiques de la section des Jungermanniées {Frullanitty Madotheca^ Mastigobryum^ Jungermannia trichophylla), c'est à la place d'une moitié de la feuille, à côté de la moitié qui reste, que se développe le rameau latéral. D'autre part, si l'on considère chaque dent de la gaine foliaire des Proies comme une feuille, les bourgeons naissent à côté de ces feuilles et alternent avec elles, car ils percent la gaîne foliaire exactement au milieu des intervalles des dents.

Dans les Ckara, les Monocotylédones et les Dicotylédones, c'est de l'aisselle des feuilles, c'est-à-dire au-dessus d'elles, dans l'angle aigu formé par la feuille et la tige, que s'échappent les branches normales (Fig. 121 et 123). Ordinairement il ne s'en forme qu'une au-dessus du milieu de Tinsertion, ou bien deux ou trois superposées. Parfois cependant il s'en développe plusieurs côte à côte, une au-dessus du milieu de l'insertion, les autres à gauche et à droite de ce point, comme dans les bulbes de Muscari (fig. i22) et comme les fleurs à l'aïs-

(l)LBiTGeB: Beitr&ge zur Entwickeiungsgeschichte der Pflanzenorgane, dans Sitzansbericbt* der k. Akad. der M^iss. Wien, 1868, 67 et 1869, 59.— Bot. Zeit. 1871. Pour plus de détails w' ce point voir livre 11, Mousses.

(2) Leitgeb: Botan. Zeitung, 1871, p. 563.

§ 24.] DIVEHSITE D'ORldiNE DES HEUBRES ÉQUIVALENTS. tili

selle des bractées chez les Muta. De pareilles branches s'appellent ponsscs ou rameaux asillaires. La ramification des Moaocolylédones et des Dicotylédones est donc, h peu d'exceptions près' (et encore sont-elles douteuses], axillaire.

Jtelations d'âge. — Abstraction faite de quelques inQorescences de Phanérogames, la règle générale qui domine les relations d'âge entre les rameaux et les feuilles du même axe est la suivante : les rameaux normaux naissent plus tard que kt plus jeunes feuilles (1). Il en est ainsi dans les Cbaracées,

'ig. liJ. - WBi«n (tmiiMl. d'u« poutu prlneipsle

de Äc/=™m FraxlRflta, tbc d'm h»»l; », loninicl

de 1. p«UM priBCiptk 1 », i, b, IM jt»»« huilln,

k. k, Uort bonrgeou uUliirei ; 1« deiu tcnill«!

m, \et bourgcoiu Oonni doiil In plut jeunet ton

1» plu> jeuD« n'«Bl p» tDcon de bourgwn. i

les Mousses (d'après M. Leitgeb), les Equisetum, les pousses végétatives et la plupart des inflorescences des Phanérogames, comme le montrent les flgures 106,107,109, 120,121,123.

Dans les Housses il est bien évident, d'après ce que nous avons dit tout ä l'heure, que les plus jeunes rameaux sont plus éloignés du sommet que les plus jeunes feuilles. Dans les autres groupes cités, on pourrait imaginer un rapport inverse ; cependant, il arrive ici aussi que les plus jeunes bourgeons sont presque toujours plus éloignés du sommet que les plusjeunes feuilles, ou, en d'autres termes, entre le plus jeune rameau et le sommet, il y a encore les plusjeunes feuilles. Quand le rameau est axillaire, il est facile de concevoir que, si la formation des feuilles vient à cesser, le plus jeune rameau sera rencontré au-dessus de la plus jeune feuille, mais cela ne signifiera nullement qu'il soit né avant elle.

Si les feuilles produites sont extrêmement réduites, comme dans l'inflorescence des Graminées et de certaines Papilionacées (Amor^^ fruticosa), les rameaux pourront Être observables plus tôt que les feuilles dont ils occupent

(1)M. HofniBiBter»raroiB,ilest¥r«i, ieconlniire (Allgemeine Horphologie, I86S, p. 911). Mais depuis lors M. Leitgeb a démontré que les Housses font exception ï 1» règle poiéa p»r M. Hofmeister, et, de mon cftté. Je IrouTB partout, dans les rameaux végéuiifs et dans beaucoup d'inflorascences de Phanérogames, des Jeunes feuiltea au-dessus dos plus Jeune» bourgeons aiU-

2 1 6 MORPHOLOGIE DES MEMBRES. § n .]

l'aisselle; la même chose a lieu, d'après M. Hofmeister, chez les Casuarina^ Dianthus^ OrckUy Morio ei Salix {\). Enfin, dans les Crucifères, les rameaux floraux s'échappent de l'axe principal sans qu'il se forme de bractées ni avant ni après eux (fig. i24). Mais comme, dans la grande majorité des Phanérogames, tous les rameaux sont axillaires et postérieurs aux feuilles correspondantes, nous pouvons, en nous reportant aux principes de la théorie de la descendance, regarder les exceptions qui précèdent comme de faible importance. Les feuilles dont il s'agit ici, les bractées, perdent en effet leur signification physiologique, deviennent inutiles, et enfin disparaissent tout à fait ; or, dans ces circonstances, le caractère morphologique qui est commun à tout un groupe de plantes se trouve ordinairement altéré dans quelques cas particuliers.

Distinction entre Im ranilflcatlon latérale et la dichotomie. — Déjà ce

seul fait, que les rameaux naissent habituellement à une plus grande distance du sommet que les plus jeunes feuilles, suffit à les distinguer des branches dichotomiques qui doivent nécessairement apparaître au-dessus des plus jeunes feuilles. Mais, même quand la formation de la feuille ne devient observable qu'après celle du rameau correspondant, comme dans les inflorescences des Graminées, ou quand cette formation n'a pas lieu, comme dans les Crucifères, il est impossible de confondre la ramification latérale avec la dichotomique. La distinction est facile lorsque, comme cela a lieu dans les cas précédents, le cône végétatif dépasse notablement les plus jeunes rameaux et continue à s'accroître en ligne droite (fig. 107, 1G9). Elle est plus facile encore quand l'axe générateur se termine par une large face plane, comme dans les jeunes capitules des Composées; en efi'et, les rameaux, c*est-à-dire les fleurs, y sont si petits relativement à la branche mère, si éloignés au début de son sommet qui est le centre de la surface terminale, et si régulièrement disposés en tous sens autour de lui, que la branche mère se reconnaît avec évidence pour être le centre indépendant de toutes ces formations nouvelles. C'e^t le propre de la dichotomie, au contraire, que la branche mère cesse d'exister comme telle en formant à sa place deux branches également vigoureuses, tout au moins au début, et qui continuent l'accroissement longitudinal dans deux directions divergentes.

Si Ton voulait embrasser la ramification latérale du point végétatif et la dichotomie de son sommet dans une seule et môme expression, pour distinguer cette formation de branches initiales des formations de branches ultérieures qui ont lieu sur des parties âgées de la plante, tiges, feuilles ou racines, il conviendrait d'employer le terme ramification terminale^ que j'ai déjà employé dans ce même sens dans la première édition de ce Traité.

(]; £st-€0 dans l'axe d'inflorescence ou dans les rameaux végétatifs?

§ 25.] DÉVELOPPEMENT DES MEMBRES D'UN SYSTÈME HAMiFlË. «17

Diverse capacité de déveioppement des membres d'un système ramillè (1).

La ramification produit, nous l'avons vu, des systèmes de membres de même nom ; par elle une racine devient un système de racines, une branche, un système de branches, et quand une feuille se ramifie, elle devient une feuille composée, pennée ou palmée, une feuille séquée, partite, lobée, incisée, etc. Nous devons maintenant cherchera connaître les relations de forme les plus importantes d'un pareil système, en nous bornant pour le moment à considérer la grandeur relative et la capacité de développement des branches de divers ordres qui le composent. Nous pouvons ici laisser entièrement de côté les branches adventives, car il est bien évident qu'elles ne prennent aucune part à l'architecture de l'ensemble. Nous n'avons donc à nous occuper que des ramifications qui s'opèrent à l'extrémité végétative de la branche, de la feuille et de la racine, c'est-à-dire des ramifications . terminales.

l^lTlaioB des sysièmefl ramiflés ea dlcMotomleB et monopodiefl. ^ Ceci

posé, les ramifications terminales se laissent ramener, comme nous l'avons déjà montré dans le paragraphe précédent, à deux formes fondamentales ; le système ramifié peut naître en effet par dichotomie ou par poussée latérale. Nous appellerons dichotomies les systèmes ramifiés de la première espèce, et monopodies ceux de la seconde.

Un système rameux dichotome, une dichotomie, est produit d'après la définition donnée § 23, quand le sommet cesse de s'accroître dans la direction primitive pour se diviser en deux sommets nouveaux situés côte à côte et qui s'accroissent dans deux directions divergentes ; c'est ce que montre très-nettement la figure 125 (2). Les deux axes nouvellement constitués sont les branches de la bifurcation, et le membre qui les a produits en est le pied. Natu-

(I) Njegeli it ScHwerotKEi : Das Mikroskop. Leipzig, 1867, p. 599. — Hofmeister : Allgemeine Morphologie der Gewftcbse. Leipzig, 1868, § 7. ^ Kagphann : BoUnische Zeitong, 186U, p. 880. — Krads : medic-phys. Societat in Erlangen, h déc. 1870.

(2} Comme le mot « direction d'accroissement » est employé ici dans un sens plus rigoureux, il faudra consulter plus loin le paragr. relatif à la direction d'accroissement et à la symétrie.

Fig. 125. — Dichotomie du thalle du Dietyota dkhO' toma d'après M. NSgeli. Le défeloppemeut soit la série des lettres A-E; les lettres I-« indiquent les segmentations de la cellule terminale avant sa di« ehotomîe; 1 est la cloison qui produit la dichotomie; 2. 3, 4, 5, 6 les segments formés dans les deui nouvelles cellules terminales.

2i8 MORPHOLOGIE DES MEMBRES. § 23.1

rellement chaque pied ne forme qu'une seule fourche, mais chaque braïuîhe peut à son tour deyenir le pied d'une nouvelle bifurcation (1).

Une roonopodie prend naissance quand le membre générateur, continuant à allonger son sommet dans la direction primitive^ produit au-dessous de luiea série acropète des membres latéraux de même nom dont les axes sont obliques ou perpendiculaires au sien. Le membre générateur peut alors former qq grand nombre de membres latéraux, puisqu'il s'allonge à mesure qu'il se ramifie; il est leur pied commun à tous, d'où le nom de monopodie (fig. 109, 113, 124). Chaque branche latérale peut à son tour se ramifier suiyantle même mode et devenir une monopodie de second ordre. Ainsi, de même qu'une dichotomie peut présenter un grand nombre de bifurcations successives, une monopodie peut être composée d'une suite de ramifications monopodiques de diverses générations.

Ces définitions ne reposent que sur les premiers états de développemeat ' (les ramifications, elles sont tirées de. la période gemmaire du système ramifié. 11 n'est pas rare cependant que le caractère primitif des systèmes, soit dicbotomes, soit monopodiques, se conserve dans la suite du développement, parée que dans les dichotomies les deux branches sont également vigoureuses et se ramifient de la même manière, et que dans les monopodies l'axe principal continue à s'accroître plus vigoureusement que tous les axes latéraux et se ramifie aussi plus abondamment qu'eux. Mais il arrive très-fréquemment aussi que dans un système dichotomique certaines branches demeurent plus faibles que les autres, ou que dans un système monopodial certains axes latéraux, aussitôt après leur naissance, s'accroissent beaucoup plus vigoureusement et se ramifient plus abondamment que Taxe principal. Dans ce cas, le caractère originel du système ramifié perd de sa netteté à mesure que ce système se développe, et il peut arriver que tel système dichotomique prenne plus tard l'aspect d'une monopodie et inversement. On ne peut donc pas, de Taspect définitif d'un système ramifié, déduire sans réserves son mode d'origine, ni décider s'il est issu de dichotomie ou de ramification latérale. Il est par conséquent nécessaire que nous exposions ici d'une façon générale les principales modifications qu'un système ramifié peut subir, pendant qu'il développe ses membres et qu'il revêt sa forme définitive.

Développement dlTei« des systèmes dichotomiques. — Le développement

(1) Dans ]es Cryptogames pourvues de cellule terminale, on pourrait supposer que U dicbotomie doit nécessairement s*opérer par un dédoublement longitudinal de la cellule terminale. C'est efTectivement ce qui arrive quand la segmentation est transversale, comme le montre la figure iSo. Mais quand les segments sont disposés en deux ou trois rangées, il faudrait que cette cloisoo àt dédoublement partageât en deux Tangle inférieur de la cellule terminale, c'est-à-dire afiectltune situation qui semble, partout ailleurs dans la division cellulaire, être évitée avec soin. On peut concevoir cependant qu'une vraie diclMtomie prenne naissance autrement. Que Tancieone cellule terminale, après la formation d'une nouvelle cellule terminale à côté d'elle, change aassitôt ii direction de son axe d'accroissement, de façon que les deux nouveaux sommets divergent égale' ment par rapport à la direction primitive ; l'ancienne cellule terminale représente alors déaor« mais le sommet d'une nouvelle direction d'accroissement, et c'est là ce qui me parait sortoot essentiel pour distinguer une Dichotomie d'une Monopodie. Mutatis mutandis^ ceci s'appÜq»^ aussi aux Phanérogame», qui sont dépourvus de cellule terminale.

§ 25.] DÉVELOPPEMENT DES MEMBRES D'UN SYSTEME HAMIFIE. 2i9

des systèmes dichotomiques peut être bifurqué ou sympodique. Le système dichotomique est bifurqué quand, à chaque bipartition, les deux branches se développent avec la même vigueur^ comme dans la figure 126 A. Il est sympodique quand, à chaque bipartition, Tune des branches se développe plus puissamment que l'autre ; dans ce cas les pieds des dichotomies successives forment en apparence une lige principale dont les petites branches des fourches paraissent être les rameaux latéraux (fig. 126, B^ C) ; cette tige principale apparente, composée en réalité des pieds des dichotomies consécutives placés bout à bout, s'appelle un sympode. Ainsi en B le sympode est composé des branches de gauche /, /, /, des dichotomies successives ; en C il est formé alternativement par les branches de droite et de gauche /, r, /, r. Il n'est pas bien certain que le cas représenté en B, et que, vu son analogie avec certains systèmes monopodiques, on pourrait appeler dichotomie scorpioïde, se rencontre e£rectivement dans la nature; cependant il existe vraisemblablement dans la feuille de VAdiantum pedatum. Au contraire, le mode de développement figuré en C est général pour les tiges des Sélaginelles et, à cause de sa ressemblance avec certains systèmes monopodiques, ou peut le désigner sous le nom de dichotomie héliçoïde (1).

liéTcloppemeiit dlTem de« systèmes monopodiques. —-Un Système monopodique peut se développer en forme de

grappe ou en forme de cyme; de son côté le développement en cyme peut être en apparence dichotome ou polytome, ou bien être sympodique.

Grappe, — Il y a grappe, quand, dans un système monopodique au début, la branche mère, déjà plus puissante à l'origine, continue de s'accroître plus vigoureusement que tous ses rameaux latéraux et quand chaque rameau de premier ordre se comporte de la même manière vis-à-vis de ses rameaux latéraux de seconde génération, et ainsi de suite ; cela est très-net, par exemple, dans les tiges de laplupart des Conifères, notamment des Pinus, Araucana, etc., et dans les feuilles découpées des Ombellifères.

Cyme. — Il y a cyme, quand, dans un système monopodique, chacun des rameaux latéraux, à l'origine plus faible que la branche mère, commence de bonne heure à s'accroître plus vigoureusement et par conséquent se ramifie plus abondamment que cette branche, qui alors cesse ordinairement bientôt de

Fig. lî^. — - Figure théorique représeiitaut le» divers modes de développement d'une diehotomie* Af une dichotomie biforquée ; B, une dichotomie scorpioîdc; C, une dichotomie héliçoide.

(1) Sur les inflorescences dichotomes^ voir livre TT, Phanérogames.

s'allonger. On distingue deux formes principales de cymes, suÎTant qu'il s y forme ou non un sympode.

Cyme dichotome ou polytome^ c'est-à-dire bipare ou multipare, *- Quand il nait au-dessous de Textrémilé végétative d'une branche deux, trois ou de plus nombreux rameaux qui se développent dans diverses directions plus vigoureusement que la branche mère, laquelle cesse bientôt de s'accroître, il se forme une fausse dichotomie, trichotomie ou polytomie. La Ogure 127 représente, par exemple, la formation d'une fausse dichotomie. La branche 1 produit les rameaux // el II" d'abord plus petits, ensuite beaucoup plus grands qu'elle, tandis qu'elle même cesse de s'allonger ; la même chose a lieu ensuite pour 77/ et /77'. Ces sortes de fausses dichotomies, qui se présentent fréquemment dans les inflorescences des Phanérogames, ont été nommées dichases par H* Schimper.

Au lieu de deux rameaux latéraux s'allongeant dans deux directions opposées, il peut arriver aussi que trois ou un plus grand nombre de rameaux disposés en vrai ou faux verticille se développent plus vigoureusement que leur branche mère. Il nait alors un système en forme d'ombelle ou de corymbe, comme cela se voit notamment dans les inflorescences de nos Euphorbes indigènes. Un pareil système peut être appelé une cyme corymbiforme.

Cyme sympodique^ c'est-à-dire unipare : scorpioîde ou héliçoïde. — Le dévelop* pement sympodique d'un système monopodial a lieu quand un seul rameau latéral se développe chaque fois plus vigoureusementque la partie de labranche mère située au-dessous de son insertion ; c'est ce que montre, par exemple, la flgure 128 A, où le rameau latéral 2,2 se développe plus vigoureusement que la partie 2,1 de sa branche mèrer, et ainsi de suite. Ordinairement les portions de tous les rameaux successifs situées au*dessous du point où ils se ramifient de nouveau, se développent plus fortement que leurs portions terminales, ce qui est indiqué dans la figure 128 par des traits plus gros. Souvent même ces portions terminales, marquées en traits plus fins, meurent de bonne heure. Alors les portions basilaires plus épaisses des divers rameaux qui procèdent successivement l'un de l'autre se placent d'habitude dans le prolongement Tun de l'autre, paraissent être un tout homogène, une branche principale le long de laquelle les portions terminales des axes successifs paraissent autant de rameaux latéraux régulièrement échelonnés. Cet axe principal apparent s'appelle le sympode du système. Ce sympode est composé, par exemple dans la figure 128 ^, des portions de rameaux successifs compris entre i-2, 2-3, 3-4, 4-5 ; les portions terminales grêles des rameaux 1 , 2, 3 sont rejetées latéralement.

En outre la comparaison de C avec A dans la figure 128 montre qu'entre un

système monopodial sympodique et un système monopodial dichotomique, il n'y a qu'une seule diJDférence ; c'est que, dans le dernier, chaque branche produit non pas un seul, mais deux rameaux latéraux plus vigoureusement développés. Si l'on imagine qu'en C l'une des deux branches avorte constamment, alternativement celle de droite et celle de gauche^ on obtient la figure i4, qui se transforme ensuite facilement enB.

Les systèmes monopodiaux sympodiques, ou cymes unipares, se présentent sous deux formes, suivant que les rameaux latéraux qui continuent le dévelop-

Page 1