‹ Traité de botanique générale (volume 2)Chapitre 12 sur 64 · SYMÉTRIE ASCENDANTE DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL · texte numérisé non relu

SYMÉTRIE ASCENDANTE DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

Comment se produisent dans leur innombrable variété les végétaux des ordres inférieurs? D’où partent et où vont ces myriades de corpuscules qui, poussés par une force inconnue, semblent attendre pour se développer qu’ils aient trouvé un milieu propre à leurs conditions particulières d’existence? C’est ce que nul ne sait ; et dans son besoin de trouver une explication à toutes choses, l’homme, cherchant à soulever le voile qui cache ces mystères, enfante des théories qui aboutissent, après de longs débats, à une même incertitude. Exposons ces diverses hypothèses, qu’on a poussées au delà, sans doute, des limites assignées par la raison à toute généralisation.

Harvey, le premier parmi les modernes, a dit formellement que les animaux et les végétaux naissent tous « soit spontanément, soit d’autres êtres organisés, soit en eux, soit de parties d’entre eux, soit par la putréfaction de leurs excréments; qu’il est général qu’ils tirent leur origine d’un principe vivant, de telle sorte que tout ce qui a vie ait un élément générateur, d’ou il tire son origine ou qui l’engendre.»

Tréviranus dit que « la matière organisée, dépourvue de forme par elle-même, mais apte néanmoins à prendre celle de la vie, conserve une forme déterminée sous l’influence des causes extérieures, n’y persiste qu’en tant que ces causes continuent d’agir, et qu’elle en prend d’autres dès que de nouvelles causes influent sur elle. »

« Les êtres organisés, dit Tiedemann, sont produits par leurs semblables, ou doivent naissance à la matière des corps organisés en état de décomposition... La puissance plastique de la matière ne s’éteint pas après la mort ; elle conserve la faculté de revêtir une nouvelle forme et de se montrer apte à jouir de la vie. La mort ne porte donc que sur les individus organiques, tandis que les matières organiques entrant dans la composition de ces êtres continuent à pouvoir prendre forme et recevoir vie. »

Telle est la théorie des savants qui croient que la matière orga-

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES. 143

nisée est apte à entrer, après la destruction de sa forme définie, dans des combinaisons nouvelles.

Spallanzani pensait que ces êtres nouveaux tirent leur première origine de principes qu’il appelle corpuscules préorganisés. Le savant Cuvier croyait à la préexistence du radical de l’être qui existe avant la série des évolutions ; mais il avoue que la reproduction des êtres est un problème à jamais incompréhensible pour notre esprit.

Quant au célèbre Bonnet, il croyait fermement que les germes sont emboîtés les uns dans les autres indéfiniment, et il ne fait sur ce point aucune concession.

On croit aujourd’hui à la diffusion, à travers l’espace, de myriades de corpuscules ou de germes, qui attendent pour naître à la vie qu’ils se trouvent dans des conditions favorables. Sans préjuger sur cette grave question, on peut admettre que chaque organisme a sa loi, et que ses variations gravitent entre certaines limites, sans qu’il y ait pour cela cependant fixité éternelle; bien loin de là, certaines formes ne se produisent qu’après que d’autres ont disparu, et ces métamorphoses s’effectuent par la puissance de la loi d’évolution, inexplicable en principe, mais démontrée par les faits.

Exposons donc succinctement la série des faits propres à jeter du jour sur cette question. Il faut reconnaître que les lois qui président à la vie des êtres primordiaux ne sont pas absolument les mêmes que chez ceux d’un ordre plus élevé, qui ont besoin pour soutenir leur existence d’appareils assimilateurs compliqués, et chez lesquels la vie est un mouvement continu sans qu’il y ait possibilité de la suspendre, ne fût-ce qu’un seul instant. Nous voyons, au contraire, les nostocs, quelques jungermannes, subir une dessiccation complète et prolongée, et revenir à la vie par la plus simple humectation. Chez les animaux, tels que les tardigrades, cet exemple est vulgaire. Il faut donc qu’il y ait en eux une puissance vitale qui résiste bien énergiquement à la destruction, pour que les causes qui entraînent le plus communément l'extinction de la vie, chez les autres êtres, n’aient aucune influence sur eux.

Ce qu’on a itérativement constaté, c’est l’état d’indifférence dans lequel se trouve la matière organique à son point de départ ; elle flotte entre l’animal et le végétal. On ne sait, en effet, auquel des deux règnes rapporter certains êtres inférieurs ; car l’on voit les conferves se former de globules libres, doués d’un mouvement spontané.

^ 1 1 généralité de la botanique.

Le travail de M. Ungersur le moment de l'animalisation des zyanema onfirme cet état d’incertitude entre les deux formes. Il est œpenant un fait : c est que, dans les liquides destinés à l’étude des microscopiques, les générations animales ne sont pas contemporaines des apparitions végétales, et celles-ci ne commencent à se produire que quand tous les animaux ont disparu, ce qui semblerait établir un antagonisme réel entre les deux règnes. Ce serait donc à la desliucfion des éléments organiques animaux que les organismes végéaux devraient naissance? C’est ce qu’on est obligé d’admettre du moment que 1 on a reconnu l’absence de contemporanéité entre eux Nous voyons la matière verte de Priestley se développer dans les liquides exposes à l'influence de la lumière, môme en Absence de ai . Les conferves apparaissent dans toutes les circonstances où des quides reunis en masse sont soumis à l’action des milieux ambiants • elles naissent meme dans des solutions alcalines. Retziusvit s’en dé-

di t°illée r Tf'T Une S0l f i0nde chl0 ™'' e ^ baryum dans de l’eau s dlee abandonnée pendant six mois dans un flacon bouché à

emeri. 11 se forme, au bout d’un temps très-court, des filaments

confervoidesdans l’eau de Sedlitz artificielle; les matières organiques

amoi jdies, appelées ; barêgme, et qui se trouvent dans les eaux sulfu-

fau l'in' l ep ° Sent par !e refroidissement des eaux, mais il S mgiid tes matières organisées spéciales que M. Fontan de uchon, a désignée sous le nom de ml fur aire pour lese aux sulfurées et qui ont reçu d autres noms à Neris, à Plombières, à Vichv etc mais qui sont toujours des algues oscillariées et des substances organiques amorphes, nommées ml fur ou, hydrose, etc., qui, par leur composition, se rapprochent un peu des albuminoïdes. 1

e nostoc, qui se développe sur la terre comme une gelée animale ;

au^oint^ùTa qU1 Wgete SUr * a “ eige q "‘ C0UVre la cime des raonts > au point ou la vie organique semble avoir cessé; les conferves et les

batrachospermes, qui naissent sur certaines espèces de poissons et

de mollusques prouvent beaucoup en faveur de la génération primihve, qu, s applique aux diatomacées, véritables animaux-plantes, aux ucacees et aux lichens, toujours avec cette réserve, que chaque groupe

nant I? f ° rm ': s . :slra P les > se composant de plus en plus, etternfi-

se rentdn‘ire Par e “' e ® plUS com P lexe - ^ j«“i‘ de la propriété de se reproduire par gemmation ou par fissiparité, et les plus élevés par des spores (Voir PI. 14, 15, 16 et 17), p

COMPARAISON DES DEUX REGNES

Les eaux présentent d’abord les organisations primitives propres aux eaux douces, et plus rarement aux eaux salées, telles que des charas, des ulves, etc. : ce sont les pygmées de l’ordre; les eaux marines nourrissent exclusivement les floridées et les fucacées. Les lichens appartenant aux groupes inférieurs se développent sur des rochers nus, au milieu des mers, sur des points où aucun être vivant n’a pu en apporter les germes, et se succèdent ensuite clans un ordre régulier. Ce sont les premiers organismes qui s’attaquent aux corps bruts et les détruisent ; quelques-uns cependant se développent sous les tropiques, sur les feuilles de plantes toujours vertes. Après eux viennent les champignons, qui affectionnent les corps organisés en état de maladie ou de décomposition. On trouve parmi ces derniers une telle variété de formes et de stations, accompagnées de circonstances si singulières, qu’on peut douter de leur production par des germes répandus dans les airs. Comment expliquer autrement que par la génération primitive la présence des mucédinées, qui ne se développent que quand il existe, dans le lieu où elles se trouvent, un corps en décomposition? Dutrochet, partisan de la panspermie , ou de la diffusion universelle des germes, a fait développer des botrytis et des monilia dans des dissolutions d’albumine et de fibrine, et dans de l’eau distillée de laitue mêlée à des alcalis ou à des acides. Il obtint des moisissures articulées, tantôt avec les premières, tantôt avec les secondes. La plupart des substances animales ou végétales en état de décomposition, telles que le pain, les fruits, le fromage, le bois, le cuir humide, etc., se couvrent de byssacées. Leur développement à l’extérieur des corps ne serait qu’une preuve secondaire, si la variété des formes suivant les corps ne compliquait la difficulté. D’autres ont des stations spéciales et ne se trouvent pas ailleurs : on peut citer le coremium citrinum, qui forme de petits groupes jaunes sur les excréments de souris ; Xisaria felina , qui se développe sur les déjections de chat. Certaines espèces de sphéries et à’isaria ne croissent que sur des cadavres d’insectes : tels sont Xisaria sphyngum, qui a pour station unique les cadavres des papillons de nuit ; Xisaria aranearum, ceux des araignées; Xisaria crassa, les chrysalides; Xisaria eleutheratorum, certaines espèces de carabes. Pourquoi ne rencontret-on Xonygena equina que sur les sabots de cheval en décomposition? D’autres se développent sur des animaux vivants, mais sans doute en état de maladie : la muscardine des vers à soie est dans ce cas.

Botan., T. I. 10

GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE

Les conditions pathologiques dans lesquelles se trouvent certains êtres donnent souvent encore naissance à des champignons microscopiques qui se développent dans les cavités closes : tels sont ceux trouvés clans les cellules aériennes d’une cigogne, par M. Heusinger, et par M. Mayer, à la surface du poumon d’un geai. Certaines plaies gangréneuses donnent aussi naissance à des moisissures. Il s’en développe dans les citrons, sans qu’ils aient été ouverts, et au centre de la masse compacte de certains fromages. Le célèbre forestier Hartig a trouvé des petits champignons, qu’il a appelés nyctomycètes, dans les cavités du ligneux d’arbres dont les couches extérieures étaient parfaitement saines, et il affirme qu’ils ne produisent pas de spores. Marklin a trouvé le blanc d’un œuf de poule converti en sporotrichurn. Ajoutons-y cette longue série de champignons qui croissent sur les végétaux malades et qui sont de genres et d’espèces différentes suivant la nature de la plante, ou même la partie affectée. Parmi les gymnomycètes, nous avons les urédinées, qui causent la carie des grains et attaquent les violettes, les œillets, les groseilliers, à la surface inférieure des feuilles desquelles elles se trouvent ; les œcidium, qui se développent sur les feuilles des borraginées, des cirsium, des épilobes, des renonculacées, etc.; les puccinia, sur les feuilles de certaines composés, de la bétoine, du pigamon des prés ; les fusidium, sur les feuilles des arbres, les tubercules de pomme de terre malades ou en état de décomposition; le spermœdici de Fries, qui paraît être la cause de l’ergot du seigle et peut-être aussi de celui du maïs. Aux hyphomycètes appartiennent, outre les mucédinées, les hypha et les lanosa, qui se développent au milieu des brouillards d’automne et dans les mines, où l’air est chargé d’hydrogène ; les mycodermes, qui se produisent dans les solutions chimiques; les rliacodium , qui tapissent les tonneaux et les poutres des caves de leurs longues ramifications noires ; le rhizomorpha, qui obstrue les conduits destinés à la circulation des eaux, et croît dans des mines profondes, dans des fissures du sol, entre les couches de houille hermétiquement closes, etc., etc.

Un fait qui vient à l’appui de l’influence des conditions ambiantes sur le développement des êtres, est l’expérience de Gleditsch. Ayant rempli de pulpe de melon des pots bien nettoyés et préalablement chauffés, qu’il couvrit ensuite d’une gaze, il obtint des byssus et des tremelles dans ceux qu’il avait placés dans un lieu sec et élevé,

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

et des mucorinées dans ceux qui se trouvaient dans un lieu bas et humide. Le papier exposé à l’humidité se couvre de plaques roses, jaunes, noires, qui sont autant d’organismes différents, ce qui tient à l’hétérogénéité des substances qui entrent dans la composition du papier, et dont chacune s’organise à sa façon.

Comment se reproduisent ces infiniment petits? Les plus grands par des spores, et les microscopiques de l’échelle inférieure, par gemmation, le premier mode de génération.

On se demande où s’arrête la génération primitive ; la question est encore pendante devant le tribunal de la science ; le temps seul et la persévérance des observateurs parviendront sans doute à porter la lumière dans ces ténèbres.

Le monde végétal est aujourd’hui arrivé à sa fixité : il n’oscille plus qu’entre d’étroites limites ; ce ne sont plus les grandes formes qui changent, ce sont les mille détails accessoires de la forme qui sont devenus les jeux du milieu ambiant, ou le résultat des transmissions héréditaires, ayant une même origine, mais plus éloignée. Aussi, tant que la terre restera dans cet état d’équilibre si propre à l’entretien de la vie, il n’y aura pas d’altérations profondes dans les types; il faudra qu’une perturbation nouvelle, en changeant toutes les lois qui régissent le monde actuel, change les conditions d’existence des êtres vivants ; alors, tout sera modifié ; car il existe dans le règne organique, qui comprend les animaux et les végétaux, une si étroite solidarité, que rien ne peut changer dans cette longue chaîne sans que le reste n’éprouve d’altération.

Pour bien connaître la signification du règne végétal, il faut en étudier les lois d’évolution, et l’on y reconnaîtra, comme loi première, que tout le règne végétal peut se résumer en trois grands groupes : les acotylédones, ou végétaux asymétriques (en en exceptant les vasculaires), et les symétriques, qui comprennent : les monocotylédones ou végétaux articulés ; et les dicotylédones ou végétaux axillaires. Les trois planches d’ensemble (Atl. I, PL 8, 9 et 10), destinées à exposer graphiquement cette pensée, présenteront synoptiquement les caractères qui distinguent ces trois groupes répondant à une triple série d’évolution, et parallèlement aux trois séries animales : radiaires, articulés et vertébrés.

Les radiaires (Pi. 8, fig. 6 à 10) et les autres animaux inférieurs n’ont pas d’axe ; on trouve dans cette série tous les jeux bizarres de la

GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE

nature pour arriver à une forme définie. La plupart des organes propres aux êtres supérieurs manquent ou sont de figure étrange : ce sont des poches, des sacs, des étoiles, des tubes, des masses presque amorphes comme certains mollusques ; il semblerait que la puissance plastique, qui a réuni ces éléments, cherchât péniblement une forme et ne la cherchât d’abord pas dans la symétrie ; enfin ils se multiplient par division ou par bourgeons. Les acotylédones sont dans le même cas; depuis les algues jusqu’aux lichens (PI. 8, fîg. 3, 4 et 5), ce sont des êtres polymorphes, gracieux parfois, étranges toujours, affectant toutes les figures et toutes les couleurs. A mesure que l’on s’éloigne de ces groupes inférieurs, les formes se régularisent sans pour cela devenir réellement axifères : on trouve cependant dans les fougères certains genres qui non-seulement se dressent comme des palmiers, mais se bifurquent ; ce n’est pas néanmoins un appendice raméal, une branche implantée sur le tronc : c’est un simple dédoublement. Des gemmes, des spores, sont le mode ordinaire de reproduction des êtres de cette classe.

Dans les articulés et les annelés (PL 9, fîg. 4, 5, 6 et 7), on retrouve le second type : les annelés sont composés de segments dont chacun semble être construit sur le même plan et paraît être la reproduction de celui qui précède ; les plus élevés dans l’ordre des articulés sont également composés d’anneaux qui concourent cependant à former une unité organique limitée. La sexualité s’élève aussi, et à l’hermaphrodisme succède la diclinie ou séparation des sexes.

Les monocotylédones correspondent aux articulés en ce qu’ils présentent, comme eux, des articulations réelles, des nœuds : tels sont les palmiers, les graminées (PL 9, fîg. 1, 2 et 3), et si les autres ont une tige simple en apparence, comme les liîiacées, les narcissées, etc. (car c’est la hampe qu’on prend pour la tige), ce sont, au lieu d’articulations, des emboîtements qui rentrent dans le même mécanisme. Le pandanus odoratissimus et l’asperge dévient de cette loi commune : ils ont une tête ramifiée, mais ce ne sont pas des branches, c’est un simple épanouissement de la tête de l’arbre ou du bourgeon, ce qui n’infirme en rien la loi d’analogie.

Les vertébrés (Pi. 10, fîg. 2 à 5) ont non-seulement un axe solide, mais des appendices latéraux; chez eux, la séparation des sexes est constante; les dicotylédones (fîg. 1 et 6) sont dans le même cas sous le rapport appendiculaire : la tige, qui forme l’axe ; sert de base à des

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

rameaux qui deviennent à leur tour des axes nouveaux subdivisés en ramilles portant des fleurs et des fruits. Toutefois, la plante axillaire diffère de l’animal vertébré en ce que celui-ci, malgré sa structure complexe, est un être simple, tandis que le végétal est comme un polypier dont chaque rameau peut se détacher et donner naissance à un individu nouveau. L’hermaphrodisme est la loi que la nature a imposée à ces êtres privés de mouvement : la séparation des sexes est une rare exception.

Le parallélisme du végétal et de l’animal semble assez bien prouvé pour qu’on doive regarder les lois de la nature organique comme étroitement liées entre elles, et qu’on sente le besoin de ne jamais dissocier ces deux grands règnes, si l’on veut devenir naturaliste.

On retrouve, dans divers groupes des trois classes, des répétitions de forme qui frappent assez vivement l’esprit pour qu’on y voie la reproduction de la même idée : ainsi, les équisétacées ont la plus grande analogie avec les casuarina; les fougères et les cycadées, avec les palmiers; les mousses et les hépatiques, avec certaines podostémées; les naïadées, avec les characées.

Le seconde loi, dépendance étroite de la première, est celle de l’ascendance symétrique de la forme dans chaque classe (Atl. I, PL 11,12, 13, 14, 15, 16 et 17).

Prenons pour exemple les champignons, qui ne sont, au bas de l’échelle végétale, que des filaments déliés (PL 14, fîg. 13 et 14), que des granules jetés sans ordre sur un réseau asymétrique ; passons aux urédinées, dont les spores sont contenus dans les enveloppes protectrices (fîg. 15) ; de là montons aux lycoperdées (fig. 24), qui ne sont que l’exagération des précédentes, une masse cellulaire sans forme; nous avons cependant déjà un progrès, puisque les spores sont renfermés dans un péridion et que la nature a pourvu à la sûreté de la reproduction ; en arrivant aux agarics (fig. 25) et aux bolets, on trouve des formes plus régulières, et, jusqu’à un certain point, approchant de la symétrie; quelques genres, comme les clavaires, affectent des formes laciniées plus élégantes, sans variété dans les appareils de la vie de nutrition ou de reproduction; ce sont des êtres simples entre tous. Les algues (PL 14, fig. 1 à 9 et PL. 8, fig. 4, 5) s’allongent en frondes, mais elles partent d’un empâtement commun, sans plan ni symétrie : ce sont parfois des franges gra-

GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE

cieuses, sans que rien justifie cette disposition qui ne répond pas à un axe, mais à une ramification capricieuse. Les lichens (PL 14, fig. 10, 11 et 12) et les hépatiques (PL 15, fig. 1 à 5), plus avancés dans l’échelle végétale, commencent par de simples plaques crustacées, puis membraneuses ; enfin, ils finissent par des frondes dressées, arboriformes, sous des dimensions microscopiques pourtant, et semblent clore la série réellement amorphe, bien que déjà les hépatiques forment le passage aux mousses. Les mousses (PL 15, fig. 6 à 10), quoique foliifères, n’en sont pas moins d’un ordre inférieur, car elles simulent un axe, mais n’en ont réellement pas. Ce sont des rosettes de feuilles emboîtées les unes dans les autres, et que surmonte un pédicelle qui est vulgairement appelé tige, mais qui ne mérite pas ce nom, puisque, dans le plus grand nombre de genres, il est annuel. Les lycopodiacées (PL 15, fig. 13 et 14) sont dans le même cas; mais elles ont une espèce d’axe ou de rachis portant des feuilles, et qui se divise en nombreux rameaux. Si l’on admet la soudure des verticilles de feuilles, on aura une tige articulée, ce qu’on trouve dans les chara (PL 14, fig. 8), qui affectent cette forme; ils répondent, ainsi que les prêles (PL 15, fig. 15), à la loi d’ascendance qui veut que dans chaque grand groupe il y ait une sorte de résumé de l’ensemble. Ainsi, les chara ressemblent un peu aux prêles par la disposition de leurs appendices verticillés, et ces dernières ont, outre leur tige articulée, des rameaux qui le sont également et, de plus, sont disposés en verticilles. Les fougères (PL 15, fig, 11 et 12), par les espèces arborescentes, sont le passage qui conduit des acotylédones aux monocotylédones, en négligeant les groupes inférieurs, pour arriver aux palmiers (PL 14 et 15, ascendance des formes dans les acotylédones).

On trouvera peut-être que ces coupes sont arbitraires et tracées à bien grands traits, mais on ne peut nier qu’elles ne soient vraies, au moins dans leurs généralités, et c’est là le plus important, car les anomalies ne prouvent rien contre la règle, et l’ascendance des formes est manifeste dans l’acotylédonie, et dans chaque groupe de cette classe, comme dans les autres classes et les autres êtres; on peut s’en convaincre par les types figurés PL 14 et 15. On y doit remarquer que les groupes, qu’on a appelés improprement familles, sont de véritables classes ; c’est pourquoi on peut fort bien, en les étudiant, pénétrer dans le mystère de la loi d’ascendance. La repro-

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

duction n’a pas d’autres caractères qu’une simple émission de gemmules, si l’on peut appeler ainsi les spores qui viennent sans le secours apparent de la fécondation, et qui affectent le principe binaire et ses multiples, comme on le voit dans la figure (PI. 11, fig. \ à h).

Il en est de même dans le règne animale partez de l’infusoire, qui a, lui aussi, son ascendance, malgré son apparente simplicité ; passez aux radiaires, dont les plus infimes ressemblent aux conferves, et qui s’élèvent de proche en proche jusqu’aux échinodermes, qui sont les plus compliqués; des tuniciens passez aux mollusques, et dans ce grand type, des acéphales, comme l’huître, aux céphalopodes, comme la seiche, et vous trouverez qu’il y a dans chaque groupe, entre les animaux qui les composent, la distance qui sépare les êtres les plus parfaits des plus rudimentaires; là aussi on trouve le principe binaire et ses multiples (PI. 11, fig. 5 à 10). Il faut donc considérer, dans les deux règnes, l’ensemble des animaux et des végétaux comme un seul et même être-type transformé à l’infini, en passant par trois grandes phases, tendant toutes à la symétrie partielle d’abord, générale ensuite.

Quand on arrive aux monocotylédones, l’ascendance (PI. 16) est, sinon plus obscure, du moins plus confuse, surtout dans l’état actuel des méthodes; on manque de critérium pour juger de la perfection successive des types, et l’on se borne à prendre pour point de départ une base arbitraire. On ne s’est point attaché à chercher les grandes lignes qui répondent aux lois de l’analogie, et les principes élevés qui devraient être les phares de la science; en un mot, on n’a pas synthétisé l’idée d’un type général dans les végétaux ; on a voulu faire entrer linéairement dans la méthode les petits groupes anormaux : de là vient la confusion. Il est donc impossible de suivre par la pensée l’idée d’un type à travers ce dédale. Cependant, en suivant la méthode empirique des ressemblances dont nos plus grands zoologistes, tels que Buffon, Cuvier, ont tiré un si grand parti, on arrive à saisir une idée au milieu de ce chaos, et l’on reconnaît que l’idée la plus élevée de cette classe doit être : périgone externe, 3 sépales ; périgone interne, 3 pétales ; étamines 6, stigmates 3, ovaires à 3 loges (PI. 12). Les nombres 3-3-3 sont la préparation ascendante, les autres nombres ne sont que des anomalies. Les végétaux acolylédones finissant aux fougères devraient commencer aux palmiers, dont les sexes

GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE

sont souvent séparés sur deux sujets différents : tel est le dattier; on voit donc encore, dans ces groupes, la sexualité flottante et incertaine. Cependant on les a séparés par des familles presque normales et hermaphrodites. Les typhacées aux fleurs monoïques, dont les enveloppes sont à peine ébauchées, ont déjà normalement 3 étamines, ce qui est une tendance vers la régularité. Il faut prendre ensuite les familles à fleurs imparfaites dans lesquelles les nombres 3 ou 6 sont régularisés : nous trouvons d’abord les graminées (PL 16, fig. 1) et les cypéracées, dont presque tous les genres sont hermaphrodites; dans les premières ils ont communément 3 étamines, d’autres fois plus, mais toujours des multiples de 3 (6,12), et 1 ovaire à 2 styles. Les cypéracées sont plus régulières : elles ont 3 étamines, 3 stigmates, 1 ovaire trigone et un fruit trigone. Les restiacées (fig. 2), dont le périgone est glumacé, offrent anormalement les 2 nombres 2 —3, et se trouvent moins avancées dans l’échelle symétrique. Les joncinées (fig. 4), à fleurs hermaphrodites et à double périgone régulier, présentent déjà les nombres 3—6 pour les étamines, 3 stigmates, 1 ovaire à 3 graines ou triloculaire-polysperme; on voit déjà que les types se symétrisent. Les commélinacées et les butomées (fig. 3) suivent la même loi, mais leurs enveloppes florales sont colorées. Les asparaginées, dont la fleur offre un double périgone, présentent déjà le nombre 6, quelquefois cependant mêlé au nombre 8 pour ses organes mâles; puis, viennent en foule, à la fin de cette grande classe, les colchicées, les pontédéracées, les dioscorinées (fig. 6), les liliacées, (fig. 5), les broméliacées, les narcissées (fig. 8), qui ont pour caractère constant un périgone double concolore, dont chacun a trois divisions, 6 étamines, 1 ovaire à 3 loges et le plus souvent triangulaire, enfin les palmiers (même PL 16, fig. 12). Toutes ces familles sont normalement symétriques ; Lascendance n’est donc que les divers degrés qui conduisent à la symétrie et à la perfection de l’idée du type végétal, qui est la régularité, et la réunion des sexes dans une même enveloppe se traduisant, pour les monocotylédones, par le nombre 3, ou son multiple 6, dans l’appareil floral et reproducteur.

Tout ce qui reste en dehors de cette grande loi est anormal, et l’on ne peut considérer que comme des aberrations du type régulier les aroïdées(Pl. 16, fig. 11), les musacées (fig. 10) et les orchidées, qui ne ressemblent à rien, et dont les affinités sont non-seulement obs-

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

cures, mais encore impossibles à établir. Cependant on trouve dans la première famille un ovaire triloculaire ; dans les amomées, un calice trisépale, une corolle combinée avec 3 staminodes pétaloïdes et un ovaire triloculaire; les orchidées ont, malgré leur irrégularité, 3 sépales, 3 pétales, 3 anthères, dont deux avortées et à l’état de staminodes, et un ovaire à 3 loges. Mais, comme il y a dans ces familles des anomalies de nombre, elles ne peuvent pas entrer dans la série linéaire sans interrompre la gravitation vers la symétrie.

Dans le règne animal, même obscurité : on trouve cependant aussi, dans les articulés, une ascendance incontestable et une dissemblance d’autant plus grande entre les anneaux ou articles qui composent leur corps, qu’ils s’élèvent plus dans l’échelle des êtres. Les entomozoaires sans organes ambulatoires, tels que les intestinaux et les annélides apodes, comme les sangsues (PI. 9, fig. 6), conduisent aux sétigères, qui ne rampent plus et ont mode mixte d’ambulation ; de là aux articulés pourvus de pieds (PI. 9. fig. 4), il n’y a plus que peu de distance. Plus on s’élève en passant des arachnides aux myriapodes, de ceux-ci aux crustacés, et enfin aux insectes hexapodes, plus l’ascendance et la symétrie sont faciles à suivre. On reconnaît donc une tendance manifeste vers deux buts : la fixation, à la partie postérieure du corps, des appareils de la sexualité qui affectionnaient toutes les positions imaginables, et la symétrie entre les divers organes. Le nombre des yeux et des pattes devient fixe : au lieu de 8,5 (en comptant les yeux lisses et les yeux à facettes comme formant cinq appareils), ils se trouvent réduits à 2, composés de cellules polygones et placés de chaque côté de la tête; et les pattes, qui variaient depuis 2 à 300 paires jusqu’à 14, 10, 8, sont irrévocablement fixées à 6, 3 de chaque côté (PI. 12, fig. 1, 2, 3) ; les organes de manducation sont des mâchoires régulières; le corps est composé de deux parties similaires réunies par une soudure médiane; enfin, toute la série devient symétrique.

Si la loi de symétrie, qui se confond avec celle d’ascendance, dont elle n’est que l’instrument, est obscure dans les monocotylédones, elle l’est plus encore dans les dicotylédones, quatre à cinq fois plus nombreuses (Atl. I, PI. 17, fig. 1 à 12). On reconnaît cependant que la loi de symétrie est fondée, malgré toutes les lacunes et les interruptions qui interrompent la série, sur la présence d’un double périanthe et la division régulière de toutes les parties de la fleur, enve-

GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE

loppes et organes générateurs, en 5, avec l’hermaphrodisme comme loi dominante (PI. 13, fig. 7, 8, 9). Nous trouvons en tête de la série des familles diclines ou dioïques, des fleurs incomplètes et des organes générateurs en nombre variable, mais le plus souvent multiples de 2 : tels sont les conifères (PL 17, fig. 1) et les amentacées (fig. 2). On ne tarde pas à trouver l’hermaphrodisme comme loi fixe, et les nombres 4-5 se présentent au lieu de 2, ainsi que cela se voit dans les santalacées et les urticées (PI. 17, fig. 3). Une fois arrivé auxnyctaginées, l’hermaphrodisme est établi dans toute la série, à quelques rares exceptions près, et le nombre 5 devient dominant ; si ce n’est pas toujours dans le nombre des étamines, qui est très-souvent double de celui des organes protecteurs, comme nous l’avons vu dans les monocotylédones, c’est dans celui des enveloppes florales, qui affectent la forme symétrique. Les principales familles dans lesquelles ce nombre se retrouve avec constance, sont : les plantaginées (PI. 17, fig. 6), les primuiacées (fig. 7), l’immense famille des solanées, les borraginées, les gentianées (fig. 8), les apocynées, les campanulacées, les cucurbitacées, les composées, qui forment la plus grande famille de tout le règne végétal, les ombellifères, les géraniacées (fig. 10), les malvacées (fig. 9), les rosacées (fig. 11), dans lesquelles on trouvé pourtant aussi le nombre 4, et les papilionacées (fig. 12), dans lesquelles les enveloppes florales affectent avec le plus de constance le nombre 5, et dont les étamines, quelles soient distinctes ou soudées entre elles, n’en offrent pas moins constamment le nombre 10. Les séries quaternaires intercalées paraissent le résultat d’avortements dans les familles à corolle irrégulière surtout, où l’on trouve le rudiment d’une cinquième étamine : telles sont les rhinanthacées et les labiées, qui présentent le nombre 4 ; mais elles ont néanmoins un calice à 5 divisions, la corolle le plus souvent à 5 découpures, dont les altérations tératologiques ramènent toujours au type normal, loi générale dans les genres irréguliers, où le moindre changement dans la forme rétablit le type symétrique. Dans un grand nombre de familles anomales, si les étamines sont en nombre variable, les enveloppes florales présentent fréquemment le nombre 5 et suivent la loi de symétrie; on trouve cependant de la fixité dans les crucifères, où les nombre 4-6 se présentent partout; dans les familles polyandres, on retrouve tous les nombres possibles, ce qui prouve que les étamines n’occupent qu’une place secondaire dans l’arithmétique morphologi-

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

que; ainsi, dans les papavéracées, la multiplicité des étamines n’empêche pas la prédominance des nombres 2 et 4, de même que, dans la grande famille des renonculacées, c’est le nombre 5 qui domine dans les enveloppes florales. Au résumé, les anomalies, quelque multipliées quelles soient, n’en montrent pas moins, dans cette grande classe des dicotylédones, la sexualité hermaphrodite comme la loi dominante et la plus haute expression de l’idée de perfection dans le règne végétal, et la régularité des formes, avec le nombre 5 pour base, comme la grande loi de symétrie. Arriver à la symétrie est donc le but de la nature; tous ses efforts tendent là, et les anomalies que présentent les êtres de différents groupes ne sont souvent que des essais pour arriver à des modifications ascendantes, ou des ébauches abandonnées sans qu’une dernière main y ait été mise. Représentons-nous dans chaque groupe l’idée qui en forme le type, et nous verrons que, sans avoir étudié la nature, sans idée théorique, on est d’accord sur ce principe, que l’être le plus symétrique est celui qui est en général regardé comme le type de ce groupe. Parmi les sauriens, on prendra toujours comme type le crocodile ou le lézard, et non le gecko ou le basilic ; parmi les poissons, la carpe, la perche seront regardées comme les types, et non la baudroie ou le tétrodon ; parmi les oiseaux, le merle, la fauvette, représenteront bien mieux l’idée oiseau que le pingouin ou le flamant; parmi les mammifères, nous n’irons pas prendre le morse ou le dugong pour type de cette classe ; mais nous prendrons le lion ou le tigre pour les carnassiers, le cheval ou la gazelle pour les herbivores, et nous ne nous arrêterons ni au tapir, ni à l’hippopotame, ni au rhinocéros. Dans notre propre espèce, nous prendrons un beau type caucasien, et non un nègre du Congo. En un mot, la symétrie est la loi de perfection, ce que prouve dans le règne animal la classe des Vertébrés. Si nous examinons les poissons, nous voyons que la loi de symétrie et l’ascendance ou le perfectionnement de la forme s’y trouvent parfaitement confirmées. Quel est l’idéal du poisson? Un être ayant corps comprimé, des appareils de mouvement et de respiration ; en un mot, une organisation qui lui permet de vivre dans le milieu où la nature l’a placé. Nous trouvons, au bas de l’échelle, les chondroptérygiens, qui sont loin de répondre à l’harmonie des formes qui est la tendance de la nature ; cependant les esturgeons sont déjà moins asymétriques; mais il faut, de groupe en groupe, s’élever

GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE

jusqu’aux aeanthoptérygiens pour y trouver le vrai poisson type, et ne pas descendre plus bas que les malacoptérygiens abdominaux, ou les cyprins et les ésoces. Les reptiles, plus irréguliers, parce qu’ils semblent être un pont jeté entre la vie aquatique et la vie terrestre, forment des groupes parallèles et non linéaires : les amphibies commencent au lépidosirène, autant poisson que reptile, et finissent aux batraciens; les serpents passent aux scinques, déjà munis de pattes et qui servent de passage aux sauriens; quant aux tortues, c’est une grande création anormale qui n’a pas d’analogue dans les autres classes, à moins qu’on ne la compare aux tatous, parmi les mammifères ; pour les oiseaux, ceux qui sont le plus symétriques et répondent le plus à l’idée oiseau, sont les passereaux et les rapaces; les mammifères, qui commencent par les cétacés, ne se perfectionnent qu’en passant des ruminants aux carnassiers, et de ceux-ci au singe, qui précède l’homme. Tous les vertébrés sont des animaux doubles ou composés de deux parties similaires (PI. 10), et leur plus haut degré de perfection est, outre l’harmonie des formes, l’isolement de chaque appareil, qui ne sert qu’à une seule fonction, et la division en cinq des organes de locomotion et de préhension (PI. 13, fig. 1, 2, 3, 4 et 5).

La nature exprime une même idée sous des formes très-variées; l’idée d’un type, d’un genre, varie souvent à l’infini : par exemple, l’idée orchis, réunie dans une famille dont la structure anormale est si étrange, présente, avec toutes les nuances possibles, plus de 2,000 variations; et dans un cadre plus restreint, l’idée convolvulus se traduit par 300 formes variées qui sont de simples nuances de la forme normale.

Si nous étudions maintenant la structure intime des végétaux des trois grandes classes, nous trouverons qu’il y a également une ascendance réelle dans la composition textulaire de chacun d’eux, et que les organes qui servent à l’accomplissement des fonctions physiologiques deviennent eux-mêmes plus complexes. Le tissu cellulaire (PL 18, fig. 12, 13) ou tissu universel, unique peut-être, à travers toutes ses transformations, constitue seul lesacotylédones inférieures; à peine y voit-on quelques traces d’organisation fibrillaire : ce sont de simples cellules, de forme variable; et, jusqu’aux mousses exclusivement, qui commencent la série des acotylédones vasculaires, on ne voit pas encore apparaître de vaisseaux ; ce sont elles qui les pre-

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

mières montrent les rudiments d’une organisation plus complexe. Dans les lycopodiacées et les marsiléacées, on distingue, au centre, des vaisseaux particuliers composés de longues fibres soudées au bout Tune de l’autre; dans les prêles, on trouve des vaisseaux annulaires (PI. 19, fig. 1, 2) ; les fougères, plus élevées dans l’échelle des acotylédones vasculaires, ont à leur centre un faisceau composé de vaisseaux annulaires ou, le plus souvent, scalariformes (PI. 19. fig. 6) ; et quel que soit le genre auquel appartienne une fougère, qu’elle soit arborescente ou herbacée, sa tige présentera toujours la même structure, et le système de vaisseaux restera le même. C’est encore la confirmation de la loi déjà signalée : au tissu cellulaire simple succèdent des vaisseaux, métamorphose de ce même tissu, incomplets d’abord, puis se régularisant et devenant communs à tous les derniers groupes, qui nous conduisent jusqu’aux monocotvlédones, où l’on observe pour système général une tige formée de faisceaux disposés dans un ordre qui paraît confus, mais qui n’est qu’à symétrie obscure, et dans lesquels on distingue des trachées, des vaisseaux ponctués et même des vaisseaux laticifères (PI. 19, fig. 9, 12). Les dicotylédones réunissent, sous le rapport de la structure intérieure, tous les modes infinis de variation : on y trouve, enfin, l’expression la plus élevée de la structure intime du végétal avec des appareils parfaitement distincts pour chaque fonction.

Tout, comme on le voit, vient confirmer la loi de la symétrie ascendante, et cette loi unitaire se retrouve dans le règne animal : les tissus, simples dans les animaux inférieurs, deviennent de plus en plus complexes, à mesure qu’on se rapproche des vertébrés, et dans les mammifères ils affectent tous les genres de transformation et font le désespoir des histologistes.

« La nature, dit Agardh, pour réaliser une idée, n’y va pas tout d’un coup; mais, commençant par les formes les plus simples, elle continue pas à pas jusqu’aux formes les plus composées, et finit par présenter, sous des formes normales et complètes, l’idée qu’on n’avait pu qu’entrevoir dans les formes antérieures. »

Le grand Linné, voulant peindre d’un seul trait les différences qui caractérisent les êtres des deux règnes, les a ainsi définis : Les animaux sont des corps qui se nourrissent, se reproduisent, sentent et se meuvent. Les végétaux se nourrissent, se reproduisent, mais ne sentent pas et ne sont pas doués cle mouvement volontaire . Cette définition,

plutôt fondée sur des caractères négatifs, tels que le défaut de mouvement et de sensibilité, que sur des caractères positifs, n’est remarquable que par son laconisme; mais elle n’est pas d’une exactitude rigoureuse : on trouve dans le sommeil des plantes un mouvement bien caractérisé, et dans l’irritabilité du stigmate des mimulus, des étamines des berberis et des sparmannia, dans celle des folioles de la sensitive, de la dionée, du megaclinium falcatum, une sensibilité obtuse encore, mais irrécusable. On ne peut donc pas donner une définition exacte de la plante en une seule phrase, et surtout en n’emplovant que des caractères négatifs; car il serait impossible de se faire une idée de l’essence d’un être qui ne serait composé que de caractères de cet ordre ; un être est un composé de signes positifs qu’on ne peut déduire que d’une longue suite de comparaisons.

On peut définir un animal : un organisme limité dont les parties constituantes atteignent leur perfection peu de temps après sa naissance, ou qui naît avec tous ses appareils, lesquels ne subissent plus que des modifications légères, et dont la nutrition augmente les dimensions pendant un certain temps, puis ne fait qu’entretenir la vie, sans qu’il y ait augmentation des parties. Il parcourt des âges qui répondent à des époques fixes de son existence : la fixité des parties constituantes est donc le caractère positif de l’animal.

Le végétal, au contraire, est un organisme illimité, dont les parties extérieures croissent en nombre, et qui ne s’arrête pas dans son développement; l’augmentation du nombre des parties extérieures en est le caractère distinctif.

S’il existe une analogie frappante entre les grands actes qui président à la nutrition chez les animaux et chez les végétaux, il n’en est pas de même quand on examine les organes chargés de cette fonction.

Les éléments de la nutrition sont différents chez les uns et chez les autres : les animaux prennent leurs aliments dans le règne végétal ou dans le règne animal, et ne se servent des substances inorganiques que comme de condiments ou pour aiguiser leur appétit ; ils les divisent, les reçoivent dans la cavité gastrique, qui n’est que le réservoir où se mêlent les diverses substances alibiles; de là elles sont, en changeant de nature de proche en proche, converties en un liquide qui n’est que la première préparation du sang ; puis, sous cette dernière forme, elles sont charriées dans tout l’organisme, qui s’en trouve re-

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

nouvelé et rajeuni. Les matières non assimilables sont expulsées par les transpirations et les déjections. L’animal renferme, en outre, certain nombre de glandes dont chacune est chargée d’une fonction particulière, et qui fournit sa sécrétion propre. Tous les organes de nutrition de l’animal sont intérieurs, et le tube digestif ne présente que deux orifices, un pour la déglutition, et l’autre pour l’excrétion. Les organes respiratoires sont renfermés dans la poitrine, et l’air aspiré par la bouche est rejeté par le même orifice. La peau est le seul organe externe qui fonctionne par exhalation. Enfin, l’animal, ayant des organes ambulatoires et de préhension, peut aller au loin chercher sa nourriture.

Dans le végétal, tout se passe autrement : fixé au sol, il est obligé de vivre des matériaux de nutrition ambiants, sans pouvoir aller les chercher au delà du rayon où il étend ses racines et ses branches. N’ayant ni organes de préhension, ni appareil de manducation, il ne peut pas prendre d’aliments solides, ni les réduire en pulpe pour les faire passer dans une cavité gastro-intestinale qui n’existe pas; il lui faut donc des éléments de nutrition liquides, et ceux qui lui conviennent le mieux sont ceux qui proviennent de débris animaux et végétaux désagrégés par la putréfaction et réduits à l’état gazeux. Ces matériaux, charriés dans l’organisme végétal, subissent, sous l’influence de la respiration, qui a lieu par les feuilles, des transformations qui les convertissent en cellules nouvelles, tandis que les matériaux usés par la vie s’en vont par les mêmes organes foliacés qui représentent le poumon des animaux, et qui servent à l’aspiration et à l’expiration. Des systèmes particuliers, et semblables aux divers appareils glandulaires qu’on trouve chez les animaux, élaborent les produits spéciaux qui se déposent dans des lacunes comme dans autant de réservoirs. Comment se passent ces diverses opérations, nous l’ignorons ; car la simplicité même des organes internes de la plante s’oppose à une investigation ; nous ne pouvons même pas nous expliquer clairement le mode de cheminement des fluides dans des vaisseaux qui paraissent dépourvus de contractilité; et, à part un petit nombre de faits relatifs à la fécondation, comme chez les aroïdées, nous ne voyons pas que le mouvement vital développe dans le végétal, comme dans l’animal, une quantité notable de calorique.

Sous le rapport de la génération, le végétal est encore l’inverse de l’animal ; chez l’un, et nous ne parlons que des plus élevés, les

160 GÉNÉRALITÉ DE LA BOTANIQUE

organes générateurs sont internes, et la bissexualité est le point culminant de la perfection; l’ovule, déposé dans le sein de la mère, y prend tout son accroissement, et n’en sort que quand il a acquis une perfection organique qui lui permet de vivre au milieu de l’air ambiant. Dans le végétal, au contraire, l’hermaphrodisme est la loi générale; parce que, la locomotilité lui étant interdite, la fécondation serait soumise au caprice des vents ou des insectes; c’est pourquoi l’on voit, dans les plantes diclines, ces masses de poussière fécondante charriées par les airs comme des nuages de soufre. Les organes sexuels, protégés par de frêles enveloppes, sont extérieurs, et l’ovule, au lieu d’être fécondé dans une cavité appartenant à l’être qui l’a produit, se détache et tombe sur le sol, qui le reçoit dans son sein et en fait un nouveau végétal. Dans les animaux, la mère nourrit son jeune fruit avec le lait de ses mamelles ; dans les plantes, le germe végétal reçoit la première nourriture d’une matière (albumen) qui l’entoure dans la graine, ou de ses deux feuilles cotylédonaires, qui sont pour lui comme deux mamelles nourricières.

La vie de l’animal est limitée, celle du végétal l’est moins; les grands arbres bravent les siècles et peuvent compter jusqu’à plusieurs milliers d’années : la mort arrive quand le tronc, ce réservoir commun, sur lequel sont implantées les branches comme autant de polypes ou d’arbustes indépendants, perd sa vigueur et ne tire plus du sol les fluides nourriciers qui en faisaient pour ses rameaux une terre fertile. Dans l’animal, à l’exception de ceux qui appartiennent aux groupes inférieurs, une grave lésion entraîne infailliblement la perte du membre qui en est le siège; une ablation le mutile, parce qu’il représente une unité organique. Dans le végétal, herbacé même, les moindres parties, mises dans des conditions favorables, donnent naissance à un sujet nouveau, tandis que les diverses parties de l’animal meurent quand elles en sont détachées. Cependant, on peut également greffer l’un sur l’autre des tissus vivants; mais dans le végétal, c’est pour le perfectionner ou le reproduire, et dans l’animal, ce n’est qu’une simple curiosité ou quelquefois un moyen de réparer une perte de substance. L’arbre, en subissant des mutilations, se développe avec plus de vigueur, tandis que l’animal dépérit. C’est que chez l’un la vie est multiple, tandis que chez l’autre elle est essentiellement simple et unique.

On peut donc regarder, malgré le parallélisme qui a été précé-

COMPARAISON DES DEUX RÈGNES

demment signalé, l’animal et le végétal comme deux êtres inverses, sous le rapport des systèmes anatomique et physiologique, ce qui avait fait dire à Aristote que les plantes sont des animaux retournés; ils paraissent destinés à compléter la vie universelle et à la répandre partout, sous toutes les formes. Ces deux grandes séries sont mutuellement nécessaires l’une à l’autre; mais l’animal surtout ne peut se passer du végétal, qui, à son tour, croît avec plus de vigueur, quand la terre qui le nourrit est fécondée par des débris animaux. Les infiniment petits des deux règnes sont les parasites des végétaux et des animaux, et sous ce rapport il y a un mutuel échange de procédés de destruction.

Botan., T. I.

Page 1