CHAPITRE PREMIER
TISSUS ÉLÉMENTAIRES
L’élément primitif du végétal est la cellule ; tout commence par elle. C’est une vésicule ou un petit sac de forme généralement sphérique ou ellipsoïde, à paroi très-mince, perméable par les liquides (Atl. I, PI. 18, fig. 1 et 2).
On trouve la cellule isolée dans quelques plantes de l’ordre inférieur, les protococcus par exemple (Atl. I, pl. 13, fig. 1), où elle constitue, à elle seule, un être qui vit de sa vie propre, qui se reproduit et meurt, comme un être plus élevé dans le système de l’organisation végétale. Dans d’autres cas, plusieurs cellules sont placées bout à bout, et forment des plantes filamenteuses comme chez les conferves ; ou bien encore, une quantité innombrable de celulles se groupent et s’agrègent les unes autour des autres, et constituent des masses de consistance molle, de formes définies, comme les champignons, les algues, les lichens. Mais dans le cas le plus général, on voit s’ajouter à ces cellules, plus ou moins sphéroïdales, d’autres cellules allongées, nommées fibres (Pl. 18, fig. 3, 4), et de longs tubes appelés vaisseaux (fig. 5), diversement agencés, avec régularité, et dont l’ensemble constitue le végétal d’un ordre supérieur, comme le poirier, le chêne, le palmier, et toutes les plantes monocotylédones et dicotylédones. De là aussi les dénominations de végétaux cellulaires appliquées aux plantes uniquement composées de cellules, et végétaux vasculaires, à celles qui offrent dans leur composition des fibres et de longs tubes ou vaisseaux.
La paroi de la cellule n’est pas toujours homogène; elle est généralement tapissée intérieurement par une série de membranes incomplètes qui se recouvrent l’une l’autre, et qui donnent à la cellule des aspects divers; tantôt elle présente des ponctuations arrondies (PL 18, fig. 6) ou allongées transversalement (fig. 7); tantôt c’est une ligne spirale (fig. 8) ou des anneaux (fig. 9); d’autres fois, enfin, c’est un réseau à mailles irrégulières (fig. 10).
L’agrégation de plusieurs cellules est appelée tissu cellulaire, tissu utriculaire et ‘parenchyme. Ce tissu est l’élément constitutif de toutes les parties molles des végétaux, comme les fruits, la moelle, etc. Les cellules arrondies composent le tissu cellulaire régulier, c’est-à-dire celui dont les cavités ne sont pas allongées plutôt dans un sens que dans un autre (PL 18, fig. 11 et 12); mais, par suite des pressions diverses qu’elles exercent les unes sur les autres pendant leur accroissement, elles perdent leur forme sphéroïdale, et deviennent anguleuses, généralement hexaèdres (fig. 13) lorsqu’elles sont pressées en tous sens. La mousse de savon donne, dans ce cas, une idée très-exacte du tissu cellulaire à cellules anguleuses. Quel que soit cependant le degré de pression auquel les cellules sont soumises, il existe, dans ce tissu, des points où les parois ne se touchent pas, ce qui forme des vides qui ont reçu le nom de méats intercellulaires (fig. 12); quand ces vides sont très-grands, comme dans les tiges de papyrus, on les appelle lacunes (fig. 17).
Ce sont les cellules ellipsoïdes qui forment le tissu cellulaire à cellules allongées (fig. 14), qu’on rencontre dans certaines parties des végétaux, et qui ont une consistance un peu ligneuse. Enfin il est une autre forme, tout à fait anormale, que présente particulièrement la fève de marais, c’est la forme dite étoilée (fig. 15).
Pendant longtemps, le mode d’union des cellules entre elles a été l’objet de savantes controverses. Malpighi et Grew, les premiers, ont considéré le tissu cellulaire comme un agrégat de cellules munies chacune d’une paroi propre, et unies entre elles par une substance collante nommée matière intercellulaire . M. Mirbel a soutenu une opinion contraire : pour lui, le tissu cellulaire est un tissu continu dans lequel les cellules ont toujours une paroi commune qui ne peut jamais être dédoublée; et quand on a cru voir une double cloison, c’est qu’on voyait par transparence les bords de quelque autre cellule. Ces erreurs d’optique sont en effet très-fréquentes
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avec les microscopes; on y voit assez souvent ce qu’on veut. Mais depuis que les observateurs ont fait entrer dans les études anatomiques l’usage des réactifs chimiques, il a été positivement constaté que les tissus, en général, sont composés de cavités ou sacs ayant chacun leur paroi. En effet, par la simple ébullition dans l’acide nitrique, on désagrégé parfaitement toutes les cellules ou fibres qui constituent un tissu quelconque. On obtient facilement cette désagrégation dans un haricot cuit simplement à l’eau.
On est moins d’accord sur l’origine et le mode de formation des cellules ; on sait seulement, et c’est le point de départ commun à tous les auteurs, sans acception de théorie, que l’état primitif du végétal est un liquide qui s’épaissit de plus en plus, devient gommeux et se remplit de points opaques, principes générateurs des cellules, qui persistent alors pendant toute la durée de la vie de la plante, et s’engendrent les unes par les autres. Suivant M. Mirbel, ce mucilage primitif, appelé cambium , est l’élément générateur des cellules : il regarde les points opaques qui s’y développent comme des cavités qui augmentent de volume, et forment d’abord un tissu contigu ; dès que les membranes qui les unissaient se sont dédoublées, les cellules deviennent indépendantes et constituent le tissu cellulaire. Ce cambium , qui remplit l’intérieur des cellules, donne naissance aux générations ultérieures, et c’est ainsi que la vie se continue dans la plante.
D’autres botanistes, avec M. Schleiden, regardent les points opaques qui apparaissent dans la masse gélatineuse, comme des centres autour desquels se déposent de petits grains formant un amas globuleux ou discoïde, ovale et plus grand dans les monocotylédones, arrondi dans les dicotylédones, nommé nucléus, cytoblaste, ou germe de la cellule, ou bien encor e phacocyste, lentille de la cellule (PI. \ 9, fîg. 18). Sur une des faces du cytoblaste apparaît une ampoule qui se gonfle et forme une vésicule, dans la paroi de laquelle le cytoblaste est enchâssé. Le plus communément le cytoblaste est résorbé; quelquefois il persiste, et la cellule a pris naissance.
La multiplication des cellules a lieu, disent certains botanistes, par la formation de cellules nouvelles dans l’intérieur de la cellule mère, qui se dissout et est remplacée par les jeunes cellules. Pour d’autres, cette multiplication s’opérerait par dédoublement. Une cellule, remplie de matière plastique, se diviserait, par une cloison qui
se forme, on ne dit pas comment, en deux compartiments égaux ou inégaux, devenant alors deux nouvelles cellules ; ces deux cellules, s’accroissant, se dédoubleraient à leur tour et continueraient ainsi la multiplication du tissu. L’accroissement du végétal se composerait de cette génération successive de cellules nouvelles, et cette croissance serait si rapide, qu’on évalue à 20,000 le nombre de cellules que le bovista gigantea peut produire par minute.
Ces deux modes de multiplication des cellules sont inadmissibles. Dans le premier cas, on devrait toujours trouver de très-petites cellules dispersées entre des cellules plus grandes ; et l’observation microscopique montre au contraire le tissu cellulaire formé de cellules ayant toutes, à très-peu près, le même diamètre. Dans le second cas, la cellule, qui constitue par exemple la spore des cryptogames, ne pourrait jamais donner qu’une série de cellules comme dans les conferves; et elle parvient cependant à constituer cette masse de cellules qui l’entoure de toutes parts pour former un bolet. La science est donc impuissante, dans l’état actuel des choses, à faire connaître le véritable mode de multiplication des cellules et d’accroissement des tissus.
On a constaté que les cellules se composent de deux substances : une externe, solide, close, et absorbant à travers son tissu les matériaux propres à sa nutrition ; l’autre, fluide, qui en remplit l’intérieur. La première se compose chimiquement de carbone, d’hydrogène et d’oxygène; la seconde renferme de plus de l’azote. La cellule, résumé de la vie de la plante, est un petit organisme ayant une existence propre et indépendante. Elle assimile les matériaux de nutrition qui l’entourent, et les élabore pour les convertir en d’autres substances, ou les rejette quand ils sont impropres à l’entretien de sa vie. C’est par l’effet de la nutrition que les cellules changent de forme, tout en restant constamment imperforées; il se produit à l’intérieur de nouvelles couches incomplètes auxquelles on doit les divers accidents qui varient l’aspect de la cellule, et quand ces épaississements successifs se multiplient, la cellule est obstruée, ou il se forme dans l’intérieur des concrétions (PL 18, fîg. 16).
Le volume des cellules varie beaucoup et est sans rapport avec la plante : très-grosses dans les conferves, les eharas et dans la moelle des malvacées, elles sont très-petites dans les aloès. Pour étudier les cellules, il faut détruire leur adhérence par l’ébullition, ce qui a
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lieu très-facilement dans le pétiole de la rhubarbe, dans les fougères et dans les haricots.
Les fibres (PI. 15, fîg. 3, 4), de longueur assez variable, sont des cellules toujours allongées et pointues aux deux extrémités. Leurs parois sont épaisses et résistantes, et elles se remplissent peu à peu de matières incrustantes et colorantes ; aussi la section transversale ne présente-t-elle presque jamais de lacunes (fig. 19). La surface des fibres offre souvent les mêmes modifications que les cellules; mais les plus communes sont les ponctuations, qui sont assez grandes dans la famille des conifères, pour qu’on se soit mépris sur leur nature et qu’on les ait regardées comme des pertuis. C’est une des particularités de la structure intime des fibres qui mérite d’être vérifiée, et l’observation en est facile, même avec une faible amplification; il faut seulement préparer cette fibre avec soin, ce qui ne laisse pas d’être assez difficile.
Malgré le changement de nomenclature qui a fait donner au tissu composé de fibres le nom de prosenchyme, lorsque les cellules allongées se terminent par des faces obliques (fig. 18 et 20), et celui de pleurenchyme, quand elles sont fusiformes, très-amincies aux extrémités, par lesquelles elles sont contiguës sur une grande longueur, on ne peut voir dans la fibre qu’une transformation de la cellule primitive.
Les vaisseaux (PL 18, fig. 5) se distinguent des fibres par leur plus grande longueur; ils s’étendent souvent d’un bout à l’autre de la tige d’un végétal : ce sont des tubes à travers lesquels il est possible de passer un cheveu, ce qui prouve leur perforation continue. Dans certains végétaux, le diamètre des vaisseaux est assez gros pour qu’on puisse apercevoir, sur une branche droite d’une certaine longueur, le jour d’une extrémité à l’autre.
Les caractères principaux des vaisseaux sont : une surface presque toujours âpre ou accidentée, ce qui indique des organes plus élevés dans l’échelle de l’organisation que les cellules primitives, et semble prouver que leur tunique est sans doute le résultat de la succession des diverses membranes superposées, qui y ont laissé l’empreinte de leurs spires, d’où le nom de vaisseaux spiraux ou fausses trachées (PL 18, fig. 22, 23). Le second caractère est l’absence de cylindricité de leur calibre intérieur, qui présente des étranglements de distance en distance, ce qui indiquerait que ces mêmes vaisseaux,ne
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sont que des utricules ou des fibres soudées linéairement ; les rétrécissements représenteraient les points de soudure, phénomène morphologique suffisamment mis en lumière par l’examen des végétaux dans leur première jeunesse, où l’on ne voit que des utricules et pas de vaisseaux. La transformation sera leur allongement en fibres, et les vaisseaux leur succéderont. Les étranglements qu’on remarque dans les vaisseaux étaient sans doute, dans l’origine, des diaphragmes ou des cloisons qui ont disparu, et dont les débris sont restés fixés annulairement autour. Quoi qu’il en soit, la formation des vaisseaux est encore un point obscur de l’histoire organogénique des végétaux.
Les trachées sont les vrais vaisseaux spiraux ; elles se composent d’un tube très-allongé, effilé aux deux bouts, dans l’intérieur duquel s’enroule un fil en spirale continu, comme serait un ressort boudin dans un fourreau (PL 18, fig. 21 et PL 19, fig. 16 et 17). A l’extrémité de cette trachée vient s’en appliquer une nouvelle, et c’est ainsi qu’elle se continue dans toute l’étendue du végétal. Le fil spiral est d’un blanc luisant, cylindrique ou aplati, qui se déroule quand on l’étire (fig. 24), ou quand on rompt un organe. La distance qui sépare les fils entre eux varie (fig. 24 à 25) : tantôt on aperçoit la membrane qui les supporte, tantôt elle est entièrement cachée, et la direction affectée par la spire est en général de droite à gauche. Ce fil n’est pas toujours simple ; il est quelquefois double ou multiple, ce qui modifie beaucoup la direction des spires, et l’on voit souvent même une trachée à fil simple dans une partie et double dans une autre, par dédoublement, suivant des lignes parallèles (PL 18, fig. 23). On regarde cette modification comme le passage des trachées aux vaisseaux suivants, qu’on appelle vaisseaux annulaires (PL 19, fig. 1, 2, 3) ou réticulés (fig. 4). Ces derniers mériteraient cependant, à plus juste titre que les autres, le nom de trachées , parce qu’ils ressemblent, plus que les précédents, à la trachée des animaux.
Si l’on examine avec soin la structure des vaisseaux annulaires, on trouve un tube membraneux soutenu à des distances très-rapprochées et sous des angles différents, mais le plus souvent aussi près que possible de l’horizontale, par des anneaux plus épais, ce qui n’empêche pas qu’on ne trouve parfois des lacunes remplies par un fil en spirale qui a perdu, par son adhérence à la membrane qu’il soutient, la faculté de se dérouler. Cette structure explique naturellement leur origine, et démontre que les vaisseaux annulaires ne
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sont qu’une transformation des trachées, dont les portions de fils qui joignaient les tours de spire les uns aux autres se sont rompues; la portion annulaire restante s’est soudée à un anneau supérieur ou inférieur, et la membrane intermédiaire a été résorbée, ce que semblent indiquer les rapports qui existent entre les anneaux et les fils en spirale, quand une portion en est restée intacte. On ne peut néanmoins pas dire que la nature, qui procède d’une manière plus indépendante, suive servilement cette voie et fasse toujours passer un vaisseau annulaire par un tube en spirale. Le procédé primitif, la génération du tube doit être la même, mais elle ne passe pas par les mêmes phases de développement.
Les vaisseaux réticulés (PL 19, fîg. 3, 4) ne sont que des vaisseaux annulaires dont les anneaux se sont ou rompus, ou ont été dissociés dans leurs différents éléments ; et ce qui prouve que les vaisseaux de ce dernier ordre sont la transformation de ceux que nous venons de décrire, c’est que l’on voit souvent un même vaisseau, annulaire sur un point, réticulé sur un autre. La terminaison ordinaire de ces vaisseaux est en cône effilé.
Les vaisseaux rayés (PL 19, fig. 5) sont, suivant les observateurs les plus éminents, composés d’un tube doublé d’une tunique intérieure percée de vacuoles linéaires et horizontales, qui, dans certains végétaux, ou sous l’influence de l’âge, deviennent des trous véritables, ce qui leur a fait donner les noms d spores ou de fentes (fig. 13). Les raies qui s’aperçoivent à la surface de ces vaisseaux ne sont donc que les perforations de la tunique interne, vues par transparence à travers la tunique externe. Ces vaisseaux sont, en général, de longues utricules attachées obliquement les unes aux autres, ou de longues fibres terminées en cône.
Quelques-uns affectent la figure prismatique; dans ces derniers, les raies, limitées par les angles du vaisseau, sont régulièrement superposées comme le seraient les barreaux d’une échelle, ce qui a fait donner à cette variété de vaisseaux rayés le nom de scalariformes (fig. 6).
Les vaisseaux ponctués (fig. 9, 10, 11), les plus volumineux qui se trouvent dans les végétaux, sont criblés de points disposés sans ordre. La nature de ces vaisseaux est la même que celle des précédents : deux membranes appliquées l’une sur l’autre; l’interne percée à jour, et la translucidité de la membrane externe laissant voir les
perforations de l’autre. Ils ont le plus communément la forme de longues utricules assemblées par le bout, et présentant au point de jonction un repli interne.
Les vaisseaux de cet ordre affectent une modification qui n’est pas sans intérêt. Lorsque les utricules ont un diamètre moindre à leurs deux extrémités, elles s’arrondissent, et les vaisseaux sont composés d’une suite de renflements et de rétrécissements qui les ont fait appeler vaisseaux en chapelet (PL 19, fig. 10) ; comme ils affectent une forme vermiculaire, ils ont aussi été appelés vaisseaux vermiformes ; mais ce ne sont que des modifications de la forme génératrice. La structure moniliforme est plus apparente dans les ramifications des vaisseaux ponctués qui s’échappent d’un tronc commun.
Tels sont les principaux ordres de vaisseaux qui entrent dans la composition des tissus végétaux et sont les organes essentiels de la vie. Ils paraissent être des transformations de la cellule primitive, avec cette restriction cependant que, suivant le rôle qu’ils sont appelés à jouer, ils affectent sur-le-champ la forme qui doit persister. Ce n’est pas, comme nous l’avons déjà vu, que les vaisseaux, se métamorphosant de proche en proche, ne conservent en partie le caractère de leur forme antérieure; mais ils sont, dès le principe, de structure définie, et ils ne pourraient changer sans une altération profonde dans le mode d’existence de la plante dont ils sont les appareils essentiels de nutrition. Ceci vient de nouveau à l’appui de la théorie de l’évolution ascendante ; car, si nous n’assistons pas à cette transformation dans le même être, nous y assistons dans la série, et nous pouvons, en prenant les végétaux cellulaires inférieurs, remonter de proche en proche jusqu’aux dicotylédones, où nous trouverons les organes arrivés à leur dernière transformation.
Ce qui est vrai pour les végétaux l’est aussi pour les animaux. L’histologie ne peut puiser de lumières que dans la comparaison des tissus, en descendant de l’homme, le plus complexe des animaux, jusqu’aux derniers êtres, dont tous les organes sont composés d’un simple tissu cellulaire remplissant toutes les fonctions. C’est en procédant seulement ainsi qu’on arrivera à avoir une idée précise de la structure du poumon de l’homme. Il faut l’avoir vu dans les batraciens et les ophidiens, où il est réduit à une simple vésicule, pour le comprendre dans les mammifères, où il se compose de cellules multipliées, formant un tissu complexe dont l’observateur constate-
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rait difficilement la structure en l’étudiant seulement chez l’être le plus élevé. Il en résulte que Y être, tant animal que végétal (et ce n’est pas un mot de l’école ontologique, c’est une expression appartenant à la philosophie positive), se compose de toute Y animalité et de toute la végétalité. En bas de l’échelle est le point de départ de l’être primitif, et au sommet l’être le plus complexe, dont les organes sont la transformation successive des organes plus simples des êtres au-dessous de lui, sans qu’il soit, dans son évolution, obligé de repasser par toutes ces métamorphoses : il affecte seulement les principales. Après avoir pris le poumon pour exemple, prenons le cœur : à quatre cavités dans l’homme, il arrive à trois, puis deux avec perforation de la cloison interventriculaire, à mesure qu’on descend l’échelle des vertébrés; chez le mollusque, il n’a plus qu’une seule cavité; et, chez l’insecte, ce n’est qu’un simple vaisseau dorsal. Il en est de même du cerveau, qui fait le désespoir des anatomistes, et dont les nombreux éléments, si difficiles à étudier dans l’homme, se réduisent à un petit nombre de ganglions distincts et isolés, comme cela se voit chez les poissons.
Il ne faut donc jamais, en étudiant un organe, anatomiquement surtout, croire le connaître si on ne l’a poursuivi dans toute la série.
Nous mentionnerons brièvement un ordre particulier de vaisseaux dans lequel on a découvert une circulation véritable; ce sont ceux qui renferment les sucs propres élaborés par le végétal, et qu’on a nommés vaisseaux laticifères ou charriant le latex, ou plus simplement, vaisseaux propres (PI. 19, fig. 8, 12). Ils diffèrent des précédents en ce qu’ils s’anastomosent entre eux de manière à former un véritable réseau, n’ayant pas partout un diamètre absolument égal, mais différant néanmoins fort peu, et présentant des enflements accidentels ou persistants. Ils affectent trois modifications principales : ils sont articulés, quand ils sont composés de cavités séparées par des articulations ; renflés, quand ils présentent des gonflements dans leur trajet; et contractés , quand ils sont dans leur état primitif, que la tunique qui les compose n’a pas subi de modifications, et ne s’est pas, de continue qu’elle était, convertie en utricules séparées.
Ici se termine l’histoire du développement des organes élémentaires des végétaux : il reste à examiner quelques autres problèmes dont la solution n’est peut-être pas arrivée à sa perfection.
Les cellules, dans leur jeunesse, sont remplies d’un liquide inco-
lore, excepté celui de l’écorce, qui est quelquefois brunâtre, et celui des tiges, des feuilles, des corolles et des fruits, qui est le plus souvent coloré. Elles renferment encore, outre les huiles, les résines, les fécules (PL 19, fig. 19, 20 et 21) et autres substances dont il a été parlé dans la chimie organique, des faisceaux de corps aciculaires d’une grande ténuité, qu’on a appelés raphides (fig. 23), d’un mot grec signifiant aiguille. Ces raphides sont contenus dans des cellules plus volumineuses que les autres, et se trouvent dans les lemna, les feuilles des muscari, les arum, les rhubarbes (fig. 22) et dans un grand nombre d’autres végétaux. Le tissu cellulaire des caladium en contient d’une structure particulière, auxquels M. Turpin, qui les a étudiés, a donné le nom de biforines , parce qu’ils semblent contenus dans un tube percé aux deux extrémités. Les raphides paraissent être des cristaux aciculaires ; les autres cristaux ont des figures régulières dans lesquelles on peut reconnaître leur système normal de cristallisation. La chlorophylle , ou matière verte, est commune à toutes les cellules, et s’y trouve sous forme de granules tantôt flottant librement dans le liquide que renferme la cellule, tantôt adhérant à ses parois. On la trouve dans les cellules remplies de substances diverses qui méritent d’être étudiées, car l’histoire des tissus végétaux est très-obscure sur plus d’un point.
Après avoir fait connaître la structure des éléments qui entrent dans la composition des tissus du végétal, donnons un aperçu rapide des propriétés générales qui président à sa vie. Elles sont de deux sortes : les propriétés des tissus et les propriétés vitales.
Propriétés des tissus. — Outre les tissus que nous avons étudiés dans leur structure propre, et qui constituent la trame végétale, il y a dans les plantes des éléments de deux natures particulières qui concourent à l’entretien de leur vie : les fluides servant à leur nutrition, et les matières plus ou moins solides déposées dans la trame des tissus et servant soit à leur accroissement, soit à l’élaboration des fluides particuliers à diverses espèces. Le tissu n’est donc que l’appareil, et les fluides sont les éléments qui servent à l’entretien de la vie végétale. Tous les tissus sont doués de propriétés physiques qui leur sont communes avec tous les corps répandus dans la nature, qu’ils soient organiques ou inorganiques, et sont soumis aux lois générales de la matière, sans obéir à celles plus particulières de la vie : ce sont l 'extensibilité, l’ élasticité et Xhygromètricité.
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La première propriété est Yextensibilité , en vertu de laquelle les végétaux prennent de l’accroissement en s’étendant dans toutes leurs dimensions; mais elle n’a pas une durée illimitée. Quand les molécules étrangères se sont accumulées dans les mailles du tissu, l’organe cesse de s’étendre, passe à l’état d’inertie ; et, quand il y a cessation absolue d’extensibilité, la mort ne tarde pas à frapper un organe qui n’appartient plus à la nature vivante. On voit l’écorce des arbres crevassée en tous sens par la diminution de son extensibilité, et chaque organe, quand il a acquis tout son développement, se gercer ou rompre son enveloppe, qui n’est plus susceptible de s’étendre.
L 'élasticité est la propriété par laquelle chaque membrane, chaque organe, reprend la place qu’il occupait primitivement, après en avoir été dévié par une force mécanique. On ne change pas à volonté la direction d’une branche ou d’une feuille, on ne recourbe pas le tronc d’un jeune arbre ou la tige d’une plante, sans qu’il revienne sur lui-même et reprenne sa position première. Dans l’état naturel, les filets staminaux, les anthères, les pétales, mais surtout les péricarpes, sont doués d’une élasticité très-remarquable, les étamines du kalmia, couchées dans les fossettes de la corolle, se redressent pour s’appliquer sur le pistil et retombent après la fécondation; les loges pollinifères de la pariétaire s’ouvrent par élasticité et lancent leur pollen; les capsules des balsamines lancent leurs graines par un mouvement élastique de leurs valves; mais, dans ces dernières, une fois le ressort débandé, il ne revient plus sur luimême.
L ’hygrométricité est la propriété dont jouissent, à un certain degré, les corps organiques et inorganiques, qui se saturent des particules aqueuses dont l’air ambiant est chargé. Dans les végétaux, les tissus secs et scarieux, les poils de l’aigrette des composées, les barbes des graminées, les dents du péristome des mousses, les membranes des laminaires et des ulves, Yanastatica hierochuntica, se contractent ou s’enroulent en spirale par la sécheresse, et se dilatent par l’humidité ; les tissus herbacés ou ligneux qui sont encore mous et spongieux jouissent de la même propriété, et se renflent par l’action des particules aqueuses. Suivant la nature des tissus, l’humidité produit la dilatation ou la contraction, sans que le phénomène change de nature; ce sont de simples modifications d’une même influence.
Les trachées, soumises aux alternatives de la sécheresse et de l’humidité, se contractent et se déroulent comme le ferait un ressort en spirale par l’effet d’une action mécanique. L’hygrométricité n’est pas une action vitale, c’est un cas particulier de capillarité; mais, dans cette circonstance, l’imbibition produit le phénomène sans qu’on puisse, comme dans la capillarité proprement dite, suivre le trajet du liquide dans les pores ou les canaux de la plante. La propriété hygrométrique ou hygroscopique de certains végétaux est bien plus sensible que celle des membranes animales; ainsi, tandis qu’un cheveu s’allonge ou se contracte de 8 millimètres, un laminaria saccharina présente une différence de 170 millimètres, en plus ou en moins.
Nos connaissances actuelles ne nous permettant pas de dire ce que c’est que la vie, on a donné à cet agent mystérieux le nom de force vitale, sans qu’on en ait pénétré le secret. On a essayé d’en donner des définitions qui sont ou incomplètes ou inexactes, parce qu’elles ne se rapportent qu’à des faits particuliers, et non à un fait général, et l’on en revient toujours à une simple pétition de principe. La vie est un principe unique qui anime aussi bien l’être simple, comme les conferves ou les vauchéries, parmi les végétaux, et les monades parmi les animaux, que le chêne ou l’homme au sommet de Léchelle organique. On peut même dire que, dans les êtres simples ou complexes, chaque cellule est un résumé de l’être tout entier, et qu’elle jouit des propriétés qui entretiennent en elle la vie indépendante, avec cette différence que son importance est d’autant plus subordonnée que l’être est plus élevé. Pour que la définition de la vie soit exacte, il faut qu’elle s’applique à toute la série des êtres. Treviranus, Bichat, Humboldt, définissent la vie : la force qui résiste à la destruction ; Kant, préoccupé de l’homme seulement, la fait résider dans la volonté; d’autres, dans l’irritabilité; Sprengel et les philosophes naturalistes, dans la lutte entre être et agir, et beaucoup d’autres, dans la circulation des fluides dans les organes. Si l’on ne considère que la vie organique, et c’est la seule qui doive nous occuper, la vie sensitive et la vie active ou de relation étant de simples modes de la première, on peut dire que c’est la force indépendante des lois mécaniques et chimiques, en vertu de laquelle des fluides empruntés aux agents ambiants pénètrent dans les tissus des corps organisés par intussusception, y circulent et y sont admis à la loi d’assimilation par
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suite d’un échange non interrompu entre l’être vivant et le monde extérieur. Quelle que soit la définition qu’on donne de la vie, on la trouve une dans tout le monde organique : elle a pour instruments les organes, et se manifeste de mille manières suivant le mode d’agrégation des molécules animées. Ce n’est que dans l’échelle inférieure de l’animalité que chaque lambeau de tissu, chaque molécule jouit d’une existence presque indépendante, car l’être complexe semble composé d’un agrégat de myriades de molécules soumises à une loi commune. Dans le règne végétal, il en est autrement : la vie est répandue partout avec plus d’unité, et l’on peut dire que, même dans les dicotylédones, on peut, avec un fragment herbacé, obtenir un individu nouveau. On admet dans les végétaux trois propriétés distinctes, qui ne sont, au reste, qu’une seule et même propriété, transformée et exaltée : ce sont Xexcitabilité, Xirritabilité et la sensibilité.
\J excitabilité est la propriété première et fondamentale qui constitue l’essence primitive de la vie organique; c’est elle qui la fait résister aux agents de destruction qui désagrègent les corps inertes, et qui permet au végétal d’accomplir ses fonctions et de se développer pendant la période fixée pour la durée de sa vie. C’est en vertu de l’excitabilité que les végétaux font un échange continuel avec les agents ambiants, tels que l’air, la chaleur, la lumière, l’électricité même, dont le rôle est encore obscur, et qu’ils parcourent leur période de vie. L’ascension de la sève n’est pas une simple imbibition; l’élaboration des sucs propres n’est pas une action qui puisse se soustraire à l’action vitale ; en un mot, dans le plus petit et le plus inaperçu des végétaux, Xexcitabilité est la loi en vertu de laquelle il manifeste son existence. .
L’ irritabilité est un phénomène particulier, tandis que l’excitabilité est un phénomène général ; mais il n’existe pas chez les végétaux au même degré que chez les animaux, et on ne l’aperçoit clairement que dans un petit nombre de plantes. La plupart des mimosa manifestent une irritabilité très-apparente quand on en touche même légèrement les feuilles ; les lobes étalés du stigmate des mimulus se redressent au moindre attouchement et s’appliquent l’un contre l’autre sans qu’on puisse leur faire reprendre la position première; les poils glanduleux qui bordent les feuilles du drosera se couchent dès qu’on les irrite ; les étamines de l’épine-vinette se jettent brus-
quement sur le pistil quand on en titille la base. La feuille de la dionée se replie longitudinalement sur elle-même, comme deux feuillets d’un livre, quand un insecte vient s’y reposer, et avec une telle rapidité que l’animal se trouve pris; elle ne reprend sa position normale qu’à la mort de l’insecte, parce que les mouvements irritables cessent seulement avec sa vie. L’action des acides produit sur les sensitives le même effet que l’attouchement, et il est évident qu’ils développent le même phénomène chez tous les végétaux irritables. On voit que cette propriété n’est qu’une excitabilité exaltée, et non pas, comme dans les tissus animaux, leur propriété fondamentale.
La sensibilité est une propriété bien obscure et très-controversée quand on l’applique au règne végétal ; on n’a pas encore pu constater chez le végétal une action qui soit le résultat de la sensibilité : ce serait un mode de la volonté qui ne se trouve manifestement que dans le règne animal, bien que les êtres inférieurs soient dans un état voisin de l’apathie qu’on reconnaît dans le règne végétal. La seule raison qu’on fasse valoir pour démontrer que cette propriété existe dans les plantes, c’est que les poisons charriés dans leurs tissus les tuent en développant une série de phénomènes analogues à ceux qu’on remarque chez les animaux. Ainsi, l’opium ralentit l’action de la vie et agit bien évidemment sur les centres vitaux, en détruisant la contractilité; mais tous ces phénomènes, aussi bien d’irritabilité que de sensibilité, ne sont que de simples modes de l’excitabilité, la seule de ces propriétés qu’on retrouve identique dans tous les végétaux. On doit, au reste, avouer que dans la physiologie végétale il règne encore tant d’incertitude, que l’on ne peut en tirer les mêmes lumières que de la physiologie animale.