AVANT-PROPOS
C’est la manière de présenter la science qui rend celle-ci plus ou moins abordable, plus ou moins attrayante. Il faut le reconnaître, la méthode employée jusqu’ici parles auteurs d’ouvrages de botanique, pour initier les personnes désireuses de s’instruire, n’a pas peu contribué à faire abandonner, dès le début, une étude que l’on présentait tout d’abord hérissée de difficultés et de mots techniques, sans enduire de miel le bord du vase pour faire accepter l’absinthe, comme le recommande le poëte.
En effet, au lieu d’offrir à l’admiration l’ensemble de la nature végétale, et de conduire peu à peu aux détails, on a eu trop l’habitude de présenter, dès les premières pages de ces ouvrages, des objets microscopiques, la cellule primitive, les fibres, toutes les substances constitutives du végétal, visibles seulement à l’aide d’ins^ truments puissants, dont le maniement est difficile, et avec lesquels les illusions d’optique sont très-fréquentes.
Dans notre ouvrage, nous suivons une marche tout opposée. Nous voulons instruire sans fatiguer, et rendre l’étude attrayante, au lieu d’en faire un épouvantail intellectuel. Notre plan ne semblera peutêtre pas aussi scientifique; mais il sera, croyons-nous, plus rationnel. Nous avons fait comme l’anatomiste qui considère, d’abord l’ensemble du corps humain avant de le livrer au scalpel.
Nous donnons des notions préliminaires qui ont pour but de faciliter l’élude et d’en inspirer le goût; puis nous entrons dans notre sujet par ses perspectives les plus larges.
Notre Livre I er est consacré aux généralités ; nous déroulons
aux yeux du lecteur le vaste et sublime panorama de la création du monde; l’ensemble d’un grand spectacle est ce qui saisit tout d’abord les yeux et l’esprit. Dans le premier chapitre de ce Livre, on assiste, sans le moindre bagage scientifique, à la naissance successive des végétaux, et en même temps à la formation de l’écorce terrestre; on apprend ainsi, sans fatigue, l’histoire des végétaux fossiles; la flore antédiluvienne se montre naturellement avant celle qui l’a suivie. Dans le second chapitre, on contemple le merveilleux ensemble de la végétation actuelle, et la distribution des végétaux dispersés sur toute la surface de la terre ; on parcourt toutes les côtes; on franchit les plus hautes montagnes; et pendant cette rapide et curieuse pérégrination, l’on apprend à connaître une multitude de plantes, ce qui facilite l’étude de la symétrie ascendante, et de l’ascendance des formes dont il est question dans le chapitre suivant. Pour augmenter l’intérêt philosophique de cette étude, nous avons essayé d’établir des points de comparaison avec les êtres du Règne animal, de telle sorte qu’on puisse suivre, parallèlement, la symétrie et 1 l’ascendance des formes dans les végétaux et dans les animaux. Mais, nous le disons d’avance, ces lois de l’analogie, pour lesquelles se sont passionnés les naturalistes des siècles derniers, et qui ne laissent pas d’être encore pleines d’attraits, sont loin d’être absolues ; au point de vue purement scientifique, elles conduiraient directement au chaos, si la science leur accordait plus d’importance qu’elles n’en comportent. Elles piquent singulièrement la curiosité, excitent l’esprit d’investigation; mais il faut en jouir sans en abuser. La connaissance de ces généralités acquises, on peut entreprendre l’étude de la vie intime des végétaux; en suivant pas à pas, dans les trois premiers chapitres, la forme ascendante, depuis le Protococcus , réduit à une seule cellule, jusqu’à l’arbre le plus parfait, on a, quoique vaguement, entrevu l’admirable structure interne. Le chapitre cinq est destiné à en faire connaître la composition chimique; dans ce chapitre, il est traité en outre de tous les principes immédiats contenus dans les végétaux, c’est-à-dire des produits que