CHAPITRE IV
La température des végétaux est en général assez basse : cependant, parfois, elle est de quelque peu plus élevée que celle de l’atmosphère, et assez rarement on trouve un équilibre exact entre l’air et la plante : cette différence tient, peut-être, à ce que la température des tissus est soumise à celle de la sève que lui envoient les racines, et à ce que le milieu souterrain, dans lequel ces dernières sont plongées, est plus froid quand l’air est chaud, et plus chaud quand la température extérieure est plus froide. D’un autre côté, le tissu végétal, étant mauvais conducteur du calorique, fait difficilement un échange avec le milieu ambiant. La température est encore soumise à l’influence de l’exhalation : chaque fois que cette fonction est active, la température est plus basse, tandis qu’elle est plus élevée quand son activité diminue. La différence n’a pas toujours été appréciée avec une rigueur suffisante, à cause de la difficulté d’apprécier des fractions de degré, qui s’élèvent le plus souvent à peine au-dessus de quelques centièmes.
On a constaté dans les arum, lors de la floraison, une élévation bien sensible de température. On en a conclu que le phénomène est général, et l’on en a cherché la cause. Au lieu d’attribuer la température plus élevée des fleurs à une sorte d’orgasme qui se produit à 1 époque de la fécondation, on l’a attribuée à une cause essentiellement physique, et Murray, prenant pour base de ses observations les expériences d’Herschell, sur les propriétés calorifiques des différents rayons du spectre solaire, s’est assuré que la température de la plante est en rapport exact avec celle que présentent les couleurs du prisme. Ainsi un calla œthiopica donnait une température de 13° centigrades, tandis que la température ambiante était de \ 2°, et l’hépatique marquait 14°. Les conclusions de cet observateur sont : que les fleurs blanches ont en général une température moins élevée d’un demi à un quart de degré que l’atmosphère, que les fleurs bleues présentent cette même différence en plus; les fleurs jaunes, de 1° à 2° en plus,
et les fleurs rouges de 2° à 3°. Ces observations sont en contradiction avec celles faites sur certaines aroïdées, et que nous pouvons, chaque année, répéter sur notre arum maculatum, qui donne une élévation de température de 8° à 10° au-dessus de celle de l’atmosphère : sous les tropiques, le phénomène est plus sensible encore. On attribue cette élévation de température à la préparation de l’acte reproducteur, et à la quantité d’oxygène absorbée par les anthères fertiles ; les anthères stériles donnent une chaleur moins forte, les pistils et les spathes moins encore. Dans cette circonstance, la production de la chaleur serait la même que dans les animaux. Il reste à savoir si ce phénomène est général ou s’il n’est que partiel : cette question restera longtemps sans doute non résolue, car les expériences sont difficiles, et il faut à l’observateur autant de sagacité que d’habileté expérimentale, ce qui ne se trouve pas toujours réuni.