CHAPITRE IX
Si ia chromatologie est entourée d’obscurité, Yosmologie, ou science des odeurs, l’est au moins autant, plutôt cependant sous le rapport de la sensation produite que du mode de production : car les odeurs (en limitant ce mot aux arômes) qui résident soit dans les fleurs, ce qui est le plus commun, soit dans les feuilles, le bois, la racine ouïes fruits, sont presque toujours dues à une huile essentielle, produit hydrocarboné, c’est-à-dire dans lequel l’acide carbonique et l’hydrogène sont en proportion excédante. Il s’en faut beaucoup que toutes les parties d’un végétal soient odorantes : nous voyons, dans l’iris, la corolle, si délicate de tissu, si brillante de couleurs, complètement inodore, tandis que son rhizome a une odeur de violette; dans Yandropogon, la racine est douée d’une odeur pénétrante, et le reste de la plante est dans un état complet d’indifférence. Le volkameria a la fleur très-odorante et les feuilles fétides; Ycillium frogans a, dans toutes ses parties, l’odeur forte propre au genre, et la fleur en est très-suave. Dans certaines familles, telle est entre autres celle des labiées, toute la plante est aromatique, et c’est dans les feuilles surtout que réside le principe odorant, qui se rapproche plus ou moins du camphre, mais, quand il est concentré, devient fétide; le marrube noir est dans ce cas. Les huiles essentielles de certaines labiées sont également douées d’odeurs peu agréables ; celle du romarin sent la térébenthine, et l’essence de menthe elle-même, quand elle est concentrée, a une odeur hircine. Les composées sont également aromatiques; mais on n’en tire pas d’odeurs agréables ; dans les ombellifères, c’est le péricarpe qui est odorant; l’odeur des fruits d’anis, d’aneth, de fenouil, de cumin est connue. Les conifères ne sont odorantes que par leurs produits sécrétés. Dans les graminées, à peu d’exceptions près, il n’y a point de plantes odorantes ; cependant on peut en excepter la flouve odorante, qui exhale une odeur très-agréable, surtout quand elle est sèche. Les enveloppes de
l’avoine noire donnent, parleur infusion à chaud, une odeur de vanille très-prononcée aux liquides avec lesquels on les mêle ; il en est de même de l’aspérule odorante, du mélilot, de la graine du dipterix odoratci (fève de tonka), qui ne sont odorants qu’après leur dessiccation. D’autres fois, il faut rintervention de l’eau et de la chaleur pour mettre à nu l’odeur propre à certains végétaux ; tels sont les feuilles du laurier-amande et les cotylédons de 1 embryon de 1 amandier, qui donnent aux liquides, dans lesquels on les fait infuser, une douce odeur d’amandes amères, due à l’essence et à 1 acide cyanhydrique qui se développent par la réaction de l’amygdaline sur la synaptaze au contact de l’eau. Toutes les parties des hypencum et des orangers sont parsemées de glandes remplies d huiles essentielles très-odorantes.
Ce qu’il y a de plus particulier dans la production des odeurs et dans l’aromatisme en général, c’est que certains végétaux ne sont pas odorants à toutes les heures du jour : le platanthera bifolia est odorant le matin et le soir, et inodore dans le milieu du jour; quand le temps est sombre et pluvieux, l’odeur se développe cependant dans le jour. Le genre cestrum présente une particularité bien remarquable : une espèce appelée cestrum diurnum est odorante pendant le jour, et le cestrum vespertinum ne 1 est que le soir ; c est au coucher du soleil que le pélargonium triste et les fleurs de magnolia
yulan exhalent leur odeur suave.
La putréfaction développe des odeurs dont les végétaux sont privés dans leur état frais. Ainsi, les bulbes des tubéreuses et les pommes d’api, qui commencent à se gâter, répandent une odeur de musc trèsprononcée ; la racine de la patate dégage, en se putréfiant, une odeur de violette fort agréable.
Les odeurs fétides sont très-nombreuses : le loroglossum hircinum exhale une odeur de bouc; 1 ’orchis coriophora , une odeur de punaise; la racine de l’acacia ( robinia pseudo-acacia) répand une odeur stercoraire très-forte; il en est de même du fruit de Yartocarpus integrifolia . Le sterbulia fœtida, Yanagyris fœtida sont dans le même cas. On a exagéré l’odeur de Yassa fœtida : le suc de cette ombeliifèie exhale une forte odeur d’ail, et l’on comprend pourquoi les anciens faisaient entrer cette substance dans leurs préparations culinaiies. Les spathes de Y arum dracunculus et les fleurs de stapeha exhalent une odeur de charogue, qui attire les mouches et leur fait déposer
leurs œufs dans ces cornets et fleurs empestés. Le phallus impudicus est d’une puanteur infecte à l’état frais.
Il y a quelquefois un rapport intime entre l’odeur et la saveur, comme cela a lieu dans l’anis, le fenouil, la badiane, le gérofle, la cannelle et les épices; d'autres fois, les végétaux dont la saveur est très-prononcée sont complètement inodores : tels sont le cresson de para , le calla palustris, Y arum maculatum. Beaucoup de plantes dont l’odeur est très-suave la perdent quand on les mâche : ainsi les pétales de la rose n’ont qu’une saveur herbacée, ce qui tient à la nature fugace du principe odorant. On fait quelquefois disparaître l’odeur d’une fleur par le simple froissement, comme pour le lis et la violette ; tandis que, dans d’autres, la division des parties est nécessaire pour la faire naître : tel est l’iris fétide, dite gigot, qui exhale par la trituration une odeur de viande rôtie, mais à distance et par atténuation, car il sent très-fort de près ou quand l’odeur en est concentrée ; le même phénomène a lieu pour les labiées, dont l’odeur se développe par le froissement, ce qui tient à sa nature. Quand cette odeur est due à une huile essentielle ou à une résine, elle s’exalte par le déchirement des tissus ; quand, au contraire, le principe odorant est dû à une autre cause (bien qu’on pense que c’est toujours à une huile essentielle que sont dues les odeurs), elle est détruite par le plus faible frottement.
Les odeurs varient suivant leur intensité ou les distances auxquelles elles frappent le sens olfactif : ainsi la fleur du sureau, forte et désagréable, quand elle est en masse, communique aux liquides, auxquels on la mêle, une très-forte odeur de raisin muscat.
Si la lumière agit directement sur certains végétaux et en exalte les principes odorants, elle est sans effet dans un grand nombre de cas : exemple, les plantes à odeur nocturne; mais les climats influent puissamment sur la production des odeurs : c’est pourquoi en s’élevant vers le nord, les végétaux aromatiques diminuent, tandis qu’ils augmentent en nombre en descendant vers l’équateur. Dans nos départements méridionaux, les labiées et les composées donnent beaucoup plus d’huile essentielle que sous le climat de Paris l .
1 . Le tableau de la production des huiles essentielles suivant les climats mérite de
Les altitudes paraissent également favorables au développement des odeurs ; Haller cite un certain nombre de végétaux inodores, dans les plaines, qui deviennent très-odorants dans les montagnes : tels sont le ranUnculus acris, le trollius europœus, la primula auriculü.
La culture influe beaucoup aussi sur les odeurs ; mais quand elle développe dans les plantes un principe odorant, il est difficile d’en connaître la cause.
Les principes aromatiques des végétaux, qui sont dus à un principe fugace, quelle qu’en soit la nature, comme dans le lis, diminuent d’intensité ou se perdent même entièrement par la dessiccation l .
La chaleur artificielle, qui détruit les odeurs des végétaux, développe celle des solanées vireuses et des cannabinées; toutefois, dans un grand nombre de cas, la torréfaction fait disparaître les principes actifs.
L’influence des odeurs sur l’organisme est très-connue : on sait
prendre place ici, pour montrer l’influence de la température sur leur développement :
Plantes récoltées sous le climat de Paris. Plantes récoltées dans les climats méridionaux.
Sur b0 kilogrammes. Sur 50 kilogrammes.
Aurone.
128 grammes.
1G7 grammes.
Hysope.
Menthe poivrée.
Myrte.
Oranger (fleur d’).
Romarin.
Rose cent-feuilles.
Sauge (petite).
Serpolet.
Thym.
Sous le climat de Paris, l’arome est souvent égal et supérieur, quelquefois même, en finesse, à celui des plantes des climats méridionaux ; ce qui a lieu surtout pour l’huile essentielle de fleurs d’oranger ; celle de menthe est moins forte : cependant, en général, c’est plutôt la quantité qui diminue, car la suavité reste la même, et parfois est supérieure.
i. On a reconnu que la distillation des plantes fraîches ou sèches, à l’eau froide ou à l’eau bouillante, produit des résultats différents. L’huile essentielle d’une plante sèche, ayant subi le contact de l’air, est devenue moins soluble, et l’on en obtient davantage. Le même effet a lieu quand on commence lçi distillation avec de l’eau froide : l’oxygène contenu dans l’eau se porte sur l’huile essentielle et la rend insoluble, tandis que, dans les plantes fraîches et en commençant la distillation à l’eau bouillante, l’huile essentielle est entièrement dissoute dans l’eau. On reconnaît la dissolution imparfaite de l’huile essentielle à l’aspect trouble de la distillation et à la faiblesse du produit odorant; tandis que, dans le cas de dissolution complète, la limpidité est très-grande et l’odeur trèsdéveloppée.
DES ODEURS DANS LES VÉGÉTAUX. l±\\
que rien n’est plus dangereux que de laisser dans une chambre à coucher des fleurs odorantes; elles peuvent déterminer une véritable intoxication miasmatique. Comme elles agissent exclusivement sur e système nerveux, les odeurs aromatiques, respirées en quantités moderees, stimulent agréablement et relèvent les forces nerveuses. t N ° US ra PP eller °ns seulement le fait, si connu, de la puissance attracive exercee sur les chats P^ les racines de la valériane : ils se roulent dessus avec une sorte de frénésie, et les mangent jusqu’au dernier morceau. Ces animaux, dont l’irritabilité est si grande, recherchent avec une fureur presque égale la nepeta cataria et le \eucrium marum, qu’ils détruisent quand ils pénètrent dans les jardins où l’on cultive ces plantes.
Les odeurs sont éminemment diffusibles : elles se répandent dans toute 1 économie, non-seulement par l’ingestion ou par la respiration, mais par la simple absorption cutanée. L’abus des odeurs produit des désordres assez grands pour qu’on doive l’éviter : il peut déterminer des affections nerveuses dangereuses, qu’on remarque surout chez les parfumeurs; aussi les personnes nerveuses, sujettes aux céphalalgies, ne peuvent-elles pas supporter les odeurs aromatiques.
Les émanations non aromatiques des végétaux peuvent quelquefois déterminer des accidents : les émanations du safran réuni en masse causent de violentes céphalalgies, et quelquefois même des syncopes; es dahlia, les belladones et un grand nombre des solanées vireuses produisent une action stupéfiante; les personnes qui récoltent les racines du veratrum album éprouvent des vomissements. Les émanations du chanvre, celles du noyer, sont dangereuses. Quoiqu’on ait exagéré les effets de Yantiaris toxicarici , il est positif que cet arbre répand autour de lui des émanatiens toxiques; le mancenillier est dans le même cas. Les émanations du phallus impudicus sont assez délétères pour faire périr des oiseaux placés sous la même cloche que ce champignon. On n’a qu’à mettre une guêpe sous un verre dans lequel on a placé une feuille de laurier-cerise coupée en morceaux, et au bout de dix minutes cet insecte sera complètement stupéfié h
1. A. Jahlin, dans sa thèse intitulée Odores medicamentorum, cite des faits relatifs à action des odeurs, dont quelques-uns sont controuvés : telle est, entre autres, l’ac-
uriner r ° dUlte ^ ^ 1,0deUr dU cheno ï >odium Avaria, qui les provoque à
L’action des odeurs, qui ne sont que des particules émanant des corps odorants, a une grande variété d’action; et l’on croit, sans que l’expérience ait confirmé cette opinion, que les odeurs qui agissent sur l’organisme, de la manière la plus favorable, sont celles qui proviennent de corps jouissant de propriétés alimentaires, tels que les fruits, les végétaux féculents; tandis que les odeurs simplement aromatiques ne sont pas si salutaires. On ne peut traiter les odeurs qu’en thèse générale et en déterminant leur action dans le plus grand nombre des cas ; car elles n’agissent pas avec une égale intensité sur toutes les personnes; ce sont surtout sur les femmes, dont le système nerveux est très-susceptible, qu’elles exercent une action trèsintense. Il y a maintenant des idiosyncrasies qui varient d’individu à individu et échappent à toute analyse.
Les travaux de L.-A. Buchner semblent prouver que la partie aromatique des fleurs, peut-être même aussi celle des différentes parties d’un grand nombre de végétaux, est due à la présence d’une huile essentielle, mêlée à de la cire et de la chlorophylle, et affecte l’apparence exlractiforme. En employant le procédé de M. Millon, qui consiste à traiter les fleurs à odeur fugace, telles que celles du tilleul, dû réséda, du jasmin, du seringat (philadelphus coronarius) par le sulfure de carbone, et en évaporant à une très-douce température, on a pu isoler le parfum de ces fleurs que la chaleur détruit, et qui se présente alors sous la forme d’une matière ciro-résineuse molle, dont l’odeur rappelle tout à fait celle de la plante.
Quant à la nature des huiles essentielles, elle varie singulièrement; au point de vue de leur composition chimique, on peut les distinguer en quatre groupes :
1 0 Les essences hydro-carbonées, telles que celles de citron, de bergamote, de cédrat, de rose liquide, de genièvre, de térébenthine, etc.;
2° Les essences hydro-carbonées oxygénées ;
3° Les essences sulfurées (ail) ;
4° Les essences azoto-sulfurées (moutarde, raifort).
Le groupe des essences oxygénées est le plus nombreux, on distingue :
1° Les essences neutres (rose solide , lavande, thym, etc.);
2° Les camphres (camphre de Bornéo et de Sumatra) ;
3° Les essences acides (girofles, reine des prés, etc.) ;
4° Les essences jouant le rôle d’alcool (essence de pommes de terre);
5° Les essences jouant le rôle d’aldehyde (essences d’amandes amères, de cannelle, d’anis solide, etc.);
6° Les essences jouant le rôle d’éthers composés (essence de gaultérie couchée).
Les essences du commerce, telles qu’on les retire par distillation, sont le plus souvent des mélanges de plusieurs essences; c’est ainsi que les essences de rose et d’anis résultent du mélange d’une huile liquide (œleoptène) hydro-carbonée, avec une huile essentielle solide (stéaroptène) oxygénée.
On a cherché à grouper les odeurs de manière à les rapporter à des classes connues; mais jusqu’à présent on n’a pas réussi à obtenir une systématisation satisfaisante, à cause de la prodigieuse variété des odeurs et des nuances qui en multiplient le nombre.
J.-Th. Fagreus et Yahlin, disciples de Linné, en développant les idées de leur maître, ont traité, l’un des médicaments fétides, Médicamenta graveolentia, et l’autre de Odore medicamentorum. Le premier établit trois classes ; 1° les subinsipides; 2° les âcres; 3° les amers, subdivisées en deux ordres, les plus forts ( fortiora ) et les plus faibles ( debiliora ). Ainsi le datura, la jusquiame, le tabac, appartiennent aux fétides subinsipides les plus forts; le jasmin, le souci, le tilleul, la violette, aux subinsipides faibles. Il classe les végétaux odorants parmi les fétides, parce que, quand le parfum en est exalté, ils deviennent plutôt fétides qu’aromatiques; la valériane, l’iris fétide, le sureau, appartiennent aux fétides âcres les plus forts, et l’assa fœtida, la rue, le cumin aux âcres faibles. Cette classification tout arbitraire n’a rien appris et n’est pas demeurée dans l’osmologie. Les travaux de Yahlin sont, au contraire, reste's. Cet auteur groupe les odeurs en sept classes :
1° Les musquées (ambrosiaques, odores ambrosiaci) ; tels sont le géranium moschatum, la malva moschata, l’aspérule odorante ;
2° Les suaves ( fragrantes ); le tilleul, la tubéreuse, le lis, le jasmin;
3° Les aromatiques ( aromatici ); les lauriers, l’œillet, etc.;
4° Les alliacées ( aliacei ) ; l’ail, l’alliaire, Yassa fœtida;
5° Les hircines ( hircini) ; à odeur de bouc, les satynum, la vulvaire ;
6° Les stupéfiantes (tetri, fétides); les stachys, les tagetes, le chanvre, Yanagyris, les solanum, l’aneth ;
7° Les nauséeuses (nûuseosi); le tabac, l’ellébore, le muguet.
Adanson, comme Linné, qui semble avoir pris aux anciens le nombre sept qui leur servait de base dans la classification des odeurs, adopte aussi sept classes : 1 0 les inodores ; 2° les odeurs faibles; 3° les odeurs suaves; 4° les aromatiques fortes; 5° les odeurs fortes, qui ne sont ni puantes ni aromatiques ; 6° les odeurs in fectes ou fétides; 7° les odeurs fades.
Lorry, qui a fait un travail spécial sur les odeurs, établit cinq classes, qui sont trop arbitraires pour mériter autre chose qu’une mention.
Fourcroy, guidé par ses études chimiques, a suivi une autre voie ; il a divisé les odeurs en cinq classes : \ ° esprit recteur ou arôme muqueux ; le plantin, la bourrache ; 2° esprit recteur huileux fixe, non soluble dans l’eau; réséda, héliotrope, narcisse, jonquille ('les travaux de Buchner démontrent l’inutilité de cette classe, qui repose sur une donnée inexacte) ; 3° esprit recteur huileux fixe, soluble dans l’eau , les labiées; 4° esprit recteur aromatique et acide; benjoin, cannelle, etc.; 5° esprit recteur sulfureux; les crucifères. Le savant chimiste est resté au-dessous de sa réputation ; il n’a fait qu’un travail sans application, puisqu’il comprend la moindre partie des circonstances qui accompagnent la production des odeurs.
Yirey, qui avait un esprit porté aux idées philosophiques et se distinguait par des vues élevées, a écrit sur l’osmologie et est venu échouer contre la difficulté que présente une méthode de classification s’appliquant à des productions aussi variées que les odeurs.
Il divise les odeurs en trois classes : 1° les odeurs d’aliments; 2° les odeurs de médicaments ; 3° les odeurs d’agrément et de toilette. Il a eu beau subdiviser les classes en trente-sept groupes secondaires et multiplier ses dénominations, il n’est pas arrivé pour cela à plus de précision. Ses classes sont fausses et ses coupes renferment des divisions qui sont semblables ou rentrent les unes dans les autres. Cependant une bonne classification des odeurs serait utile pour les descriptions, et contribuerait à leur donner de la précision.
Desvaux, bon observateur, mais trop ami des détails, avait si bien compris l’importance d’une classification osmologique, qu’il a
consacré, à ce chapitre, de longs et minutieux détails dans son Traité général de botanique. Il a établi sept genres d’odeurs qui commencent aux plus faibles et s’élèvent graduellement aux fétides. Ce sont :
I. Les odeurs inertes, qui sont faibles, sans mauvaises qualités et peu expansibles; elles se subdivisent en dix espèces : 1° Y odeur ligneuse, celle du bois qu’on scie ; 2° Y odeur herbacée, ou de graminées froissées entre les doigts; 3° féculaire ou farineuse, celle de la fécule et. des graminées réduites en farine ; 4° mucilagineuse , celle de gomme dissoute ; 5° crue, des racines tubéreuses crues; 6° féviaire, des graines des légumineuses crues; 7° oléacée, celle des bettes, de l’arroche, de l’épinard cuits dans beau ; 8° oléanaire ou plutôt huileuse : c’est celle de la noix écrasée; 9° fongacée, du champignon. C’est l’odeur propre à toute cette famille, dont le champignon de couche peut être regardé comme le type, parce que, depuis les byssus jusqu’au lvcoperdon, ils ont tous, lors de leur premier développement, une odeur particulière qui mérite de prendre place dans la nomenclature osmologique, car elle se représente souvent; l’odeur de la truffe elle-même n’est autre chose qu’une odeur de champignon exaltée; 10° mellacée ou approchant du miel, due à la présence, dans les végétaux, d’un principe mucososucré.
II. Les odeurs anaromcitiques sont distinctes, mais peu énergiques, et ont des qualités négatives : elles ne sont ni suaves, ni pénétrantes, ni fétides. Ce genre comprend quatre espèces : 1° acerbe, Codeur des écorces fraîches du quinquina, de la racine de fraisier : elle est due à la présence du tannin ; 2° vineuse, propre à la sève fermentée et aux fruits; 3° spermatique , qui se retrouve dans le pollen du châtaignier, de l’épine-vinette ; 4° nucléacée, ou de noyau, due à la présence de l’acide prussique.
III. Les odeurs suaves, douces, agréables, ni aromatiques, ni balsamiques; huit espèces : 1° anisée, l’anis, la badiane; 2° musquée, le mimulus moschatus; 3° otangiaque, 1 orange ; 4° pomacée , la pomme de reinette; 5° rosacée , la rose, le pélargonium capitatum; 6° vanillée , la vanille, l’héliotrope du Pérou, le tussilage odorant; 7° violèacée, l’odeur de la violette, qui se retrouve dans la racine de l’iris de Florence; 8° agréable, le jasmin, le tilleul, etc. Cette espèce comprend une grande variété de plantes et d’odeurs ; elle pourrait
être démembrée pour être distribuée dans les autres espèces de ce genre et des suivants.
IY. Odeurs aromatiques, agréables, exaltées, pénétrantes, sans acidité; trois espèces : 1° caryophyllacée, l’œillet, Yacorus calamus; 2° épicéo-aromatique, le gérofle, la cannelle; 3° épicée, le poivre, la muscade.
V. Odeurs suaves, très-prononcées, suaves; trois espèces : 1° balsamoïde, baume de la Mecque, bourgeons du populus balsamea; 2° balsamique, le benjoin, le styrax; 3° myrrhique, la myrrhe, l’encens.
YI. Odeurs pénétrantes, fortes, vives, n’excitant ni une sensation agréable ni une désagréable; onze espèces : 1° mélilotique, celle du mélilot ; 2° bitumineuse, les psoralées ; 3° citronnée, le citronnier, la mélisse officinale; 4° camphrée, le camphre, la lavande et un grand nombre de labiées; 5° ambrosiaque, le chenopodium ambrosioides ; 6° résineuse, les conifères ; 7° acide, la pulpe de tamarin; 8° piquante, les crucifères; 9° alliacée, les aulx; 10° âcre, les renonculacées, les sedum; 11° forte, la plupart des ombellifères.
YII. Odeurs fétides, très-exaltées, désagréables, répugnantes; dix espèces : 1° cimicine, ou de punaise, Y or dus coriophora; 2° hircine, de bouc, Yhypericum hircinum; 3° stercoraire, le sterculier, le fruit du jaquier; 4° urinaire, plusieurs polygala; 5° putride, la stapélie variée; 6° alliacéo-fétide, Yassa fœtida ; 7° muriatique, celle du fucus vesiculosus et des plantes qui croissent dans la mer; 8° vermifuge, la tanaisie, les mille-feuilles; 9° vireuse, la belladone, la stramoine, le pavot; 10° nauséabonde, le chenopodium vulvaria.
De Candolle a établi, dans les végétaux, deux catégories osmologiques qui paraissent justifiées par leur mode de production, mais elles ne sont cependant pas rigoureusement exactes. Ce sont les odeurs produites par les plantes privées de la vie, et dont la durée est presque infinie ; elles augmentent plutôt qu’elles ne se détruisent par l’effet du temps ; telles sont les odeurs des bois, des écorces, dues à des matériaux odorants qui sont en dépôt dans des lacunes ou dans des cellules. La seconde catégorie comprend les odeurs qui sont produites par les organes vivants et s’exhalent au fur et à mesure de la production, sans former de dépôt.
Malgré l’utilité de la classification adoptée par Desvaux, qui est établie sur des principes arbitraires, on est obligé de reconnaître
que l’osmologie ne peut, en suivant cette voie, s’élever à la hauteur d’une science; c’est à la chimie qu’il faut s’adresser pour obtenir un système de groupement méthodique plus parfait. On remarque, en effet, en étudiant les odeurs dans les associations végétales qui ont entre elles une étroite affinité, qu’elles peuvent se ranger sous un petit nombre de chefs. C’est ainsi qu’on trouve dans une partie des liliacées, des narcissées, des iridées, des orchidées, une odeur fondamentale, qui varie suivant qu’elle s’exalte ou s’affaiblit, et peut passer de la suavité la plus délicieuse à la fétidité la plus insupportable. L’odeur que Desvaux appelle orcingiaque, et qu’il vaudrait mieux appeler orangée, se trouve non-seulement dans la fleur de l’oranger, mais dans celle du robinier faux acacia, de la clématite des haies, et d’un grand nombre d’autres plantes. L’odeur caryophyllacée n’est pas propre seulement à la fleur du géroflier, mais encore à la giroflée, à l’œillet, à la racine de benoîte; l’odeur rosacée se trouve dans la rose, dans les pélargonium rosa et capitatum et la gesse tubéreuse. Il y a donc un petit nombre d’odeurs fondamentales.
Nous devons chercher la véritable classification des odeurs dans la composition chimique des principes odorants ; nous y retrouverons la plus grande partie des divisions adoptées par les savants qui se sont occupés d’osmologie, mais avec moins d’incertitude.
Ainsi, nous trouverons dans les substances albuminoïdes l’odeur féviaire; l’odeur mellacée, dans les sucres et la mannite qui se trouvent dans un grand nombre de végétaux ; l’odeur vineuse, dans ceux qui contiennent des principes qui, sous l’action de la fermentation,, se convertissent en alcool', l’odeur acide, dans les produits alcooliques oxygénés, et dans la série des acides végétaux; l’odeur nucléacée, expression vicieuse qui aurait pu être remplacée par le mot amygdalée, dans les produits cyanhydriques; l’odeur résineuse, dans les essences hydrocarbonées , qui comprennent aussi l’odeur citronnée et l’orangiaque, et la série du térébène; les essences oxygénées comprennent les séries camphrée, balsamoïde et balsamique, dues au benjoin ; la série cinnamique comprend des odeurs qui font partie des espèces ci-dessus établies par Desvaux; l’épicéo-aromatique rentre dans cette série, puisque la cannelle est la génératrice de la série cinnamique ; la série anisique et la série cuminique renferment une partie des produits odorants des ombellifères et de quelques magnoliacées ; la série eugénique répond à l’espèce caryophyllacée ;
Botan,, T. I. 27
les essences sulfurées répondent aux odeurs piquantes et alliacées, et comprennent une partie des plantes de la famille des crucifères; la série coumarique répond à l’odeur mélilotique.
C’est là, croyons-nous, la seule voie dans laquelle il faut chercher la classification des odeurs. Tout ce qui sera fait en dehors de cette base, quelque ingénieux qu’il soit, sera arbitraire. Il reste donc à reprendre toute Cosmologie et à la soumettre à l’épreuve de l’analyse des principes élémentaires ; on aura alors fait prendre à cette branche de la science la place qu’elle doit occuper dans la botanique ; car, l’examen superficiel, l’étude même du mode particulier de sécrétion propre à chaque système d’odeurs, ne peuvent rien apprendre sur la nature intime des odeurs, et surtout sur leur action physiologique. L’osmologie est une étude qui mérite d’autant plus de fixer l’attention des hommes de science, que la médecine emploie dans la thérapeutique les principes odorants des végétaux, et qu’il lui importe d’en connaître la nature pour en apprécier les etîets.