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CHAPITRE XI

EXCRÉTION

Les fonctions vitales impliquent nécessairement une double action, une véritable polarité, comme si la vie ne pouvait exister sans qu’il y ait sans cesse deux actions opposées, qui sont les deux conditions indispensables de tout phénomène physiologique; ainsi, l’élaboration première des matériaux de nutrition se compose du double phénomène :

Absorption. Exhalation.

Résultat :

Sève élaborée.

La mise en action de la sève élaborée se compose, à son tour, de deux actions :

Assimilation. Excrétion.

Résultats :

Sécrétion et nutrition.

Il en est du corps organisé végétal comme du corps animal : dès qu’il a puisé, dans les agents ambiants, tous les matériaux qui pouvaient servir à son alimentation, il les élabore et les concrète, en éliminant, par l'exhalation, tout ce qui était superflu, et quand la sève élaborée est produite, qu’il en a séparé, par la sécrétion, tous les matériaux alibiles, il rejette tout ce qui est impropre à la vie. C’est ce qu’on appelle excrétion. 11 ne faut pas croire, cependant, qu’il en soit des végétaux comme des animaux. Ces derniers ont une cavité spéciale pour recevoir le bol alimentaire, qui, en circulant de proche en proche dans le tube intestinal, y devient de plus en plus semblable aux molécules de l’organisme avec lequel il est mis en rapport, et les matières excrémentitielles ne sont rejetées, au dehors, qu’après avoir parcouru tout le tube digestif, dont les vaisseaux absorbants ont aspiré tout ce qu’il y peut rester de propre à

EXCRÉTION

l’entretien de la vie. 11 s’en faut beaucoup qu’il en soit de même des végétaux : ils n’ont pas d’appareil d’élaboration spécial pour les matériaux qui servent à la préparation des éléments qui doivent augmenter ou renouveler les tissus, et le procédé paraît assez simple pour échapper à nos regards. La génération des cellules est un phénomène qui a sans doute siégé dans la cellule même. Si l’on étudie avec soin le phénomène de l’excrétion, on verra que ce ne sont que les glandes dans lesquelles on puisse jusqu’à un certain point l’étudier. Il est cependant nécessaire que les parties constituantes, inassimilables de la sève élaborée, soient rejetées au dehors comme l’ont été les produits de la sève ascendante, qui étaient impropres à être convertis en sève élaborée. Si les voies par où s’échappent les matières gazeuses rejetées par exhalation sont connues, il n’en est pas de même des voies d’excrétion quand elles n’ont pas lieu par des appareils glandulaires, qui sont plutôt des appareils de sécrétion que d’excrétion. On en peut dire autant des poils glandulaires dont le sommet renflé est le siège de l’excrétion. Dans la fraxinelle, ce sont de petits poils glanduleux excrétant l’huile volatile qui forme autour de la plante une atmosphère inflammable. Il en est de même des poils des loasa et des malpighiacées. Dans les autres cas, quand les surfaces ne portent ni glandes, ni poils glanduleux, l’excrétion ne peut avoir lieu qu’à travers les pores de l’épiderme ou les stomates, même aussi à travers les mailles des tissus.

On a confondu, bien à tort, avec les excrétions, les sécrétions de gomme, de cire, de vernis, de matière albumineuse, qui recouvrent les bourgeons, les fruits, les tiges, les végétaux marins. Il reste à savoir si ces exsudations servent aux besoins de la vie, ou si elles sont purement accidentelles. On reconnaît bien dans les bourgeons des marronniers d’Inde, des peupliers, que l’enduit visqueux qui couvre leurs écailles, peut avoir pour effet de les défendre contre l’humidité et le .froid de l’hiver et du printemps; mais les végétaux dont les bourgeons ne sont pas enduits de ce vernis n’en sont pas moins à l’abri du froid, et l’on ne peut s’expliquer l’utilité de cette sécrétion dans le silene viscaria, la fraxinelle, etc. La poussière glauque de la nature de la cire, qui recouvre les feuilles du chou et de certains fruits, ne paraît avoir aucune raison d’être. Il ne faut pas confondre, avec l’excrétion, les produits variés dont la production est le résultat de la piqûre des insectes.

On regarde cependant comme des excrétions particulières, ayant leur siège dans de petits organes excréteurs, la viscosité des caryophyllées à tige gluante, et qui paraît être de la même nature que la glu tirée du houx, et la cire, si abondante à la surface des feuilles du peuplier, qu’on avait établi en Italie une manufacture ayant pour but de l’extraire pour en faire un objet de commerce. Plusieurs palmiers des tropiques en sécrètent aussi, de même que les fruits du myrica cerifera, qui en contiennent le neuvième de leur poids.

On ne peut encore regarder comme des excrétions les substances rejetées au dehors, parce qu’il y a, à l’intérieur, sécrétion surabondante ; on peut ranger dans cette catégorie les excrétions de sucre pur et cristallisé qui se trouvent à la surface de certains végétaux : telle est la concrétion sucrée de la division supérieure de la corolle du rhododendrum Ponticum , qui est assez abondante pour que 140 fleurs en aient donné 275 centigrammes; l’appendice concave du strelitzia reginœ contient également du sucre cristallisé. Le laminoria saccharina, espèce de la famille des algues, se couvre d’une efflorescence sucrée, qu’on a prise pendant longtemps pour de la mannite, mais qui est formée par des substances neutres ternaires, se rapprochant de la mannite, et que l’on a désignées sous les noms (Yerytrüe et de pirate.

La manne en larmes qui découle, spontanément ou à la suite d’incisions, du fraxinus ornus de la Calabre et qui est peut-être due à la piqûre d’une espèce de cigale, celle qui est produite par le tamarix mannifera , X alhagi Manrorum, celle du mélèze, sont des extravasions plutôt que des excrétions.

On ne doit donc pas donner le nom Y excrétions à des produits exsudés, qui ne sont pas repris par les sécrétions et subissent, sous l’influence de l’air, la condensation propre à des matières dont le liquide aqueux s’échappe par évaporation.

Si nous avons éliminé du nombre des excrétionsdes matières sécrétées et transsudées, il reste donc la théorie de l’excrétion des racines. Si cette théorie, qui satisfait l’esprit, et semble confirmer ce qui a été dit touchant la polarité des fonctions dans les êtres vivants, était confirmée par l’expérience, on connaîtrait mieux le rôle physiologique de l’appareil radiculaire et la vie du végétal. La racine, qui a fourni, à la tige, les premiers matériaux de nutrition, serait alors le siège dè l’excrétion véritable. Il est de science certaine, que

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la sève élaborée, dans son trajet descendant, laisse, chemin faisant, tout ce qui entre dans la composition du végétal ; les huiles essentielles et les résines restent dans les lacunes de Técorce; la sève, dépouillée dans ce parcours, arrive aux racines ne contenant que peu de principes nutritifs, et chargée, pour ainsi dire, exclusivement des sucs propres. C’est pourquoi les racines se trouvent de préférence le siège des principes médicamenteux.

Le résidu de la sève serait alors rejeté au dehors, et apparaîtrait à l’extrémité des racines sous une forme mueilagineuse. Ce serait là la véritable excrétion de la plante. La seule preuve qu’on apporte de la réalité de cette théorie repose sur les expériences de M. Macaire, qui a fait absorber, par une plante, des solutions métalliques qui se retrouvaient ensuite, suivant lui, dans l’eau pure, où l’on avait plongé la racine; ce qui portait naturellement à conclure, que la plante avait éliminé, par cette voie, les substances inassimilables. Ce qui jette du doute sur ce point, encore si obscur, de la science, c’est que d’autres expérimentateurs, ayant cherché à répéter l’expérience, n’ont pas retrouvé, dans le liquide, la substance charriée par absorption dans le torrent de la circulation, et qui, ne trouvant nulle part à s’assimiler, aurait dû, conformément aux conclusions de M. Macaire, repasser dans le liquide.

On peut, au reste, répéter les expériences déjà faites, pour se convaincre delà réalité de cette théorie. De jeunes haricots, placés pendant quelques jours dans de l’eau distillée, la saturent, dit-on, de matière excrétée, et l’on recommande de mettre chaque jour une plante nouvelle dans l’eau, pour en éviter la décomposition. M. J. S. Ilenslow, dans son Traité des principes de botanique descriptive et de physiologie (The principles of descriptive and physiological botany ), publié en 1835, prétend que, suivant les familles, les excrétions sont différentes. Ainsi les papilionacées contiendraient une matière mueilagineuse abondante; les graminées, au contraire, n’en contiendraient que fort peu ; les chicoracées excréteraient une matière amère, analogue à l’opium, et les euphorbiacées une matière résineuse.

Il faut regarder ces assertions comme douteuses. Quoi qu’il en soit, l’excrétion de la plante a-t-elle positivement lieu? comment, et par quelle voie, sous quelle forme? c’est ce qu’on ignore et ce que, sans doute, des observations ultérieures nous apprendront.

Botan., T. I.

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