NECTAIRE
Il est important de s’arrêter pendant quelques instants, sans entrer cependant dans une longue discussion, pour savoir si l’on peut conserver dans la langue botanique le nom de nectaire, qui s’applique à des parties essentiellement dissemblables, souvent non excrétoires, ou bien, sans acception de forme et de position, appliquer ce nom à tous les organes, quels qu’ils soient, qui sécrètent un fluide visqueux sucré, et s’en tenir à la définition de Linné : Nectarium pars mellifera flori propria (le nectaire est un organe mellifère propre à la fleur). Tout en restreignant ainsi cette dénomination, on ne peut cependant pas se refuser à dire que rien n’est moins philosophique. Le nom de nectarothèque, créé par Sprengel, n’a pas avancé la solution de cette question, et l’on ne peut donner du nectaire une définition rigoureuse qui le fasse reconnaître en dehors de sa fonction assez obscure. Toutefois, il faut dire que le nectaire est un appareil sécrétoire qui n’entre en fonction qu’à l’époque de la fécondation, et à toutes les autres époques est un réservoir vide et se rattachant à l’appareil floral. Desvaux admettait en principe que, dans les végétaux, chaque fois qu’une partie se trouve abritée, sa surface, lorsqu’il n’y a pas d’adhérence, est disposée à devenir sécrétoire, et il combat l’appellation du nectaire comme une superfétation. Dans l’impossibilité de donner une idée précise du nectaire, on peut seulement indiquer certains végétaux dans lesquels il se rencontre, tels que les delphinium, les hellébores, les renoncules, les capparidées, les orchis, la fritillaire, le chèvrefeuille, les trèfles, les primevères. On a reconnu la présence d’organes nectarifères dans quatre-vingtquatre familles. Le principe sucré est sécrété tantôt par le calice, comme dans le câprier, tantôt par les pétales, comme dans la couronne impériale et les renoncules (PL 8, fig. 27), par les étamines dans les plombaginées (fig. 8), par l’ovaire dans les épacris (fig. 9), par le disque dans l’asphodèle et le lierre (fig. 6). Ainsi il n’y a donc
ORGANES DE LA REPRODUCTION
pas d’appareil spécial pour cette sécrétion ; il s’agit seulement de rechercher si le nectaire joue un rôle quelconque dans la fécondation.
Pontedera assure que, si l’on enlève les nectaires de l’aconit jaune, la fécondation n’a pas lieu; M. Soyer-Willermet dit la même chose ; Perroteau partageait cette opinion. Desvaux, excellent observateur et botaniste savant, a obtenu des résultats diamétralement opposés : il a enlevé le nectaire à des orchidées qui n’en ont pas moins mûri leurs graines ; la nigelle de Damas a été dans le même cas. Rien de précis dans ces expériences contradictoires ; il faut cependant plutôt s’en rapporter à ceux qui se sont prononcés pour la négative que pour les autres.
Sans rappeler les idées qui ont passé par la tête de tant de botanistes qui ne veulent laisser aucun fait sans explication, nous nous bornerons à citer Yaucher, l’observateur naïf et de bonne foi, qui a constaté, dans la lopézie, l’intervention irrécusable du nectaire, qui retient le pollen et sert à favoriser la fécondation. Ce qui peut être vrai pour cette plante est radicalement impossible pour la plupart des autres ; aussi les opinions émises sur la fonction des nectaires sont-elles fondées sur des hypothèses qu’il est impossible de justifier, non plus que la comparaison hypothétique du nectar avec le liquide amniotique du fœtus. D’autres auteurs, en le faisant servir à la nutrition de la graine, et en avançant le fait controuvé de l’existence d’un nectaire dans les plantes dont la graine est oléagineuse, tandis qu’on n’en trouve pas dans les végétaux dont les semences sont farineuses ou ligneuses, prouvent qu’il est dangereux de vouloir conclure sans examen du particulier au général. Les conifères et les amenlacées qui ont les graines huileuses, tels que le hêtre, le noisetier, sont dépourvus de nectaires. Dunal regarde cet appareil comme un simple réservoir destiné à recevoir une excrétion surabondante, sans qu’il résulte rien de cette idée que l’expression d’un fait. Le nectaire le plus étrange qu’on puisse voir est celui de l’orchidée appelée coryanthes (PL 8, fig. 5), présentant un réservoir de deux centilitres de capacité, dans lequel tombe goutte à goutte un liquide mielleux s’échappant par des cornes qui existent de chaque côté du gynostème.
C’est en vain qu’on a longtemps discuté pour savoir quelle est la fonction véritable des nectaires et du fluide qui les remplit ; car un