CHAPITRE XIII
GÉNÉRATION DES CRYPTOGAMES
Pour terminer ce modeste essai de botanique élémentaire, il convient de parler de l’ensemble des organes de la fructification et de la germination dans les végétaux cryptogames ou acotylédones.
Il y a dans cette classe, encore si peu connue, une plus grande variété de modes de reproduction que dans les phanérogames. On les a divisés en deux grands groupes, suivant le mode affecté par chacun d’eux dans le développement de ses corps reproducteurs : ainsi, on appelle endosporées les cryptogames dont les spores se développent dans l’intérieur des tissus : tels sont les protococcus, les palmella ; et exosporées celles dont les spores se développent à l’extérieur de l’utricule : tels sont les champignons. Quant au mode particulier de reproduction, il se rapporte à trois grandes modifications fondamentales; ce sont : 1° les spores, semblables aux graines des phanérogames et n’en différant que par leur mode de formation, qui paraît seulement être l’isolement de cellules qui reprennent l'individualité dans les cellules qui entrent dans la composition des tissus mêmes; c’est au reste le mode de génération le plus simple et celui qui est propre aux animaux inférieurs; 2° les gemmules, appelées encore innovations, sortes de bourgeons qui naissent dans l’aisselle des feuilles, s’allongent, et forment de petites branches qui se détachent de la plante mère, et donnent naissance à de nouvelles plantes; c’est encore un mode de reproduction qui rentre dans le premier et est aussi naturel ; 3° les propagules, corps cellulaires composés d’un petit nombre de cellules placées bout à bout et sans ordre, qui tombent à terre, germent et donnent naissance à une nouvelle plante ; 4° on a observé dans les mousses de petits tubercules qui se développent à la surface des racines et reproduisent la plante : ce sont des espèces de bourgeons qui se forment sur certaines parties du végétal mère, et, en tombant sur le sol, jouissent de la faculté de produire une plante nouvelle. On a encore signalé dans les lycopodes et les azollées des corps reproducteurs inconnus.
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Dans les algues, classe si nombreuse et si variée, on trouve plusieurs modes de reproduction'; le plus simple est celui des confervoïdes, dont les utricuîes remplissent à la fois les fonctions de la végétation et celles de la reproduction, ou, comme les êtres inférieurs, n’ont pas d’appareils distincts pour la vie de nutrition et pour celle de reproduction. Quand la plante est arrivée à une certaine époque de sa vie, la matière verte de chaque utricule se concrète et se partage en nombre variable de petits grains, nommés spores (pi. 28, fig. 17 à 29), qui servent à reproduire la plante; mais ces spores, en nombre indéterminé dans les confervacées, présentent déjà un nombre déterminé dans les ulvacées, qui sont tétraspores; c’est l’individualisation d’une utricule dans les hydrodictyons, une fissiparité dans les nostochinées, etc. Dans les végétaux de cette classe, les spores munies de cils vibrati les (PI. 28, fig. 20 et 21) sont douées de mouvement, et ce mouvement paraît spontané comme celui des animaux infusoires, mais il ne dure que jusqu’au moment de la germination.
Dans les phycées, les spores se développent dans des thèques, espèces de cellules spéciales, diversement disposées; elles sont latérales et unisporées dans les vauchéries; unisporées aussi dans les cliaras; mais les thèques sont enveloppées de filaments cloisonnés appelés paraphyses, contournés en spirale, et formant par leur soudure une tunique externe, ou induvie. Dans les fucus, les thèques tapissent les parois de cavités creusées dans le thalle, et appelées conceptacles ; elles sont accompagnées de paraphyses. On ne trouve pas de paraphyses dans les corallines. On trouve, à l’intérieur des charagnes et des fucacées, des phytozoaires, petits filaments roulés en spirale assez semblables à ceux représentés PI. 29, fig. 11, 14, 15, 16 et 25, et paraissant être des animalcules semblables aux zoospermes; les utricuîes qui les renferment, et qu’on regarde comme l’analogue des anthères, ont été appelées anthéridies et zoothèques.
Dans les floridées, les thèques sont tantôt extérieures, comme dans les callithamniées, tantôt disséminées dans le tissu; les unes sont accompagnées de paraphyses, les autres, comme les lomentariées, ont les thèques renfermées dans des portions de thalles différant par leur structure du reste des tissus, et qu’on a nommées stichidies ; dans les claudées ils sont au milieu d’un thalle réticulé.
En suivant avec attention le développement des spores nues ou in-
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duviées, externes ou internes,, on n’y voit que le jeu d’un système de formation semblable. Dans les plus inférieures, on trouve la confusion; dans les plus élevées, la symétrie, en un mot une arithmétique qui ne présente, comme il a été dit au commencement de ce livre, que des nombres pairs ayant 2 pour facteur premier, et qui en sont presque tou jours les multiples.
Dans les champignons arthrosporés, ce sont des utricules terminales, affectant la forme d’un chapelet, et qui se séparent à leur maturité. On distingue les genres d’après la nature des spores et la structure des corps qui les supportent; les trichosporés ont les spores placées à l’extrémité de filaments simples. Les thécasporés ont les spores renfermées dans des thèques (PI. 28, fîg. 4).
Les spores sont, suivant les familles, disposées sans ordre, ou bien symétriques à la surface du réceptacle : tels sont les lichens dont les thèques (fîg. 16) sont fixées aux parois internes d’un conceptacle évasé, dont les bords se sont rapprochés et forment une cavité ouverte seulement par une fente ou une petite ouverture appelée ostiole; ou bien encore ils tapissent, comme dans les truffes, la cavité d’un péridium, réceptacle commun ouvert à son sommet ou entièrement clos, qui renferme des conceptacles libres ou soudés (PL 28, fîg. 8, 1 1 ) ; on a donné le nom de gleba à la masse des conceplacles renfermés dans le péridium.
Les spores, au lieu d’être simplement lisses et ovales, sont cloisonnées, baculiformes, didymes, tricuspides ou réticulées, et le nombre varie de 4 à 8 (fîg. 8, 16). Dans les basidiosporés, les spores, presque toujours au nombre de 4, sont portées sur une utricule tétracuspide, tantôt à la face inférieure d’un conceptacle enveloppé du sac membraneux à compartiments appelé péridium, ou bien tapissant les lamelles ou lacunes creusées dans la gleba. C’est à cet ordre qu’appartiennent les champignons des genres agaric, bolet, clavaire, chanterelle, lycoperdon.
Les myxosporés ont les spores simples ou composés, flottant dans une masse mucilagineuse d’abord, qui forme ensuite une sorte de péridium, ou mêlée à des filaments divers appelés capillitium.
La classe des mousses, qui comprend les hépatiques et les mousses proprement dites, est remarquable . par son système de reproduction. Ce sont bien toujours des spores; mais elles sont renfermées dans un sac appelé sporange , revêtu d’une enveloppe extérieure appelée
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épigone, et cet ensemble porte le nom d 'archégone. Quand les spores sont mûres, le sporange déchire l’épigone et apparaît; les spores en sortent de diverses manières. L’archégone est entouré ordinairement d’une gaine appelée périgone, qui renferme toujours plusieurs archégones, dont un seul se développe, et toujours l’archégone, qu’il soit ou non entouré d’un périgone, est accompagné, dans les genres foliacés, d’une rosette de feuilles appelée le pêrichèze. Le périchèze semblerait représenter le calice des phanérogames, et le périgone la corolle. Le sporange à coiffe des mousses, qui a la forme d’une urne, est porté sur un pédicelle et renferme au centre une colonne nommée columelle. Cette urne a une triple paroi; on donne le nom de sac sporophore à l'urne interne, et celui d 'apophyse à la masse charnue sur laquelle l’urne intérieure repose, et qui est formée par le développement des deux urnes extérieures. L’urne externe se continue au sommet et est fermée par une membrane appelée opercule, qui en est toujours séparée par une rangée de cellules élastiques appelées anneau. Elles se distendent au moment de la dissémination des spores, et font tomber l’opercule. Les urnes internes sont le plus souvent bordées de petites lanières appelées le péristome. Le péristome est simple ou double; il varie beaucoup dans sa forme et sert à distinguer les genres.
Outre cet appareil compliqué qui renferme les corpuscules reproducteurs, il y a dans les mousses comme dans les jongermannes, soit sur le même individu, soit sur des individus différents, de petits corps ovoïdes formés d’une membrane mince et incolore, et renfermant une masse cellulaire contenant dans chaque utricule, suivant la plupart des auteurs, un phytozoaire (PL 25, fîg. 25). Le corps qui le renferme s’appelle, comme nous l’avons déjà dit, le zoothèque (les anthoïclies ou anthêridies de quelques cryptogamistes). La spore serait alors l’ovule fécondé par le phytozoaire. De là, la distinction des mousses en hermaphrodites, quand les zoothèques et les archégones sont renfermés dans un même périgone ; en monoïques, quand ils sont séparés quoique sur le même pied, et en dioïques, quand ils sont sur des pieds différents.
La reproduction des mousses a également lieu par sporules, par innovations et par tubercules.
Quant à la valeur des zoothèques et des phytozoaires, il n’est plus permis de douter de leur influence fécondante. L’histoire des phy-
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tozoaires et des zoospermes est si ambiguë, qu’on ne peut dire si ce sont des animaux ou des corpuscules doués d’un mouvement mécanique et dépourvus de spontanéité. Le fait est que l’on n’est pas d’accord sur ce point : ce que les uns affirment, les autres le nient. Les zoospermes ont eu une fortune diverse : tantôt on les a élevés au rang d’animaux, d’autres fois on en a fait de simples filaments animés du mouvement brownien.
Les fougères se multiplient par des spores contenues dans un sac membraneux appelé sporange (PL 30, fig. 4, 5, 6,7), placé à la face inférieure des frondes (PL 30, fig. 1, 2 et 3), et affectant des dispositions particulières suivant les sections et les genres. La forme et la nature du sporange sont même un caractère de la plus haute importance pour distinguer les groupes entre eux. Le sporange est composé d’une simple membrane dont les utricules sont semblables entre elles et autour desquelles est un anneau appelé connecticule (fig. 4, 5, 6), partant du pédicelle qui supporte le sporange, et l’enveloppant comme le cimier d’un casque ou comme un turban. La figure du sporange et celle des spores présentent d’innombrables variétés. Les sporanges, réunis sous les frondes en groupes de figures diverses, ce qui constitue le mode d’inflorescence propre à ces végétaux, sont rarement solitaires : ils sont rassemblés en amas appelés som (Pl. 30, fig. 1) ; quelquefois nus et d’autres fois recouverts d’une membrane protectrice qu’on appelle inclusie, qui varie elle-même suivant les genres. D’autres fois elle est cyathiforme (fig. 2, 3), et c’est dans cette coupe que sont contenues les spores.
Dans les genres osmonde et todée, les sporanges forment une panicule (PL 30, fig. ’l) et rappellent, par leur figure, l’inflorescence de certaines graminées. On retrouve dans le botrychium une panicule ramifiée, et dans l’ ophioglossum un épi distique à sporange dépourvu de connecticule. La nervure moyenne des frondes des hyménophyllées porte des godets dans lesquels se trouvent les sporanges insérés sur une colonne centrale (fig. 8).
On trouve dans les fougères, comme dans les mousses, des bourgeons qui se développent sur les frondes, se détachent et produisent un être nouveau (fig. 9).
Dans les lycopodiacées, les sporanges sont insérés sur les feuilles et ne sont jamais recouverts d’une enveloppe; les sporanges sont uniques dans les lycopodes (PL 30, fig. 10, 11), et portés sur une
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feuille fructifère. D’autres fois on trouve, à la place des sporanges, un corps plus gros, renfermant, au lieu de la fine poussière qui constitue les spores, et est connue sous le nom de poudre de lycopode, quatre globules (fîg. 12) qui, étant mis en terre, germent et reproduisent la plante, et paraissent être des bulbilles. Dans les psilotées, les sporanges, au nombre de trois (fig. 13), sont portés par la base du pétiole.
Après avoir vu les spores des cryptogames inférieures sous la forme la plus simple, s’élever et passer au sporange distinct des hépatiques et des mousses, puis à rinflorescence des fougères déjà détachée de la fronde dans l’osmonde et l’ophioglosse, nous arrivons aux équisétacées, dans lesquelles un épi terminal ovoïde, distinct du reste de la plante, représente le mode d’inflorescence propre à cette famille. Il se compose d’écailles rabattues sur un court pédicelle fixé horizontalement à l’axe floral et simulant une tête de clou (PI . 30, fig. 14); ce sont des sporanges contenant des spores entourées de deux filaments élargis à leurs extrémités (fîg. 1 5), et qui jouissent d’une telle sensibilité hygroscopique, qu’en les observant au microscope, l’humidité chaude de l’haleine les fait se contracter de mille manières, de telle sorte qu’on les prendrait pour des êtres animés : ils paraissent avoir pour objet de projeter les spores hors du sporange.
Les azolla ont encore des sporanges distincts de leurs feuilles , portés sur un long pédicelle et renfermés dans une indusie.
Dans les rhizocarpées, les plus élevées des cryptogames, les organes de la reproduction sont des sporocarpes, petits sacs ovoïdes renfermant des spores et fixés sur un pédicelle. Dans X^pilulaire et le marsilea, les spores paraissent attachées à un placenta pariétal (PI. 30, fig. 16 à 19), tandis que dans les salviniées elles le sont à un placenta central (fig. 20). Cette fructification paraît être la dernière expression du mode de reproduction dans l’embranchement des cryptogames, dont les organes générateurs méritent d’être étudiés. On n’y voit rien qui rappelle les végétaux phanérogames; les spores paraissent être des ovules renfermés dans leurs sporanges, comme ces derniers dans leurs loges pistillaires.
Quant à la sexualité des végétaux de cet embranchement, elle se réduirait, suivant les uns, à un simple grain de pollen soumis à une influence vitale différente et devenant, non plus une utricule remplie
Botan., T. II. 10
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de granules générateurs, mais bien un ovule reproducteur ; suivant d’autres, elle présenterait, outre cet ovule reproducteur, une véritable anthère ( Tanthéridie ), mais qui, au lieu de renfermer des grains de pollen remplis par la fovilla, contiendrait directement des phytozoaires, ce qui rendrait bien différent le mode de génération des cryptogames, puisque, dans le premier cas, il y aurait génération primordiale, et dans le second, identité avec les phanérogames ; l’étude de la vie des êtres inférieurs est encore trop incomplète pour que les mystères en soient positivement connus.
Dans les cryptogames, la germination présente des phénomènes plus simples et cependant plus variés que dans les phanérogames; mais un fait domine dans la germination cryptogamique : c’est que, quelle que soit l’espèce qu’on observe dans l’état de développement primitif de ses spores, elle présente toujours, dans son premier âge, l’aspect d’une espèce inférieure, de telle sorte qu’il est difficile de dire si c’est cette dernière à l’état adulte, ou l’autre à l’état embryonnaire (Voir pl. 31).
Dans le protococcus, dans cette algue si simple, puisque chaque cellule est un individu complet, la reproduction a lieu sans germination ; chaque cellule ou individu donne naissance à d’autres cellules qui ne changent point de forme ; elles sortent sphériques de la cellule mère, elles restent sphériques et ne prennent seulement que de l’accroissement. Dans d’autres végétaux inférieurs, la spore subit une certaine modification : de sphérique qu’elle est, elle devient ovoïde, puis oblongue, s’étrangle dans son milieu, et alors il y a deux cellules, comme on le voit dans le ferment delà bière (Pl. 28, fîg. 1). Les spores des conferves germent ainsi ; c’est d’abord une cellule sphérique ou ovoïde (Pl. 31 , fîg. 1 , 2, 3) qui s’allonge et se cloisonne pour en former deux ; la cellule terminale s’allonge à son tour, se cloisonne aussi pour donner naissance à une troisième, qui présente le même phénomène, et ainsi des autres. Il résulte de cet allongement par succession utriculaire, des petits filaments cloisonnés qui ne changent plus de forme et ne font plus que grossir et grandir (Pl. 31, fig. T). Les spores des vauchériées et de quelques autres algues offrent un singulier phénomène au moment de leur germination. Ces spores, munies de cils /vibratiles (PL 28, fig. 20, 21, et pl. 31, fîg. 6), se meuvent dans l’intérieur des cellules dans lesquelles elles ont été formées, et leur mouvement est toujours dirigé
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vers un point de la paroi qu’elle frappe pour s’ouvrir un passage. Aussitôt que l’ouverture est pratiquée, toutes les spores sortent, et, devenues libres, elles exécutent, dans le liquide, des mouvements désordonnés, pendant environ deux heures, et qui ne cessent que quand les cils tombent ; alors les spores germent, s’allongent et reproduisent des plantes nouvelles.
Dans les algues lamelleuses, les fucus, les ulves, etc., la spore se cloisonne également transversalement ; la partie inférieure s’amincit comme en une sorte de radicule; la portion supérieure au contraire s’élargit, et la matière qu’elle renferme se cloisonne diversement en plusieurs cellules pour former le thalle ou première ébauche de la plante (PI. 31 , fîg. 4, 5).
Les spores des champignons ont un mode de germination à peu près semblable à celui desconferves : ce sont des granules sphériques, qui donnent naissance à des filaments cloisonnés, simples ou rameux, s’enchevêtrant ensemble pour constituer ce qu’on appelle le mijcelium ou blanc de champignon. Ces filaments sont composés de cellules placées bout à bout, et ne renferment jamais d’endochrome. C’est à l’extrémité de ces filaments, ou sur les côtés, que se forment les nouvelles spores, ou des amas celluleux qui constituent les champignons dont la forme est très-variable.
Comme les champignons, les lichens naissent d’une spore qui est tantôt simple, c’est-à-dire formée d’une seule cellule, tantôt composée de plusieurs cellules placées bout à bout. En germant, elle donne naissance à des filaments blanchâtres enchevêtrés comme le mycélium des champignons, et qui forment une membrane dans laquelle on distingue des mailles d’un tissu très-serré. Cette membrane se détruit, après avoir produit une expansion, généralement foliacée, qui devient le thalle, sur lequel se développent les organes reproducteurs. Les lichens se reproduisent encore par les gonidies , sortes de grains arrondis ou ellipsoïdes, contenus dans le tissu inférieur du thalle, et renfermant de la chlorophylle (PL 28, fig. 6). Ces gonidies se multiplient par division binaire; c’est-à-dire que la cellule s’allonge et se divise transversalement en deux cellules qui finissent par se séparer.
Les jongermannes présentent à peu près le même mode de germination que celui des fucus ; la spore (PL 31 , fig. 9), de simple qu’elle est, devient un amas celluleux (fig. 1 0) muni inférieurement d’un fila-
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ment radiculaire (fig. 11), et donne naissance à un thalle qui prend bientôt la forme de la plante parfaite.
La germination des mousses ressemble à celle des champignons : dans les deux cas, la spore (PJ. 31, fig. 13) se déchire, donne naissance à un filament qui s’allonge (fig. 1 4), se ramifie (fig. 16), et dont les ramifications s’entre-croisent ; mais il y a cette différence, que les filaments des mousses renferment de la matière verte, et que ceux des champignons n’en contiennent pas. Après plusieurs jours de cette végétation confervoïde, on voit naître, sur différents points de ces filaments, des petites feuilles disposées en rosette autour d’une petite tige, à la base de laquelle se développent des sortes de racines. Cette tige est formée exclusivement de cellules, dont celles du centre sont allongées comme des fibres; il n’y a cependant ni véritables fibres, ni vaisseaux; c’est sur ces tiges que naissent les organes reproducteurs.
Dans les fougères la spore en germination ressemble à un grain de pollen qui a émis son tube pollinique. La spore de ces plantes présente, comme le grain de pollen, deux membranes; lorsqu’elle commence à germer, la vésicule interne se gonfle, déchire la membrane externe et fait hernie sous forme d’un tube cylindre rempli de matière verte (PL 31, fig. 17); ce tube s’élargit ensuite, à son extrémité, en une lame foliacée (fig. 12) d’un tissu cellulaire, sur le bord de laquelle se développe un bourgeon (fig. 15) dont les premières feuilles ne tardent pas à paraître; ces premières feuilles sont toujours simples; ce n’est que plus tard que viennent les feuilles découpées, qui ne sont pas de véritables feuilles, mais les frondes ou réceptacles, puisque ce sont elles qui portent les organes reproducteurs.
Les germinations de fougères présentent ce singulier phénomène, de porter certains corpuscules, que des botanistes n’ont pas hésité à considérer comme les organes mâles et femelles.
Pendant longtemps on a regardé les spores comme l’organe femelle des fougères, et les poils écailleux, les glandes qui environnent les spores, comme les organes 'mâles ; il n’y a rien cependant dans ces écailles et dans ces glandes qui pût autoriser à émettre une pareille opinion ; mais comme on avait trouvé ces deux sexes dans les autres familles des plantes dites cryptogames, on voulait trouver des analogues dans les fougères. S’il faut en croire les botanistes modernes, on était loin de la vérité ; les spores ne sont nullement !os
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organes femelles, et les poils écailleux n’ont aucun caractère des anthéridies. C’est M. Nægeli qui, le premier, découvrit, en 1844, les véritables organes mâies; et M. Thuret, en 1848, confirma sa découverte.
En étudiant la germination des fougères, M. Nægeli trouva, sur le premier rudiment de la plante qu’il nomme pro-embryon, — que M. Thuret appelle pseudo-cotylédon et M. Wigand protophylle , — des organes que, par analogie, il regarda comme des anthéridies. Ce sont des cellules, au nombre de 60 à 70, qui se trouvent à la base du pro-embryon ; d’abord sphériques, elles prennent ensuite une forme polyédrique. La matière verte disparaît, et à sa place se développent des anthérozoïdes ou corpuscules aplatis, tordus en spirale, et munis, à l’une de leurs extrémités ou rostre, d’une couronne de poils (pi. 29, fig. 11,14, 15 et 1 6), à l’aide desquels ils se meuvent avec une grande agilité, aussitôt qu’ils sortent de la cellule anthéridienne. MM. Nægeli et Thuret considéraient toujours la spore comme l’organe femelle; ce qui souleva d’assez vives discussions. On demandait, en effet, commentées anthérozoïdes pouvaient féconder des spores, qui apparaissent sur les frondes plusieurs années après la germination. C’est vers la même époque que M. Suminsky découvrit, à son tour, sur ce même pro-embryon, un nouvel organe, qu’il n’hésita pas à considérer comme le véritable organe femelle, auquel il appliqua le nom d’ovule; mais depuis il est généralement désigné sous celui à’archégone. Ce fait fut d’abord contesté; il a fallu les observations de M. Hofmeister, publiées en 1 854, pour le faire accepter par la majorité des botanistes. Ces organes femelles sont moins nombreux que les anthéridies; on n’en compte généralement que de 4 à 20 sur un pro-embryon, et, suivant M. Hofmeister, ils peuvent ne pas exister sur la même germination avec les organes mâles ; il y aurait donc, comme dans les mousses, monoécie et dioécie.
Malgré l’autorité des éminents savants pour lesquels ce fait est incontestable, il nous est cependant difficile de l’admettre. Qu’est-ce alors que cette spore qui germe, et donne naissance à une fronde comme celle des hépatiques, des fucacées, etc., chez lesquels la spore a besoin d’être préalablement fécondée pour la produire? On répondra, sans doute, que cette fronde, ce thalle, ce proto-embryon, comme on l’appelle, n’est que l’état parfait de la spore, et qu’elle ne peut pas plus produire de tige ou de feuilles que la cellule em-
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bryonnaire des végétaux phanérogames ne peut produire d’embryon sans le concours du liquide fécondateur du pollen ; qu’elle est, en un mot, l’analogue de l’ovule avant la fécondation. C’est en effet ce qui peut ressortir de la théorie de M. Hofmeister. Le pro-embryon, une fois formé, porte plusieurs archégones, ou cellules embryonnaires; des anthérozoïdes à mouvements très-vifs sortent de leur enveloppe, se répandent sur toute la face du pro-embryon, pénètrent dans les cavités arcliégoniennes, et déterminent la fécondation des organes femelles, au nombre de 4 à 20, qui émettent alors seulement une tigelle. Mais, pour une cause restée inexpliquée, il n’y a jamais qu’une seule tige qui s’élève de ce pro-embryon ; il faut donc admettre qu’il n’y a jamais qu’un seul arcbégone de fécondé. De nouvelles observations nous paraissent nécessaires, pour rendre incontestable la théorie de la fécondation des fougères, d’après la théorie de MM. Suminsky et Hofmeister.
A la suite de ce premier développement, c’est-à-dire de la formation du pro-embryon, il apparaît, sur cet organe, une tigelle qui porte des feuilles ou frondes sporangifères, et en même temps des racines se forment à sa base. Dans le plus grand nombre de cas, la tige est souterraine ou rampante; d’autres fois, elle est aérienne, verticale, et atteint une hauteur considérable. Il est admis par tous les botanistes que la tige des fougères arborescentes ne s’accroît qu’en hauteur, et que chaque pousse une fois formée ne grossit plus. C’est encore une erreur, que la simple observation des espèces cultivées dans nos serres ne tardera pas à détruire.
Les tiges des fougères arborescentes sont, en effet, presque cylindriques; de là vient l’erreur. Elles présentent de nombreuses cicatrices, qui proviennent de la chute des feuilles (PI. 32, fig. 5). Leur structure est très-différente de celle des tiges monocotylèdonées et dicotylédonées. Le centre est occupé par une large moelle celluleuse autour de laquelle sont disposés des faisceaux fîbro-vasculaires (PL 32, fig. 4, 9,10, 41), composés chacun d’un tube ligneux déformé trèsvariable (PL 32, tig. 8), dont les fibres ont les parois très-épaisses généralement colorées en brun, (et les vaisseaux sont des vaisseaux scalariformes (PL 32, fig. 7). Ces tubes fibro-vasculaires sont remplis et entourés de tissu cellulaire comme celui du centre.
La germination et le développement des lycopodiacées ressemblent à ceux des fougères. La spore, en germant, devient celluleuse et
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donne naissance à des filaments allongés ou à des thalles : c’est le pro-embryon, sur lecpiel se développe la tigelle, qui devient tige. La structure des tiges des lycopodiacées diffère de celle des fougères. C’est une masse cellulaire, au centre de laquelle sont dispersés diversement des vaisseaux scalariformes (PI. 32, fig. 1 à 3).
On retrouve ce même phénomène de germination chez les équisétacées, les rhizocarpées et les salviniées. C’est toujours la spore produisant, en germant, un pro-embryon qui porte des archégones et des anthéridies. Dans les équisétacées, la spore se divise en deux cellules : l’une paraît donner naissance à la racine, l’autre qui se remplit de chlorophylle forme le pro-embryon ou \e prothallium (PI. 31 , fig. 18 à 21). C’est d’abord une lame verte, irrégulièrement lobée (fig. 22), puis apparaît au milieu une sorte de nervure composée de tissu plus serré, et sur laquelle se développent les organes femelles, d’où naissent les véritables tiges (fig. 23).
Dans les marsilea, la spore se gonfle dans l’épispore et devient une masse celluleuse pro-embryonique, comme dans la pilulaire (PL 31 , fig. 24, 25 ) , mais sans changer notablement de volume ; et la germination n’apparaît que quand la plante est arrivée à l’état parfait (PI. 31, fig. 27, 28, 29), ce qui peut faire croire à l’absence de pro-embryon ; mais cette absence n’est qu’apparente.
Enfin, dans les salviniées, petites plantes aquatiques qui nagent à la surface des eaux stagnantes, au moment de la germination, l’épisperme, ou l’enveloppe extérieure de la spore, se déchire et donne passage à une lame verdâtre (PL 31, fig. 31), qui prend ensuite la forme d’un croissant pédicellé ; c’est le pro-embryon, de l’échancrure duquel naît la nouvelle plante (fig. 32 et 33).
Ainsi, dans toutes ces dernières familles, c’est le même mode de germination, le même mode de fécondation, que ceux signalés dans les fougères : des archégones fécondées par des anthérozoïdes, qui pourraient fort bien n’être que des infusoires développés sous l’action de l’eau, dans laquelle germent les spores.
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