CHAPITRE PREMIER
DE LA PATHOLOGIE VÉGÉTALE
La phytothérasie, que Plenck a appelée la pathologie végétale ou l’étude des maladies, et Ré, la nosologie végétale ou la classification des maladies, constitue-t-elle réellement une branche delà science? On peut répondre négativement à cette question. Ï1 est impossible de comparer la plante à l’animal, si ce n’est aux animaux les plus inférieurs ou aux annelés ; car étant prive'es de système nerveux et d’organes splanchniques, chaque nœud ou mérithalle étant la répétition de l’acte primitif, on ne trouve par conséquent pas dans la plante, comme dans l’animal, une unité vitale, une individualité qui rend tous les organes solidaires. Les maladies sthéniques ou par excès de vitalité n’existent pas dans le végétal à l’état morbide : ce sont des phénomènes d’hypertrophie qui amènent des fasciations, des élongations, le géantisme, etc.; mais on ne trouve rien qui corresponde aux phlegmasies ou aux maladies actives. Les maladies réelles sont asthéniques et tiennent surtout à la nature des modificateurs ambiants, tels que le sol, les expositions, les eaux, les vents, l’altitude, et ce sont celles qtii, jointes souvent à des causes mécaniques, amènent la fin de la vie dans le végétal. Par suite de la texture celluleuse du végétal, et de cette même tendance de la cellule à l’individualisme, elle devient le centre d’une activité nouvelle, et les phénomènes qui se produisent ne sont pas toujours la fin de la vie, mais la succession d’apparitions organiques anormales. Quand un insecte le pique ou y fait une blessure, il se produit une extravasion des sucs, qui s’organisent et donnent naissance à des végétations bizarres, à des galles; mais ce ne sont pas des maladies. La destruction des tissus par les larves a plus d’importance et détermine la pourriture; celle des bourgeons est plus grave encore, en ce qu’elle prive la plante de ses appareils réels de nutrition et en empêche le développement. Les cryptogames vrais causent une dégénérescence des tissus et donnent lieu, comme l’ergot, à des produits anormaux; mais ils ne font
DES ANOMALIES
qu’altérer le fruit et s’opposer ainsi à la reproduction de la plante sans nuire à l’individu végétant. Les ustilaginées sont cause de maladies plus graves et peuvent entraîner la mort du végétal ; mais ce sont des altérations qui rentreraient dans les maladies chirurgicales, et qui peuvent, par leur ablation, permettre de rétablir les tissus dans leur état primitif. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de nosologie végétale ; c’est pourquoi les classifications ne sont pas susceptibles d’être disposées sous les mêmes rubriques que les maladies des animaux. La tératologie, à laquelle nous renvoyons pour l’ordre physiologique des phénomènes, comprend les faits de dégénérescence, et la nosologie ne peut se composer que des altérations qui entraînent la mort du végétal ou d’une de ses parties. En général, la mort du végétal présente cette différence avec la mort de l’animal. Dans les végétaux annuels, la mort suit la fructification : son cycle vital est de quelques mois. Dans les végétaux bisannuels, pendant la première année, le végétal se développe, et pendant la seconde, les fleurs paraissent, les fruits mûrissent et la vie cesse : on peut cependant prolonger la vie de la plante en l’empêchant de fructifier. Dans les végétaux vivaces, il y a succession de phénomènes : le cycle végétal se renouvelle chaque année. Dans les végétaux vivaces herbacés, la tige meurt, les racines persistent, et l’année suivante la vie reparaît. Dans les végétaux ligneux et dans les arbres, la vie ne cesserait pas, si le tronc, réduit presque à l’état de base de sustentation, ne finissait par se détruire mécaniquement. On peut dire que, sans ces causes mécaniques de destruction et certaines influences ambiantes, la durée de l’arbre serait éternelle.
Les maladies qui se transmettent par voie de génération sont le plus souvent d’ordre tératologique.
Nous voyons depuis longtemps des maladies réelles attaquer nos végétaux cultivés, et elles se manifestent par la présence de cryptogames qui ne sont sans doute que des effets et nullement des causes, comme on le croit généralement. Il est difficile de leur assigner une cause première positive, et les caractères sporadiques, épidémiques et contagieux s’y trouvent simultanément réunis. Les influences atmosphériques en sont évidemment le principe, et elles ne cesseront qu’avec un changement dans les circonstances météorologiques qui les ont produites.
Pour rendre cet ouvrage aussi complet qu’on peut le désirer, et
DE LA PATHOLOGIE VÉGÉTALE
pour répondre au but de l’étude, nous allons donner les deux systèmes de phytothérasie de Plenck et de Philippe Ré, qui ont essayé de grouper les maladies sur le plan des nosologies médicales.
TABLEAU DE PATHOLOGIE VÉGÉTALE
D’APRÈS PLENCK.
CLASSE I. — Lésions externes.
Genre 1. Blessures : quelle qu’en soit la cause, par la foudre; par le vent; par la neige.
Genre 2. Fente (gélivure) : par polysarcie; par le froid.
Genre 3. Exulcération : par blessure ; gommeuse; par l’effet des insectes; spontanée; par communication ; totale.
Genre 4. Défoliation : par les insectes; par une fumée acre; artificielle ; d’automne; phylloptosie.
CLASSE II. — Écoulements.
Genre 5. Hémorrhagie : par blessure ; spontanée ; par désorganisation.
Genre 6. Les pleurs : par blessures; spontanées.
Genre 7. Le blanc ou meunier : par les champignons ; par les pucerons.
Genre 8. Le miélat : par les pucerons.
CLASSE III. — Débilités.
Genre 9. Faiblesse : par manque d’eau; par manque d’air; naturelle; par méphitisme ; par trop de lumière.
Genre 10. Suspension d’accroissement (léthargie) : par défaut d’air; par racines trop voisines ; par plantes volubiles ; par insectes ; par stérilité du sol ; par maladie particulière.
CLASSE IV. — Cachexies.
Genre 11. Chlorose : par défaut de lumière; par les insectes.
Genre 12. Ictère : par l’effet du froid; par cessation d’accroissement.
Genre 13. Anasarque : par longues pluies; par trop d’arrosement.
Genre 14. Taches : par le soleil ; les insectes; ferrugineuses; par les uredo (taches ustilagineuses) ; naturelles.
Genre 15. Phthiriasis : des plantes saines; des plantes malades; par la cochenille. Genre 16. Vermination : des fruits, des feuilles, des graines.
Genre 17. Phthisie ou langueur : par sol stérile; par climat contraire; par sol contraire; par transplantation; par blessure ; par chancre ; par défoliation; par floraison excessive; par plantes parasites; par empêchement d'accroissement; par maladie.
CLASSE Y. — Putréfaction.
Genre 18. Teigne des Pins ; par sécheresse; par froid; par vent.
Genre 19. Bouille.
Genre 20. Charbon ou nielle.
DES ANOMALIES
Genre 2i. Ergot : malin et bénin.
Genre 22. Nécrose: par brumes; par froid; par chaleur; par défaut de sève; par le vent; par les sclerotium.
Genre 23. Gangrène : par le sol humide; par le sol gras; par contusion ; par contagion (pourriture).
CLASSE NI. — Excroissances.
Genre 24. Galles de diverses sortes : de l’orme; du lierre terrestre, etc.
Genre 25. Bèdègar du rosier.
Genre 26. Sguamation des bourgeons ou développement d’écailles sur les bourgeons :
le saule, le pin, le chêne.
Genre 27. Carnositès des feuilles.
Genre 28. Folioles charnues sur les feuilles : aiguës, larges.
Genre 29. Carcinome des arbres : caché, ouvert.
Genre 30. Lèpre des arbres : par humidité.
CLASSE YII. — Monstruosités.
Genre 3 1 . Plénitude des fleurs : du calice ; des nectaires ; des fleurs composées ; de la corolle pleine, multiple, prolifère.
Genre 32. Mutilation des fleurs : de la corolle; des étamines; du calice; du pédoncule.
Genre 33. Difformité de la corolle : des feuilles; des tiges ; des fruits ; par un sol gras; le climat; les insectes; les vents; lésion; hybridisation.
CLASSE VIII. — Stérilité.
Genre 34. Polysarcie : par sol trop gras; par 'engrais.
Genre 35. Stérilité : par la pluie, le froid, les insectes, la fumée, le climat, le défaut de fécondation; la polysarcie, l’hybridisation, la plénitude de fleurs ; par lésion.
Genre 36. Avortement : par trop de fruits ; par la sécheresse ; les insectes ; le sol stérile ; la vieillesse.
CLASSE IX. — Animaux ennemis.
Genre 37. Mammifères : les rongeurs, lièvres, lapins, rats, souris; les ruminants, la chèvre, la brebis.
Genre 38, Oiseaux.
Genre 39. Vers et mollusques.
Genre 40. Insectes.