DE PHILIPPE RÉ
CLASSE I. — Maladies des végétaux, constamment sthéniques.
Genre 1. Anthéromanie. Quand il y a plus d’anthères que dans l’état naturel.
Genre 2. Pètalomanie. Nombre anormal de pétales.
Genre 3. Prolifcation. Partie sortant d’une autre partie.
Genre 4. P érianthomanie. Multiplication du calice.
Genre 5. Carpomanie. Surabondance de fruits.
DE LA PATHOLOGIE VÉGÉTALE. 1 ^9
Genre 6. Sphrygosapanthêsie. Accroissement excessif du végétal.
Genre 7. Polyanthocarpie. Avortement de tous les fruits.
Genre 8 .Phyllomanie. Abondance de feuilles, dans laquelle on doit faire entrer la lussuria delle Biade (Ré), qui attaque quelquefois les moissons.
Genre 9. Cormemphytége. Greffe naturelle des rameaux.
Genre 10. Gourmand ( zucchiane ). Lorsqu’un rameau prédomine.
Genre 11. Pinguédine. Obésité végétale des racines de certains arbres.
Genre 12. Gomme. Extravasion du mucilage.
Genre 13. Brûlure. Feuilles des arbres noircies.
Genre 14. Dessèchement [secchereccio) . Quand tout le végétal se dessèche sponta
nément. - .
Genre 15. Feu. Sécheresse des parties du pêcher en feuilles et en fruits.
Genre 16. Pleurs {lacrimazione) . Abondance d’écoulement de sève.
Genre 17. Galle (scabbia). Rugosités extraordinaires des végétaux.
Genre 18. Teigne des pins ( tarlo de’ pini ). Nécrose particulière aux pins.
Genre 19. Bachitis ( carolo , Ré). Dépérissement du riz.
CLASSE IL — Maladies des végétaux, constamment asthéniques.
Genre 1. Stérilité. Toutes les parties de la fleur impropres à concourir au développement du fruit.
Genre 2. Apanthérosie. Défaut d’anthère.
Genre 3. Apètalisme. Manque de pétales.
Genre 4. Carpomosie. Avortement des fruits.
Genre 5. Distrophie. Inégalité dans le développement des parties semblables des mêmes végétaux.
Genre 6. Phyllosystrophie. Enroulement et altération des feuilles.
Genre 7. Chlorose. Pâleur ou jaunisse des végétaux.
Genre 8. Taches. Altération du tissu des feuilles dans un point de leur surface.
Genre 9. Callosité. Dérivation de la sève pour former des tubercules inutiles.
Genre 10. Le blanc [albugine). Feuilles couvertes de blanc.
Genre 11. Léthargie. Suspension de la végétation, sans mort de la plante.
Genre 12. Nécrose. Mort des végétaux.
Genre 13. Cadran (quadr ante). Fente des troncs d’arbres.
Genre 14. La roulure ( rotolo ). Fente circulaire.
Genre 15. Faux-aubour. Aubier imparfait.
Genre 16. Carcinome. Excroissance humide et altérée dans les arbres.
Genre 17. Brouûre ( selon Ré). Quand les épis de blé sont sans grains.
Genre 18. La rage. Maladie qui rend les feuilles du pois chiche crépues.
Genre 19. Phryganoptosie. Chute naturelle des rameaux.
Genrè 20. Suffocation.' Action de végétaux sur d’autres qui en sont étouffés.
Genre 21. Lèpre. Corps étrangers à l’arbre et croissant à sa surface.
Genre 22. Vieillesse. Caducité prématurée des arbres.
CLASSE III. — Maladies qui tiennent d!asthénie et de sthénie.
Genre 1. Moscoxèransie. Dessèchement des pistils et perte de leur onctuosité.
Genre 2. Anthoptosie. Chute des fleurs spontanément.
Genre 3. Carpoptosie. Chute spontanée des fruits.
Genre 4. Avortement. Quand les fruits n’ont pris qu’un développement imparfait.
DES ANOMALIES
Genre b. Acaulosie. Privation extraordinaire des tiges.
Genre 6. Phyllorrhyssème. Crispation des feuilles.
Genre 7. Stèlèchorriphyssie. Tortuosité des rameaux des arbres et des arbustes.
Genre 8. Phylloptosie. Chute des feuilles à une époque différente de celle assignée par la nature.
Genre 9. Hétérophyllie. Modification accidentelle de la forme des feuilles.
Genre 10. Polysarcie. Croissance subite d’un végétal.
Genre 1 1. Anasarque. Gonflement aqueux de toutes les parties d’un végétal.
Genre 12. Fente [screpolo, Ré). Séparation spontanée des parties d’un arbre.
Genre 13. Phthisie. Dépérissement de toutes les parties d’un végétal.
Genre 14. Botanopséphide. Endurcissement des racines des végétaux.
Genre 15. Ulcère. Ouverture qui se fait au tronc des arbres, par où s’écoulent des sucs altérés provenant de la décomposition du bois.
Genre 16. Ictère. Jaunisse des feuilles de toute une plante.
Genre 17. Gangrène. Pourriture spontanée du végétal.
Genre 18. Langueur. État maladif.
Genre 19. Hémorrhagie. Écoulement d’humeur d’un endroit quelconque d’un végétal.
CLASSE IV. — Lésions.
Genre 1. Blessure.
Genre 2. Fracture.
Genre 3. Amputation.
Genre 4. Secousse.
Genre b. Contusion.
Genre 6. Excoriation.
Genre 7. Difformité.
Genre 8. Flagellation.
Genre 9. Effeuillaison.
Genre 10. Lacération.
Genre 1 1 . Perforation.
CLASSE V. — Altération dont les causes sont inconnues.
Genre 1 . Bouille. Effet de Vuredo rubigo.
Genre 2. Jaunée ( Giallume , Ré).
Genre 3. Miélat.
Genre 4. Charbon.
Genre 5. Carie.
Genre 6. Ergot.
Genre 7. Fungus.
Genre 8. Bachitis.
Genre 9. Taches solaires ou blanc.
Genre 10. Asphyxie.
Genre H. Contagion radicale.
Genre 12. Maladie du jasmin, ou falchetto, salvanello, mosca, cancD'o, idropisia.
Après Ré et Plenck, dont les systèmes n’ont eu que peu de retentissement, et sont considérés plutôt comme des théories que comme des faits coordonnés capables d’une application quelconque, il a été
DE LA PATHOLOGIE VÉGÉTALE
publié sur les dégénérescences végétales, qui ne sont que des phénomènes pathologiques, des travaux plus ou moins heureux. Le Bon Jardinier contient, sur les maladies des plantes, un travail plus étendu et mieux coordonné que ceux que nous avons vus jusqu’à ce jour. Elles sont divisées en six sections :
1° L 'excès de force végétative générale ou partielle, qu’on peut appeler sthénie, ou maladies sthéniques ;
2° La diminution de la force végétative générale ou partielle : X asthénie ou maladies asthéniques ;
3° Les maladies organiques ou spéciales;
4° Les lésions physiques;
5° Les entophytes ;
6° Les parasites végétaux ou animaux.
Maladies sthéniques.
La plupart des phénomènes pathologiques qui résultent de l’excès de force végétative n’entraînent pas la mort de la plante; c’est seulement un trouble dans l’équilibre végétal qui porte avec véhémence les sucs nourriciers vers certains organes qui se développent d’une manière prodigieuse; mais les fonctions vitales n’en sont pas troublées, et l’horticulture, ainsi que l’agriculture, mettent à profit cette disposition, pour avoir des produits plus beaux ou plus savoureux. Cela a même pour conséquence de provoquer le développement de l’ensemble du végétal ; nos betteraves, nos carottes, la plupart des plantes potagères sont dans ce cas, et c’est un véritable phénomène d’accroissement avec excès de la force végétative ; dans d’autres circonstances , comme cela a lieu pour les fruits , les fleurs, etc., on ne voit se développer que quelques parties de la plante : telles sont les hypertrophies. Il en résulte que, dans le règne animal, la sthénie, ou l’excès de force vitale localisé, produit, outre la turgescence, des inflammations et la désorganisation des tissus; dans les végétaux, au contraire, c’est tout simplement un développement excessif avec une surabondance des fluides aqueux. Mais cet excès de vitalité a pour conséquence une altération profonde de l’organisme végétal déterminant promptement un état asthénique ou d’épuisement.
Botan., T. II.
DES ANOMALIES
On fait entrer dans cette section les gourmands y qui résultent de l’absence d’équilibre dans les branches d’un arbre.
La fasciation (PI. 32, fig. 2, 3 et 4) se voit dans la célosie à crête, qui en est un des exemples les plus vulgaires et les plus frappants.
La phyllomanie, ou l’excès d’accroissement des feuilles plutôt en nombre qu’en volume. Nos choux sont un produit de la phyllomanie.
La ccirpomanie ou l’abondance excessive des fruits. Quand il y en a trop, les arbres rompent sous le poids, et ils deviennent alors cause d’accidents purement physiques; la carpomanie n’est pas par elle-même une maladie, mais elle peut être cause d’états morbides variés.
La phellose ou subérosie. C’est l’épaississement subéreux de l’écorce, si frappant dans le chêne-liége. La subérosie n'est pas encore une maladie, puisque les plantes qui en sont atteintes conservent leur santé, et que leur fonctionnement vital n’en est pas troublé.
Cette première section n’est donc pas du domaine de la pathologie; la richesse du sol, la fertilité du climat, les engrais et les arrosements habilement dispensés, ces sources de la vie, en sont les causes déterminantes.
Maladies asthéniques.
Les phénomènes qui rentrent dans cette section appartiennent la plupart à la tératologie, car ce sont des accidents qui n’ont rien de commun avec la pathologie; d’autres, au contraire, sont essentiellement pathologiques, et tiennent aux causes ambiantes ; la privation des principes réparateurs en est la cause.
Les phénomènes qui rentrent dans la tératologie sont : la panachure, qui n’influe en rien sur la santé du végétal.
A la pathologie appartient la chute des feuilles, qui résulte de causes bien diverses, telles que l’excès de sécheresse, le froid, l’insolation, les insectes, la faiblesse naturelle à la plante. Il ne faut pas confondre cette altération, qui est un mal, avec l’effeuillaison, opération artificielle qui a pour but de faire refluer la sève vers les fruits.
Il en est de même de la chute des fruits, qui est due aux mêmes causes.
DE LÀ PATHOLOGIE VÉGÉTALE. 163
La langueur ou décrépitude, dépérissement prématuré dû aux causes ambiantes.
La jaunisse, appelée improprement ictère. Il faut distinguer le phénomène de la coloration en jaune par maladie de celle qui a pour cause l’expiration du cycle naturel de la végétation : telles sont, la maturation et la cessation de la période de croissance. Le blé jaunit par maturation, les feuilles des arbres jaunissent à l’automne, parce que leur rôle physiologique est terminé. C’est dans le premier cas, seulement, qu’il appartient à la pathologie : c’est une forme particulière de l’étiolement. L’absence d’arrosement, ou l’excès d’eau, et la privation de nourriture, produisent la jaunisse. On ferait mieux d’appeler cette maladie la jaunisse ; car la cause de l’ictère des animaux et celle des plantes diffèrent trop pour qu’on emploie une même expression pour désigner des faits si différents.
La chlorose et X étiolement. On a donné ce nom aux végétaux dans lesquels abondent les sucs aqueux et qui sont pâles et sans couleur. C’est une dégénérescence générale qui affecte toutes les parties de la plante et en modifie les produits. L’absence d’air et l’humidité sont la cause de cet état morbide, qui est une véritable diathèse lymphatique ou scrofuleuse; car, comme les scrofules, elle amène la carie, faute de réaction suffisante des tissus contre les agents extérieurs.
Les végétaux chlorotiques sont cependant ceux qui entrent dans nos cultures, et les qualités de volume, de saveur douce et souvent insipide que nous recherchons dans les légumes de nos jardins, ne sont que l’utilisation de l’élaboration excessive de la lymphe.
On a remédié avec succès à la chlorose en arrosant les végétaux avec une légère dissolution de sulfate de fer, qui a pour effet de leur rendre leur tonicité naturelle.
La stérilité. La stérilité est le résultat d’influences atmosphériques opposées, l’excès de froid ou de chaleur, qui détruisent ou atrophient les organes de la génération et empêchent ainsi la propagation par semence. Les cryptogames parasites sont encore une des causes de la stérilité : ils s’établissent dans la fleur, en envahissent tous les verticilles et détruisent les appareils générateurs ou le fruit tout formé. On cultive, dans nos jardins, des plantes qui ne donnent jamais de fruit parce que nous n’avons que des pieds femelles.
DES ANOMALIES
La stérilité, ou plutôt la stérilisation des fleurs par hypertrophie des organes générateurs, est une source de plaisirs pour nos jardins d’ornement. En développant le verticille staminaire, nous convertissons les filets en pétales (PI. 33, fig. 5), et c’est ainsi que nous obtenons les fleurs doubles, dont la multiplication n’est plus possible que par les boutures ou marcottes.
Anasarque. C’est un état semblable à l’hydropisie, qui se distingue, comme la chlorose, par le développement exagéré des tissus sous l’influence d’un afflux trop grand de lymphe ou de fluide aqueux. Toutes les propriétés végétales sont alors modifiées, et dans ce cas les qualités odorantes ou sapides sont diminuées. Un grand nombre de fruits et de légumes acquièrent, sous l’influence de cette maladie, un volume extraordinaire et qui tient à une mauvaise élaboration des sucs nourriciers produite par l’humidité de la saison. Quand les influences extérieures permanentes sont la cause de cette maladie, on n’y peut pas porter remède, s’il s’agit de végétaux annuels : quant aux végétaux vivaces ou ligneux, ils réparent d’eux-mêmes, par le changement des modificateurs ambiants, la nature de l’élaboration des sucs nourriciers.
La blettissure. C’est à tort qu’on a mis cette modification chimique de certains fruits pulpeux astringents au nombre des altérations morbides : c’est un mouvement de transformation chimique opérée par l’action de la pectase et des acides organiques sur la pectose, qui est ainsi transformée en pectine; toutefois il est souvent trèsdifficile d’établir une ligne de démarcation tranchée entre ce phénomène et la pourriture. Dans certaines poires, dans les nèfles et les sorbes, la blettissure est très-recherchée et constitue même une des qualités essentielles de ces fruits.
Maladies organiques.
Il est permis de se demander, en voyant des contrées tout entières envahies par certaines maladies qui se propagent parmi des végétaux de même nature, s’il y a dans le règne végétal des maladies contagieuses. Cette question, non douteuse pour les animaux, est bien moins résolue pour les plantes. Si l’on entend par contagion les maladies qui se transmettent par contact, les végétaux sont, comme
DE LA PATHOLOGIE VÉGÉTALE
les animaux, soumis à une même influence; il y a encore, pour expliquer la contagion, les miasmes, les effluves, sans doute les corpuscules animés, qui, charriés dans l’espace et favorisés par les influences ambiantes, se transmettent de proche en proche, et finissent par se propager dans un rayon proportionnel à ces influences. Le typhus ne se développe que dans les hôpitaux ou les grandes agglomérations d’hommes ; les chambres des malades, malgré la propreté qui y règne, ont une odeur particulière qui affecte vivement l’odorat; les animaux eux-mêmes, les insectes surtout, tels que les punaises et les parasites, sont chassés par l’odeur de la maladie : donc la plupart des animaux vivants, dans l’état de maladie, émettent des particules qui affectent l’odorat des insectes. Les maladies organiques sont des conditions favorables au développement des végétaux d’un ordre inférieur qui se propagent par une dissémination si nombreuse, que tout le sol et toute l’atmosphère en sont imprégnés; l’inoculation du mal est facile à comprendre. D’un autre côté, les maladies qui proviennent d’une décomposition spontanée, sont dues à des conditions particulières de milieu qui, étant les mêmes pour des végétaux semblables, produisent un même état pathologique. Dans ce cas, la contagion ou la transmission par contact de certaines désorganisations n’est pas un fait démontré; on n’a pas, au contraire, pu inoculer la gangrène à des végétaux sains, parce que les tissus désorganisés ne sont pas susceptibles de communiquer la maladie dont ils sont atteints à des tissus voisins.
Le tacon, cette maladie propre au safran seulement, paraît dû à la présence d’un cryptogame, le perisporium crocophilum, qui n’est peut-être qu’un effet et non une cause. L’ablation de la partie altérée est le seul moyen de guérir les bulbes malades.
La morve blanche, maladie des oignons de jacinthe et des glaïeuls, est une affection dont la cause est inconnue, mais qui parait due à l’influence de l’humidité; car c’est en Hollande que cette maladie s’est développée. Elle se manifeste par la décomposition successive des tuniques de l’oignon, de l’extérieur à l’intérieur, convertissant le parenchyme en un liquide filant, visqueux, sans odeur, qui paraît être le résultat d’une cause asthénique produisant l’extravasion de la gomme.
La maladie de la pomme de terre. Elle a pour cause évidente, outre les influences ambiantes et particulièrement les pluies abon-
DES ANOMALIES
dantes, l’humidité du sol, etc., qui ont pu la développer, l’excès de fumure ou l’excès de développement produit par une culture ayant pour but d’augmenter le volume des tubercules aux dépens de leur qualité. C’est le résultat d’une espèce d’anasarque. Quant aux cryptogames et aux insectes qui se développent sur ou dans les tubercules malades, ils ne sont que des effets, et nullement des causes; mais on ne peut nier que, pour les cryptogames surtout, d’effet ils deviennent cause, et jouent leur rôle dans cette maladie. On arrête facilement cette maladie en arrachant les tubercules, et en les exposant dans un local un peu chaud et bien ventilé. La partie malade se sèche.
La maladie de la vigne. 11 en est de cette maladie comme de celle des pommes de terre; elle est due à des influences générales qui facilitent le développement d’un cryptogame qu’on a appelé oïdium Tuckeri, et qui, après avoir été effet, devient cause à son tour. Cet oïdium disparaît sous l’influence du soufre qu’on répand sur les ceps malades, dès l’apparition du cryptogame; on peut recommencer deux ou trois fois l’opération en cas de persistance; le soufrage est le seul remède contre cette maladie.
Lésions 'physiques.
Les lésions physiques reconnaissent pour cause l'action des agents météorologiques. Ainsi X étincelle électrique agit à la fois comme agent mécanique déchirant les tissus, et comme corps comburant. La chaleur dessèche les fluides contenus dans les vaisseaux et cause la mort par suspension des fonctions vitales. Le froid, en congelant les fluides contenus dans les mailles des tissus, en augmente le volume et les fait éclater ; il est principalement à redouter pour les végétaux herbacés; ses effets sont variés : sur la vigne, dont le jeune bois est si tendre, il frappe de mort les rameaux naissants et les désarticule à tous les nœuds ; quand l’action est intense, il ne reste plus de bois pour la taille : c’est ce qu’on appelle la champelure ; la gelivure , produite encore par le froid, se manifeste par des fentes sur le tronc des arbres.
On avait cru pendant longtemps que les poisons agissaient sur les végétaux comme sur les animaux, c’est-à-dire qu’ils étaient absorbés par les racines, et même par les feuilles et les parties vertes, et que charriés dans l’organisme ils y portaient la mort : cela est vrai
DE LA PATHOLOGIE VÉGÉTALE
d’après les expériences récentes de M. le docteur Reveil pour certains poisons irritants, tels que l’acide arsénieux, le bichlorure de mercure, le sulfate de cuivre, etc., etc., lorsqu’ils sont en solution concentrée, à un ou deux millièmes par exemple; mais lorsque les dissolutions sont très-étendues, ou lorsque l’eau contient des poisons moins actifs, comme les sels de zinc, de plomb, d’antimoine, etc., les plantes souffrent, mais ne meurent pas; tandis que d’autres sels, qui n’exercent sur l’économie animale aucune action nuisible, tels que l’iodure de potassium, et surtout les chlorates alcalins, en solution même étendue, tuent rapidement les plantes.
M. Reveil a vu en outre que les alcalis organiques étaient absorbés par le*} plantes sans qu’elles en éprouvent aucun effet ; il a vu encore que les alcaloïdes persistaient dans les feuilles pendant quelques jours, tandis qu’ils étaient rapidement détruits dans les fleurs. Quant à l’absorption par les feuilles et autres parties vertes des végétaux, elle est contestée par M. Duchartre; le moyen d’investigation dont nous venons de parler pourra servir à élucider cette question.
Les plaies, quelle qu’en soit la nature, sont des érosions plus ou moins profondes, des solutions de continuité, qui ne sont dangereuses que par leur étendue. D’après l’idée qu’on doit se faire du végétal, on comprend que les plaies des organes appendiculaires ont moins de gravité que celles du tronc, parce que la partie affectée meurt sans nuire aux parties voisines; tandis que, quand c’est le tronc ou la souche qui est le siège du mal, cette partie, étant l’axe, réagit sur le reste de la plante ou sur les parties qui correspondent à la partie blessée. La cicatrisation est souvent rapide dans les jeunes sujets; mais, dans les arbres vieux ou rachitiques, elle est lente, et souvent il y a épuisement par extravasion des fluides nutritifs. Les seules plaies graves sont celles qui résultent de la décortication partielle ou totale. Dans ce dernier cas, il est impossible de préserver l’arbre de la mort. En général, les plaies des arbres se guérissent par limitation, et la vie reprend son cours. On remarque, dans les végétaux ligneux, que souvent il se trouve une partie morte enchâssée dans une partie vivante : elle altère successivement les endroits voisins, et se convertit en un ulcère qui gagne de proche en proche et finit par envahir toute la plante.
Les bourrelets, loupes, exostoses, nodules et broussins , sont des phénomènes qui tiennent à des causes identiques, comme dans l’ani-
DES ANOMALIES
mal, où les loupes, les périostoses, les indurations de parties naturellement molles, s’engendrent par dépôt de particules calcaires; les loupes et autres accidents sont dus à des dépôts de ligneux qui acquièrent souvent un développement considérable. Les arts tirent parti de ces accidents naturels.
Le couronnement ou décurtation est la cessation de l’accroissement dans le sens de la longueur, ce qui arrive quand les racines sont arrêtées par une couche impénétrable ; il y a alors suspension de la vie d’élongation ; l’arbre est dit couronné et les branches seules conservent leur vitalité pendant un certain temps, puis l’arbre périt. Quand, au contraire, le couronnement est le résultat d’un accident ou de l’ablation involontaire de la flèche, comme cela a eu lieu pour le cèdre du Liban du Jardin des Plantes de Paris, l’arbre ne meurt pas ; il n’est que mutilé.
Entophytes.
Anguillules. La présence de cet entozoaire, assez rare, et qu’on n’a encore constatée que dans le blé, est un fait de fermentation, et l’on sait que l’acétification est une cause de génération spontanée des rhabditis, qui sont dans ce cas des effets, et non des causes ; ils sont le résultat de l’humidité.
Cryptogames. Ce sont les champignons entophytes, tels que le sphacelia segetum, qui produit l’ergot du seigle ; les urédinées, les puccinies, les phragmidium, les gymnosporanges et les podisoma.
Les urédinées proprement dites sont la rouille, rubigo vera ; la grosse rouille, uredo vilmorinea ; parmi les ustilaginées on distingue le charbon, ustilago segetum , qui attaque indistinctement les céréales, froment, orge, avoine, millet; le charbon du maïs, ustilago may dis; la carie, ustilago caries, qui est propre à plusieurs graminées.
Le meunier. On donne ce nom à des taches blanches pulvérulentes qui tapissent la surface des feuilles; elles sont dues à la présence l’un cryptogame du genre érysiphe, qui appartient au xph.ytoctones, ou cryptogames parasites des végétaux vivants ; on peut les confondre, pour l’aspect extérieur, avec les oïdium et les botrytis.
Ce que Raspail avait cru remarquer dans les animaux, dont il attribuait la plupart des maladies à une influence parasitique, existe plus réellement chez les végétaux, dont les tissus plus perméables.
DE LA PATHOLOGIE VÉGÉTALE
et la décomposition plus facile, admettent la présence de parasites; mais ce qui frappe dans les deux règnes et qui semble justifier la théorie des générations spontane'es, c’est que, dans le règne végétal, les parasites sont des végétaux de l’ordre inférieur, et les invasions animales ne sont que de rares exceptions; tandis que, dans le règne animal, ces invasions sont le fait normal. Chaque espèce, chaque groupe a ses parasites spéciaux : tantôt ce sont des aptères, tels que les poux, les puces, qui sont des épizoaires ; les autres, appartenant à la classe des helminthes, sont des entozoaires : les premiers ne vivent que sur la peau : les poux et les diverses espèces du genre pediculus paraissent naître des diverses exsudations, mais ce sont réellement des produits d’éclosion d’œufs; les helminthes, au contraire, sont des parasites internes qui ont pris naissance à la surface des muqueuses ou dans la profondeur des tissus. On ne peut toujours dire que la présence des entozoaires soit une maladie ; ils n’engendrent en général d’affections morbides que quand ils sont en trop grand nombre et altèrent le mode de vitalité des organes; dans le cas contraire, ce sont des apparitions anormales qui dépendent de l’âge, de la nourriture, de la santé du sujet ou du milieu dans lequel il vit. Quand les tissus, plus profondément désorganisés, n’offrent plus que des éléments organiques près de se transformer, ils donnent naissance à des apparitions d’un autre ordre : c’est ainsi que les œufs des diptères éclosent dans les chairs putréfiées. La putréfaction, de son côté, attire par ses émanations des insectes d’autre sorte, des sil— plies, des nécrophores, etc.; mais ils viennent pâturer des débris, y déposent souvent leurs œufs, qui éclosent plus tard en grande quantité et tout à coup, c’est ce qui a fait croire aux générations spontanées.
Les cryptogames ne naissent que par exception sur les produits animaux; les byssus, et en général les mucédinées, se développent sur les chairs qui ont subi la cuisson et qui sont abandonnées à ellesmêmes. Quelquefois les animaux de l’ordre inférieur, et surtout les invertébrés, succombent au développement de parasites végétaux, entre autres les guêpes, qui deviennent le siège de la croissance des isaria ayant quatre à cinq fois la longueur de leur corps. Ces parasites appartiennent tous ou presque tous à la grande famille des champignons et viennent sur les végétaux vivants sains, ou malades, ou sur les tissus altérés; à peine un végétal tombe-t-il, que
DES ANOMALIES
les cryptogames se disputent ses dépouilles, et bientôt il en est la proie. Les champignons sont donc des végétaux qui naissent dans toutes les circonstances où la puissance végétale est modifiée. Une branche cesse-t-elle de recevoir une nutrition suffisante, que ses tissus amollis ne présentent plus assez de résistance aux agents de destruction, les cryptogames s’en emparent; une feuille se détachet-elle de la branche, elle devient le siège d’une végétation cryptogamique; ce sont, en un mot, les ministres de la destruction, et, comme pour les animaux, chaque espèce a ses parasites particuliers. La théorie de Raspail serait plus applicable aux végétaux qu’aux animaux, mais les parasites, avant d’être les causes d’un état morbide, sont les effets d’une vie languissante et livrée à Faction de tous les modificateurs externes : dans les animaux, les helminthes et autres parasites ne sont également pas des causes premières de maladie , mais les résultats d’une altération des fluides, et l’on sait que chaque fluide organique altéré est un terrain dans lequel certains germes végétaux ou animaux se développent plus facilement.
Le rniellat, la fumagine, qui font périr les végétaux, paraissent être des dépôts de sécrétions d’insectes, sur lesquels il naît des champignons microscopiques; ce qui justifie la vérité de cette opinion, c’est que les deux maladies ne viennent que sur les végétaux couverts de poussière.
Des faux 'parasites.
Ce sont les lichens, les mousses, les hépatiques, qui ne nuisent à la végétation que quand ils sont en trop grande abondance; car dans ce cas ils causent la pourriture de l’écorce et occasionnent le rabougrissement des arbres. Les chèvrefeuilles, le lierre, le célastre grimpant ne nuisent guère non plus que quand ils ont écrasé l’arbre sous leur poids.
Des parasites vrais.
Parasites caulicoæs. On comprend mieux Faction des parasites caulicoles tels que le gui, qui croît sur les branches des pommiers, - des peupliers, et y cause un préjudice sensible. Les cuscutes, qui croissent sur les luzernes, le thym, le serpolet, le lin, les étouffent
DE LÀ PATHOLOGIE VÉGÉTALE. 171
sous leurs étreintes et finissent par s’emparer de tout le suc nourricier. Ce ne sont pas des maladies, mais des bourreaux.
Parasites radicicoles. Les orobanches, la clandestine, l’hypociste, le monotropa, sont des parasites vrais, qui ont une station spéciale, mais ne paraissent pas nuire matériellement aux végétaux sur lesquels ils croissent.
Les mélampyres, les eupbraises et les autres rbinanthacées viennent sur la racine des graminées, d’après les observations de 31. . Deçà isne.
Les rhizoctones qui se fixent sur les safrans, la garance, les pommes de terre, les patates, la luzerne et les différentes espèces du genre allium, sont des champignons, mais de la nature la plus meurtrière. Ils répondent aussi à un état pathologique particulier de la plante; mais, une fois établis, ils deviennent les agents les plus actifs de la destruction.
Le blanc des racines, maladie terrible encore, est causé par la présence d’un cryptogame appelé rhizophile.
On voit que, dans le règne végétal, il y a trois causes pour les maladies essentielles : le dépérissement ou atrophie, par nutrition insuffisante ; X hypertrophie ou accroissement de volume, par excès de nutrition; la destruction par les parasites : ce sont ces derniers qui causent le plus grand nombre de maladies.
Nous ne parlerons pas des maladies causées par les insectes; malgré leurs apparences souvent singulières, ce sont toujours des lésions plus ou moins profondes, des extravasions de sucs épanchés au dehors sous mille formes, des pertes de substance, en un mot des altérations mécaniques qui deviennent morbides.
Nous n’avons pas besoin d’ajouter que les expressions employées pour désigner les divers états morbides des végétaux, et qui sont empruntées à la pathologie animale, ne présentent aucun caractère de ressemblance ou d’identité dans leurs caractères, leur nature, leur marche, dans les deux çègnes. Ce n’est donc que par une extension très-forcée, que l’on a donné les mêmes noms à des maladies ou à des lésions bien différentes.