Pédicelles glabres et carpelles ailées
o. Pédicelles et carpelles glabres.
DE L’ESPÈCE
pection dans la dénomination des espèces, et ne doit-on même pas les considérer rationnellement comme simplement arbitraires? Au point de vue indépendant de la philosophie, cette incertitude n’est une cause ni de découragement ni de désillusion ; car on n’attache à l’espèce que la valeur qu’elle doit avoir, celle d’une collection d’individus dans un état stationnaire, et chez lesquels les modifications ne s’impriment que faiblement dans l’organisme, ce qui ne porte aucun préjudice à la science; mais au point de vue des finalistes, c’est une question bien plus grave, et l’on a vu précédemment qu’ils menacent de ruine la société humaine, si elle refuse de croire à la réalité de l’espèce éternelle, immuable et fonctionnelle ; ils en font la pierre angulaire des études naturelles et des principes de morale, etanathématisent les incrédules, comme si une vérité scientifique pouvait être une affaire de sentiment.
Pourtant il y a possibilité de conciliation ; l’espèce est un fait méthodologique essentiel, et il est vrai qu’il n’y a pas de science possible sans l’espèce ; mais ce type d’unité organique n’en est pas moins un type arbitraire; car, au point de vue philosophique, et nous entendons par là la plus haute généralisation, il n’y a réellement que des individus dont la réunion avec identité de forme, d’organisation, de mœurs, de facultés reproductrices actuelles , constitue l’espèce, mais l’espèce variable, relative, arbitraire et non absolue. C’est pourquoi il ne faut jamais regarder l’espèce comme l’objet le plus important de l’étude de la science : ce sont les dernières formes organiques qui conduisent à l’individu, véritable anneau primitif de la chaîne des êtres.
Les espèces, désignées comme elles le sont maintenant par des caractères empiriques, doivent donc être enregistrées dans les Species sous un nom particulier, provisoire, pour celles erronément établies sur les différences de sexe, d’âge, etc., et fixe pour les variations constantes dans les caractères du groupe. Mais à cela doit se borner l’étude des espèces ; y attacher plus d’importance, c’est perdre son temps.
Quant aux espèces ballottées entre plusieurs groupes génériques, elles demandent une étude plus approfondie; mais souvent l’incertitude est si grande, que le problème est insoluble, à moins qu’on ne puisse avoir recours au croisement : encore peut-il jeter dans l’erreur; mais quand il s’agit de classer ces êtres ambigus, il importe
TAXONOMIE VÉGÉTALE
réellement peu qu’ils soient un peu plus haut ou un peu plus bas dans l’échelle organique.
Ainsi, en nous résumant, disons-nous : Les faits, loin de confirmer le critérium établi par les naturalistes pour la détermination de l’espèce, s’accordent à démontrer que les espèces ne sont ni éternelles ni immuables, mais essentiellement mobiles ; que les formes organiques, correspondant aux différents degrés de l’évolution organoplastique des corps vivants, à la surface de notre planète, sont susceptibles de variations dont les limites nous sont inconnues, et qui tirent leur origine de l’influence des milieux, de la transmission par voie de génération des qualités acquises et du croisement ou hybridation des espèces voisines ; que par conséquent elles ne peuvent être qu’arbitrairement considérées comme un type d’unité organique, et que nous ne devons regarder celles qui existent aujourd’hui que comme des formes actuelles, flottant entre des limites plus ou moins étroites et tendant constamment à se mettre d’accord avec les milieux ambiants, qui exercent leur action directe sur l’individu, la seule unité organique véritable.