PHYSIOLOGIE DES TISSUS ET DES APPAREILS
bandes de tissu, cette lame se courbe, devenant concave du côté de la couche passivement distendue. Réciproquement, toutes les fois qu’une lame de tissu, une fois isolée, se courbe, c'est la preuve qu’il existait dans ce tissu une tension relative dont la courbure indique le sens.
Le sens seul de la tension est ainsi mis en évidence, nullement sa grandeur. Il faut se garder de croire, en effet, qu’il suffit de mesurer les changements de longueur des deux couches isolées d’un tissu, ou la grandeur de la courbure de la bande isolée qui les intéresse toutes deux, pour se faire une idée exacte de l’intensité de la tension, positive ou négative, qu’elles subissaient dans le tissu total. Un petit changement de longueur, une faible courbure, peut correspondre à une tension très forte ; un grand changement de longueur, une forte courbure, à une tension très faible. Tout dépend de l’extensibilité et de la compressibilité des couches considérées. C'est seulement à égalité d’extensibilité des deux couches, que la mesure précédente serait fondée.
De pareilles tensions antagonistes entre les diverses assises d’un seul et même tissu ne sont pas rares. On les observe, par exemple, fortement accusées entre les couches externes et les couches internes du tissu filamenteux homogène qui constitue le pied des grands Champignons à chapeau (Agaric, Bolet, etc.). Il suffit, pour quelles se développent, qu'il s’établisse de bonne heure entre les diverses assises une différence notable, soit dans l’extensibilité ou l’élasticité des membranes, soit dans la capacité de turgescence des contenus cellulaires.
Tension des appareils. — Chacun des tissus qui entre dans la composition d'un appareil y apporte sa tension propre, due soit à la turgescence, soit à l’imbibition des membranes; ces diverses tensions se combinent et s’équilibrent dans une tension résultante, qui est la tension de l’appareil. Tout ce qu’on vient de dire de la tension relative des diverses couches d’un même tissu s’applique à plus forte raison, puisque les différences sont plus grandes, à la tension antagoniste des divers tissus d’un appareil. En isolant ces divers tissus, on reconnaîtra ceux dont la tension était positive dans l’appareil à ce qu’ils s’allongent, ceux dont la tension était négative à ce qu’ils se raccourcissent; en séparant une lame coupée à travers l’appareil, cette lame se courbe, devenant convexe du côté des premiers, concave du côté des seconds.
C’est surtout dans l’appareil tégumentaire, entre le tissu cutineux et le tissu protecteur sous-jacent, dans l’appareil conducteur, entre le liber et le bois, dans le stéréome, entre le collenchyme et le sclérenchyme, dans l’appareil conjonctif, entre la zone externe et la région centrale, qu’on observe de fortes tensions antagonistes.
A leur tour, les divers appareils qui entrent dans la composition d’un membre y apportent leurs tensions propres. Ces tensions se combinent de diverses manières et s’équilibrent dans une tension résultante, qui est la tension du membre. On y reviendra plus loin, après avoir cherché comment les divers tissus et appareils se disposent pour constituer les membres de la plante : la racine, la tige, la feuille et la fleur ; ce qui fera l’objet des quatre chapitres suivants.