DÉVELOPPEMENT DF. L’OEUF CHEZ LES FOUGÈRES
Formé comme il vient d’être dit, l’œuf des Fougères se développe tout de suite sur le prothalle et aux dépens des matériaux nutritifs qu'il contient. Les Cryptogames vasculaires sont donc vivipares, comme les Phanérogames.
Développement de l'œuf en embryon. — L œuf SC divise d uhord par UllC
cloison transversale par rapport à la ligne médiane du prothalle, et inclinée obliquement sur cet axe dans la direction du col de l’archégone. Chacune des deux cellules ainsi formées se divise à son tour par une cloison, transversa le encore par rapport à la ligne médiane du prothalle, mais perpendiculaire à la première. L’embryon se trouve alors composé de quatre cellules, disposées
DÉVELOPPEMENT DES CRYPTOGAMES VASCULAIRES
comme les quartiers d’une pomme, et qu’une nouvelle cloison, dirigée cette fois suivant l'axe du prothalle, ne tarde pas à partager en deux toutes à la fois. Ces quatre cellules ont un sort très différent. La supérieure d’arrière forme par ses cloisonnements une masse conique qui s’enfonce dans le tissu du prothalle et qui a pour fonction de servir de suçoir pour nourrir les trois autres : c’est ce qu’ on appelle le pied. La supérieure d avant produit la tige, l’inférieure d’avant la première feuille, enfin l'inférieure d’arrière la radicule (fig. 623).
Fig. 623. — Section longitudinale médiane d’un prothalle de Capillaire (Adiantum Capillus-Veneris ), avec sa plantule E. p , prothalle; h , poils absorbants; a, archègones non fécondés; b, première feuille; w, première racine (Sachs).
Développement de l'embryon en plante adulte. — A mesure que Ces trois dernières cellules continuent de se cloisonner pour accroître les trois membres correspondants, le corps différencié pousse hors de l’archégone, d’abord sa radicule, qui s’allonge et s’enfonce verticalement dans le sol en devenant la racine terminale de la plante, puis sa première feuille, qui s’allonge en se dressant vers le ciel (fig. 623 et 624). Après quoi, la tige donne naissance à une seconde feuille, puis à une troisième, et ainsi de suite. En même temps, elle produit vers le bas de nouvelles racines (fig. 624). Plus tard, le prothalle et le pied se dessèchent et la plantule est affranchie.
D’abord très petites et très simples, les feuilles se succèdent de plus en plus grandes et de plus en plus compliquées. Les entre-nœuds qui les séparent se superposent de plus en plus gros et de plus en plus complexes dans leur structure. Les racines latérales que ces entre-nœuds produisent sont aussi de plus en plus vigoureuses. Ainsi la Fougère s’accroît et se fortifie peu à peu, jusqu’à ce que toutes ses parties aient acquis leur dimension, leur forme et leur structure définitives; après quoi, les nouveaux organes formés sont sensiblement égaux aux précédents et l'état adulte est atteint.
Chez toutes les autres Cryptogames vasculaires, le développement de l’œuf en plante adulte se retrouve tel qu’on vient de l’exposer chez les Fougères.
On n’observe donc pas chez les Cryptogames vasculaires, entre le développement de l’œuf en embryon et le développement de l’embryon en plantule, cette interruption, ce passage à l’état de vie latente et cette dissémination qui donnent naissance à la graine chez les Phanérogames. Le développement de l’œuf en plante adulte y est continu : en d’autres termes, il n’y a pas de
Fig. 624. — Etat plus avancé de la plaDtule de Capillaire (Adiantum Capillus-Veneris ), avec sa première feuille épanouie b et ses deux premières racines iu't w "; le prothalle p est vu d'en dessous avec ses poils absorbants A(Sachs).
DÉVELOPPEMENT DE L’ŒUF
graine. Cette continuité compense, en quelque sorte, l’interruption de leur développement par les spores, un peu avant la formation des œufs, interruption qui est supprimée chez les Phanérogames pour l’appareil femelle et ne snbsiste que pour l’appareil mâle, comme on l’a vu plus haut.
Multiplication des Fougères par la plante adulte et par le prothalle. —
Par les œufs, la Fougère produit des plantes nouvelles, mais elle peut aussi se multiplier simplement en conservant tous ses caractères. Cette multiplication a lieu, soit par la plante adulte, soit par le prothalle.
On sait déjà (p. 247, fig. 87) que le limbe de la plante adulte forme parfois à sa surface des bourgeons adventifs munis de racines adventives, bourgeons qui se développent dans l’air en autant de tiges feuillées. Quand la feuille vient
(à toucher le sol humide ou à y être posée, ces plantules s’enracinent et se développent bientôt en autant d’individus vigoureux; c’est un marcottage naturel : diverses Doradilles ( Asplénium furcatum, decussatum, etc.), Cératopté-
! rides ( Ceratopteris thalictroides) , Chrysodes ( Ckrysodium flageUiferum , Woodwardies ( Woodwardia ), etc.
Le prothalle peut aussi, et de plusieurs manières, multiplier la plante. Dans quelques Ptérides ( Pteris crelica, etc.) et Aspides (. Aspidium falcalum, A.Filix-mas var. cristatum), le prothalle ne forme pas d’archégones. Au lieu où l’archégone se produit d’ordinaire, c’est-à-dire sur le coussinet de la face inférieure, au voisinage de l’échancrure, on voit alors un groupe de trois à quatre cellules proéminer en dehors, se cloisonner dans toutes les directions et former un mamelon. Celui-ci produit bientôt une première feuille, puis une seconde, en un mot devient un bourgeon adventif; puis, au-dessous de la première feuille, ou même sur son pétiole, apparaît la première racine. Il se constitue ainsi sur le prothalle une plantule adventive, tout à fait analogue à celle qui provient normalement du développement de l’œuf ; mais cette plantule diffère de celle qui a un œuf pour point de départ en ce qu’elle donne naissance à un individu identique au premier et non à une plante nouvelle. Il n'y a lieu de voir dans ce phénomène qu’un mode de multiplication, pareil à celui que nous venons de signaler sur les feuilles.
Plus souvent le prothalle, d’ailleurs normalement sexué, se ramifie en divers points, sur la face supérieure, sur la face inférieure ou sur le bord; les branches en forme de spatule se détachent plus tard à leur étroite insertion et deviennent autant de prothalles secondaires indépendants, qui acquièrent des organes sexués et se comportent comme le prothalle primaire. Cette multiplication du prothalle par un marcottage naturel se rencontre dans les genres les plus différents de l’ordre des Fougères : Acrostic ( Acrostichum crinitum ), Aspide ( Aspidium trifoliatum), Ptéride ( Pteris serrulata ), Cibote ( Cibotium Schiedei), Osmonde ( Osmunda regalis), Aneimie (Aneimia), Hyménophylle
i[Hymenop hi/llum), etc.
Quelquefois enfin il se forme, sur le prothalle, des fdaments verts articulés, terminés chacun par une cellule qui s’allonge transversalement en forme de fléau de balance, puis se partage par des cloisons perpendiculaires à sa longueur en six ou huit cellules. Ces corps pluricellulaires, qui sont atténués aux deux bouts en forme de fuseau, se détachent, se disséminent et plus tard se
DÉVELOPPEMENT DES MÜSCINÉES.
développent en autant de nouveaux prothalles. Ce sont des propagules, analogues à ceux que nous rencontrerons tout à l’heure chez les Mousses