CHAPITRE Y
DÉVELOPPEMENT DE LA RACE PURE
Toutes les fois que l’œuf résulte de la combinaison des gamètes de la même plante, condition que nous avons toujours supposée remplie dans les quatre chapitres précédents, en un mot toutes les fois que sa formation est autonome, qu’il y a aulofécondation, la descendance est directe et la race est pure
Sexualité en général.
Différence relative et différence absolue des gamètes. — Da ns la race pure, les deux corps protoplasmiques nus et pourvus de noyau qui se combinent pour former l’œuf sont différenciés à la fois par rapport au protoplasme des cellules ordinaires de la plante, ce qui est leur différence absolue , et l’un par rapport à l’autre, ce qui est leur différence relative. Pour exprimer la différence absolue, on applique aux deux composants de l’œuf la dénomination collective de gamètes , qui indique leur rôle spécial (p. 26); pour traduire la différence relative, on dit que l'œuf est le résultat d’une sexualité (p. 26). L’une et l’autre différence ont d’ailleurs, suivant les plantes, des valeurs très diverses. Considérons d’abord la différence relative ou sexuelle.
Valeur diverse de la différence relative ou sexuelle des gamètes. — Les
deux gamètes ont quelquefois même origine, même forme, même dimension et, pour s’unir, font chacun la moitié du chemin. Nulle à l’extérieur, leur différence ne réside alors que dans la composition interne. 11 y a isogamie, et l’on nomme isogames les plantes qui forment leur œuf de cette façon, comme les Desmidiées, la Pandorine (Pandorina), l’Acétabulaire (Acetabularia ), l’Ulotriche ( Ulothrix),YEctocavpc(Ectocarpus ), etc., parmi les Algues, comme les Mucorinées, etc., parmi les Champignons. Chez certaines Isogagames, la différence interne commence cependant à se manifester au dehors. Dans le Phycomyce ( P/ujcomyces ), par exemple, les ramuscules dichotomes qui enveloppent l’œuf naissent plus tôt et sont plus vigoureux d’un côté que de l’autre (fig. 645, p. 1001); dans la Spirogyre ( Spiroggra ), l’un des gamètes se déplace seul vers l’autre, qui demeure immobile (fig. 587, p. 575).
Mais le plus souvent les deux gamètes diffèrent à la fois par l'origine, la forme, la dimension, la mobilité et la structure; la sexualité est alors évidente :
DÉVELOPPEMENT DE LA RACE PURE
il y a hétérogamie, et l’on nomme hétérogames les plantes qui se comportent de cette maniéré. Celui des deux gamètes qui fait tout le chemin pour s’unir à Vautre est mâle ; l’autre, qui demeure en place, est femelle. Rien de plus varié, en l’a vu, que le gamète mâle, dans son origine, dans sa forme, dans sa dimension, dans la manière dont il arrive au contact du gamète femelle. Le gamète femelle, au contraire, bien qu’il procède d'origines fort diverses, est beaucoup plus uniforme. La différence sexuelle atteint son maximum, quand le gamète mâle est un petit anthérozoïde mobile dont le protoplasme est aussi réduit que possible par rapport au noyau, et le gamète femelle une grande oosphère immobile pourvue d’un abondant protoplasme (Muscinées, Cryptogames vasculaires, etc.). Elle n’est nullement en rapport avec la différenciation externe ou interne du corps ; aussi son maximum peut-il déjà se trouver atteint chez des Thallophytes à structure continue, comme les Vauchéries ( Vaucheria ), par exemple, où la différenciation sexuelle est aussi profonde que nulle part ailleurs dans le règne végétal, plus grande assurément que chez les Phanérogames.
Entre l’isogamie la plus complète et l’hétérogamie la plus tranchée, il y a et l’on découvre chaque jour, une foule d’intermédiaires, en sorte que toute limite qu’on essayerait de tracer serait contraire à la nature. Dans tous les cas, l’union des gamètes a lieu de la même manière ; ils se fusionnent et se combinent, noyau à noyau et protoplasme à protoplasme. De cette combinaison, où la différence sexuelle s’annule quelle que soit sa valeur, résulte un produit nouveau qui est l’œuf, origine d’une plante nouvelle (voir p. 27).
Y a-t-il des plantes agames? — D’autre part, entre la sexualité faiblement accusée et l’absence complète de sexualité, entre l’isogamie et Y agamie, il n’y a qu’un pas. Ce pas est-il franchi dans la nature? en d’autres termes, existe-t-il des plantes tout à fait dépourvues de gamètes, incapables par conséquent de former des œufs, véritablement agames?
On ne saurait apporter une trop grande réserve dans la réponse à cette question. Le fait est que, chez un grand nombre de Thallophytes, les unes très 1 simples (Oscillariées, Bactériacées, etc.), les autres beaucoup plus complexes (^Ascomycètes, Basidiomycètes, etc.), on n’a pu observer jusqu’ici aucune trace de sexualité, aucune formation d’œuf, mais seulement une multiplication par spores, souvent de plusieurs sortes, analogue à celle que l’on voit chez les Mucorinées, par exemple, coexister avec la formation des œufs. Pour expliquer ce résultat négatif, on peut faire trois hypothèses. Ou bien ces plantes sont douées de sexualité, mais ne forment leurs œufs qu’à de rares intervalles, dans des conditions de milieu toutes spéciales: il en résulte que ces œufs ont échappé jusqu’ici aux observateurs; leur découverte est réservée aux efforts de l’avenir. Ou bien, douées autrefois de sexualité, elles ont, par une cause inconnue, perdu sans retour la faculté de produire des œufs ; elles sont devenues agames, fait dont on citera plus loin des exemples certains. Ou bien elles ont toujours été incapables de produire des œufs, elles sont agames de nature.
C'est seulement après une longue attente et beaucoup d’efforts inutiles, qu’il sera permis de renoncer à la première hypothèse. Si cette nécessité s’im-