SEXUALITÉ EN GÉNÉRAL
pose, il faudra se rallier àla seconde. La troisième, en effet, semble incompatible avec l’existence même de ces plantes. L’œuf étant le principe de toute variation,- une plante agamene peut varier, et parla se trouve incapable d'en produire d’autres différentes d’elle-même.
Valeur diverse de la différence absolue des g-amètes. Parthénogenèse. —
Chez les lsogames, la différence absolue des gamètes, du même ordre de grandeur pour tous les deux, affecte suivant les plantes deux valeurs inégales. Quelquefois elle est assez faible pour que chaque gamète isolé, empêché de se combiner à l’autre, demeure capable de se développer ultérieurement en un individu nouveau, en un mot se comporte comme une spore. Au lieu d’une plante nouvelle qu’ils auraient engendrée en se combinant, les deux gamètes séparés produisent deux individus de la plante ancienne. Il en est ainsi normalement dans l’Ectocarpe ( Ectocarpus ), par exemple, dont les corps protoplasmiques ciliés, s’ils sont isolés, multiplient simplement la plante et fonctionnent comme zoospores, s’ils peuvent s’unir deux par deux, produisent des œufs et agissent comme gamètes. 11 en est de même accidentellement chez certaines Mucorinées, comme la Sporodinie ( Sporodinia ), l’Absidie ( Absidia ), divers Mucors ( Mucor ), etc. ; quand les deux rameaux renflés, qui d’ordinaire forment l’œuf de ces plantes, n’arrivent pas à se toucher, chaque cellule terminale grossit cependant, revêt son corps protoplasmique d’une membrane cartilagineuse recouverte par la membrane primitive brunie, passe à l'état de vie latente et plus tard germe, en apparence comme l’œuf lui-même, mais en réalité, en ne produisant, comme une spore, qu’un ou plusieurs individus nouveaux de la plante ancienne, non une plante nouvelle.
Mais presque toujours la différence absolue des gamètes des lsogames est assez grande pour que chacun d’eux isolément soit désormais incapable de tout développement, ait irrévocablement perdu la qualité de spore. Cette stérilité est un fait assurément très remarquable et qui a de quoi surprendre, surtout quand les gamètes ont un volume considérable, comme chez les Conjuguées.
Chez les Hétérogames, le gamète mâle possède une différence absolue beaucoup plus accusée que le gamète femelle, et qui le rend toujours stérile t quand il est isolé. La différence absolue du gamète femelle est, au contraire, beaucoup plus faible. Aussi n’est-il pas étonnant de voir, dans certains cas, ce gamète se suffire à lui-même quand il est isolé, prendre les propriétés d’une spore et produire un individu nouveau. Ce qui a lieu de surprendre, c’est le très petit nombre de ces cas, actuellement connus. Parmi les Champignons, le Saprolègne ( Saprolegnia ) etl’Achlye ( Achlya ) en offrent des exemples. Pour une cause inconnue, les branches anthéridiennes (p. 999) de certaines de ces plantes ou ne se forment pas du tout, ou bien, après s’être appliquées sur l’oogone, ne s’y ouvrent pas pour déverser leur protoplasme dans les oosphères. Celles-ci cependant s’entourent d’une membrane de cellulose, mûrissent, pasj sent à l’état de vie ralentie et plus tard germent, en apparence comme des œufs, mais en réalité en formant, comme des spores, des individus pareils au i précédent. Parmi les Algues vertes, le Charagne chevelu (Chara crinita ) en est un autre exemple. La plante est femelle; néanmoins l’oosphère, en dehors de i toute pénétration possible par un anthérozoïde, s’entoure d une membrane,
VAN TIKGI1 KM , TRAITÉ. 2° ÉDITION. 6é
DÉVELOPPEMENT DE LA RACE PURE
mûrit, passe à l’état de vie ralentie et plus tard germe, en apparence comme un œuf, en réalité comme une spore, puisque tous les individus qui en proviennent sont indéfiniment femelles comme le premier. Ni les Muscinées, ni les Cryptogames vasculaires, ni les Phanérogames n’ont offert jusqu'ici d’exemple de ce fait, qui demeure, on le voit, très rare, quand il semblerait à priori devoir être fort commun. Sauf ces quelques exceptions, le gamète femelle des Hétérogames est tout aussi stérile que le gamète mâle.
C’est ce retour possible à l'état de spores, soit des deux gamètes à la fois chez les Tsogames, soit du gamète femelle chez les Ilétérogames, que l'on désigne sous le nom fort impropre d e, parthénogenèse. Quoique très rarement réalisé, ce phénomène suffit cependant pour qu'il ne soit pas permis de regarder la sexualité comme entraînant nécessairement la stérilité des gamètes isolés, ni par conséquent d’introduire, comme on le fait d'ordinaire, cette condition de stérilité dans la définition même de la sexualité.
Ce qu’on entend pat* apogamie (1). — La parthénogenèse a, en définitive, pour résultat de remplacer une sexualité empêchée ou perdue par une multiplication. A ce point de vue général, ce phénomène n’est pas sans précédents. Quand la Gélébogyne ( Cœlebogyne ilicifolia), par exemple, substitue un embryon adventif à l’embryon normal, qui ne peut pas s’y produire, faute de pollen pour féconder l’oosphère (p. 915), quand la Ptéride de Crète ( Pteris cretica) développe sur son prothalle un embryon adventif à la place de l’archégone absent (p. 981), le même résultat général est atteint, mais d’une autre manière. Il est obtenu d’une façon encore plus différente, lorsque dans l’ombelle de l’Ail cultivé ( Allium sativum ), etc., il se forme des bulbilles au lieu de fleurs, lorsque dans la Ficaire ( Ficaria ) le pollen ne se forme pas dans les étamines, ni les graines dans le pistil, par suite du développement des racines tuberculeuses sous les bourgeons axillaires caducs des feuilles caulinaires (p. 208), lorsque dans plusieurs Dioscorées ( Dioscorea ) la plante cesse même de fleurir parce qu’elle porte de nombreux bulbilles à l’aisselle de ses feuilles, stérilité qui a son pendant chez certaines Mousses ( Barbula papillosa, Viola phyllantha), où la formation de bulbilles caducs empêche le développement des archégones et des anthéridies.
Dans tous ces exemples, le même résultat se trouvant atteint par des voies différentes, la sexualité empêchée ou perdue se trouvant remplacée, en des points de plus en plus éloignés de celui où elle s’exerce d’ordinaire, par divers procédés de multiplication qui conservent simplement la plante, il est utile d’avoir une expression commune pour désigner cette substitution. On dit qu'il y a apogamie ; les plantes qui ne font ainsi que se conserver, sans pouvoir désormais en produire d’autres, sont dites apogames.
Si les deux gamètes se développent normalement, mais demeurent, par une cause quelconque, sans action l’un sur l’autre: Sporodinie ( Sporodinia ), Funkie ( Funkia ), Nothoscorde ( Nothoscordum ), Citronnier ( Citrus ), etc., il y a apogamie, au sens étroit du mot. Si le gamète mâle seul fait défaut :Charagne chevelu [Characrinita), Saprolègne ( Saprolegnia ), Célébogyne ( Cœlebo -
(1) De Bary: Ueber apogame Famé und die Erscheinung der Apogamie im Allgemeinem[ Bot. Zcituug, 1818).