SEXUALITÉ EN GÉNÉRAL
gyne ), Ficaire ( Ficaria ), etc., il y a apandrie. Si c’est le gamète femelle seul qui avorte : Ptéride de Crète ( Pleris cretica), etc., il y a apogynie. Enfin, si les deux gamètes manquent à la fois, l’apogamie est complète: Ptéride ( Pleris cretica). Ail ( Allium ), Dioscorée [Dioscorea), etc.
C’est peut-être à cette apogamie complète et définitive, à cette agamie actuelle, que se rattachent les plantes chez lesquelles, comme il a été dit plus haut, on n’a pas réussi jusqu’ici à constater une sexualité. L’existence de ces plantes serait ainsi expliquée par leur sexualité antérieure; elles ne feraient plus aujourd’hui que se conserver et se multiplier. Mais, répétons-le, c’est là une hypothèse stérile qu’il sera toujours temps d’adopter en désespoir de cause. 11 est plus sage et plus utile d’espérer que les progrès à venir feront découvrir une sexualité chez ces plantes, et de susciter des efforts dans ce sens.
I’arenté diverse des gamètes de la même plante. — Quand leur différence relative est faible, les gamètes peuvent être deux cellules sœurs qui s’unissent peu de temps après s’être séparées au sein de la cellule mère, ces quelques instants ayant suffi à y établir la différence interne qui les rend stériles séparément et qui rend possible leur combinaison dans l’œuf, comme dans la Cladophore ( Cladophora ), l’Ulotriche ( Ulathrix ), etc. Ils peuvent provenir de deux cellules sœurs, par rénovation, ce qui les éloigne déjà un peu plus, comme on le voit dans les Conjuguées quand l'isogamie s’exerce entre deuxcellules contigiies du même filament.
Quand la différence relative est grande, la parenté des gamètes peut aussi être très étroite; on le voit dans les Yauchéries ( Vaucheria ) et dans les Péronospores ( Pcronospora ), où ils procèdent de deux rameaux issus du même tube en des points très voisins, dans les OEdogones ( Œdogonium ), où ils sont produits par des cellules voisines du même filament, etc. Mais le plus souvent, les cellules mères des gamètes sont alors séparées par un grand nombre de divisions cellulaires, et même appartiennent à des membres différents, quoique rapprochés, comme on le voit pour l’étamine et le carpelle chez les Phanérogames à fleurs hermaphrodites. Chez ces plantes, il arrive même souvent, comme on sait, par suite de diverses dispositions : dichogamie (p. 439), pollinisation par les insectes (p. 440), etc., que les gamètes qui s’unissent pour former l’œuf proviennent non de la même fleur, mais de fleurs différentes, fort espacées sur le corps de la plante ou sur des individus différents de la même plante, ce qui éloigne d’autant leur parenté. Cette pollinisation indirecte devient même nécessaire quand les fleurs sont unisexuées et la plante monoïque.
Cette parenté diverse est sans influence sur la variation. — Ces différences de parenté des gamètes ont-elles de l’influence sur le produit de leur combinaison dans l’œuf, c’est-à-dire sur la variation de la plante nouvelle? A voir les diverses dispositions naturelles qui. dans un grand nombre de Phanérogames, empêchent de s’unir des gamètes trop proches parents, et favorisent au contraire l’union de gamètes plus éloignés (voir p. 439), on est porté à croire, et plusieurs admettent en effet, qu’en général l’union de gamètes d’une parenté trop rapprochée est préjudiciable à la constitution de la plante nouvelle et par conséquent à l’avenir de la race.
DÉVELOPPEMENT DE LA. RACE PURE
Déjà cependant il existe assez de Cryptogames où l’union sexuelle a constamment lieu entre gamètes très rapprochés, assez de Phanérogames hermaphrodites où la réunion des gamètes de la même fleur se trouve assurée, sans que par là la race dépérisse, pour qu’il ne soit pas permis de généraliser cette hypothèse. Mais, de plus, les expériences comparatives qui ont été faites précisément sur les plantes hermaphrodites qui l’ont suggérée, c’est-à-dirè où des dispositions spéciales favorisent ou même assurent la pollinisation indirecte, sont bien loin de la confirmer (1).
Dans cinq plantes phanérogames à fleurs hermaphrodites appartenant à autant de genres pris dans quatre familles différentes, on a comparé, toutes choses égales d’ailleurs, un certain nombre de plantes issues de pollinisation directe au même nombre de plantes produites par pollinisation indirecte entre fleurs distinctes du même individu ou d'individus différents de la même plante. Pour trois de ces espèces: Mimule jaune (. Mimulus luteus), Pélargone zoné ( Pélargonium zonale), Origan vulgaire ( Origanum vulgare), les deux lots se sont montrés équivalents à tous les points de vue. Dans la quatrième, l’Ipomée pourpre ( Ipomæa purpurea), vulgairement Volubilis, le lot direct a été légèrement supérieur au lot indirect, pour la dimension et le poids des tiges, comme pour la précocité de la floraison et la pesanteur des graines. Dans la cinquième, la Digitale pourpre ( Digitalis purpurea ), c’est, au contraire, le lot indirect qui a pris une légère supériorité sur le lot direct. En somme, la pollinisation indirecte s’est montrée sans avantage, comme sans inconvénient.
Tant qu’on ne sort pas de la plante, la différence de parente des gamètes parait donc sans influence sur la constitution de l’œuf nouveau et par conséquent sur la variation de la plante qui en procède, sans doute parce que leur différence sexuelle, ne dépendant que de l’œuf ancien, conserve la même valeur dans toute l’étendue du corps.
Influence du temps et du milieu sur la variation.
Influence de lage de la race sur la variation. — Au moment OÙ la plante nouvelle forme à son tour des œufs, la variation particulière qui la caractérise est soumise, au même titre que toutes ses autres propriétés, d’une part à l’hérédité (p. 24), d’autre part à la variation. Le plus souvent elle est atteinte par la variation et disparaît sans laisser de traces ; quelquefois elle est prise par l’hérédité et se conserve à tous les degrés dans la descendance. Dans le premier cas, la propriété acquise se trouve localisée dans un seul des anneaux de la chaîne ; pour la maintenir ou la répandre, on est réduit à user des divers moyens qu’on a de conserver et de multiplier la plante. Il en est ainsi, par exemple, dans les Tulipes ( Tulipa ), les Calcéolaires ( Calceolaria ), les Pélargones [Pélargonium), les Poiriers (Pirus), les Pommiers {Malus), les Pruniers (Prunus), les Pêchers (Persica), etc. , dont aucune des nombreuses variations ne sepro-
(1) Darwin; Des effets de la fécondation croisée, p. 42 et p. 300. Paris, 1877.