NOTIONS GÉNÉRALES DE CLASSIFICATION ET DE NOMENCLATURE
Si l’on considère l’ensemble des individus végétaux qui peuplent actuellement la Terre et de ceux qui l’ont habitée depuis l’époque où elle est devenue accessible aux êtres vivants, on voit facilement que certains d'entre eux, de tout point identiques, ne sont pas autre chose que les divers individus d’une seule et même plante, issus l’un de l’autre par voie de reproduction monomère : marcottes, boutures, propagules, spores, conidies, etc. ; ce qui réduit d’autant le nombre des plantes (p. 27). Pour celles-ci, soit par l’observation directe de leur descendance, soit par l’existence de formes de transition, soit enfin par les documents historiques, on acquiert la preuve que, par voie de reproduction dimère et de variation, elles se rattachent par groupes à autant de races, dont elles sont les représentants isolés ou les variétés (p. 1012).
Cette nouvelle réduction opérée, on se trouve en face d’un très grand nombre de portions de race plus ou moins différentes, dont l’origine demeure inconnue, dont le lien échappe, par conséquent, et dont on ne peut que constater et estimer les ressemblances et les différences. Le groupement par l’origine commune dément constatée, tel qu’on le pratique pour les individus dans chaque plante, pour les plantes dans chaque variété, pour les variétés dans chaque portion de race directement observable, seule classification vraiment rationnelle, n’y est plus applicable et on se trouve réduit à une classification empirique fondée sur la similitude.
Classification. — A partir de ces portions de race directement observables, c’est en effet sur les divers degrés de ressemblance qu’est basée toute la Classification des plantes et que repose la définition des divers cadres qui la constituent.
INTRODUCTION
On nomme espèce la collection des variétés qui se ressemblent le plus. Certaines de ces variétés, ayant une origine commune dûment constatée, appartiennent à la même race ; d'autres, d’origine inconnue, leur sont adjointes seulement à cause de leur similitude, c’est-à-dire parce qu’elles ne diffèrent pas plus de ces variétés que celles-ci ne diffèrent les unes des autres, et qu’en entrant dans la collection elles n’en troublent pas l’homogénéité. L’espèce est donc une collection mixte, fondée en partie sur l’origine, en partie sur la similitude, en partie rationnelle, par conséquent, en partie empirique.
On nomme genre la collection des espèces qui se ressemblent le plus; l’espèce dépassant déjà la portion de race directement observable, le genre est tout entier une collection empirique, et il en est de même, à plus forte raison, des cadres suivants. On nomme famille la collection des genres qui se ressemblent le plus, ordre la collection des familles qui se ressemblent le plus, classe la collection des ordres qui se ressemblent le plus, embranchement la collection des classes qui se ressemblent le plus. Enfin le règne végétai, à son tour, n’est que la collection des embranchements des êtres vivants qui se ressemblent le plus. Une espèce peut d’ailleurs se réduire à une seule variété, un genre à une seule espèce, une famille à un seul genre, etc., comme une variété peut ne comprendre qu’une seule plante et une plante qu’un seul individu.
Ceci posé, c'est entre plantes de la même variété que la ressemblance est le plus étroite, la différence se réduisant à une légère variation. La similitude est encore très grande entre plantes de même espèce, et va diminuant de plus en plus quand on passe au genre, à la famille, à la classe, à l’embranchement, au règne. Pour fixer les idées, admettons qu’il y ait dans la plante dix caractères ou groupes de caractères à comparer; représentons chacun de ces caractères par le chiffre 1 s’il est constant, par le chiffre 0 s’il est variable, et convenons de ranger les signes de gauche à droite suivant la valeur décroissante du caractère, le premier à gauche représentant le groupe de caractères e plus important de tous, celui qui définit les êtres vivants par rapport aux corps inorganiques, le dernier à droite figurant le plus léger de tous, celui qui varie quand on passe d’une génération à l’autre dans la même variété. Nous pourrons alors résumer la définition des divers cadres de la Classification, de la manière suivante :
Plante lllllHlil
Variété.. 1111111110
Espèce 1111111100
Genre... 1111111000
Famille 1111110000
Ordre lllltOOOOO
Classe 1111000000
Embranchement 1110000000
Règne.: 1100000000
Êtres vivants 1000000000
Chacune des valeurs particulières que prennent les caractères variables définit une variété dans l’espèce, une espèce dans le genre, un genre dans la famille, etc.
NOTIONS GÉNÉRALES. 1037
Remarquons cependant qu’il n’y a aucune limite précise entre la différence des plantes d’une même variété et celle des variétés d’une même espèce, entre la différence des variétés d’une même espèce et celle des espèces d’un même genre, entre la différence des espèces d’un même genre et celle des genres d’une même famille, et ainsi de suite. L’espèce ne diffère de la variété que par une somme plus grande de différences, de même le genre de l’espèce, la famille du genre, etc. Mais comme les propriétés des plantes, même les plus importantes, ne peuvent être ni mesurées, ni pesées, il est impossible d’estimer, avec la précision nécessaire pour entraîner un commun accord, quelle somme de différences sera nécessaire et suffisante pour que deux formes végétales différentes, mais analogues, soient caractérisées non plus comme variétés, mais comme espèces distinctes, quelle autre somme de différences fera désigner deux formes moins voisines, non plus comme espèces, mais comme genres distincts. Aussi la chose est-elle affaire d’appréciation personnelle : telle forme, regardée par l’un comme une variété ou une espèce, est pour l’autre une espèce ou un genre. Pour l’observation directe et objective, il n’y a que trois choses : les individus, les plantes et les variétés d’origine connue, notamment celles qui proviennent de la culture. Les expressions : variété (quand l’origine en est inconnue, notamment chez la plupart des plantes sauvages), espèce, genre, famille, etc., sont des termes abstraits, subjectifs, des catégories, impliquant une certaine quantité de différences entre les plantes, quantité qui est plus petite dans la variété, plus grande dans l’espèce, plus grande encore dans le genre, etc.
Outre les cadres principaux qu’on vient de définir, il est souvent utile, pour certaines régions particulièrement chargées de la Classification, d'avoir recours à des subdivisions. Ainsi l’on distingue, dans certaines variétés des sous-variétés, dans certaines espèces des sous-espèces , de même des sous-genres, des sous-familles nommées ordinairement tribus, des sous-ordres, des sousclasses, des sous-embranchements (1).
Pour représenter les divers degrés de similitude ou, comme on dit quelquefois, d'affinité des plantes, qui servent de base à la Classification, on fait souvent usage de diverses constructions graphiques. On dispose les cadres de même valeur qu’il s’agit de comparer en une série linéaire, qui ne permet d’indiquer que deux affinités directes, mieux en séries parallèles qui mettent en évidence quatre similitudes, mieux encore sur une carte, analogue aux cartes géographiques, ou sur une série de lignes divergentes, à la façon d’un arbre généalogique, deux moyens qui permettent de mettre en relief un plus grand nombre de rapports.
(1) Parmi les botanistes qui ont le plus contribué à établir les bases de la Classification des plantes et surtout des Phanérogames, il faut citer : Césalpin ( Libri XVI du Plantis, 1583), Ray ( Methodus plantarum nova, 1682), Tournefort ( Institutiones rei herbariæ, 1694), Linné (Classes ptantarum, 1738), Bernard de Jussieu ( Plantation du jardin du roi à Trianon, 1739), Adauson ( Familles des plantes, 1763), Antoine-Laurent de Jussieu (Généra ptantarum, 1789), Robert Brown (Prodromus floræ Novx llollandix, 1810), P. de Caudolle (Théorie élémentaire de la Botanique, 1813), Endlicher (Généra plantarum, 1836-1840), Ad. Brougniart ( Prodrome d'une histoire des végétaux fossiles, 1828, et Plantation du jardin botanique du Muséum, 1843), Bentham et Hooker (Généra plantarum, 1862-1883).
INTRODUCTION
Théorie de la descendance. — Sachant comment, sous l'influence de l’adaptation et de la lutte pour l’existence, les variétés issues d’une même plante divergent de plus en plus dans le cours des générations et s’isolent de plus en plus par la destruction des formes intermédiaires (p. 1016), essayons de rattacher à une cause unique les divers degrés de ressemblance et de différence qui caractérisent, comme il vient d'être dit, les cadres de la Classification.
On sait d’où vient la complète uniformité des caractères dans tous les individus de la même plante : ils procèdent tous du même œuf. On sait d’où vient la très grande ressemblance des plantes de la même variété et leur très faible différence : il y a hérédité immédiate et variation commençante. On sait d’où vient, chez les plantes cultivées et même, par analogie, chez les plantes sauvages qui présentent des formes de transition, la grande ressemblance des variétés de la même espèce et leur différence marquée : l’hérédité est moins rapprochée et la variation plus forte. La question est maintenant de savoir d’où viennent les ressemblances de moins en moins grandes et les différences de plus en plus accusées des variétés dans l’espèce chez les plantes sauvages dépourvues de formes de transition, des espèces dans le genre, des genres dans la famille, des familles dans la classe, etc.
La réponse la plus simple à cette question, et la seule conforme à la loi de continuité, est d’admettre que les ressemblances moins grandes sont dues à la même cause que les ressemblances plus grandes, c’est-à-dire à l’hérédité, mais à une hérédité plus éloignée, et les différences plus accusées à la même cause que les différences moins accusées, c’est-à-dire à la variation, mais à une variation plus longue. C’est la théorie de la descendance. A tous les degrés, les cadres de la Classification ne sont alors que des variétés développées à partir d’une commune origine. En se développant, en divergeant et en s’isolant de plus en plus dans le cours des générations, par les causes qui ont été dites, les variétés issues d’une même plante ont produit successivement l’espèce, le genre, la famille, l’ordre, etc.
Pour la théorie de la descendance, l’espèce tout entière se compose des variétés qui viennent de sortir d’une forme originelle ; un genre comprend toutes les espèces issues d’une souche plus ancienne et qui, dans le cours des temps, ont acquis des différences plus grandes ; une famille embrasse tous les genres descendus par variation d’un type encore plus ancien ; la forme originelle d’un ordre, d’une classe, d’un embranchement appartient à un passé plus reculé encore. Pour elle, la similitude plus ou moins grande des formes végétales, que depuis bien longtemps on exprime, sous forme métaphorique, en parlant de leur parenté plus ou moins proche, est donc due à une parenté réelle, à une consanguinité à divers degrés. Pour elle aussi, l’arbre généalogique par lequel depuis longtemps on représente cette parenté n’est plus seulement une figure, mais une réalité.
Développées dans le cours de très longues périodes de temps, c’est-à-dire dans la succession d’un nombre immense de générations, les différences qui existent actuellement entre les variétés les plus éloignées du règne végétal proviennent, d’abord de ce que les divers descendants de la plante primitive ont varié de diverses manières, et ensuite de ce que les premières variétés
NOTIONS GÉNÉRALES
ainsi produites ont varié à leur tour, en accusant toujours davantage leurs différences. Et elles ont dû forcément les accuser toujours davantage, pour demeurer capables de vivre dans les conditions diverses où s’est présenté successivement pour elles la lutte pour l’existence; tandis que d’innombrables variétés, espèces, genres, familles, ont progressivement péri, parce que, dans les conditions nouvelles apportées par les modifications climatériques et par l’entrée dans la carrière de variétés mieux pourvues, elles ne se sont plus trouvées suffisamment armées pour soutenir la lutte pour l’existence.
Valeur scientifique «le la théorie. — La théorie de la descendance repose sur quatre bases qui sont autant de faits démontrés, savoir : une variation susceptible de croître, une hérédité susceptible de décroître, une adaptation aux conditions de milieu, une lutte continuelle pour l’existence avec survivance du plus apte. Elle ne renferme qu’une hypothèse, consistant à admettre que la variation, faible au début, peut, en croissant, atteindre telle grandeur que l’on voudra, pourvu que l’on considère un temps suffisamment long, et des conditions de lutte suffisamment renouvelées.
La seule hypothèse qu’on puisse opposer à celle-là est d’admettre que la variation croît d’abord, puis arrive à un maximum et décroît ensuite ; de telle sorte que les variétés seraient réduites à osciller autour de la forme primitive, sans pouvoir s’en écarter au-delà d’une certaine limite, différente suivant les cas. Mais cette seconde hypothèse est stérile, tandis que la première trouve dans sa fécondité même sa justification.
Elle permet en effet d’expliquer d’une façon simple et satisfaisante pour l’esprit pourquoi les plantes actuelles sont si bien armées pour la lutte, pourquoi des membres de même nature s’adaptent aux fonctions les plus diverses, pourquoi il y a des membres avortés, comment les plantes se sont succédé et se sont distribuées sur la surface du globe aux diverses époques géologiques, etc., etc. : tous problèmes qui, en dehors d’elle, demeurent sans solution. Seulement, si l’on veut conserver à la théorie sa valeur scientifique, il est nécessaire de n’en tirer les conclusions qu’avec prudence, en s’efforçant toujours de les contrôler par l’observation directe et par la méthode expérimentale.
Lenteur de l'évolution. — Si l’on se rappelle combien de générations nos plantes cultivées doivent traverser avant que l’on puisse apercevoir dans leurs variétés une somme un peu notable de propriétés nouvelles, combien il faut de temps ensuite pour que ces caractères nouveaux deviennent complètement héréditaires, si l’on considère, d’autre part, l’étendue extraordinaire des différences que présentent aujourd’hui les plantes les plus éloignées, on arrive à conclure que, depuis l’apparition des premiers végétaux sur la Terre, il a dû s’écouler un temps d’une inconcevable longueur. Mais la Géologie et la Physique du Globe exigent aussi de pareils laps de temps pour 1 explication des phénomènes qui sont de leur ressort, et il n’y a pas à se préoccuper de quelques millions d’années en plus ou en moins quand il s’agit d’expliquer des faits qui ne peuvent atteindre une grandeur donnée qu avec le cours des âges (1).
(1) La théorie de la descendance s’applique naturellement à tous les ôtre3 vivants, aussi Lien aux animaux qu’aux plantes. Duchesue pour les plantes (1766) et plus tard Lamarck
INTRODUCTION
Origine des premières plantes- — Il est possible que toutes les plantes qui peuplent et ont peuplé la Terre soient issues d'une seule plante primitive; il est possible aussi qu’elles dérivent d’un petit nombre de formes primitives. Quelle est l’origine de cette forme ou de ces quelques formes initiales ? Si cette origine est terrestre, comme on l’admet généralement, elle ne peut s’expliquer que par une formation de toutes pièces aux dépens des matériaux inorganiques, en un mot par ce qu’on appelle une génération spontanée , réalisée une ou plusieurs fois.
C’est le moment de se demander si une pareille génération spontanée se produit aujourd’hui. Il ne peut s’agir évidemment que des formes tout à fait inférieures, de celles qu’à chaque instant on voit pulluler tout à coup en nombre immense dans des liquides parfaitement purs auparavant, et dont l’apparition paraît spontanée, des Bactériacées, par exemple. Mais les expériences les plus rigoureuses ont établi que, dans tous les cas où l’on avait cru voir une génération spontanée, il y avait eu en réalité apport préalable de germes, soit par l’air, soit par les liquides, soit par les vases employés, et qu’on avait simplement sous les yeux le développement normal de ces germes, suivi de la croissance rapide des plantes qu’ils produisent (1).
Mais pourquoi restreindre ainsi le problème des origines, en attribuant à la végétation de la Terre une origine terrestre? La Terre n’est qu’une très petite partie de l’ensemble du monde; sa végétation n’est qu’une très petite partie de la végétation de l’univers. Une fois devenue apte à la vie végétale, elle s’est peuplée de plantes, comme se peuple encore aujourd’hui une île émergée ou un rocher éboulé, par l’apport accidentel de germes venus des terres voisines. La seule objection qu’on puisse faire est le prétendu isolement matériel de la Terre dans l’espace. Mais tout le monde n’admet pas cet isolement. La chute des météorites est là, d’ailleurs, pour le démentir. Il aurait suffi qu’une fois, ou un petit nombre de fois, quelque germe enfermé dans une météorite, ou apporté par tout autre moyen, parvînt au globe terrestre après son refroidissement. La Terre une fois ensemencée, tout se serait développé à partir des germes primitifs.
Si l’origine de la végétation, et en général delà vie, n’est pas terrestre, mais cosmique, il est évident qu’il devient inutile de la rechercher par la méthode d’observation. La végétation de la Terre a eu un commencement et aura une fin; mais la végétation de l’univers est éternelle, comme l’univers lui-même.
pour les animaux (1809) en furent les premiers promoteurs. Mais c’est Charles Darwin qui lui a décidément frayé la voie et qui en a fait une partie intégrante de la science (De l'origine des espèces, 1859). Le grand mérite de Darwin a été de poser en fait la lutte pour l’existence que tous les êtres vivants ont à soutenir sans cesse, et de montrer l’influence que cette lutte exerce sur la destruction et la conservation des variétés nouvelles, que les plantes produisent incessamment dans toutes les directions.
Quant à la cause même des variations, Lamarck les place uniquement dans les conditions extérieures; Darwin attribue aussi le principal rôle aux changements dans les circonstances externes. On a vu que, pour nous, la cause directe de la variation est indépendante des conditions extérieures et réside dans la combinaison même des gamètes qui constituent l'œuf. Les conditions extérieures n’ont qu’une action indirecte, quoique très importante : dans la lutte pour l’existence, elles décident du sort des variétés.
(i) Pasteur. Sur les corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère ; examen de la question des générations dites spontanées (Ann. de chim. et de physique, 3« sér., t. LX1V, 1862).
NOTIONS GÉNÉRALES. 1041
Nomenclature (1). — D’une façon générale, on ne nomme que les cadres de la Classification. Parfois, cependant, quand une variation remarquable se produit sans être héréditaire, de manière à n’appartenir qu’à une seule plante et à ne se conserver que par marcottage, bouturage ou grefTe, on donne un nom à cette plante unique, comme dans les Tulipes ( Tulipa ), les Poiriers ( Pii'us ), etc.
Au lieu de nommer tous les cadres par des substantifs, on a jugé économique de ne dénommer ainsi que le principal cadre moyen, le genre : Lis ( L 'ilium ), Chêne ( Quercus ), Pin [Pinus), etc. Pour nommer l’espèce, on qualifie le nom du genre en le faisant suivre soit d’un adjectif: Lis blanc ( L'ilium candidum), Chêne pédonculé ( Quercus pedunculata ), Pin sylvestre ( Pinus sylvestris ), etc., soit d’un substantif pris adjectivement : Lis martagon ( Lilium Martagon ), Chêne liège ( Quercus Suber), Pin pignon ( Pinus Pinea ), etc., soit d’un substantif précédé de la préposition de ou à : Lis de Calcédoine ( Lilium calcedonicum), Chêne à galle ( Quercus infectoria), Pin de Lambert ( Pinus Lambertiana), etc.
Pour désigner la variété, on ajoute au nom de l’espèce un second adjectif qualificatif : Menthe sylvestre commune ( Mentha sylvestris vulgaris), Menthe sylvestre verte ( Mentha sylvestris viridis), etc. Pour nommer un hybride, on associe par un trait d’union les deux qualificatifs d’espèce, en plaçant d’abord celui de l’espèce quia fourniles gamètes mâles : Digitale jaune-pourpre [Digitalis luleo- purpurea ), Digitale pourpre -jaune (Digitalis purpureo-lutea), etc.
Les noms de tribu, de famille, d’ordre, de classe et d’embranchement se tirent, soit du nom du plus important des groupes inférieurs : tribu des Liliées, des Rosées, etc., famille des Liliacées, des Rosacées, etc., ordre des Liliinées, etc., soit de quelque propriété spéciale commune à tous les représentants du groupe : famille des Ombellifères, des Composées, etc., classe des Gymnospermes, etc., soit enfin de quelque dénomination particulière consacrée par un long usage : classe des Champignons, des Algues, des Mousses, etc.
Dans les ouvrages descriptifs, l’emploi de la langue latine est de rigueur, tout au moins pour les noms de genre, d’espèce et de variété. Dans la Partie géné-
Irale de ce Traité, nous avons toujours désigné les genres et les espèces par leur nom français, en le faisant suivre du nom latin entre parenthèses. Nous ferons de même dans la Partie spéciale, pour ce qui concerne les caractères généraux des embranchements, classes et ordres. Mais dans l’étude particulière des familles, afin d’éviter les répétitions, nous n’emploierons que les noms français des genres. C’est seulement dans le tableau qui, à la fin de chaque famille, résume le groupement de ses principaux genres, que nous mettrons le nom latin entre parenthèses à côté du nom français.
Caractères communs à tous les êtres vivants. — Avant de décomposer le règne végétal comme il vient d’être dit, pour en étudier séparément les diverses parties, il convient de le considérer un instant dans son ensemble, en le comparant au règne animal, pour savoir en quoi il lui ressemble, par où il en diffère et comment, en définitive, on arrive à définir les plantes par rapport aux animaux.
Considérons d’abord les ressemblances entre l’animal et la plante, c’est-à-
(1 ) Pour les règles de la Nomenclature botanique, voir : Actes du Congrès intei-national de botanique, Paris, 1878, et A. de Candolle, La Phytographie, Paris, 1880.
INTRODUCTION
dire les caractères communs à tous les êtres vivants. Ils sont de deux sortes, les uns morphologiques, les autres physiologiques.
Au point de vue morphologique, s’il s’agit de la forme extérieure, même diversité dans le contour du corps, qui tend à se différencier de plus en plus en membres distincts, en divisant dans une pareille mesure son travail externe : d’où résulte un même critérium extérieur de perfection (p. 8). S’il s’agit de la forme intérieure, même structure ordinairement cellulaire, avec cellules composées de la même manière d’un protoplasme, d’un noyau et d’une membrane, même mode de division du noyau, même multiplication consécutive des cellules par bipartition, même différenciation progressive des cellules en tissus et en appareils: d’où résulte une même division progressive du travail interne et, par conséquent, un même critérium intérieur de perfection (p. 23). Même composition chimique, aussi, celle du protoplasme, et même motricité, le protoplasme se montrant partout animé de mouvements divers.
S’il s’agit du développement de l’être, même croissance avec identité des caractères propres en tous les points du corps, et même multiplication possible par parties détachées de l’ensemble. S’il s’agit enfin de la formation et du développement de la race, même constitution de l’œuf par combinaison de deux gamètes plus ou moins différenciés, avec des conséquences semblables quand il y a métissage et hybridation ; même variation avec hérédité, déterminant, sous l'influence de la même adaptation et de la même lutte pour l’existence, le même développement et le même isolement progressif des variétés : d’où résulte que la théorie de la descendance s’applique de la même manière à tous les êtres vivants.
Comme conséquence nécessaire de toutes ces ressemblances morphologiques, mêmes principes de Classification et mêmes règles de Nomenclature.
Au point de vue physiologique, les ressemblances ne sont ni moins nombreuses, ni moins profondes. Mêmes conditions d’existence, en effet: radiation et aliment. Même action sur le milieu extérieur, se traduisant par la respiration, la transpiration, l’absorption des liquides et des substances dissoutes comme base de l’alimentation, l’émission de liquides et notamment de liquides digestifs, avec digestion externe consécutive, l’assimilation du carbone chez ceux qui possèdent de la chlorophylle, le dégagement de chaleur et parfois de lumière, etc. Mêmes fonctions internes, les unes chimiques, comme l’assimilation, la désassimilation, la constitution des réserves et leur digestion ultérieure, la sécrétion ; les autres mécaniques, comme la protection, le soutien, le transport des liquides, etc.
En résumé, on voit qu’il existe un grand nombre de caractères, et précisément les plus importants, qui sont partagés par tous les êtres vivants, sans acception d’animal ou de plante. C’est ce fonds commun qui est le terrain propre de la Biologie, tige dont la Zoologie et la Botanique ne sont que les
deux branches.
Caractères distinctifs des plantes. Définition du règne végétal. — Malgré
cette ressemblance si profonde, il est facile de distinguer une plante d’un animal, toutes les fois qu’on s’adresse aux représentants élevés ou moyens des deux règnes. L’animal a un système nerveux, une cavité digestive, un appareil
NOTIONS GÉNÉRALES
circulatoire pourvu d'un cœur, une faculté locomotrice : toutes choses dont la plante est dépourvue. En retour, la plante a des caractères qui manquent à l’animal : une membrane de cellulose autour de ses cellules et de la chlorophylle dans son protoplasme. C’est même l’existence d’une membrane de cellulose qui explique l’absence de système nerveux, de cœur, de faculté locomotrice, en les rendant inutiles. C’est aussi l’existence de la chlorophylle et le pouvoir de prendre directement à l’atmosphère le carbone, c’est-à-dire son aliment principal, qui affranchit la plante d’une cavité digestive.
Mais si l’on descend dans les étages inférieurs des deux règnes, toute limite s’efface peu à peu. Système nerveux, cœur, cavité digestive, enfin, disparaissent chez l’animal; membrane de cellulose et chlorophylle disparaissent chez la plante, qui reprend en même temps la faculté locomotrice. On arrive enfin à des êtres formés d’un corps protoplasmique nu, avec ou sans noyau, et dont on ne peut dire s’ils sont animaux ou plantes, question dès lors sans intérêt, d’ailleurs : ce sont des êtres vivants, et voilà tout. Les deux mots : animal et plante, expriment donc des différences qui ne s’introduisent dans le corps de l’être vivant qu’à partir d’un certain degré de différenciation, audessous duquel ils n’ont pas de raison d’être.
Division du règne végétai en quatre embranchements. — Ainsi défini, le
règne végétal comprend plus de quatre cent mille espèces actuellement vivantes, auxquelles il faut ajouter la masse innombrable des formes disparues, dont on ne connaît encore, dont on ne connaîtra jamais qu’une bien petite quantité. On le divise, comme on sait (p, 7), d’après les divers degrés de la diflérenciation externe du corps, en quatre groupes principaux, qui sont autant d’embranchements : les Thallophytes, les Muscinées, les Cryptogames vasculaires et les Phanérogames.
A vrai dire, les Phanérogames devraient peut-être former deux embranchements; car les Gymnospermes se rapprochent à certains égards, notamment par le mode de formation de l’oosphère dans un archégone, presque autant des Cryptogames vasculaires que des Angiospermes. Si l’on voulait, en effet, réunir toutes les plantes pourvues d’archégone en un même groupe, \esArché- (joniées, ce groupe renfermerait à la fois les Muscinées, les Crypto ;ames vasculaires et les Gymnospermes. Quoi qu’il en soit, nous bornant ici à exprimer la différence frappante qui résulte de la présence d’une fleur et de la formation d’une graine, nous continuerons de regarder les Phanérogames comme un seul embranchement.
L’embranchement des Thallophytes et celui des Muscinées, reliés par bien des transitions, forment ensemble, comme on l’a vu (p. 7), le groupe ou sousrègne des plantes sans racines ou non vasculaires; les deux autres, unis aussi par une série d’intermédiaires, constituent le sous-règne des plantes à racines ou vasculaires.
Plan d’exposition de la Botanique spéciale. — Le plan d exposition de la seconde Partie de ce Traité résulte clairement de ce qui précède. On étudiera les plantes dans l’ordre ascendant du perfectionnement, c’est-à-dire en partant des Thallophytes les plus inférieures pour s’acheminer peu à peu vers les Phanérogames les plus élevées. A chaque embranchement sera consacré
INTRODUCTION
un Livre; les classes y formeront des chapitres, les ordres des sections, les familles des paragraphes. Un cinquième et dernier Livre sera consacré à l’étude de la distribution des plantes à la surface de la Terre aux diverses époques, c’est-à-dire à la Géographie botanique ancienne et moderne.
Jusqu’à présent, la Classification repose exclusivement sur les caractères morphologiques des plantes, sur la Morphologie spéciale. C’est donc, ici comme dans la première Partie de cet ouvrage, la Morphologie qui sera notre guide. Mais nous ne devrons pas nous en tenir à ce seul point de vue. Toutes les fois que le permettra l’état de la Science, encore bien arriérée sous ce rapport, nous signalerons, pour chaque groupe, les propriétés particulières des plantes qui le composent, de manière à esquisser au moins quelques traits de la Physiologie spéciale.