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HYMÉNOMYCÈTES

milieu nutritif, en poussant au dehors des filaments absorbants qui hérissent toute leur surface ; en un mot, ce sont des rhizomorphes, tout semblables aux cordons parasitaires intra-radicaux. Les uns demeurent tout entiers submergés; les autres sortent du liquide et se ramifient dans l'air de la partie ! supérieure du vase. Les premiers demeurent blancs et ne sont pas phosphorescents; les seconds brunissent peu à peu et les filaments dont ils sont hérissés reluisent vivement dans l’obscurité. Si le vase de culture est grand, le phénomène de la phosphorescence végétale apparaît ainsi dans toute sa beauté.

Plus tard, après l’épuisement total du milieu et un temps de repos assez long, ces rhizomorphes poussent des branches cylindriques, qui rayonnent tout autour à la façon de stolons; par leur couleur brune à partir du sommet,

! leur manque de filaments périphériques absorbants et de phosphorescence, leur nutrition aux dépens des réserves accumulées dans les rhizomorphes primitifs, ces cordons se montrent identiques aux rhizomorphes terrestres des forêts. Si l’on vient à approcher du sommet de l’un d’entre eux une racine de Pin fraîchement déterrée, il la perce aussitôt, s’insinue dans la couche génératrice, s’y développe comme il a été dit plus haut, et plus tard émet de nouveaux stolons tout autour de la racine infectée.

Plusieurs autres Ilyménomycètes (Lenzite du Bouleau, Tramète du Pin, Polypore amadouvier, etc.) forment des rhizomorphes semblables à ceux de l’Agaric de miel et comme eux phosphorescents.

Selérotes. — Dans des conditions du nutrition convenables, d’autres espèces d’Hyménomycètes, appartenant aux genres les plus différents, constituent sur ; leur thalle filamenteux des tubercules de pseudo-parenchyme, bientôt dépourvus de croissance terminale, à l’intérieur desquels s'amassent des substances de réserve, qui cutinisent et colorent leur couche périphérique et passent de ! suite à l’état de vie latente, en un mot des selérotes (voir p. 1047), que ces 1 mêmes espèces ne forment pas dans des conditions différentes. Citons ici divers Agarics (A. à grappe, tubéreux, cirrhé, etc.), Coprins (C. stercoraire,

! etc.), Typhules (T. lactée, érythrope, de Tode, etc.), Clavaires (C. aplatie, etc.). Ces selérotes ne sont pas autre chose que des stromes passés à l’état de vie latente ; pendant leur formation et plus tard pendant leur germination, ils se montrent phosphorescents (Ag. tubéreux, etc.). D’autre part, les rhizomorphes terrestres de l’Agaric de miel, quand ils viennent à cesser leur croissance terminale, passent aussitôt à l’état de selérotes ; ils ne sont, pour ainsi dire, que des selérotes doués de croissance terminale.

Durée «lu thalle. — Parvenu à l’état adulte, le thalle produit son appareil sporifère sur les filaments libres quand il n’a pas de strome, sur le stroine ou | sur le sclérote quand il en possède. Par là, il s’épuise quelquefois et meurt : il est monocarpique. Mais souvent il ne se détruit qu’au centre et persiste à la périphérie; il s’accroît alors l'année suivante, produit des fructifications nouvelles disposées sur un cercle plus large, et ainsi de suite chaque année; de là le phénomène des ronds de sorcière, déjà signalé plus haut : il est polycarpique ou vivace. Il en est ainsi dans beaucoup d’ Agarics, de Polypores, d’flydnes, etc. La pietra fungaia des Italiens n'est pas autre chose que le

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thalle vivace da Polypore tubérastre, enveloppant et englobant des pierres dans sa masse ; maintenu à la cave, il produit, des années durant, les fructifications comestibles et recherchées de cette espèce.

Forme de l'appareil sporîfère. — Sous sa forme la plus simple, dans l’Exobaside, l’appareil sporifère se réduit à une assise de basides étroitement serrées, sans support distinct du thalle. Ailleurs, il forme à la surface du milieu nutritif une lame, parfois lâchement feutrée (Hypochne), le plus souvent massive, membraneuse ou coriacée, dont la face supérieure est tapissée par l’hymène (Cortice, divers Théléphores, etc.'). Mais d’ordinaire il se dresse perpendiculairement au support, quelquefois en une colonne simple ou abondamment ramifiée en buisson, toute couverte de basides (Clavaire), le plus souvent en un pied dilaté au sommet en un chapeau portant les basides seulement sur sa face inférieure (Agaric, Polypore, Hydne, etc.).

La face supérieure du chapeau est convexe à divers degrés, ou plane, ou concave et creusée en entonnoir ; elle est très diversement colorée, molle ou durcie par subérisation des membranes (Polypore, etc.), ou rendue visqueuse par leur gélification (Agaric visqueux), lisse et même luisante (Polypore luisant) ou hérissée de poils (Polypore hirsute, P. hispide, etc.). La face inférieure, revêtue parfl’hymène, est quelquefois lisse (Cratérelle, etc.), mais le plus souvent munie de prolongements de forme diverse : pointes molles pendant comme des stalactites (Hydne, etc.), côtes saillantes (Chanterelle, etc.), lamelles perpendiculaires à la surface, dirigées radialement de l’insertion du pied au bord du chapeau (Agaric, etc.), anastomosées en un réseau plus ou moins fin (Dédalée, Polypore, etc.), ou formant des tubes étroits serrés côte à côte, soudés (Bolet, etc.), ou libres (Fistuline). Quelle qu’en soit la forme, ces prolongements ont toujours pour résultat d’augmenter beaucoup la surface sporifère.

Le chapeau est quelquefois dépourvu de pied ; il est alors semi-circulaire et attaché au support vertical par son bord plan, à la façon d’une console (beaucoup de Polypores). De la base du pied, quand il existe, on voit souvent partir des filaments qui s’enfoncent dans le sol et s’y ramifient en formant un mycèle secondaire. Ces filaments, non seulement fixent l’appareil sporifère au support, mais encore le nourrissent pendant sa croissance, ajoutant ainsi leur action à celle du mycèle primaire, ou s’y substituant s’il a disparu.

L’appareil sporifère offre parfois dans toute son épaisseur une consistance gélatineuse ou cartilagineuse, qui provient de la gélification et de la confluence de la couche externe des filaments constitutifs. Tantôt c’est alors une lame gélatineuse sessile (Dacryomyce), ou une colonne dressée ramifiée en dichotomie (Calocère), que les basides recouvrent dans toute son étendue et qui rappelle dans le premier cas une Trémelle, dans le second une Clavaire; tantôt c’est une tête renflée toute couverte de spores au sommet d’un pédicelle stérile (Dacryomitre), ou une coupe pédicellée sporifère seulement sur sa face supérieure (Guépinie). Ailleurs, au contraire, l’appareil sporifère est tout entier dur, parce que les membranes de ses filaments se sont fortement sclérifiées (Polypore, Dédalée, Lenzite, etc.).

I1YMÉN0MYCÈTES.

Ainsi conformé, l’appareil sporifère est le plus souvent nu à tout âge. Quelquefois il est enveloppé tout entier dans sa jeunesse par une couche de filaments plus ou moins épaisse, nommée volve. Quand elle est très mince, la volve s’émiette plus tard et disparaît (Agaric variécolore, Coprin sterco- ; raire, etc.) ; quand elle est épaisse, elle se déchire, laissant subsister une gaine autour de la base du pied et des écailles sur la face supérieure du chapeau (Amanite, etc.) : de là une série de transitions vers les Gastromycètes.

Que l’appareil sporifère soit nu ou enveloppé, il peut se faire que, pendant son développement, le chapeau soude son bord au pédicelle (fig. 081).

Fig. 084. — Agaric champêtre ( Ayari eus campestris) . Formation des fructifications sur le thalle (A) et sections longitudinales à divers étals (/-V); grand, nat. (Sachs).

Fig. 685. — Agaric champêtre ( Agaricus campestris). Formation de l’hymène. A, section à travers plusieurs lamelles ; B, une lamelle faiblement grossie; C, une portion de B, fortement grossie (Sachs).

Pour s’étaler plus tard, il devra rompre cette attache; il en résulte, suivant la manière dont la déchirure a lieu, soit des lambeaux irréguliers qui pendent au bord du chapeau (Cortinaire, etc.), soit une manchette annulaire qui reste adhérente au pied (Agaric de miel, etc., sans volve; Amanite aux mouches, etc., avec volve). Cette soudure est un phénomène accessoire, variable d une

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espèce à l’autre dans le même genre, comme on le voit chez les Agarics et les Coprins, dont les uns ont au pied un anneau qui manque aux autres.

Hymène. — Quelle que soit la conformation de l’appareil sporifère, l'hymène y offre essentiellement la même constitution.

Prenons pour exemple l’Agaric champêtre, vulgairement Champignon de couche, représenté dans les figures 684 et 685. La première montre en A l’apparition des fructifications sur les cordons du strome, sous forme de tubercules de plus en plus gros. 1 à V sont les sections longitudinales de ces tubercules à divers âges, faisant voir la formation progressive des lamelles à la face inférieure du chapeau encore fermé et dont le bord est soudé en dedans avec le pied. Dans la figure 685, A est un fragment d’une section transversale tangentielle du chapeau, montrant en h la substance du chapeau, en l les lamelles. B et C sont des portions de lamelles grossies davantage pour montrer la course des filaments et la structure de l’assise à basides. L’intérieur de la lamelle est composé de séries de longues cellules qui, de la région moyenne, divergent à droite et à gauche et se dirigent vers les deux faces. Là, les éléments se raccourcissent de plus en plus et forment enfin une assise de cellules arrondies [s h), sur lesquelles s’insèrent, étroitement serrées les unes contre les autres et perpendiculaires à la surface, des cellules renflées en massue. Beaucoup de ces cellules demeurent stériles et sont des paraphyses- (7); d’autres plus longues, proéminant au-dessus de la surlace générale, sont les basides.

Dans l’exemple actuel, chaque baside ne porte que deux spores; il en est de même dans quelques espèces d’autres genres (Hypochne bispore, Pistillaire brillante, Cratérelle cornucopioïde, etc.), et chez quelques genres tout

Fig. 686. — Agaric chevelu ( Agaric as comat us ), coupe transversale d’une lamelle ; a a, filaments de la lamelle b, basides offrant les quatre spores à divers états de développement ; c paraphyses.

entiers (Dacryomyce, Guépinie, etc). Quelquefois elle en porte six (Chanterelle comestible, Ilypochne couronné, etc.). Mais dans la plupart des Hyménomycètes, la baside produit quatre spores(fig. 686). A cet effet, la cellule pousse d’abord tout autour de son sommet autant de petits rameaux grêles (s1) qu’il doit naître de spores ; chacun de ses rameaux ou stérigmates se renfle au sommet, ce renflement grossit peu à peu, se sépare par une cloison et devient une spore (s", s'"); une fois mûre, celle-ci se détache de son pédicellc et tombe (s"").

On a vu (page 582) que, pour former les spores, le noyau de la baside subit

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