LILIACÉES
fois munis d’appendices stipulaires (Ail) ou dilatés en lames pétaloïdes (Ornitliogale) ; les anthères, pourvues de quatre sacs polliniques, sont le plus souvent introrses, quelquefois extrorses (Colchique, Bulhocode, Vératre, etc.), ordinairement basifixes, parfois oscillantes (Lis, Fritillaire, Ail, Colchique, etc.); leur connectif se prolonge quelquefois au delà des sacs, en un appendice pétaloïde (Stémonej. Elles s’ouvrent presque toujours par deux fentes longitudinales, quelquefois par une fente transversale voisine du sommet (Vératre, Schénocaule, etc.). Les étamines internes sont quelquefois plus grandes (Ail, Ornithogale, Asphodèle) ou, au contraire, plus petites (Anthéric, Gagée) que les autres; elles sont parfois seules fertiles, les externes étant réduites à leurs fdets (Sowerbée, Leucocoryne, Brodiée, Gilliésie) ou tout à fait avortées (Hewardie, Arémarrhène, Fragon, Hétérosmilace). Ailleurs, les deux rangs d’étamines avortent et la fleur devient femelle (Fragon, Asperge, Smilace, Astélie); cet avortement frappant alors à la fois toutes les fleurs d’une plante, il y a diœcie. Inversement, il arrive quelquefois que chaque étamine se dédouble et que l’androcée en compte 9 ou 12 (Plée, Smilaces de la section Pléosmilace).
Les carpelles sont fermés, rarement ouverts (Philésie, Lapagérie, Stémone, Croomie); ils portent sur chaque bord ordinairement une rangée d’ovules (fig. 995), quelquefois un seul ovule(Asphodèle, Polygonate, Muguet, Maïanthème, Fragon, Asperge, Smilaces de la section Néméxie, etc.); il arrive même que l’ovule unique avorte sur l’un des bords et que le carpelle est uniovulé (Aphyllanthe, Dragonnier, la plupart des Smilaces). Les ovules sont presque toujours anatropes (fig. 995, voir aussi fig. 265, p. 408), quelquefois orthotropes (Smilace, Fragon), toujours bitégumentés; nombreux, ils sont horizontaux à raphés contigus (fig. 995 et 265) ; réduits à deux ou à un seul, ils sont horizontaux (Polygonate), ascendants (Dragonnier) ou pendants (Smilace, Croomie). Le Monocare n’a qu’un seul carpelle, les deux autres ayant avorté.
Les diverses feuilles florales ne sont indépendantes l’une de l’autre, y compris les carpelles, que dans la seule Pétrosavie, Liliacée parasite de Bornéo. Partout ailleurs, il s’établit entre elles des concrescences dont il faut fixer les principaux degrés. A part l’exception précédente, les carpelles sont toujours unis latéralement et au centre, tantôt seulement dans la plus grande partie ou la totalité de leur région ovarienne, laissant les styles libres (Colchique, Vératre, Tofieldie, etc.), le plus souvent aussi dans toute l’étendue des styles, les stigmates demeurant seuls plus ou moins distincts (voir fig. 247, p. 394). Il en résulte la formation constante d’un ovaire composé, triloculaire à placentation axile, rarement uniloculaire à placentation pariétale (Astélie, Philésie, Lapagérie, Stémone, etc.), surmonté soit par trois styles simples, soit par un style composé terminé par trois stigmates; ce style composé peut être très court, ce qui rend les stigmates sessiles (Tulipe, Smilace). Les stigmates sont quelquefois très larges et bouchent l’entrée du périantlie (Aspidistre, Rohdée). Il faut remarquer qu’il existe souvent une place allongée communiquant avec l’extérieur, le long de laquelle la concrescence latérale des ovaires n’a pas lieu où les deux épidermes demeurent distincts et sécrètent dans la cavité qui les sépare un liquide sucré, qui s’échappe au dehors; c’est ainsi que se forment,
MONOCOTYLÉDONES
dans l’épaisseur des cloisons de l’ovaire composé des Liliacées, ces nectaires nommés glandes septales , que l’on a étudiés à la page 398 et à la page 412 (voir aussi la fig. 265, A)\ ils se retrouvent chez la plupart des familles de Monocotylédones que nous aurons à examiner après les Liliacées.
Souvent la concrescence n’intéresse que le pistil, toutes les autres feuilles florales demeurant indépendantes les unes des autres (Smilace, Parisette, Vératre, Tulipe, Lis, Anthéric, Asphodèle, Yuque, etc.); la formule florale s’écrit alors F — 3S + 3P -)- 3E -)- 3E' -f- (3C). Ailleurs, elle s’établit à divers degrés dans les quatre verticilles externes, tantôt seulement dans l’androcée (Fragon, Bessère, Androstèphe, Gilliésie), tantôt seulement dans le calice et la corolle, qui forment ensemble un tube (Funkie, Paradisie), tantôt seulement entre chaque étamine et le sépale ou le pétale auquel elle est superposée (Endymion, Bulbocode), tantôt en même temps dans le calice d’une part et dans l’androcée de l’autre (Hétérosmilace); tantôt, enfin et le plus souvent, à la fois entre le calice, la corolle et l’androcée, unissant les quatre verticilles externes dans le même tube (Colchique, Polygonate, Muguet, Asperge, Jacinthe, Muscare, Hémérocalle, Phorme, Aloès, etc.). Dans ce dernier cas, la formule florale devient : F— (3S 4- 3P + 3E + 3E') -f- (3C). Quelquefois même, le tube formé par les quatre verticilles externes est concrescent avec le pistil dans sa région inférieure, ce qui est une tendance à la formation d’un ovaire infère (Anticlène, Sténanthe, Stichoneure).
Fruit et graine. — Le fruit est le plus souvent une capsule contenant autant de graines que le pistil avait d’ovules; toujours longitudinale, la déhiscence de cette capsule est ordinairement loculicide, quelquefois septicide (Colchique, Bulbocode, Vératre, Tofieldie, Noline, etc.). Ailleurs, le fruit est une baie (Smilace, Asperge, Fragon, Polygonate, Parisette, Dragonnier, Astélie, etc.). Dans le genre Yuque, le fruit subit de grandes variations suivant les espèces : c’est tantôt une capsule loculicide (Y. de Whipple), septicide (Y. filamenteux) ou indéhiscente (Y. glorieux), tantôt une baie (Y. à baies).
La graine a un tégument membraneux et pâle (Tulipe, Lis, etc.), ou crustacé et noir (Ail, Aloès, etc.), tout couvert de longs poils soyeux dans les Eriospermes. Son volumineux albumen, charnu ou corné, renferme un petit embryon droit, rarement arqué (Ail, Arthropode), dont le plan médian coïncide avec le plan de symétrie de l’ovule et qui tourne son cotylédon vers le raphé.
Principaux genres. — La famille des Liliacées renferme 190 genres, avec environ 2110 espèces, répandues dans toutes les contrées tempérées et chaudes du globe, mais particulièrement abondantes dans la région méditerranéenne, en Australie et au Cap. Le genre Smilace comprend à lui seul 187 espèces et le genre Ail environ 250. On en connaît à l’état fossile 8 genres, renfermant plus de 60 espèces; la plupart appartiennent aux terrains tertiaires, où le seul genre Smilace est représenté par 45 espèces. Le Yuccite a été trouvé dans le grès bigarré, le Éolire dans le crétacé.
C’est surtout pour la beauté de leurs fleurs que les Liliacées sont recherchées et cultivées. Quelques-unes pourtant sont alimentaires, par leur bulbe
L1LIAGÉES-
(Ail oignon, A. cultivé, A. d’Ascalon, Camassie comestible, Scille comestible, etc.) ou parleurs jeunes pousses (Asperge); d’autres sont médicinales par leur rhizome (Vératre blanc) ou leur tubercule (Colchique d’automne),
; parleurs feuilles (divers Aloès), par leurs racines (divers Smilaces), ou par leurs graines (Yératre officinal); d’autres enfin fournissent des fibres textiles, comme le Phorme ténace, vulgairement Lin de la Nouvelle Zélande.
En tenant compte à la fois de la nature du fruit et de son mode de déhiscence quand il est capsulaire, on groupe les genres en trois grandes tribus, subdivisées chacune, d’après l’indépendance ou la concrescence des verticilles externes, en deux sections, elles-mêmes partagées en sous-sections d’après la forme de l’appareil végétatif, de la manière suivante :
1. Limées. — Capsule loculicide, anthères le plus souvent introrses, styles concrescents.
A. Sépales, pétales et étamines linres.
a. Bulbe : Tulipe ( Tulipa ), Gagée (Gagea), Érythrone ( Enjthronium ), Fritillaire ( Fritillaria ), Lis (Lilium), A'û (Al/ium), Scille ( Scilla ), Urginée (Urginea), Ornithogale (Ornithogalum), Gilliésie ( Gilliesia ), Miersie (Miersia), etc.
b. Rhizome : Asphodèle ( Asphodelus ), Asphodéliue (. Asphodeline ), Paradisie (Paradisia ), Bulbine (Bulbine), riosperme ( Eriospermum ), Érémure (Eremurus), Aulhéric ( Anthericum ), Êchéandie ( Eclieandia ), Aphyllauthe ( Aphyllanth.es ), Johnsonie ( Johnsonia ), Stêmone ( Stemona ), Croomie (Croomia), etc.
c. Tige arborescente : Yuque (Yucca), Dasylire (Dasylirion), Beaucarnée (Beaucarnea), etc.
B. Sépales, pétales et étamines concrescents.
a. Bulbe : Endymion (Endymion), Jacinthe (Hyacinthus), Muscare { Muscarï) , etc.
b. Rhizome : Agapanthe ( Agapanthus ), Funkie ( Funkia ), llémérocalle ( Hemero caUis), Phorme (Phormium), etc.
c. Tige arborescente : Aloès (Aloe), Haworthie (Haworlhia), Lomatophylle (Lomatophyllum) , etc.
2. Colchicébs. — Capsule septicide, anthères le plus souvent extrorses, styles ordinai-
rement libres.
A. Sépales, pétales et étamines libres.
a. Tubercule : Bulbocode (Bulbocodium) , Mérendère (Merendera), Anguillaire ( Anauillaria ), etc.
b. Rhizome : Narthèce (Narthecium), Tofieldie ( Tofieldia ), Vératre ( Veratrum ), Mélauthe (Melanthium), Schénocaule (Schœnovaulon), etc.
B. Sépales, pétales et étamines concrescents.
«.Tubercule : Colchique (Colchicum), Synsiphon (Synsiphon), Wurmbée ( Wurmbea ], etc.
b. Rhizome : Uvulaire (Uvularia),. Glorieuse (Gloriosa), Tricyrte ( Tricyrtis ), etc.