AIRE DES ESPÈCES
l’aire des espèces en les classant par les conditions au milieu desquelles elles croissent, ou encore par leur organisation. Ce qu’on peut remarquer de plus général, à ce dernier point de vue, c’est que l’aire d’une espèce est souvent plus vaste quand cette espèce est peu différenciée.
Ainsi, au lieu d’examiner successivement les causes qui limitent l’aire des espèces, nous allons citer les espèces à aires très étendues, à aires moyennes et à aires très restreintes.
Espèces à aire très étendue. — Aucune espèce végétale ne s'étend sur toute la surface du globe. Un certain nombre de Cryptogames (Algues, Champignons, et parmi eux surtout les Lichens) paraissent pouvoir se développer partout où les conditions d’existence générale des végétaux se trouvent réalisées entre leurs extrêmes limites et, quoique l’étude de la distribution des végétaux inférieurs n’ait pas été faite encore d’une manière générale, on peut affirmer que le nombre des espèces de Tballopbytes qui supportent toutes les latitudes et toutes les altitudes où la vie peut se manifester est assez élevé. Une seule espèce phanérogame semble être constituée de manière à se trouver, pour ainsi dire, sous tous les climats : c’est le Laiteron potager.
Les plantes qui ont ensuite l’aire la plus vaste et qui se sont spontanément naturalisées partout, sauf aux extrêmes régions des montagnes ou des pôles, sont cependant limitées en deçà de l’extension des Thallophytes les plus répandus. Ce sont presque uniquement les Pourpier potager, Lamier amplexicaule, Ansérine blanche, Ortie brûlante, Ortie dioïque, Chiendent dactyle, Paturin annuel.
Voici maintenant les espèces phanérogames qui occupent plus de la moitié de la surface du globe :
Capselle bourse- à-pasteur Cardamine hirsute.
Stellaire moyenne.
Pourpier potager.
Vergerette du Canada.
Eclipte dressée.
Laiteron potager.
Samole de Yalerand.
Morelle noire.
Lamier amplexicaule.
Brunelle vulgaire.
Ansérine des murs.
Ansérine blanche.
Ortie brûlante.
Ortie dioïque.
Potamot nageant.
Jonc des crapauds.
Chiendent dactyle.
Paturin annuel.
Le nombre des espèces phanérogames dont l’aire estau moins égale au tiers de la surface terrestre n’atteint pas 120.
Parmi ces plantes à aire très étendue, il est à remarquer qu’il y a plus de 40 pour 100 d’espèces plus ou moins aquatiques, ce qui semblerait indiquer que le transport par les eaux des graines ou des boutures naturelles est favorableà une grande dissémination. 30 pour lOOdes espèces à aire très large sont des plantes qui vivent dans les cultures, ou croissent dans les décombres et sur le bord des chemins; elles doivent évidemment à l’homme leur grande extension. Il est à remarquer aussi qu’aucune espèce à aire très étendue n’est ligneuse. Les arbres ou les arbustes ont toujours une aire assez restreinte.
Les Cryptogames à aire étendue sont en beaucoup plus grand nombre que les Phanérogames.
Espèces à aire moyenne. — Les espèces phanérogames dont l’aire occupe une surface inférieure au tiers de celle des continents, mais pourtant encore assez étendue, sont de beaucoup les plus nombreuses. Certaines d’entre elles, dont les individus sont très abondants dans une région, peuvent servir à en
DISTRIBUTION DES PLANTES
caractériser la flore, et c’est parmi ces espèces que sont surtout pris les types des diverses flores naturelles.
Les Sapins, les Bouleaux, les Hêtres et la plupart des plantes ligneuses sont des espèces dont l’extension est moyenne : c’est sans doute parce que les arbres ou les arbrisseaux ont, en général, pour l’eau et la chaleur, des limites inférieure et supérieure assez restreintes, ainsi qu’on l’a fait remarquer plus haut.
Les plantes qui croissent au bord de la mer n’ont pas été comptées parmi celles dont l’aire est très étendue, parce que la surface absolue qu'elles occupent est peu considérable; mais beaucoup d’entre elles sont, comme un grand nombre d’Algues, répandues aux latitudes les plus diverses. Les courants marins sont, en effet, très favorables à la dissémination de ces plantes.
L’aire des espèces, suivant que les fruits sont charnus ou non, suivant que la faculté germinative des graines se conserve plus ou moins longtemps, suivant que les fruits ou les graines sont plus ou moins bien organisés pour la dissémination, n’est pas régulièrement plus ou moins grande. La comparaison des faits ne donne sur ce point aucune loi générale. Ainsi les akènes aigrettés des Composées sont considérés comme très bien disposés pour la dissémination; or, l’aire des Composées munies d’aigrette n’est pas plus étendue que celle des Composées sans aigrette. On pourrait supposer aussi que les espèces à graines conservant le plus longtemps leur faculté germinative sont celles qui ont la plus grande extension; or, c’est précisément le contraire qui a lieu.
On ne peut donc raisonner par de simples observations sur les causes qui limitent ou étendent l’aire de la plupart des espèces; tout ce qu’on peut remarquer à ce sujet, c’est que l’airè des espèces est, en général, plus grande pour celles qui ont la taille la plus petite et dont la vie n’est pas de longue durée.
Parmi les groupes qui ont un assez grand nombre d’espèces, et pour ne considérer que les plantes à aire moyennement étendue, on peut citer les suivantes, en plaçant en tête celles qui ont l’extension la plus large :
Lichens.
Algues.
Chapignons.
Mousses.
Naiadées.
Joncées.
Phytolaccées.
Papavéracées.
Amarantées.
Couvolvulacées.
Salsolées.
Graminées.
Sérofulariacées.
Labiées.
Crucifères.
Ombellifères.
Dipsacées.
Borraginées.
Saxifragacées.
Hépatiques.
Conifères.
Pandanées.
Palmiers.
Composées.
Malvacées.
Légumineuses.
Caryophyllées.
Orchidées.
Rubiacées.
Valérianées.
Asclépiadées.
Mélastomacées.
Cyrtandrées.
Buttnériées.
Gesnéracées.
Cucurbitacées.
Myrtacées.
Epacridées.
On voit, d’après ces quelques exemples, que, malgré la remarque générale faite plus haut, il n'est pas absolument exact de dire que, plus la différenciation d’une espèce est grande, plus son aire est restreinte.
Espèces à aire très restreinte. — Les espèces dont l’aire est très peu étendue se trouvent le plus souvent dans les îles, et surlout dans celles qui sont très éloignées des continents. Les îles Sainte-Hélène, Kerguelen, Tristan d’Acunha, Juan Fernandez, etc., ont dans leur flore un très grand nombre d’espèces propres. On s’explique ces faits par la difficulté qu’ont les graines à arriver dans ces contrées isolées au milieu des mers. Mais d’autres espèces, même placées à l’intérieur des continents, ont une aire très restreinte, sans qu’on puisse l’expliquer par l’étude des causes actuelles. Ce sont, il est vrai,