AIRE DES ESPECES
des plantes très différenciées, mais les études incomplètes faites sur la distribution des Cryptogames ne permettent pas de prouver que ces plantes n’ont jamais une aire aussi restreinte, sauf pour les Champignons parasites d’une ! espèce déterminée et dont l’aire est naturellement limitée parcelle delà plante j qu’ils attaquent.
A l’inverse de ce qu’on remarque pour les espèces à aire très étendue, il arrive souvent que les plantes à aire très restreinte sont ligneuses et presque toujours vivaces. Ainsi, pour citer un exemple, les plantes appartenant à des genres propres à l’île Sainte-Hélène sont au nombre de onze, appartenant aux genres Commidendre, Pétrobe, Lachanode, Mélanodendre (Composées) et Nésiote (Rhamnées). Sur les onze espèces appartenant à ces genres, neuf sont des arbres, une est un arbrisseau et la dernière est une plante vivace ligneuse.
Quant au nombre des espèces à aire très restreinte, inférieure par exemple à fôrôôô de la surface terrestre, il est beaucoup plus grand que celui des espèces dont l'aire très étendue dépasse la moitié de la surface des continents.
Relations entre les espèces qui ont la même aire. — Il est peu fréquent,
on le comprend, que plusieurs espèces occupent assez exactement la même surface, sauf pour celles qui sont parasites l'une de l’autre. Aussi, lorsque plusieurs espèces ont à peu près la même aire, si en même temps elles sont nombreuses en individus, elles donnent à toute la contrée une physionomie particulière : ce sont des especes caractéristiques. Lorsqu'une contrée possède un assez grand nombre d’espèces qui y sont très répandues et qui se trouvent à peu près limitées à cette région, on peut nommer flore naturelle l’ensemble des plantes qui s’y trouvent, et cette flore naturelle sera surtout définie par un certain nombre des plantes caractéristiques dont nous venons de parler.
On peut citer les exemples suivants d’espèces ayant des aires voisines :
Citronnier oranger et Punice grenadier, Dryade octopétale et Silène acaule, Oponce figue-d’Inde et Agave américain, Bananier de paradis et Ricin commun, etc. D’autres, sans être parasites, sont liées à des espèces différentes, qui les supportent, comme les lianes et les Orchidées épidendres.
On peut aussi remarquer assez fréquemment des associations de deux ou plusieurs plantes de port déterminé, mais alors ce ne sont pas forcément les mêmes plantes qui sont associées et une espèce peut se substituer à une autre de port analogue. C’est ainsi, par exemple, que plusieurs végétaux habitent ordinairement les forêts de Pins ou d’Épicéas, certaines espèces du genre Pyrole, par exemple; mais, suivant les localités, les Pyrole chloranthe, seconde ou uniflore pourront se remplacer, tandis que, d'autre part, le Pin silvestre ou le Mélèze d’Europe pourront prendre la place de l’Épicéa élevé. C'est aussi par une semblable association que les diverses plantes à forme de lianes, disposées pour rechercher la lumière en grimpant sur les arbres élevés, se trouvent, dans les forêts vierges où l’ombre est intense, associées à des espèces arborescentes de même port, mais qui peuvent aussi être remplacées l’une par l’autre.
Malgré la diversité de toutes ces associations, on peut cependant diviser la surface du globe en un certain nombre de flores naturelles qui donnent une
DISTRIBUTION DES PLANTES
idée générale du mode de distribution des espèces les plus répandues. C'est l’objet du paragraphe qui suit.
§ 3. Flores naturelles
Flore arctique. — On peut désigner sous le nom de flore arctique la flore des contrées situées au nord de la limite septentrionale des forêts. Elle comprend tout le nord de la Sibérie, la Nouvelle Sibérie, la terre de François- Joseph, la Nouvelle-Zemble, le Spitzberg, l’Islande, le Groenland et la partie septentrionale de l’Amérique du Nord limitée au sud par le cap Mugford, au nord-est du Labrador, les îles Dormous dans la baie d’Hudson, le lac du Grand- Ours dans le bassin du Mackenzie et la terre Kioumi au détroit de Behring.
Les Cryptogames, et surtout les Lichens, y sont les végétaux les plus abondants; mais il est difficile de dire s'il y a parmi eux des espèces propres à la flore arctique. Quant aux plantes vasculaires, on en distingue environ 750 espèces; or, sur ces 750 espèces, il n’y en a qu’une vingtaine qu’on n’ait pas retrouvées dans d’autres contrées. Ce sont :
U rave à corymbe.
Parrye arénicole.
Cochléaire feuestré.
Braye glabre.
Braye poilue.
Astragale polaire.
Potentille jolie.
Potentille tridentée.
Saxifrage siléniflore.
Saxifrage de Richardson.
Nardosmie glaciale.
Chrysanthème iutégrifolié.
Armoise androsacée.
Armoise de Stéven.
Arnice alpin.
Pédiculaire du Groenland.
Monolépide d’Asie.
Saule glacial.
Dupontie de Fischer.
Deschampsie brévifoliée.
Pleuropoge de Sabine. Atropide étroite.
Fétuque de Richardson.
Parmi ces quelques espèces propres, il n’y a que deux genres absolument spéciaux; ce sont deux Graminées : le Pleuropoge, de file Melville, et la Dupontie, qui se trouve assez répandue dans toute la flore arctique (sauf en Asie). Ainsi donc, la flore arctique est assez mal caractérisée par des espèces à aires communes et qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. C’est que, dans les régions élevées des montagnes qui se trouvent plus au sud, on retrouve jusqu’à un certain point les mêmes conditions climatériques et là, dans cette zone alpine supérieure, on observe la presque totalité des plantes de la flore arctique. On serait donc tenté de joindre aux contrées dont on vient de parler l’ensemble de tous les points situés ailleurs à une altitude assez élevée pour présenter une flore analogue; mais, outre que ces régions possèdent un très grand nombre d’espèces qui ne sont pas dans les contrées polaires, il n’est pas absolument exact que les conditions physiques soient les mêmes aux latitudes extrêmes et sur les hauts sommets des montagnes.
Le caractère le plus saillant de tous les végétaux de la flore arctique, c’est l’ exiguïté de leur taille. Les arbrisseaux aux branches rabougries sont aplatis contre la surface du sol, à peine distincts de la masse des Lichens qui les entoure. Çà et là seulement, certaines Graminées, en quelques endroits abrités, s’élèvent un peu plus haut que ces arbrisseaux étalés contre la terre.
FLORES NATURELLES
« Les Cryptogames, qui dominent de beaucoup par le nombre des individus, sont toutes aussi de petite taille. On peut dire qu’en général aucun végétal ne dépasse 40 centimètres de hauteur, et la taille moyenne des plantes est voisine de 6 centimètres. Dans les parties de la flore arctique où la température du sol est la plus froide à la surface et où la terre reste gelée audessoous de 4 à 8 centimètres de profondeur, on rencontre presque exclusivement des Mousses (Polytric, Sphaigne) et des Lichens (Cladonie des | rennes, Cladonie onciale, Évernie ocreuse, Cétraire piquant, Cétraire triste, Cétraire d’Islande, Cétraire des neiges). La teinte des Lichens donne souvent au sol un coloris spécial, visible à distance, brun, noir ou d’un blancjaunâtre, presque fleur de soufre.
Les prairies sont composées d’un très grand nombre de Graminées et de quelques Joncées, qui sont pour la plupart des plantes de la flore forestière, sauf les quelques espèces spéciales mentionnées plus haut. Les Cypéracées sont de formes extrêmement nombreuses, sans être plus fréquentes que les Graminées par le nombre des individus ; ce sont surtout diverses Laiches et des Eriophores aux aigrettes rousses qui donnent aux prairies de Cypéracées leur physionomie; on compte environ 9 pour 100 de végétaux de cette famille parmi les plantes vasculaires de la flore arctique. Les prairies que l’on rencontre au bord des continents, jusqu’aux latitudes les plus élevées que l’on connaisse, sont émaillées de fleurs appartenant à des espèces variées. Presque toutes ces plantes sont vivaces; leurs rhizomes sont extrêmement développés et leur partie aérienne très courte à entre-nœuds presque nuis, à feuilles en rosette (Silène acaule, Dryade, Saxifrage oppositifoliée, Diapensie de Laponie, Drave alpine , Myosote villeux) ; quelques autres espèces moins nombreuses ont des tiges à développement plus rapide dans les derniers entrenœuds et peuvent élever leurs fleurs un peu plus haut (Renoncule glaciale, Pavot nudicaule, Auricule farineuse, Polémoine bleue, Oxyrie digyne).
Quant aux arbustes, qui sont ordinairement très petits, ce sont surtout des Saules ou des Airelles. Certains d’entre eux n’ont pas plus de deux à trois centimètres de hauteur. On peut citer les petits arbustes suivants : Saule polaire, Airelle vigne-d’Ida, Airelle des marais, Andromède tétragone, Rosage de Laponie. Dans la partie la moins septentrionale, dans le sud de l’Islande ou le détroit de Behring par exemple, on trouve ces arbustes plus élevés, qui peuvent aller parfois jusqu’à plus d’un mètre de hauteur et constituent une transition avec la flore des forêts boréales (Saule laineux, Bouleau blanc, Bouleau nain, Aulne blanc, Aulne en broussaille, etc.).
Les variations que présente la distribution des plantes dans ces régions, à mesure qu’on s’élève sur les montagnes, sont, on le comprend, peu marquées. Cependant, lorsqu’on atteint des altitudes de plus en plus élevées, on voit disparaître peu à peu certaines espèces. La plante vasculaire qui s’élève le plus haut parait être le petit Saule glauque; au-dessus, on rencontre un nombre limité de Mousses et de Lichens.
Flore des forêts boréales. — Lorsqu’on se dirige vers le sud en partant des contrées arctiques, on rencontre une ligne de forêts. Ces forêts semblent être étendues sur presque toute la partie septentrionale de la région boréale
DISTRIBUTION DES PLANTES
tempérée. Sur l’ancien contient et déjà sur le nouveau, elles ont été en très grande partie défrichées et remplacées par des cultures; mais, si l’on fait abstraction de ces changements relativement récents, on peut caractériser toute cette flore naturelle par la présence d’un grand nombre d’arbres (Hêtre, Pin silvestre, Frêne, Bouleau, Chêne, etc.), dont les individus de même espèce se trouvent en grande abondance dans les mêmes contrées: c’est là le caractère principal des forêts boréales.
Cette flore naturelle est limitée au nord par l’apparition des forêts ou des cultures, s’arrête aussi au sud, où la limite est marquée par un changement de flore assez brusque au midi de l’Europe, dans l’Asie centrale et la Californie, et d’une manière moins nette au centre de l'Amérique septentrionale et dans le bassin de l'Amour.
Tandis que, par les îles Aléoutiennes et le Sud du détroit de Behring, la continuité de la flore forestière s’établit, il y a, au contraire, une différence plus grande entre la côte américaine et la côte européenne de l’océan Atlantique. Les limites de cette flore sont loin, comme on l’a vu plus haut, d’être parallèles à la direction des degrés de latitude. La limite nord, qui atteint le le cap Nord en Europe, dépasse le 72e degré de latitude en Sibérie, près du fleuve Chatanga, et s’abaisse au 58e degré au Labrador. La limite sud, qui atteint presque le tropique boréal en Floride, est à peu près à 93° de latitude dans le bassin de l’Oural. On s’explique en partie ces différences par l’étude de la direction des courants marins.
On pourrait être tenté de séparer la flore alpine des hautes altitudes de l’ensemble de la flore des forêts boréales; mais une délimitation,- facile dans les Alpes, dans les Pyrénées ou sur une partie déterminée des montagnes Rocheuses, devient impossible si l’on considère l’ensemble des contrées boréales tempérées. Cela tient à ce que les plantes alpines, limitées aux hautes altitudes vers 40° ou 50°, se répandent peu à peu dans les plaines et se retrouvent de plus en plus nombreuses à mesure qu’on avance vers le nord. On les rencontre au milieu même des forêts en Sibérie centrale, en Scandinavie et dans le bassin américain du Jukon. On ne saurait séparer non plus la flore forestière américaine de celle de l’ancien continent, car si les espèces diffèrent beaucoup du côté de l’Atlantique, un grand nombre d’entre elles se remplacent et, en somme, les formes végétales sont tout à fait les mêmes.
Comprise de cette manière générale, la flore naturelle des forêts boréales est limitée au nord parla flore arctique (voyez plus haut) et au sud de la façon suivante. Dans l’ancien continent, la limite, partant dumilieude l’ile Sagalian, passe au sud de l’Amour vers la chaîne de l’Altaï et au nord de la Caspienne, atteint la mer Noire à l’embouchure du Dnieper, puis suit à peu près la limite des eaux au sud du bassin du Danube, passe au midi des Alpes, traverse le Rhône non loin du confluent de l’Isère, passe au sud des Pyrénées et se termine en Galice vers le cap de. Corsubedo. Sur le nouveau continent, la limite de la flore forestière va d’abord presque du sud au nord depuis l’embouchure du Mississipi jusqu’au bassin de l'Albanie, puis presque de l’ouest à l’est jusqu’à l’embouchure de l’Orégon.
Le nombre des espèces est considérable dans cette flore, par rapport au
FLORES NATURELLES
nombre des espèces arctiques, et la variété des formes est d’autant plus grande qu’on se rapproche du sud. Dans le nord de la flore forestière, il y a tout
! autant de végétaux, mais on y observe un bien plus grand nombre d’individus de la même espèce, et l’on peut parcourir des distances énormes sans constater aucun changement dans la nature du tapis végétal. Le nombre des espèces propres et même des genres spéciaux à cette flore est aussi très grand ; il y a plus, dans un très grand nombre de sous-régions d’étendue souvent peu
) considérable on rencontre des espèces spéciales. C’est ainsi que la Saxifrage des Carpathes, la Campanule des Carpathes, le Chrysanthème rotondifolié et la Fétuque des Carpathes, etc., sont limités aux Carpathes. La Pédiculaire I d’Œder et l'Armoise de Norvège sont les seules espèces propres à la presqu'île Scandinave. Dans la partie méridionale de la flore, les espèces spéciales sont beaucoup plus nombreuses pour une région donnée ; ainsi, on compte treize plantes spéciales aux plaines de Hongrie et un nombre bien i plus considérable d’espèces qui ne se rencontrent que dans les Alpes du Dauphiné, plus nombreuses encore dans les Pyrénées.
On a vu que presque toutes les plantes de la flore arctique se retrouvent dans la flore forestière ; mais cette dernière est relativement mieux limitée vers le sud. Aussi il n’y a que 11 pour 100 des espèces méditerranéennes qui s’avancent dans la flore des forêts boréales, il n’y a que 20 pour 100 des plantes de l’Asie centrale ou méridionale qui pénètrent très loin dans la zone forestière de la Sibérie.
Comme ce sont surtout les arbres qui donnent à cette flore naturelle un caractère dominant, citons d’abord les principales espèces qui constituent les forêts. Les arbres gymnospermes principaux sont: le Pin silvestre, dont l’aire est la plus étendue, l’Épicéa élevé, le Mélèze d’Europe, le Sapin pectiné, le Sapin pichta de Sibérie, le Sapin de Menzies d’Asie et des montagnes Rocheuses, le Pin maritime, qui s’étend au sud de la flore en Europe. En Amérique, on trouve des espèces voisines: l’Épicéa blanc, correspondant à l’Épicéa élevé, Je Mélèze américain correspondant au Mélèze d’Europe, le Pin résineux correspondant au Pin silvestre, le Sapin baumier correspondant au Sapin pectiné, etc., auxquels il faut ajouter quelques autres Gymnospermes (Thuier, Petit-cyprès, Taxode). Parmi les arbres angiospermes, il faut citer surtout le Hêtre, le Chêne, le Frêne, le Châtaignier, le Charme, l’Orme, le Peuplier, le Saule, le Bouleau, le Coudrier, l’Aulne, l’Érable, le Tilleul, le Sorbier. On trouve aussi en Amérique les espèces correspondantes, le Hêtre ferrugineux, le Chêne verdissant et le Chêne de Garry, le Castanopse, le Noyer noir, les Érables et les Négondes, les Peupliers, les Saules, les Bouleaux. Il faut y ajouter d’autres formes arborescentes qu’on ne trouve pas en Europe, telles que le Liriodendre tulipier, le Sassafras, le Yuque. le Magnolier et quelques Palmiers nains vers la partie sud.
Les arbustes sont la Camarine noire et les Bouleaux nains (au nord), les Genévriers, le Houx aquifolié, les Berbérides, les Nerpruns, etc., des Rosacées (Aubépine, Prunier épineux, Ronce, Rosier), les Argoussiers, les Myricaires, et des Araliées dans la Sibérie orientale (Arabe, Éleuthérocoque), ainsi qu’en Amérique, au voisinage de l’Orégon (Fatsie). Ces formes se retrouvent sur le
DISTRIBUTION DES PLANTES
nouveau continent, ainsi que les Airelles. En Amérique, il faudrait citer aussi quelques formes spéciales : lesCalycanthes, Asimine,Comptonie, le Houx cassine. correspondant au Houx aquifolié,lesMahonies remplaçant les Berbérides, etc. Quant à la forme végétale des Bruyères, assez localisée dans l’ancien continent, elle est à peine représentée dans le nouveau (Gamarine, Menziesie et la Callune venue sans doute d’Europe).
Aux forêts il faut joindre les plantes dont l’habitat est lié à celui des arbres, comme un grand nombre de plantes volubiles. C'est ainsi que l’aire du Houblon est déterminée par celle des arbres angiospermes, celle du Lierre par celle du Hêtre. C’est de la même manière que sont limitées d’autres plantes volubiles, le Schizandre dans le bassin de l’Amour, le Ménisperme en Amérique, etc. Les prairies sont essentiellement constituées par des Graminées et des Cypéracées, auxquelles il faut joindre un grand nombre d’espèces variées appartenant à d’autres familles. Dans la flore forestière, les prairies à Graminées sont surtout déterminées par l’eau courante; les espèces les plus répandues appartiennent aux genres Paturin, Ivraie, Flouve, Agrostide, Avoine, Calamagrostide. Les prairies à Cypéracées et à Joncées doivent, au contraire, leur formation à l’eau stagnante(Laiche, Scirpe, Souchet, Ériophores à aigrettes blanches, Clade, etc.): on peut mettre à part quelques formes élevées de Graminées ou de Cypéracées aquatiques, telles que les Phragmites et certains Scirpes. En Amérique, les prairies de la flore forestière sont très semblables à celles d’Europe; dans l’ouest (Orégon), les genres Blé et Fétuque sont dominants parmi les Graminées.
A l’ombre des forêts, comme dans les prairies, les herbes vivaces surtout sont en très grand nombre et présentent les formes les plus variées, surtout dans la partie méridionale de la flore forestière et dans les régions montagneuses; on ne saurait citer de genres ou d’espèces caractéristiques, à cause de leur abondance.
Les Cryptogames présentent dans la flore naturelle des forêts boréales une importance beaucoup moindre que dans la flore arctique, quant au nombre des individus. C’est surtout dans la partie septentrionale que ces plantes sont très développées. Leurs formes sont, d’ailleurs, beaucoup plus variées. Les Cryptogames vasculaires sont représentées par un certain nombre d’espèces croissant dans les forêts (Aspide, Polypode, Ptéride aquiline, Lycopode, etc.).
On sait combien varie la flore avec l’altitude dans les régions tempérées. Au sujet de cette distribution, on peut se reporter à ce qui a été dit page 1589.
Flores des steppes boréales. — On peut comprendre sous ce nom deux flores complètement différentes par leurs espèces, mais très semblables par la physionomie de leurs formes végétales, ainsi que par leur climat : d’une part, les steppes de l’Asie centrale et la Perse ; d’autre part, toute la partie à la fois centrale et méridionale de l’Amérique du Nord, où s’étendent les grandes prairies américaines. L’ensemble de ces deux flores, où les forêts manquent, est limité au nord par la flore forestière boréale et elle lui fait suite partout, sauf sur les points ou une mer intérieure importante (région méditerranéenne) ou un climat spécial (Japon, Californie) déterminent des flores d’un tout autre aspect et à formes bien plus richement variées.
FLORES NATURELLES
La flore des steppes d’Asie est limitée à l’est par les montagnes du Khou- Khounoor et de Khang-Kaï, au sud par l'Himalaya et l’Indus; la limite passe ensuite au sud de l’Euphrate et s’arrête au littoral de l’Asie mineure. Elle comprend donc les déserts d’Asie et la partie centrale des bassins de la Caspienne, de la mer d’Aral, ainsi que le bassin de l’Euphrate. La flore des steppes de l’Amérique septentrionale est limitée au sud vers le tropique boréal, à l’est par la Californie, au nord et à l’est par la flore forestière boréale, sauf certains plateaux du Nouveau-Mexique, où l’on voit reparaître les caractères de la flore des forêts boréales et où l’on trouve un grand nombre d’espèces européennes.
Aussi bien dans l’ancien continent que dans le nouveau, les formes végétales dominantes semblent aptes, dans ces régions, à supporter la sécheresse soit par des réserves d’eau (plantes grasses), soit par un revêtement pileux protecteur.
Les plantes arborescentes les plus caractéristiques des steppes asiatiques et américaines appartiennent aux Chénopodiacées ou aux groupes voisins. Ce sont, dans l’ancien continent, les buissons d’Anabase ou de Brachylépide et surtout l’Haloxyle qui s’étend en Perse, dans le Turkestan et dans la région de l’Aral. Ce sont, dans le nouveau continent, l’Arroche blanchissante et le Sarcobate vermiculaire. On trouve aussi, dans les deux régions, des Armoises à port de Chénopodiées. Dans toutes ces contrées, le sol salifère est fréquent et supporte en grand nombre ces espèces et d’autres analogues. Les Graminées des steppes sont mêlées à des herbes vivaces, beaucoup plus variées dans leur organisation que celles des prairies de la région forestière. En Amérique, les plantes grasses sont les Agaves et surtout les Cactées, qui présentent leur maximum de développement dans les savanes du Mexique; à l’ouest croît le Cierge géant, qui peut atteindre jusqu’à 20 mètres de hauteur, remplacé vers l’est par l’Oponce arborescente.
La richesse des flores des steppes est beaucoup plus grande encore que dans la partie méridionale de la flore forestière boréale, et l’on voit s’accentuer la différenciation des formes végétales à mesure qu’on s’avance vers le sud. On compte plus de trois mille espèces spéciales aux steppes américaines boréales et plus du double d’espèces propres aux steppes de l’ancien continent. Quant aux limites de ces flores, elles sont peu tranchées au centre de l'Amérique du Nord, à l’ouest de l’Asie et vers l’Asie mineure. Les quelques forêts enclavées au nord dans les contrées des steppes dépendent de la flore forestière.
Les Cryptogames sont relativement moins nombreuses et moins développées que dans la zone des forêts boréales.
Les montagnes, telles que le Caucase dans l’ancien continent et les montagnes Rocheuses en Amérique, présentent naturellement dans leurs altitudes élevées une flore très différente de celle des steppes. On trouve dans le Caucase une région forestière à Bouleau, Pin silvestre, etc., vers 2,000 ou 2,500 mètres d’al titude, ainsi que dans les montagnes Rocheuses (Pin flexible, etc.), où elle peut s’élever au sud de la région jusqu’à 3,700 mètres. En d’autres points, la zone forestière présente encore dans les montagnes des formes qui se rapprochent de celles plus septentrionales (Charme d’Orient et Chêne de Perse, par exemple, en Perse), etc.
DISTRIBUTION DES PLANTES
Au-dessus, se trouve une région alpine. Dans le Caucase, à côté d'espèces spéciales (Rosagedu Caucase, Genévrier très-fétide) ou d’autres plantes qui rappellent celles des steppes, on observe des plantes de la flore forestière ou des Alpes (Myosote des bois, Drave blanche, Thym serpolet), même à 4,500 mètres d'altitude. La région alpine des montagnes Rocheuses est beaucoup moins étendue et moins bien caractérisée.
Flore méditerranéenne et flore californienne. — Le littoral de la Méditerranée possède une flore très spéciale, qui diffère tout à fait à la fois de celle des steppes et de celle de la flore forestière. La douceur de ce climat marin, les pluies limitées à la saison d’hiver, suffisent pour expliquer de semblables différences; ce semble être surtout l’absence de froid en hiver qui détermine le changement qu’on remarque dans la flore lorsque, venant du nord de l’Europe, on atteint le littoral de la Méditerranée.
La partie septentrionale de la Californie possède une flore dont les espèces sont, il est vrai, absolument différentes des espèces méditerranéennes, mais un climat marin très semblable; la douceur de l’hiver, les pluies de février, le courant d’eau froide qui empêche les chaleurs de l’été d’être excessives, donnent en effet au littoral un climat très analogue à celui de la Méditerranée. Aussi les formes des plantes y sont-elles les mêmes et la beauté de la végétation méditerranéenne se retrouve-t-elle dans cette région de la Californie, qu’on a quelquefois appelée l’Italie du Pacifique.
Sur environ 7,000 plantes vasculaires, on en compte 60 pour 100 qui sont propres à la flore méditerranéenne. 11 y a donc 4,200 espèces, ce qui est un nombre très élevé relativement à l’étendue de la région, si on la compare à celle des steppes. En Californie, où la zone comparable à la région méditerranéenne n’a pas le quart de son étendue, il y a plus de 1,000 espèces spéciales de plantes vasculaires.
Les buissons toujours verts sont peut-être les plantes les plus caractéristiques de ces flores. Sur les bords de la Méditerranée, ce sont le Myrte commun, les Arbousiers, le Laurier noble, le Chêne yeuse, la Bruyère arborescente, les Cistes, le Pistachier lenstique, l’Osyride blanc, les Daphnés, etc. En Californie, les buissons toujours verts sont les Arbousiers et les Arctostaphyles, les Chênes agrifolié et densiflore correspondant au Chêne yeuse, puis d’autres plantes appartenant à des familles très différentes, mais qui ont le port du Myrte, du Laurier ou de la Bruyère (Simmondsie, Photinier, Adénostome, etc.).
Parmi les arbres angiospermes de la région méditerranéenne, il faut citer surtout l’Olivier d'Europe, puis le Punice grenadier, le Figuier de Carie, le Citronnier oranger, le Chêne liège, le Mûrier noir, le Caroubier siliquastre. A ces formes correspondent, en Californie, le Tétranthère californien, le Castanopse chrysophylle à feuilles persistantes, etc. Les arbres gymnospermes caractéristiques de la région méditerranéenne sont surtout le Cyprès toujoursvert, le Pin pignon, le Pin maritime. En Californie, les Petit-cyprès et les Torreyers peuvent être considérés comme analogues ; mais au-dessus de de 1,500 mètres d’altitude, on rencontre en outre le genre spécial Séquoier, notamment le Séquoier géant, qui peut dépasser 150 mètres de hauteur.
Au printemps, les Monocotylédones bulbeuses ou tuberculeuses fleurissent
FLORES NATURELLES
partout en masse (Safrans, Narcisses, Tulipes, Scilles, Jacinthes, Asphodèles, Orchidées, etc.). Les Graminées vivaces forment gazon et sont beaucoup moins nombreuses que dans la flore forestière; au contraire, les Graminées annuelles sont d’espèces variées et très répandues. C'est le même caractère qu’on retrouve dans la flore californienne et, dans les deux flores, le genre Avoine est l’un des plus répandus. On peut s’expliquer ce fait généi’al par l'absence habituelle d’eau courante à la surface du sol. Les autres herbes vivaces sont aussi abondantes et de formes très diverses; dans l’ancien continent comme dans le nouveau, les Composées, les Légumineuses, les Ombellifèi’es et les Labiées sont les familles dominantes.
Quant aux Cryptogames, elles ne sont guère plus nombreuses en individus que dans la flore des steppes. Dans la région méditerranéenne, la Ptéride aquiline, commune avec la flore forestière, est peut-être la seule Cryptogame vasculaire importante.
Flore chino-japonaise. — La flore du Japon et de la partie orientale de la Chine se rapproche à certains égards des flores méditerranéenne et californienne ; mais l’hiver plus froid et la régularité plus grande des précipitations atmosphériques donnent à cette région un climat différent et les plantes de la flore chino-japonaise ont des formes qui les rapprochent tantôt de la flore forestière, tantôt delà flore méditerranéenne ou même, vers le sud, de la flore tropicale.
L’étendue de celte flore est limitée au nord par le bassin de l’Amour, à l’ouest par les steppes, au sud parle bassin du Kouang-Si, un peu au nord des limites de la Chine. Elle occupe ainsi un espace compris entre le tropique boréal et le 50e degré de latitude. Le caractère dominant de cette flore, c’est l’abondance des végétaux ligneux. Ainsi, tandis qu'un cinquième des espèces seulement est formé de plantes ligneuses dans les flores méditerranéenne et californienne, il y en a la moitié dans la région chino-japonaise.
Les arbres gymnospermes sont de beaucoup les plus répandus. On peut citer surtout les espèces suivantes : le Pin chinois, le Pin de Bunge, le Sciadopite verticillé, le Cyprès funèbre aux branches retombantes, enfin, parmi les espèces à larges feuilles, le Podocarpe de Chine et le Ginkgo bilobé.
Comme arbres angiospermes, on peut indiquer, rappelant les espèces de la flore forestière, le Hêtre de Siebold, le Châtaignier japonais, le Planère kiaki, les Érables, les Frênes, les Tilleuls, les Allantes, ainsi qu’un grand nombre de Légumineuses et de Rosacées arborescentes.
Mais, à côté de ces caractères, qui sembleraient faire croire que la flore chino-japonaise est une flore principalement forestière, il faut signaler les traits principaux qui la rapprochent delà flore méditerranéenne; c’est surtout la présence des végétaux à forme de Laurier, et d’autres arbustes: le Ginnamome camphrier, le Houx lafifolié, l’Aucube japonais, le Camélier à thé, la Kelmie rose-de-Chine, le Néphèle Li-Tschi, l’Aleurile laccifère, l’Aralie papyrifère, la Broussonétie papyrifère, etc. D’autre part, dans la partie méridionale, des formes, telles que les Palmiers et les Bambous, rattachent la flore chino-japonaise à celle des tropiques.
VAN TIEGIIEM, TRAITÉ, 2e ÉDITION
DISTRIBUTION DES PLANTES
Enfin, avec la flore de la Californie, il n'y a pas seulement analogie dans les formes et l’on a pu citer plus de vingt espèces communes aux deux flores. Ainsi, il y a une certaine relation entre ces régions d’Asie et d’Amérique, situées en regard des deux côtés du Pacifique, quoique bien moins marquée ici que pour la flore forestière.
Flore «lu Sahara. — La flore du Sahara s’étend en Arabie et en Afrique,, dans toute la région où régnent les vents alizés sans rencontrer d’obstacles très importants sur leur passage. Elle est limitée au nord par la région méditerranéenne et le bassin de l’Euphrate, où elle confine à la flore des steppes, à l’est par le golfe Persique et le littoral de l’Arabie, à l’ouest par la côte d’Afrique entre les 20e et 32e degrés de latitude, au sud par une ligne qui passe au nord du Sénégal et du Soudan, et vient couper le Nil vers Dongolah. On peut y rattacher aussi le littoral indien voisin des bouches de l’Indus. Elle est traversée, un peu au delà du tiers de son étendue à partir du sud, par le tropique boréal. C’est surtout l’absence de pluies, l’extrême sécheresse, aussi bien au Sahara proprement dit qu’au centre de l’Arabie et au voisinage de l’Indus, qui détermine cette flore des déserts.
L’ensemble de la flore du Sahara est très pauvre, on le conçoit, par suite de cette sécheresse excessive. On n’y compte pas mille espèces de plantes vasculaires différentes, parmi lesquelles, en comprenant les plantes de l’Arabie et des bouches de l’Indus, il n'y a guère qu’environ 23 pour 100 d’espèces spéciales. Jusqu’à un certain point, on pourrait comparer la flore du Sahara à la flore arctique pour la pauvreté; seulement ici ce ne sont pas les limites extrêmes de température qui se trouvent très rapprochées entre elles, ce sont les limites d’humidité.
Le Phénice dattier est l’arbre caractéristique de la flore du Sahara. Sur les parties non salées du sol, on observe çà et là des buissons presque sans feuilles (Éphèdre, Calligone) et, dans les parties salées, des plantes grasses dont le port rappelle certaines espèces des steppes boréales (Salsolées et Zygophyllées). Les Graminées ont aussi le port de celles des steppes, mais leur développement est moins grand et leurs formes moins nombreuses. Elles résistent à la sécheresse d’une manière très remarquable et les tissus peuvent passer à l’état de vie latente et reprendre par l’humidité après avoir été desséchés et même arrachés du sol. La plupart des arbustes feuillés sont pourvus d’épines et la plupart des herbes vivaces sont protégées par des poils.
Les Cryptogames sont peu variées. Les plus remarquables sont la Roccelle tinctoriale et surtout la Lécanore comestible ou manne, qui peut se détacher, retomber plus loin en pluie et reprendre vie encore plus facilement que les Graminées dont on vient de parler (p. 1172).
Flores tropicales. — A mesure qu'on se rapproche de l’équateur, les limites transversales qui bornent les grandes flores naturelles ont une direction de plus en plus voisine de celle des degrés de latitude. Aussi, malgré des divisions d’une importance capitale au point de vue des espèces, et en exceptant la région sud du Sahara et le nord de l’Australie, toutes les parties des continents de presque toutes les îles situées entre les deux tropiques ont une végétation dont les caractères généraux sont les mêmes et qui diffère de celles
FLORES NATURELLE^. 1779
qui recouvrent les autres parties du globe. C’est, d’une manière générale, la flore tropicale.
La flore tropicale d’Asie et d’Océanie s’étend dans la région des moussons, au sud et au sud-est de la flore chino-japonaise. Elle comprend l’Indoustan, l’Indo-Chine, la Malaisie, la Nouvelle-Guinée, les Philippines et s’étend jusqu’aux îles Marquises. En Afrique, la flore tropicale s’étend depuis le Sahara jusqu’au 20° degré de latitude sud et au delà sur la rive sud-est de l’Afrique jusqu’à la limite méridionale de la Cafrerie. La flore tropicale d'Amérique est limitée à peu près exactement au nord par le tropique boréal; au sud, elle s’étend un peu au delà du tropique austral, jusqu’au Chili d’une part et jusqu’aux sources de l’Uruguay à l’est.
Sauf dans la région désolée du Sahara, on a reconnu que les formes végétales deviennent de plus en plus variées, à mesure qu’on se rapproche de l’équateur. Dans la zone tropicale, la diversité des espèces atteint son maximum. Presque toutes les familles connues y sont représentées et, dans chaque région restreinte, on peut compter une quantité considérable d’espèces distinctes. Aussi ne voit-on pas les nombreux individus d’une même espèce dominante donner au paysage sa physionomie. 11 est très rare de trouver des forêts où, sur une grande surface, les mêmes arbres soient abondants, comme cela est ordinaire dans les zones tempérées. Cependant, beaucoup d’espèces ligneuses, appartenant aux familles les plus diverses, ont par leur feuillage et par la manière dont elles se ramifient un port assez semblable, qui donne au premier abord aux forêts tropicales une certaine homogénéité. Les plantes volubiles et les végétaux épidendres habitent en grand nombre dans ces forêts et, quoique d’allure semblable aussi, elles sont à classer dans les groupes les plus différents. Le développement des forêts semble très inégal dans les diverses régions ; mais cela s’explique le plus souvent par les modifications que les cultures déjà très anciennes ont pu produire dans certaines contrées. On ne saurait rencontrer, par exemple, dans les Indes, avec la même intensité, l’exubérante végétation des forêts vierges d’Amérique ou de Java. En dehors des régions boisées, il faut signaler surtout les immenses étendues occupées par les savanes, dans presque toutes les régions sauvages de la zone torride. Là encore, quoiqu’à un degré un peu moindre que dans les forêts, on observe une très grande diversité d’espèces.
La presque totalité des plantes phanérogames de la zone torride et la grande majorité des plantes cryptogames sont des espèces propres à ces régions, ou qu’on ne retrouve que çà et là, isolées, au delà des limites des flores tropicales.
Parmi les arbres, les Palmiers dominent à la fois par le nombre des individus et par le nombre des formes. Les genres à feuilles en éventail (Thrinace, Borasse, etc.), et ceux à feuilles pennées (Phénice, Euterpe, Éléide, etc.), se retrouvent aussi dans les trois flores tropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique. En Asie, ce sont l’Arec cachou, le Cocotier à noix, le Métroxyle de Rumph, le Coryphe ombreux; en Afrique, le Borasse d’Éthiopie, l’Éléide de Guinée, le Rapide vinifère; en Amérique, le Sabal mexicain, le Céroxyle andicole, le Mauritie vinifère, l’Éléide de Guinée, l’Oréodoxe potager, le Phtyéléphant, etc. Les Pandanées, aux formes voisines des Palmiers, sont
DISTRIBUTION DES PLANTES
aussi représenlées dans toutes les flores tropicales : en Asie, c’est le Vaquois de Java et la Freycinétie ; en Afrique, le Vaquois candélabre ; en Amérique, le Carludovice palmé.
Après les Palmiers, la forme arborescente la plus caractéristique est peutêtre celle des Mimosées et de certaines autres Légumineuses. En Asie et dans les îles de la Sonde, les Mimosées se rencontrent souvent (Albizzie, Acacier cachou, etc.), en Afrique, le genre Acacier est nombreux en espèces remarquables (Acacier à longues épines, Acacier du Nil). On peut citer aussi d'autres Légumineuses (Indigotier et Casse). En Amérique, le genre Acacier est également représenté (Acacier des buissons, etc.), près duquel il faut ranger les Mimoses du Mexique et les Mimosées des Antilles au tronc élevé (Enlérolobe, Calliandre). On peut citer aussi l'Hématoxyle de Campêche et le Dimorphandre mora de la Guyane. Les Figuiers de très grande taille sont représentés dans les parties les plus différentes de la flore tropicale. En Asie, c’est le Figuier religieux; en Afrique, c’est le Figuier sycomore et le Figuier populifolié; en Amérique, ce sont des espèces correspondantes du même genre.
Un groupe tout entier d’arbres gymnospermes, limité à la flore tropicale, quoique représenté par un plus petit nombre d’individus et de formes que les deux groupes précédents, est très caractéristique de la zone torride ; ce sont les Cycadacées, les Cycades d’Asie, les Zamiers d’Afrique, les Dions ou les Cératozamiers du Mexique et le Zamier des Antilles.
Les Liliacées arborescentes à forme de Dragonnier sont encore parmi les arbres spéciaux à ces contrées. Il faut citer surtout le genre Vellosie, commun à l’Afrique et à l’Amérique méridionale, les Dragonniers d’Afrique, les Dasylires*et Fourcroyers du Mexique, les Barbacénies et Fourcroyers du Brésil.
Enfin, dans les régions un peu plus élevées au-dessus du niveau de la mer, se développent les Fougères arborescentes, les Cryptogames les plus remarquables de la zone torride. En Asie, ce sont, par exemple, les Alsophiles, qu’on rencontre dans la région supérieure de Java, et parmi lesquels il faut signaler l'Alsophile laineux, qui peut dépasser 16 mètres de hauteur; en Amérique, les Fougères arborescentes des Antilles ne se trouvent guère au-dessous de 100 mètres d’altitude et s’élèvent jusqu’à 1,800 mètres (Gymnoptéride, Polypode doré, etc.) ; en Afrique, où les Fougères arborescentes sont moins fréquentes, on en observe cependant dans les plateaux de la Guinée et de l’Angola, ainsi que dans le Gameron. En Angola, on trouve des Cyathées qui atteignent 10 mètres de hauteur.
Les lianes des forêts tropicales appartiennent surtout aux familles suivantes, dans l’ancien et dans le nouveau continent: Vitées, Convolvulacées, Cucurbitacées, Légumineuses, Pipéracées, Sapindacées, Mélastomacées ; certains Palmiers grimpants (Calame rotang, etc.), et quelques Fougères sont aussi à compter parmi les lianes. En Amérique, il faut ajouter, parmi les groupes dominants fournissant des lianes, les Apocynées, Passillorées, Malpighiacées, Smilacées (entre autres le Smilace officinal) et certaines Orchidées comme la Vanille. Tandis qu’en Afrique les lianes des forêts sont relativement moins nombreuses en espèces, le maximum de diversité de leurs formes se rencontre
FLORES NATURELLES
en Amérique; ainsi, l’on compte plus de 8 pour 100 de lianes parmi les plantes vasculaires des Antilles.
Les plantes épidendres donnent aussi un caractère commun a toutes les grandes forêts tropicales. Dans l’ensemble de toute la zone torride, ce sont surtout les Loranthacées qui dominent parmi ces végétaux, supportées par les arbres ou les lianes; puis viennent les Orchidées et les Aroïdées. En Asie, beaucoup d’épidendres appartiennent aux Urticacées, aux Mélastomacées et aux Scitaminées ; il faut aussi signaler le curieux Rosage de Java, qui est épi dendre. En Amérique, de nombreuses Broméliacées du Mexique et des Antilles, des Cactées, des Cassythes, des Fougères et des Pipéracées doivent aussi être comptés parmi les plantes épidendres.
La forme des plantes grasses se retrouve en Asie, en Afrique et en Amérique, entre les tropiques, soit parmi les Cactées, soit parmi les Euphorbiacées. On peut remarquer les espèces suivantes: l’Euphorbe candélabre et l’Euphorbe d’Abyssinie de larégion du Soudan, l'Euphorbe tétragonede Cafrerie, la Siphonie élastique de l’Amérique méridionale, les Cactées de la Guyane (Cierge, Oponcel, auxquelles correspondent le Rhipsalide d'Angola et les autres Cactées d'Afrique, identiques à celles d’Amérique et qui ont peut-être été introduites dans l’ancien continent.
Les Graminées des savanes sont très nombreuses en grandes espèces. Les Cannes se rencontrent dans toute la zone tropicale, spontanées ou cultivées. En Asie (Java) comme en Afrique, on trouve la Canne spontanée qui est remplacée, dans l'Indoustan et l’Indo- Chine, par l’impérate cylindrique, devenue l’espèce dominante. C'est au Mexique que les Graminées des savanes ont les formes les plus diverses; au Brésil, les Panicées et les Slipées dominent; en Afrique, quelques régions présentent en abondance des Barbons dont certaines espèces dépassent 7 mètres. Ce sont les plus grandes Graminées herbacées. Parfois, ce sont des Cypéracées qui comptent parmi les plantes dominantes des savanes: telles sont les Killingies du Venezuela. Les Bambous, et les formes voisines, sont aussi à peu près caractéristiques de la zone torride. Le genre Bambou est très répandu dans les flores tropicales de l’ancien et du nouveau continent. Dans les Antilles, le Bambou arondinacé, naturalisé de l'Inde, croît mêlé au genre voisin indigène Arthrostylide. Dans les Andes tropicales, on rencontre le genre Chusquée qui présente le même port.
Les Bananiers et les Scitaminées qui s’y rattachent sont aussi assez spéciaux à toutes ces contrées. Le Bananier ensète d'Afrique, le Bananier des sages d’Asie, l’iléliconie d’Amérique, le Bananier de paradis, sont les principales espèces.
Les arbustes qui donnent, parleur présence au milieu des Graminées et des plantes herbacées vivaces, un aspect spécial à la plupart des savanes d’Amérique ou qui se rencontrent en grandes masses dans l’ancien continent, appartiennent surtout aux groupes suivants : Rubiacées, Éricacées, Urticacées, Myrtacées, Mélastomacées. Les herbes vivaces sont comprises dans un grand nombre de familles : Composées, Rubiacées, Labiées, Scrofulariacées, Euphorbiacées, Lycopodiacées, etc., etc.; on y observe aussi de nombreuses plantes bulbeuses, surtout en Afrique.
DISTRIBUTION DES PLANTES
En dehors de ces formes générales des flores tropicales, certains types de végétaux ont des limites d’extension plus restreintes, comme les Quinquinas de 1 Amérique méridionale, l’Adansonier digitéou Baobab d’Afrique, certaines Araliées d'Asie, le Rhizophore manglier, etc. ; on ne saurait les citer tous dans un tableau d'ensemble des végétaux de*la zone torride.
Quant aux formes des Cryptogames non vasculaires, on n’a sur leur distribution dans la zone torride que des données trop peu complètes pour pouvoir en résumer leg caractères principaux. Les espèces de Mousses, d’Hépatiques et même de Lichens sont extrêmement nombreuses dans les forêts tropicales, mais les formes végétales de ces êtres diffèrent beaucoup moins de celles de Cryptogames des autres régions que les formes des plantes vasculaires. Ainsi, parmi les Mousses, les genres des flores arctiques ou tempérées : Sphaigne, Neckère, Hypne, Conomitre, Fabronie, etc., ont de nombreuses espèces et sont représentés par beaucoup d’individus dans la zone torride. Il en est de même, pour les Hépatiques (Jongermanne, Lépidozie, Mastigobrye, etc.) ou les Lichens (Parmélie, Physcie, Sticte, Cladonie, Ramaline, Usnée, Évernie, Graphide, etc.), dont les genres tempérés ou arctiques sont les plus développés dans la flore tropicale.
Tout ce qui vient d’être dit sur la flore des tropiques ne s’applique qu’aux plaines ou aux plateaux peu élevés; mais les hautes montagnes, comme l’Himalaya et les Andes, offrent naturellement à des altitudes plus grandes une flore très différente.
Dans 1 Himalaya, sur le versant méridional, on voit les Palmiers les plus élevés, les Bananiers et les Fougères arborescentes disparaître successivement entre 1,909 et 2,100m d’altitude; puis ce sont les Lauracées (vers 2,600m) et les Magnoliacées (vers 3,000m), qui sont peu à peu remplacées par des formes arborescentes de la région forestière tempérée; ce sont des Chênes (Ch. à épis, Ch. d Anderson), des Conifères (Pin élevé, Sapin pindrow, etc.), des Bouleaux, etc. Mais certaines formes tropicales sont encore mélangées aux formes tempérées jusqu à d’assez grandes altitudes; ainsi, les Bambous peuvent se rencontrer encore jusqu’à près de3,700m d’altitude. Plushaut(3,700mà4,900m), s étend la région alpine, où l’on observe de nombreux types végétaux analogues à ceux des Alpes et souvent même des genres identiques (Anémone, Renoncule, Violette, Gentiane, Laiche, etc.); dans la région supérieure, les Cryptogames, surtout les Mousses et les Lichens, deviennent relativement beaucoup plus abondants.
Dans les Andes tropicales, il en est à peu près de même quant à la succession des formes végétales, mais ici les genres spéciaux sont encore plus nombreux que dans l’Himalaya, parmi ceux qui comprennent les espèces dominantes. Au-dessus de la région des Palmiers et de celle des Fougères arborescentes, se trouve celle des hautes forêts (Chênes, Quinquinas, etc.). De 2,700 à 3,300 m. se développe la zone des buissons subalpins (Composées, Vacciniées, etc.), et enfin au delà, de 3,300 à 4,800 m., c’est la région alpine proprement dite (Graminées nombreuses, Gentiane, Millepertuis, Séneçon, Drave, Ephèdre, Valériane, Baccharide, Acène, etc.) ; ici, certaines Phanérogames atteignent, comme les Lichens, les extrêmes limites de la végétation.
FLORES NATURELLES
Flores des steppes australes. — Les Pampas, qui s’étendent au sud du tropique austral, entre les Andes, le Brésil et l'extrême Patagonie méridionale, sont des steppes comparables dans leur ensemble aux prairies de l’Amérique du Nord. En Afrique, les régions désolées de Damara, de Namaqua et du Kalahari, jusqu’à un certain point comparables au Sahara, reçoivent pourtant des pluies pendant une période assez régulière et rappellent un peu la flore des steppes, surtout dans leur partie méridionale. On peut donc réunir ces deux régions sous le nom de steppes australes.
La flore des steppes australes d’Afrique est mal connue. Les Graminées, en certaines contrées, sont très abondantes et croissent en touffes épaisses, comme dans les steppes d’Asie. Les buissons (Vanguérie, Lébeckie, Euclée) ont aussi le port de ceux des steppes, ainsi que ceux à feuilles velues (Tarchonanthe). Parmi les buissons épineux spéciaux, il faut citer surtout les Acaciers de la région littorale (Acacier des girafes, Acacier rude, etc.), et c’est dans cette contrée qu’on rencontre la Welwitschie admirable.
Gomme en Afrique, la région des steppes australes des Pampas est ordinairement dépourvue de forêts. Les Graminées (Gynère, Poées, Avénées, Barbon) y sont plus nombreuses que partout ailleurs et les herbes vivaces sont moins variées que dans les steppes boréales; d’autres surfaces sont occupées çà et là par des genres voisins du Chardon, spontanés ou introduits (Artichaut, Silybe, Bardane) ou par des Ombellifères (Fenouil). Parmi les Dicotylédones des Pampas, beaucoup appartiennent aux genres Trèfle, Lupin, Statice, Sénebière, etc. Comme rapprochement caractéristique avec les steppes boréales, il fautencore signaler les formes des Chénopodiées (Soude, Salicorne, Arroche) •développées dans les steppes salées de la Plata.
Flores du Cap et du Chili. — C’est dans la partie méridionale de la contrée du Cap, en Afrique, et surtout dans le littoral du Chili, qn’on peut retrouver des régions où la flore est analogue à celle des régions méditerranéenne et californienne.
La flore du Cap, par une série de transitions au nord et à l’est, passe à celle des steppes australes africaines et à la flore tropicale. On y compte plus de 8,000 espèces vasculaires, dont la presque totalité sont des espèces propres. 'C’est par la prédominance des Bruyères frutescentes et des autres plantes arborescentes à forme de Myrtacées ou de Lauriers, que la flore du Cap peut être comparée à celle du littoral méditerranéen. Certains genres même sont communs aux deux flores (Othonne, Aptéranthe, Pélargone, Hélichryse, etc.). Quant aux genres endémiques les plus étendus, ils appartiennent surtout aux familles suivantes : Crucifères, Polygalées, Rutacées, Rhamnées, Légumineuses, Rosacées, Asclépiadées et Protéacées, dont plusieurs sont aussi très nombreuses en genres spéciaux dans la région méditerranéenne. Mais, d’autre part, la flore du Cap a de plus grandes analogies dans son allure générale avec ■celle de l’Australie méridionale.
Dans ses traits principaux, le climat du Chili est analogue à celui de l’Espagne méridionale ou de la Sicile et du littoral de la Californie. Les arbres •de la région méditerranéenne (Olivier d'Europe, Figuier de Carie, Punice grenadier, Citronnier oranger, etc.), y prospèrent dans presque toutes les parties
DISTRIBUTION DES PLANTES
et les arbustes spontanés ont souvent la forme du Myrte ou du Laurier. Au nord, un seul Palmier, le Jubée remarquable, se maintient dans la flore chilienne, comme, au sud de l'Europe, le seul Chamérope nain peut se rencontrer en certains points du littoral méditerranéen.
Un grand nombre de plantes spéciales (Composées arborescentes, Broméliacées, etc.) et quelques Cactées donnent d’ailleurs à la flore du Chili un caractère particulier. Enfin, il est à remarquer qu’un grand nombre de familles qui renferment les espèces dominantes sur le littoral californien sont les mêmes sur le littoral chilien. Il y a même des espèces identiques : Acène pinnatifide (Rosacée), Lépuropétale spathulé (Saxifragée), Collomie grêle (Polémoniée), Pectocaryer du Chili ((Borraginée).
Flore «les forêts australes. — La région qui s’étend depuis le Chili méridional jusqu’à la Terre de Feu, à l’ouest de la chaîne des Andes, est presque partout recouverte par des forêts de Hêtres. Par ce caractère important, par son climat, par ses principales formes végétales, cette flore correspond à celle des forêts boréales. Pour une même surface, le nombre des espèces propres y est beaucoup moins considérable que dans les flores du Chili et du Cap; aussi les forêts, ou les grandes étendues végétales formées par de nombreux individus de la même espèce, donnent-elles au paysage l’aspect de ceux des régions tempérées septentrionales.
Les buissons de Berbéride ou de Camarine, les ruisseaux à Populage ou à Dorine, les prairies humides à Cardamine, Mélandre, Épilobe, Benoîte et d’autres genres boréaux (Renoncule, Drave, Gaillet, Vergerette, Gentiane, Primevère, Saxifrage, Véronique), indiquent nettement l’analogie végétale des deux régions. A côté de ces caractères, il en est d’autres très importants qui relient les formes végétales de la flore des forêts australes à celles de la Nouvelle-Zélande.
Outre le Hêtre antarctique, qui domine, il faut signaler le Hêtre oblique et le Hêtre bétuloïde. Parmi les arbres dicotylédones, on peut encore signaler l’Aristotélie ou Tilleul antarctique, une Rosacée en arbre, TEucryphie, et la plus grande Composée arborescente, la Flotowie, qui atteint 35 mètres de hauteur.
Les arbres gymnospermes sont aussi un des éléments importants des forêts antarctiques; ce sont des Conifères, comme dans l’hémisphère boréal, le Libocèdre létragone, le Dacryde et le Saxegothée. Ce qui donne un caractère différent à certaines de ces forêts vers le Nord, c’est la présence de lianes, de quelques Bambous et de végétaux épidendres qui subsistent encore, quoique très peu développés.
Les Fougères sont ici herbacées, comme dans la flore des forêts boréales (Lomaire, Hyménophylle, etc.).
Les groupes prédominants dans les contrées magellaniques sont les suivants : Composées, Graminées, Cypéracées, Rosacées, Renonculacées, Ombellifères, Saxifragées, Légumineuses, Caryophyllées, Scrofulariacées, Crucifères, Joncées.
Flores d'Australie, de Madagascar et des autres îles océaniques. —
Comme on l’a vu plus haut, la flore d'Australie, celle de Madagascar et celle des îles de l’Océan qui ne sont pas dans la région des moussons tropicales.
FLORES NATURELLES
sont des flores très spéciales, comprenant un grand nombre d’espèces propres.
L’Australie, comprise entre les ÎO” et 38e degrés de latitude sud, possède au nord un climat tropical, au sud un climat presque méditerranéen ; les alizés déterminent dans sa région centrale un désert comparable au Sahara. La végétation d'Australie est surtout caractérisée par les nombreuses espèces du genre Eucalypte et les formes variées des Protéacées, dont les feuilles presque toujours entières sont toutes à teintes d'un vert blanchâtre, grises ou bleuâtres. Parmi les types arborescents d’Australie, il faut encore mentionner les Casuarines aux branches déliées et d’autres plantes aphylles (Exocarpe, Leptomérie, Sphérolobe, etc.), puis les Gymnospermes australiens (Araucarier, Dacryde, Callitre) et, parmij les Monocotylédones, des arbres graminiformes (Xanthorrhée, Kingie). La Graminée herbacée la plus répandue pst l’Anthistirie. Quoique dans la région tropicale du nord la flore soit très différente, il y a une concordance remarquable entre les formes végétales de tous les points de l’Australie. Presque toutes les plantes australiennes sont des espèces spéciales et le nombre même des genres propres à cette florG est considérable.
L’île de Madagascar a, dans les formes végétales des tropiques, une flore toute particulière aussi, quoique cette île ne soit pas très éloignée du continent africain. On peut citer, parmi les plants les plus caractéristiques, le Ravénale, dont les gaines foliaires retiennent de l’eau, que boit le voyageur, les Itaphie, Arec, Dypside et Philippie. Les espèces spéciales appartiennent surtout aux Composées, Apocynées, Euphorbiacées et Asclépiadées.
La flore, spéciale aussi, de la Nouvelle-Zélande est relativement assez pauvre. On y observe de nombreuses Cryptogames vasculaires, parmi lesquelles il faut citer de grandes Fougères arborescentes (Dicksonie, etc.) et une Fougère comestible (Ptéride). Les Graminées et les Légumineuses, si développées ailleurs, sont peu abondantes. Cette flore se rapproche de celle des forêts antarctiques par des formes rappelant les Hêtres et les Cyprès du sud de l’Amcrique méridionale (Hêtre brun, H. de Menzies, H. cliffortioïde, Libocèdre de Bidwill). La plupart des familles dominantes sont les mêmes que dans la région antarctique et bon nombre d’espèces sont équivalentes.
Quelques traits principaux peuvent être indiqués pour les autres îles océaniques. Aux Açores, la végétation a les formes végétale de la flore méditerranéenne. A Madère, le climat est plus chaud et moins humide, ainsi qu’aux ' Canaries, où la majorité des formes se compose de plantes importées d’Europe. Dans les îles du cap Vert, rapprochées du continent africain, la proportion des plantes spéciales n’est que de 16 p. 100. Aux îles Seychelles, on doit mentionner un genre voisin du Cocotier, le Lodoïcée des Seychelles.
Dans la Nouvelle-Calédonie, la flore est plus riche que dans les archipels de l’Océanie méridionale. Un de ses caractères est la prédominance des Rubiacées et le développement relativement inférieur des Composées. L’archipel de Kerguelen, situé vers 50° de latitude sud, possède une flore toute spéciale, très pauvre, même en Lichens et en Mousses; on peut y signaler, par exemple, comme formes rappelant celles des régions septentrionales, la Canche antarctique et l’Aspide antarctique.
DISTRIBUTION DES PLANTES
§ 4. Distribution des plantes pendant les diverses périodes géologiques.
Ce n’est qu’après avoir examiné comment les plantes sont distribuées actuellement à la surface de la Terre et après avoir étudié comment les formes végétales sont liées aux divers climats, qu’on peut chercher, au moyen des documents paléobotaniques, à se faire une idée de la manière dont les végétaux étaient répartis pendant les diverses périodes géologiques. Cette recherche ne peut guère donner de résultats certains que pour les époques les plus récentes de l’histoire du globe, et encore ces résultats sont- ils toujours forcément très incomplets. A mesure que les formations sent plus anciennes, la portion conservée des terrains qui y correspondent est de moins en moins grande, et, d’autre part, la comparaison des formes fossiles avec celles qui sont actuellement vivantes est de plus en plus difficile.
Période du Cambrien, du Silurien et du Dévonien. — A l’ exception de quelques couches du Silurien supérieur d’Amérique, on ne connaît aucune empreinte ou aucun fossile qui se rapporte d’une manière certaine au monde végétal pendant les périodes cristalline, cambrienne et silurienne inférieure. On considère quelquefois la présence de masses de graphite dans quelques gneiss îaurentiens comme pouvant indiquer la trace de débris végétaux accumulés, mais ce n’est là qu’une hypothèse gratuite.
Dans le Cambrien et le Silurien inférieur, on rencontre fréquemment des empreintes de formes variées, qui ont été attribuées en grande majorité à des Algues, rarement à des Fougères. Mais beaucoup de ces empreintes n’existent que d’un côté de la roche et sont formées de deux séries parallèles de marques plus ou moins symétriques ; elles ont été rapportées récemment à des impressions laissées par la marche de Crustacés et d’autres Invertébrés. D’autres empreintes sont regardées comme des rayures provenant de corps inertes promenés sur un fond marin par le mouvement des vagues. Quant à la seule empreinte attribuée à une Fougère, on a reconnu qu’elle était simplement due à des dendrites de silicates.
* Parmi les empreintes qui se rapprochent le plus des vUgues dans le Silurien inférieur, bien qu’on ne puisse les rapporter qu’avec doute à des végétaux, il faut citer le Chondrite frutescent et le Ch. antique, les Sphérococcites, etc.
Ce n’est guère que dans l’Amérique du Nord que l’on connaît, pour le Silurien supérieur, quelques empreintes d’une origine végétale incontestable. Ce sont des Cryptogames vasculaires (Psilophyte, Annulaire), qui indiquent un développement déjà marqué des Lycopodinées et des Équisétinées, ainsi que des débris appartenant à des végétaux d’une organisation plus élevée, comme
(1) Ad. Brongniart : Histoire des végétaux fossiles, Paris, 1828-1838. — Gôppert : Syst. Fiticum foss., Breslau, 1836, et nombreux mémoires de 1841 à 1881. — O. îleer : Flora Tertiaria Helvetiæ , 1 851-58 et nombreux mémoires de 1859 à 1881. — Ettingshausen : Tcrtiàrflora von Wien, Vienne, 1851, et nombreux mémoires de 1852 à 1877. — Uuger : Sylloge plantarum fossilium, Vienne, 1860-66. — Schimper : Paléontologie végétale , 1869. — De Sa porta : Etude sur la végétation du sud-est de la France à l’époque tertiaire, Paris, 1863-1873 ; Le monde des plantes avant l’apparition de l’homme, Paris, 1879; Dernières adjonctions à la flore fossile d’ Aix-en-Provence (Ann. des sc. nat., 7e série, VII, 1888 et X, 1889). — Grand-Eury : Flore carbonifère, Paris, 1877. — Renault : Cours de Botanique fossile, Paris, 1881, 1882 et 1883. — Zeiller: Végétaux fossiles du terrain houiller de la France, 1880. Flore fossile du bassin houiller de Valenciennes. Flore fossile du terrain houiller de Commentry. — Solms-Laubach : Einleitung in die Palæophytologie, 1887.
PÉRIODES GEOLOGIQUES.
celle des Sigillaires (Prutostigme) ; enfin, quelques empreintes ont été rapportées aux Gymnospermes. Dans le Silurien supérieur de l'Hérault, on observe aussi des Gymnospermes (Cordaïte).
Les fossiles végétaux de l’époque dévonienne ne sont pas non plus très nombreux. On en connaît surtout en Europe (Scandinavie, Eifel, Angleterre) et au Canada, qui en fournit d’importants dépôts. Ce sont encore des Cryptogames et surtout des Cryptogames vasculaires. A côté des formes déjà connues dans le Silurien supérieur (Psilophyte, Annulaire), on rencontre d’autres formes, surtout dans le Dévonien supérieur. Ce sont les Bornies, les Calamodendres et les Astérophyllites au port de Prêles, les Lycopodites et les Lépidodendres arborescents ; c’est aussi toute une série de Fougères aux formes les plus variées (Neuroptéride, Mégaloptéride, Cauloptéride, Sphénoptéride, Cycloptéride, Archéoptéride) ; ce sont enfin de vraies Sigillariées (Sigillaire), auxquelles il faut joindre quelques rares Conifères (Prototaxite).
On voit qu’avec de semblables documents, et en considérant qu’on ne connaît presque pas les dépôts siluriens et dévoniens, puisque la majorité des terrains de cette époque ont été détruits pour contribuer à la formation des terrains suivants, on ne saurait avoir aucune indication précise sur la distribution des végétaux pendant cette période ancienne.
Période du Carbonifère et du Permien. — A l’époque carbonifère, la conservation des empreintes végétales se montre beaucoup plus complète dans les schistes houillers, et l’on peut mieux se rendre compte de la variété des formes. Tous les végétaux fossiles connus que l’on rapporte à l’époque carbonifère sont des Thallophytes, et surtout des Cryptogames vasculaires ou des Gymnospermes. On n’a décrit aucun fossile de cette époque faisant partie des Muscinées ou des Angiospermes.
Parmi les Gymnospermes (dont on a vu que la présence est déjà constatée dans les premiers débris connus qui soient nettement d’origine végétale), il faut citer, à l'époque carbonifère : des Cycadacées (Cardiocarpe, Nœggérathie, Ptérophylle), des Cordaïtées et des Conifères, soit Taxées (Ginkgophyile), soit d'une organisation plus élevée (Walchie, Araucarite, etc.).
Parmi les Cryptogames vasculaires, on peut signaler les nombreuses empreintes qui se rapportent les unes aux Lépidodendracées, c’est-à-dire aux Sigillariées (Sigillaire, etc.), aux Lépidodendrées (Lépidodendre, etc.) et aux Sphénophy liées (Sphénophylle) ; d’autres aux Lycopodiacées (Lycopode, etc.); d’autres enfin aux Équisétinées, c’est-à-dire aux Équisétacces (Calamite, etc.) et aux Annulariées (Astérophyllite, Annulaire).
Les formes arborescentes des Lépidodendres et des Sigillaires, à dichotomies successives, se rapprochaient un peu dans leur allure de celle des Dragonniers, mais les tiges étaient plus élancées; dans ces forêts se trouvaient aussi les formes non rameuses des Cycadacées et des arbres à feuilles aciculaires, ayant le port du Sapin ou de l’If. A l’ombre de ces arbres et des Fougères arborescentes (Protoptéride, Psarone) se développaient les formes les plus diverses de Fougères herbacées, les unes à rhizomes allongés (la plupart des genres cités plus haut dans le Dévonien, Pécoptéride, Hyménophyllite, Odon-
DISTRIBUTION DES PLANTES
toptéride, Scolécoptéride, Marattiothèce, etc.), les autres à souches renflées bulbiformes (Aulacoptéride, Myéloptéride , etc.).
On connaît bon nombre d’Algues de l’époque carbonifère ; ce sont surtout des Diatomées, très analogues aux types actuels et des Bactériacées semblables aux espèces vivantes, notamment le Bacille amylobacter (p. 11124).
A l’époque permienne, les fossiles végétaux sont très peu nombreux; les Conifères ont les mêmes formes que dans le Carbonifère (genres cités plus haut, Ulmannie, etc.); il en est de même des Cyeadacées et des Cryptogames vasculaires.
Les dépôts rapportés par les stratigraphes aux époques carbonifère et permienne se rencontrent sous les latitudes les plus diverses (Spitzberg, Amérique du Nord, Angleterre, Alpes, Indoustan, Amérique du Sud), et partout on observe les mêmes formes végétales, avec une grande diversité dans les espèces. Le fait le plus s aillant, c’est l'extension de l’aire des Cyeadacées, aujourd’hui limitées aux flores tropicales. Il faut en conclure qu’à celte époque de l’histoire du glohe, le distribution des végétaux devait offrir certainement une localisation beaucoup moins grande que dans la flore actuelle. Quant à attribuer ce fait à l'uniformité générale qu’auraient présentée les climats à celte époque, ce ne saurait être démontré d'une manière absolue ; non seulement le nombre des documents certains est encore insuffisant, mais on a vu plus haut (p. 1767) que des espèces autrement différenciées que celles du Carbonifère tolèrent tous les climats du globe compris dans les latitudes desgites carbonifères connus.
Période du Trias, «lu Jurassique et du Crétacé depuis le "Wealdien jusqu'au Cénomanien . — Dans ses traits généraux, la flore tout entière de cette époque est sensiblement la même depuis le Trias jusqu’au Néocomien supérieur. Sauf quelques empreintes attribuées avec plus ou moins de sûreté aux Angiospermes monocotylédones, les plantes dont on observe les fossiles les plus nombreux sont des Gymnospermes et des Cryptogames vasculaires. Au point de vue delà distribution des espèces, quoique les renseignements soient bien incomplets, caron ne possède pas un très grand nombre de fossiles végétaux pour des époques slratigraphiquement synchroniques, on peut dire que les formes végétales étaient très peu dissemblables sur des étendues de terrain s’étendant de l'Inde aux régions arctiques. Mais à cette époque on peut cependant signaler une différence d’allure sensible entre les plantes qui ont été déposées dans le sable et les végétaux déposés dans la vase argileuse ou argilo-calcaire; on peut considérer ce fait assez général comme montrant que la lutte pour l’existence déterminait des aires spéciales à certaines espèces, plus nettement peut-être qu’à l’époque carbonifère.
Les Gymnospermes (Conifères et Cyeadacées) et les Fougères sont les groupes qui sont représentés par le plus grand nombre d’empreintes. Les Equisélacées, les Lépidodendrées, les Sigillariées, les Lycopodiées, les Algues, sont aussi des groupes dont on rencontre de nombreux fossiles. On a aussi observé quelques Champignons parasites des Gymnospermes. Aucune empreinte n'a pu être rapportée ni aux Angiospermes dicotylédones, ni à l’embranchement entier des Muscinées, car on ne cite pour l'existence de ce