RAMIFICATION
les temps comme abscisses et ces accroissements totaux comme ordonnées, représentera la marche de la croissance totale du corps. Cette courbe a la même forme que celle de la croissance partielle. Elle monte jusqu’à un certain point, puis redescend. La vitesse de croissance totale augmente d’abord peu à peu, passe à un moment donné par un maximum, puis diminue progressivement. Si la croissance du corps est limitée, la courbe redescend jusqu’à rencontrer la ligne des abscisses; si elle est illimitée, elle s’en rapproche seulement de plus en plus.
Tout aussi bien que la croissance partielle, la croissance totale est donc une fonction périodique du temps.
Ce résultat pouvait se prévoir, car il est la conséquence directe des deux precedents. En effet, on a vu que, dans les zones transversales successives qui composent le corps, la durée et la vitesse maxima de croissance augmentent d’abord, passent par un maximum, puis diminuent de nouveau. 11 en résulte qu’au début les mesures du corps n’accusent que la somme d’un petit nombre de faibles allongements partiels, que plus tard elles donnent la somme d'allongements partiels plus nombreux et plus grands, enfin que plus tard encore elles apprécient de nouveau la somme d’un nombre de plus en plus petit d’allongements partiels de plus en plus faibles. En d’autres termes, la courbe de croissance totale n’est pas autre chose que la courbe des aires de croissance partielle, c’est-à-dire la courbe des capacités de croissance partielle.
On peut appeler capacité de croissance totale la faculté qu’a le corps de la plante d’acquérir en définitive une dimension déterminée, quand il est soumis à des conditions extérieures constantes. De deux corps issus de germes égaux, si l’un devient deux fois plus grand que l’autre, on dira que la capacité de croissance totale du premier est double de celle du second.
L’étude des variations de la croissance dans des conditions extérieures constantes, en un mot l’étude morphologique de la croissance à ses divers degrés, est un vaste sujet encore à peine exploré aujourd’hui. Le peu qui vient d’en être dit suffira pour mettre l’élève au courant des points de vue généraux et des méthodes d’observation.
Ramification.
La croissance longitudinale se poursuit parfois indéfinimentet exclusivement dans sa direction originelle. Le corps est alors et demeure toujours simple, formé d’une seule partie (p. 5). La chose ne se présente guère que dans un certain nombre de Thallophytes, par exemple chez les Oscillariées et les Bactériacées, chez les Conjugées et les OEdogoniées.
Dans la grande majorité des cas, quand le corps a cru pendant un certain temps et tandis qu’il continue de croître dans la direction primitive, il se fait, à son sommet ou sur ses flancs, de nouveaux centres de croissance. En chacun de ces points, il se forme une partie nouvelle, qui proémine au-dessus de la surface et s’allonge de plus en plus dans une certaine direction divergente. Le
MORPHOLOGIE GÉNÉRALE DU CORPS
contour général du corps se trouve alors découpé par des angles de plus en plus profonds; il est ramifié (p. o). La partie ancienne est le tronc, les parties nouvelles sont les membres. Chaque membre a une base par où il s’attache au tronc, un sommet par où il croît pendant un temps plus ou moins long, une direction longitudinale qui joint la base au sommet, des directions transversales perpendiculaires à la première, une croissance soumise à la loi de périodicité, etc. En un mot, toutes les définitions générales que nous avons données tout à l'heure pour le tronc s’appliquent, de la même manière ou d’une manière différente, à chacun de ses membres.
Divers degrés de ramification. — Chaque membre issu du tronc peut croître continuellement et exclusivement dans sa direction primitive, être et demeurer simple. Mais il arrive le plus souvent que de nouveaux centres de croissance se forment sur les flancs ou au sommet du membre primaire, qui à on tour se ramifie. Les inembressecondaires ainsi formés peuvent rester indivis, ou se ramifier de nouveau en membres tertiaires, et ainsi de suite. Par cette formation progressive de membres d’ordre de plus en plus élevé, implantés les uns sur les autres et tous ensemble sur le tronc primitif, le corps de la plante acquiert une forme, une architecture de plus en plus compliquée. En même temps, sa surface en contact avec le milieu extérieur se trouve multipliée à l’infini.
Parfois tous les membres, et à tous les degrés, se ramifient avec la même abondance; ils ont la même capacité de ramification. Mais souvent certains d’entre eux se ramifient plus ou moins que d’autres; ils ont des capacités de ramification fort inégales. Il arrive même que certains ne se ramifient pas du tout, pendant que d’autres se ramifient abondamment. Nous aurons à revenir bientôt sur ce point.
Divers modes de ramification. — Quel que soit le degré où elle se manifeste, la ramification s’opère de deux manières différentes, suivant que les membres nouveaux prennent naissance soit sur les flancs, soit au sommet du tronc ou du membre d’ordre inférieur qui les porte.
Si le tronc, poursuivant au sommet sa croissance longitudinale, produit latéralement, à quelque distance au-dessous de l'extrémité, des excroissances qui, au moment de leur apparition, sont plus petites que la partie du tronc située au-dessus d’elles, la ramification est dite latérale. Si le tronc, cessant tout à coup de croître au sommet, forme côte à côte, sur sa surface terminale, deux ou plusieurs excroissances qui s’allongent bientôt en divergeant, la ramification est terminale. 11 semble alors que le tronc se divise simplement au sommet, pour se continuer directement dans ses membres. Dans le cas particulier de deux membres nouveaux, qui est aussi le plus ordinaire, on appelle souvent la ramification terminale une dichotomie ou une bifurcation; s’il y a trois membres nouveaux, c’est une trichotomie ou une trifurcation; s’il y en a davantage, c’est une polylomie ou une multifur cation.
La ramification latérale étant de beaucoup le mode le plus répandu, il est inutile d’en citer des exemples. La ramification terminale est beaucoup plus rare. On la rencontre pourtant assez fréquemment chez les Thallophytes, notamment dans les Algues (Dictyote dichotome, etc.), chez les Muscinées,