‹ Traité de botaniqueChapitre 57 sur 218 · DIFFÉRENCIATION DE LA RACINE · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCIATION DE LA RACINE

formera gaine autour de sa base (Graminées, Cominélinées, Balisier, Capucine). Elle est alors endogène. Si la couche enveloppante est très mince, elle est simplement exfoliée lors du développement de la racine (Nyctage).

Racines latentes. — Il n’est pas rare de voir des racines, nées ainsi à l’inrieur d’une tige, y demeurer enfermées pendant un temps plus ou moins long, ou même indéfiniment, sans paraître au dehors. Aussitôt après leur première formation, leur croissance s’est arrêtée et elle ne reprend que lorsque des conditions favorables se trouvent réalisées autour d’elles. Elles percent alors, avec une promptitude qui étonne, la tige qui les recèle et s'allongent dans le milieu extérieur. Le Saule est une des plantes où ces racines latentes sont le plus abondamment développées. Nous y reviendrons plus tard, nous bornant ici à en signaler l'existence.

Différenciation secondaire de la racine.

Ravines» ordinaires. — Tout ce que nous venons de dire ne concerne que la marche ordinaire du développement de la racine. Toutes les fois que le membre suit cette marche et prend ces caractères, c’est une racine proprement dite, une racine ordinaire ou simplement une racine, sans épithète. 11 existe un grand nombre de plantes qui n'ont que de pareilles racines, toutes semblables. C’est déjà cependant un premier signe de spécialisation que de former, comme beaucoup de végétaux, des racines ordinaires de deux sortes : les unes à croissance indéfinie, plus vigoureuses et persistantes, les autres à croissance limitée, plus grêles et éphémères.

Cette spécialisation s'accuse davantage dans les plantes où, pendant que certaines racines suivent leur développement normal, d’autres, au début toutes pareilles, s’accroissent autrement, de manière à acquérir une forme et à remplir aussi une fonction toute différente. En un mot, il s’opère alors entre les racines de la plante une différenciation secondaire. En rapportant la différence à la racine proprement dite, prise comme type, on dit souvent que les autres sont des racines modifiées, des racines métamorphosées, expressions qu’il faut définir convenablement pour en éliminer l’erreur qu’elles renferment si on les prend au sens propre, et qu’il vaut mieux d’ailleurs ne pas employer du tout. Pour exprimer dans chaque cas particulier la différence de forme et de fonction < [ne ces racines autrement développées présentent par rapport aux racines proprement dites, on se servira d'un nom tiré de cette forme ou de cette fonction, que l’on joindra au mot racine pour le qualifier comme tel. Citons les principaux exemples.

Racines-crampons; racines-épines ; racines-vrilles; racines-flotteurs. —

Le Lierre forme, comme on sait, le long de sa tige et de ses branches, d’innombrables racines adventives, serrées en groupes compacts. Ces racines demeurent courtes, inactives, et ne servent qu’à fixer solidement la plante aux murs, aux écorces et aux rochers où elle grimpe. On les appelle des crampons. Leur différence par rapport au type est très faillie et se réduit à un arrêt de

MORPHOLOGIE DE LA RACINE

développement. En appliquant la tige sur le sol, comme on fait pour cultiver le Lierre en bordure dans les jardins, on voit en effet les crampons poursuivre leur développement et parvenir à l’état de racines adventives ordinaires.

Chez les Derris, les branches âgées produisent de nombreux racines adventives, qui cessent bientôt de croître en s’amincissant et se terminant en pointes dures, formant ainsi autant d 'épines, qui s’enchevêtrent en tous sens et donnent de la fixité à l’ensemble.

La Vanille enroule certaines de ses racines adventives aériennes en spirale autour des supports voisins, pourvu qu’ils soient assez minces, s’y accroche solidement et s’élève ainsi en grimpant à une grande hauteur. D’une façon

générale, on nomme vrilles les organes de soutien qui s’enroulent de la sorte en spirale autour des corps voisins. Cette différenciation des racines en vrilles se rencontre aussi chez certains Lycopodes, Philodendres, Dissochètes, etc.

Les Jussiées (, Jussiæa ) sont des plantes aquatiques de la famille des OEnothéracées. Pour aider la tige feuillée à se soutenir à la surface de l’eau, certaines des racines latérales s’y développent autrement que les autres. Elles ne se ramifient pas, demeurent courtes et se renflent en autant de corps ovoïdes (fig. 63, v). Ce renflement est dû au développement interne de grandes lacunes pleines d’air. Ces racines deviennent ainsi de véritables flotteurs.

Racines-tubercules. — Dans a Ficaire, chaque petit bourgeon né à l’aisselle des feuilles, soit au bas de la tige, soit dans toute son étendue quand elle s’allonge pour

Fig. 03. — Jussiée rampante ( Jussiæa repens). v , racines- ileUI’il’, foi 111 C à Sa base Une racine flotteurs; a, racines ordinaires non ramifiées; 6, racines adventive. Cette racine très grosse ordinaires couvertes de radicelles (d'apres Martms). , °

cesse bientôt de s allonger en perdant sa coiffe et constitue une masse ovoïde qu’on appelle un tubercule. C’est une réserve d’amidon qui sera utilisée plus tard. Ces tubercules formés, la tige, les feuilles et les racines ordinaires se détruisent et de la plante il ne reste, après peu de mois de végétation, qu’un certain nombre de tubercules épars sur la terre, portant chacun à sa base le petit bourgeon qui l’a produit. Au printemps suivant, le bourgeon émet quelques racines adventives ordinaires, et à leur aide, en utilisant les matériaux emmagasinés dans le tubercule

Page 1