RESPIRATION DE LA RACINE
qu’un dégagement d'acide carbonique indépendant de la respiration; c’est là sans doute le mécanisme de la mort.
L'acide carbonique émis par la racine reste dans le sol à l’état gazeux, ou bien s'y dissout dans l’eau, ou bien s’y combine avec les carbonates terreux et alcalins pour former des bicarbonates. Les premiers passent ainsi de l’état insoluble à l’état soluble. On sait aussi que les phosphates sont plus solubles dans une eau chargée d’acide carbonique que dans l’eau pure. La respiration de la racine a donc au dehors un effet secondaire utile à la végétation; elle rend solubles certaines substances et leur permet de passer plus tard dans le corps de la plante pour le nourrir.
Appl ications à la culture. — Il résulte de ce qui précède que, pour être et demeurer propre à la croissance des racines et par suite à la végétation, il faut que le sol soit et demeure aéré. Ainsi s’explique l’avantage des terres légères et meubles, bien plus perméables à l’air, sur les terres lourdes et compactes, où l'air pénètre difficilement. Ainsi se comprend la nécessité des labours qui retournent, divisent, ameublissent la terre et lui permettent de reprendre tout l'oxygène qu’elle a perdu par la végétation antérieure, en même temps qu'elle se débarrasse de l’acide carbonique qui s'y est accumulé. G' est aussi l'un des effets les plus utiles du drainage, de produire dans le sol un courant d’air qui entraîne l’acide carbonique formé et y ramène incessamment de l’oxygène.
Il faut encore tenir compte de cette considération lorsqu’on plante des arbres, l'expérience ayant montré que, toutes choses égales d’ailleurs, un arbre végète avec d'autant moins de vigueur qu’il est planté plus profondément. Quand la racine d’un arbre, après avoir traversé en prospérant une couche meuble et perméable à l’air, arrive à pénétrer dans une couche argileuse et impénétrable aux gaz, elle ne tarde pas à périr et l’arbre avec elle. Il en est de même si le sol subit à un moment donné une submersion prolongée; l’air n’arrive plus aux racines, qui sont asphyxiées, et l’arbre meurt. Dans ces conditions, le glucose contenu dans la racine se décompose en alcool, qui reste dans les cellules, et en acide carbonique qui se dégage (1). C’est pour conserver sur une certaine surface cette perméabilité du sol, si nécessaire aux racines, que sur les trottoirs des grandes villes on dispose des grilles à plat tout autour des arbres.
Assimilation «lu carbone par la racine. - — Quand la racine renferme de la chlorophylle et qu’elle reçoit la radiation solaire, comme il arrive pour les racines aériennes, pour les racines aquatiques et même pour les racines terrestres qui rampent à la surface du sol, elle décompose de l’acide carbonique et produit de l’oxygène. Ce phénomène pourra être assez intense pour compenser la consommation d oxygène et la formation d’acide carbonique qui ont lieu en même temps par la respiration. S’il y a excès, la racine absorbera de l’acide carbonique dans le milieu extérieur et y dégagera de l'oxygène. Llle assimilera du carbone, agissant sous ce rapport comme une feuille verte.
(1) Ph. Van Tieghem : Sur une maladie des Pommiers produite par la fermentation alcoolique de leurs racines (Bulletin delà Soc. bot., t. XXVI, p. 326, 1879).
PHYSIOLOGIE DE LA RACINE
Action de la racine sur les liquides et les substances dissoutes. Absorption.
La racine absorbe l’eau et les matières dissoutes qui viennent à sa portée dans le sol. D’aulre part, il y a lieu de rechercher si elle n’émet pas en retour dans le liquide extérieur certaines matières solubles produites dans son sein.
Absorption <le l'eau et <les matières dissoutes par la racine. — L absorption de l’eau par la racine est un fait d’expérience journalière. Tout le monde sait bien qu’une plante fanée reprend son aspect normal quand on l’arrose. Aussi est-ce presque exclusivement sur des racines qu’on a fait l’étude expérimentale du phénomène général de l’absorption des liquides parle corps de la plante.
Lieu de l’absorption. Poils absorbants (1). — Où est tout d’âbord SUI' la racine le siège de l’absorption?
Prenons quatre plantes à racines déjà longues mais non encore ramifiées, et disposons ces racines dans autant de vases cylindriques. Y'ersons de l’eau, dans le premier de manière que la pointe plonge seule, dans le second jusqu’au niveau des premiers poils, dans le troisième jusqu’à la limite supérieure de la région des poils, dans le quatrième enfin de manière que la racine soit tout entière immergée. Garantissons, dans les trois premiers cas. la portion émergée de la racine contre l’accès de la vapeur d’eau, en versant une couche d’huile à la surface du liquide. Après un certain temps, observons les quantités d’eau absorbée et l’état des plantes. Dans le premier vase, l’absorption est nulle et la plante se flétrit. Dans le second, l’absorption est presque nulle et la plante se flétrit aussi. Dausle troisième, l’absorption est considérable et la plante végète avec vigueur. Dans le quatrième enfin, l’absorption n’est pas plus active que dans le précédent et la plante est aussi dans le même état.
D’autre part, si l’on recourbe la racine de manière à faire plonger dans l’eau à la fois la portion supérieure et la portion inférieure aux poils, en laissant hors du liquide la région des poils, l’absorption est sensiblement nulle et la plante se flétrit. Si c’est, au contraire, la région des poils qui plonge, pendant que tout le reste est dehors, l’absorption est considérable et la plante végète vigoureusement.
On conclut de ces expériences, que l’absorption n’a lieu ni par la pointe extrême, ni par la région de croissance, ni par la région âgée où les poils sont tombés, qu’elle est tout entière localisée sur la région des poils. Et ce résultat se comprend bien. Protégée par la coiffe, la pointe extrême ne peut pas absorber. Immédiatement au-dessus de la coiffe, dans la région trop jeune pour avoir déjà des poils, les cellules en voie de croissance longitudinale et de cloisonnement n’absorbent que la quantité d’eau qu’elles consomment directement pour s’allonger. Enfin quand les 'poils sont tombés, les membranes superficielles ont vieilli en devenant de plus en plus imperméables.
(1) Ohlert : Einuje Bemerkitngen über die Wurzelzasern (Linnæa, 1837, p. 620 etsuiv.).