ABSORPTION DE LA RACINE
Si la racine est dépourvue de poils, le résultat est essentiellement le même. L’absorption est alors localisée dans cette région d’âge moyen, qui s’étend à partir d’une petite distance de la pointe jusqu'à une certaine distance de la base ; seulement cette partie absorbante n’est plus définie pour l’œil aussi nettement que lorsque les poils sont bien développés. C'est donc l’âge de la région et l’état de surface qui en résulte, qui y localise l’absorption. Que les cellules périphériques absorbantes se prolongent ou non en poils, c’est chose secondaire, et qui influe seulement sur l'intensité du phénomène. L’absorption étant proportionnelle à la surface et celle-ci étant augmentée dans des proportions énormes par le développement des poils, on comprend l’importance de ceux-ci et combien leur existence presque générale est utile à la plante. Quand la région moyenne présente à la fois des poils et des surfaces lisses (Azolle, fig. 59), l’absorption a lieu aussi dans tous ses points proportionnellement à la surface. C’est dans ce sens seulement, et avec cette réserve, qu’on peut dire que les poils radicaux sont les organes de l’absorption.
Mécanisme de 1 absorption. — Voyons maintenant comment l’ohsorption s’opère le long de ces poils? L’eau du sol et chacune des substances qu’elle tient en dissolution pénètrent à travers la membrane continue des poils, d’abord conformément aux lois physiques d’osmose et de diffusion, puis proportionnellement à leur consommation individuelle, comme il a été expliqué d'une façon générale à la page 158. Les seules substances absorbées continuellement dans le sol sont donc celles qui sont consommées continuellement par la plante.
La plus énergiquement consommée de toutes, sans comparaison, puisqu’elle alimente le double phénomène si intense de la transpiration et delà chlorovaporisation, et par conséquent aussi la plus énergiquement absorbée, c’est l’eau. Aussi, dans les conditions ordinaires de la végétation, dans une plante verte exposée à la lumière et enracinée dans une dissolution saline, l’eau pénètre-t-elle par les racines beaucoup plus vite que toutes les substances dissoutes prises ensemble. La dissolution se concentre donc au dehors. Ainsi, pendant que la Renouée persicaire ( Polygonum Persicaria ) absorbe la moitié du volume de l’eau qui est offerte à ses racines, elle ne prend de chacune des substances dissoutes dans cette eau que la proportion suivante pour 100:
Chlorure de potassium.
Sulfate de soude
Chlorure de sodium.
Chlorhydrate d’ammouiaque
Nitrate de chaux
Acétate de chaux
Gomme
Ext rait de terreau
Ces nombres attestent aussi que les diverses matières dissoutes sont très inégalement absorbées. Chacune d’elles, en effet, pénètre à un moment donné indépendamment dans' la racine, dans la proportio* même où elle est con-
(I Th. de Saussure : Recherches chimiques sur la végétation, p. 231, 1804.
PHYSIOLOGIE DE LÀ RACINE
sommée à ce moment dans le corps de la plante ; son absorption varie par conséquent, dans le même végétal suivant son âge et, à égalité d'âge, suivant la nature particulière du végétal.
Toutes les substances dissoutes ne sont pas d’ailleurs absorbables. Les albuminoïdes se montrent incapables de traverser la membrane des poils et de pénétrer dans la racine; telles sont notamment l’albumine, la caséine, la plupart des matières colorantes d’origine animale (Cochenille) ou végétale (suc des baies de Phytolaque, etc.) (1).
L’absorption ne suit, bien entendu, son cours normal que si toutes les matières nécessaires à la plante se trouvent réunies dans la dissolution, et si, en conséquence, la végétation est prospère. 11 va sans dire que si l une de ces substances vient à manquer, tout s’en ressent ; la plante souffre, et dès lors la consommation des autres et par suite leur absorption se trouve ralentie, ou même supprimée.
Marche <1«> l’absorption dans la région «les poils. — Le protoplasme que contient chaquejeune poil étant, comme toutes les matières albuminoïdes qui entrent dans sa composition, doué d’un pouvoir osmotique considérable, le liquide y pénètre jusqu’à ce qu’il ait atteint à l’intérieur une assez forte pression. Comme cette pression est sans cesse diminuée sur la face interne de la cellule périphérique par le passage du liquide dans les couches profondes, de nouveau liquide est sans cesse aspiré du sol dans le poil. Sous l’influence du courant d’eau qui traverse ainsi la cellule, le protoplasme se dissout peu à deu, s’use et disparaît. En même temps, le pouvoir osmotique du contenu cellulaire diminue progressivement et enfin s’annule. Désormais toute nouvelle absorption est impossible en ce point, puisque les conditions nécessaires à l’osmose ont disparu. C’est alors que le poil, devenu inutile, se flétrit et tombe. La fonction use l’organe et le poil absorbant est nécessairement éphémère.
Sur chaque poil absorbant, l’énergie de l’absorption suit donc une marche régulière. Nulle au début sur la cellule périphérique très jeune, elle croît peu à peu à mesure que le poil s'allonge et continue d’augmenter encore quand il a terminé sa croissance. Elle conserve ensuite quelque temps sa valeur maximum, puis va décroissant peu à peu à mesure que le poil se vide, pour s’annuler de nouveau avant sa chute. Si donc l’on parcourt, à un moment donné, la région des poils, en se dirigeant du sommet de la racine vers sa base, on rencontre successivement des poils à tous les degrés de développement et de pouvoir absorbant que nous venons de considérer. En dressant en chaque point une ordonnée proportionnelle à l’énergie absorbante du poil correspondant, on obtient une courbe qui, à partir des poils les plus jeunes s’élève peu à peu, atteintson maximum vers la région moyenne, puis s’abaisse progressivement pour rencontrer de nouveau la racine au delà des poils les plus âgés. Et comme la région des poils se transporte le long de la racine, la courbe d’absorption chemine avec elle dans le même sens.
Applications à la culture. — A mesure que la racine se ramifie et s’allonge dans la terre, les lieux d’absorption se multiplient rapidement à sa surface et
(1) Triuchiuetti : Sulla facoltà assorbente delle radici. .Milau, 1843.