ABSORPTION DK LA RACINE
s’y déplacent en s’éloignant de la base. A chaque instant, de nouveaux poinldu sol se trouvent ainsi atteints par elle et amenés dans sa sphère d’action, en même temps qu'elle abandonne les anciens points épuisés. La disposition de la partie du sol qu’un végétal exploite directement dépend donc de la forme de son système de racines, et, par conséquent, cette forme doit être prise en sérieuse considération dans la pratique agricole. Lorsque la plante n’a qu’une racine terminale ou quand, munie en outre de racines adventices nées à la base de sa lige dressée, elle les enfonce aussitôt dans le sol. il faudra distinguer avec soin si la racine se ramifie en un système pivotant ou en un système fascicule.
Si la racine est pivotante, la plante épuise la terre jusqu’à une grande profondeur, mais seulement jusqu’à une petite distance de chaque côté, surtout si le pivot est exagéré comme dans la Carotte ou la Betterave. C’est donc très près de la base de la tige qu’il faudra accumuler en grande quantité les éléments réparateurs : eau d'arrosage, fumure, etc. Si la racine est fasciculée, le végétal n’épuise le sol que dans sa couche superficielle, mais son action s’étend souvent à une très grande distance tout autour de la tige. C’est alors dans un cercle de grande étendue qu’il faut répandre l’eau d’arrosage et les engrais, surtout au voisinage de la circonférence, où se trouvent les éléments absorbants.
Y eut- on cultiver côte à côte deux plantes dans le même champ? il faudra choisir l’une à racine fasciculée, comme l’Avoine, l’autre à racine pivotante, comme la Luzerne ; la première épuisera la surface, la seconde la profondeur, et chacune ayant son étage, elles ne se nuiront pas. Veut-on déterminer l’ordre de succession des cultures dans un champ, ce qu’on appelle ï assolement de ce champ ? après une plante à racine fasciculée, qui a épuisé le sol à la surface, il conviendra de choisir un végétal à racine pivotante, qui ira se nourrir dans les couches profondes; on fera alterner, par exemple, la Betterave avec le Blé.
Yeut-on savoir si un terrain est propice à la culture d’un végétal donné ? il faudra étudier la qualité du sol à une certaine profondeur si la plante a une racine pivotante, au voisinage même de la surface si elle a une racine fasciculée, donner des labours profonds dans le premier cas, superficiels dans le second. A^eut-on planter d’arbres le bord d’un chemin? il faudra choisir de préférence des arbres à racine pivotante, des Ormes par exemple, qui ne nuisent pas aux cultures du champ voisin comme font des arbres à racine fasciculée, des Peupliers par exemple, dont les racines s’y étendent au bout d’un certain temps.
Comme la transplantation est plus facile et la reprise mieux assurée si la racine est fasciculée que si elle est pivotante, on transforme dans les pépinière les racines de la seconde sorte en racines de la première, en tronquant le pivot à une certaine distance au-dessous de la surface. Les racines secondaires attachées au tronçon, ainsi que leurs diverses ramifications, acquièrent alors un développement beaucoup plus considérable, et le système prend tous les caractères d’une racine fasciculée.
Enfin, comme chaque radicelle porte une zone de poils absorbants, plus les
PHYSIOLOGIE DE LA RACINE
radicelles sont nombreuses et serrées, plus l’absorption est énergique. Aussi cherche-t-on à favoriser le plus possible la multiplication des radicelles, et le moyen le plus sûr est de tronquer de temps en temps les extrémités des racines. 11 se produit alors tout autour de la plaie un grand nombre de racines adventives, en même temps que les radicelles voisines déjà formées acquièrent plus de vigueur et se ramifient plus abondamment. C’est ce que font les jardiniers quand ils serfouissent, ou quand ils rafraîchissent les racines des plantes.
Le développement des poils radicaux dépend des conditions de milieu où la plante se trouve actuellement placée. Suivant les circonstances, ils s’allongent donc plus ou moins et peuvent même manquer entièrement. Tout ce qui active la transpiration des feuilles, tout ce qui nécessite par conséquent une absorption d’eau plus énergique par les racines, favorise aussi la production des poils absorbants, et réciproquement. Aussi est-ce chez les végétaux qui transpirent peu, comme les Conifères, etc., que ces poils sont le moins développés. Si, avec une forte transpiration, la quantité d'eau contenue dans le sol vient à diminuer, les poils radicaux se multiplient et s’allongent pour augmenter la surface absorbante. Ainsi telle plante, une Jacinthe, un Ail ou un Lis, par exemple, qui ne forme pas de poils sur ses racines quand elles baignent dans l’eau, en produit abondamment quand elles croissent dans l’air humide. En appliquant ces notions, on peut, sur une plante donnée, provoquer ou empêcher à volonté la formation des poils radicaux.
Ya-t-il émission «le matières solubles par la racine ? — Lorsqu elle se développe dans l’air, la racine n’émet de goutelettes liquides en aucun point de sa surface ; mais quand elle végète dans le sol humide ou dans l’eau, n’y laisse-t-elle pas échapper par voie d’exosmose (voir p. 102) une partie des substances solubles qu'elle renferme ? Si les cellules de la racine, et notamlinent les poils radicaux, ne contenaient que des matières albuminoïdes, incapables, comme on sait, de traverser les membranes, aucune exosmose ne pourrait se produire ; mais il en est autrement. Elles renferment aussi des substances cristallisables, des sucres, des acides, etc., capables de traverser facilement les membranes ordinaires ; il y a donc matière à exosmose, et il faut décider si T exosmose a lieu.
Ces expériences sont très délicates. D'abord il faut, bien entendu, ne mettre en expérience que des racines intactes ; il n’y a pas lieu de tenir compte nés recherches anciennes où cette précaution indispensable a été négligée. On y arrive facilement en faisant croître depuis l’origine dans de l’eau distillée tout le système de racines d’une jeune plante (Fève, Haricot, Blé, Maïs, etc.). En évaporant cette eau après un certain temps, on trouve toujours un faible résidu de matière solide. Mais cela ne suffit pas à prouver qu’il y a eu exosmose. En effet, d’une part, les coiffes qui revêtent les sommets des racines de diverses ordres se désorganisent peu à peu, comme on l’a vu : elles deviennent gélatineuses et s'émiettent ou s’exfolient suivant les cas. D’autre part les poils se flétrissent et tombent à mesure qu’ils vieillissent. L’eau de culture se charge peu à peu de ces débris, dont une partie s'y dissout. C’est ce qui fait, sinon la totalité, au moins une forte proportion du