MOUVEMENTS EXCITÉS DE LA FEUILLE
décroissant le soir, le pétiole n’en continue pas moins à s’abaisser constamment du matin au soir. Enfin il faut expliquer pourquoi le pétiole, fortement abaissé le soir, se relève progressivement pendant la nuit et pourquoi, deux fois par jour, il remonte faiblement.
Il est certain que l’action de la lumière se combine ici à d'autres causes, notamment à l’action de la température, aux variations de la ch loro vaporisation des feuilles et de l’absorption des racines, pour produire l’efTet complexe que nous venons de décrire. En se fondant sur ce qu’on sait de ces diverses variations, on peut ébaucher, à peu près comme il suit, une explication de la période journalière.
Le soir, le brusque arrêt de la chlorovaporisation et l’accumulation du sucre qui est à son maximum dans le renflement déterminent, comme on sait, le reploiement des folioles et l’abaissement du pétiole primaire. Mais le sucre étant lentement consommé, l’eau qui gonfle le renflement moteur s’échappe peu à peu, partie vers le haut dans le pétiole en maintenant gonflés les renflements des folioles, partie vers le bas dans la tige. En même temps, la température s’abaissant progressivement agit aussi pour diminuer la turgescence, et pour ces deux causes le pétiole se relève peu à peu jusqu’au matin. L’apparition de la lumière, et la reprise de chlorovaporisation qui en est la conséquence, diminuent encore tout d'abord cette turgescence et contribuent à redresser le pétiole, en même temps qu’elles étalent les folioles. Mais bientôt de nouveau sucre s’emmagasine dans le renflement, y retient une partie de l’eau qui afflue de la tige et en accroît peu à peu la turgescence; en même temps, la température augmente et agit dans le même sens; le pétiole descend donc progressivement jusqu’au soir, où la cessation brusque de la lumière lui donne son abaissement maximum. Le relèvement de la matinée et de l’aprèsmidi peut s’expliquer parce qu'à ce moment la chlorovaporisation est devenue plus active et n'est pas encore ou n’est plus compensée par l’absorption des racines, comme elle l’était avant et le sera plus tard.
A coup sûr ce n’est pas là une explication complète, mais seulement une manière de se rendre grossièrement compte des phases principales du phénomène.
Action motrice d’une irritation mécanique sur les feuilles développées.
Quelques-unes des feuilles qui manifestent déjà des mouvements périodiques spontanés et des mouvements provoqués par la lumière, et quelques autres feuilles qui n’ont ni l’un ni l’autre de ces deux mouvements, sont sensibles à l'attouchement et à l’ébranlement. On voit déjà que les mouvements provoqués par celte cause mécanique sont indépendants des deux autres, et devront s’expliquer par un mécanisme différent.
Caractères généraux de ces mouvements provoqués. — Si 1 On touche légèrement une certaine place déterminée de la feuille, toujours située du côté qui deviendra concave, ou si on la frotte doucement avec un corps solide, aussitôt cette face de la feuille se raccourcit, ce qui détermine une courbure du
PHYSIOLOGIE DE LA. FEUILLE
côté touché et sensible. Le même effet s’obtient en imprimant à toute autre partie de la feuille ou de la plante un choc un peu plus fort, qui retentit naturellement sur la région sensible. Ordinairement la surface de la région sensible est couverte de poils, par le moyen desquels tout contact léger, le passage du corps d’un insecte, par exemple, se transforme aussitôt en un ébranlement qui excite la feuille.
Une fois courbée par cette excitation mécanique, la feuille se redresse plus tard, reprend sa direction normale et redevient apte à se courber de nouveau sous une nouvelle excitation.
Parmi les plantes dont les feuilles, déjà douées du mouvement périodiquespontané et du mouvement nyctitropique, sont encore excitées à une troisième sorte de mouvement par le contact d’un corps solide ou par un ébranlement mécanique, nous citerons diverses Oxalides ( Oxalis acetosella,stricta, corniculala, purpurea , carnosa, Deppeï), divers Robiniers ( Robinia pseudacacia, viscosa, hispida ), divers Mimoses ( Mimosa sensitiva, prostrata, casta, viva, asperata, quadrivalvis, dormiens, pernambucci, pigra, humilis, pellita), divers Esc.hynomcnes ( Æschynomene sensitiva, indica, pumila), divers Desmanthes (. Desmanthus stolonifer, triquetrus , lacuslris ), la Smithie ( Smithia sensitiva), etc. Dans la plupart de ces plantes, il faut un ébranlement assez fort et souvent répété pour déterminer le mouvement; leur sensibilité est faible. Elle est développée au plus haut degré, au contraire, dans l’Oxalide sensitive, et surtout dans le Mimose pudique ; il y suffit d’un très faible ébranlement ou d’un très léger attouchement sur la région sensible, pour y provoquer des mouvements vifs et rapides, et ces mouvements se propagent aussitôt dans toutesles parties non touchées de la feuille.
Dans toutes ces feuilles, le mouvement s’accomplit toujours dans le sens de la position nocturne, et la plante qui a été soumise à l’ébranlement présente le même aspect que si elle était en sommeil. A ne voir que l’aspect extérieur des choses, l’excitation mécanique a donc agi sur elle comme une brusque diminution d’intensité lumineuse. Ces mouvements ont aussi leur siège au même endroit que ceux des deux autres catégories, c’est-à-dire dans les renflements basilaires du pétiole primaire et des folioles. Mais si le siège est le même et la courbure la même, il faut remarquer de suite que dans l'abaissement dû à l’excitation, le renflement moteur est mou, flasque, pauvre en eau, tandis quedans l’abaissement dû à l’obscurité, il est au contraire rigide, gonflé, riche en eau. L explication mécanique du phénomène devra donc être toute différente.
Mouvements des feuilles de la Dionée et du Kossolis (1). — La Dionéo
gobe-mouche ( Dionæa muscipula ), plante des parties marécageuses de la Caroline du Nord, et les Rossolis de nos marais [Dr osera rotundifolia et longifolia ), ont aussi leurs feuilles douées d’une irritabilité remarquable.
Chacune des moitiés du limbe bilobé de la feuille de la Diouée (fig. 138, A), inclinées l’une sur l’autre à peu près à angle droit, présente à sa face supérieure et en son milieu trois poils effilés, qui sont les points sensibles ; en outre, sa surface est hérissée de petits poils courts, arrondis, de couleur pourpre,
(1) Darwin: Les plantes insectivores. Trad. française, Paris, 1877.