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(p. 180). On sait enfin comment s’établit la balance du carbone que les cellules vertes gagnent ainsi chaque jour, et de celui qu’elles perdent sans cesse par leur respiration (p. 183).

Quand les deux faces de la feuille sont semblables, de môme consistance, de même teinte, également pourvues de stomates, comme dans la plupart des plantes herbacées (p. 286), elles décomposent dans le même temps la même quantité d’acide carbonique, à supposer, bien entendu, qu’elles soient également irradiées. 11 n’en est plus toujours ainsi si elles sont dissemblables, si la face supérieure est plus dure, plus luisante, d’un vert plus foncé, entièrement dépourvue de stomates, tandis que la face inférieure est plus molle,

ACTION DE LA FEUILLE SUR LES GAZ

plus terne, d’un vert plus pâle, abondamment munie de stomates, comme dans la plupart des végétaux ligneux (p. 287). A éclairage égal, la première absorbe alors quelquefois plus d’acide carbonique et dégage plus d’oxygène que la seconde. Pour le Nérion oléandre,le rapport moyen au soleil a été de 102 à 41; à l’ombre il ne dépasse pas 2. Pour la Ronce d’Ida il est de2, pour le Peuplier blanc il s’élève à 6 ; dans ces deux plantes, le duvet blanc qui couvre la face inférieure de la feuille intercepte fortement la lumière. Dans d’autres arbres, au contraire, comme le Marronnier, le Pêcher, le Platane, les deux faces de la feuille se comportent de la même manière (1).

Dans les plantes aquatiques submergées, l’acide carbonique peut être enlevé par les feuilles aux bicarbonates en dissolution dans l’eau (p. 1791. Si l’eau renferme du bicarbonate de chaux, ce sel se dissocie et le carbonate se précipite à la surface de la feuille où a lieu sa dissociation. Or, sur les feuilles de l’Elodée du Canada ( Elodea canadensis), par exemple, le dépôt calcaire se fait toujours exclusivement sur la face supérieure, quoique les deux surfaces, également dépourvues de stomates, soient semblables entre elles. Dans ce genre de feuilles, l’oxygène formé se rend d’abord dans les canaux internes, d’où il se dégage, sous forme de courants de bulles, par toutes les ouvertures accidentelles. Il y est toujours mêlé d’azote, entraîné de l’eau dans la plante conformément aux lois de l’osmose des gaz.

Chlorovaporlsation (le la feuille. — En même temps qu'elle décompose l’acide carbonique et en assimile le carbone, sous l’influence des mêmes radiations absorbées par la chlorophylle, la feuille aérienne émet au dehors une grande quantité de vapeur d’eau, elle chlorovaporise (p. 125), et c’est la seconde de ses fonctions essentielles. Cette chlorovaporisation s’opère dans les conditions générales qui ont été fixées plus haut (p. 185 et suiv.), et comme c'est principalement dans les feuilles qu'elle a été étudiée alors, nous n’y reviendrons pas (2).

La grande surface des feuilles, en effet, y rend déjà ce phénomène très énergique. Mais surtout il faut considérer que l’intérieur du parenchyme vert de la feuille aérienne est creusé de nombreux interstices pleins d’air communiquant entre eux et formant dans la feuille une sorte d’atmosphère intérieure (voir p. 70, fig. 35, /). Par les nombreux stomates que porte le limbe, cette atmosphère communique directement avec l’air extérieur. La chlorovaporisation a lieu le long de ses surfaces internes, et la vapeur d'eau tend à acquérir dans les interstices une pression de plus en plus forte, qui s’équilibre à mesure grâce à la sortie de la vapeur par les stomates.

Ainsi, tandis que l’eau transpirée par la feuille s’exhale principalement par sa surface externe, l'eau chlorovaporisée s'exhale principalement par sa surface interne, le long des interstices, avec sortie par les stomates.

Mais il va sans dire qu’il ne faut pas pour cela s'attendre à une proportionnalité de la chlorovaporisation avec le nombre des stomates; c’est en eflet de l'abondance des chloreucites et de l’étendue des surfaces libres internes, non

(1) Boussingault : Agronomie, Chimie agricole et Physiologie, IV, p. 339, 1868.

(2) Aux mémoires cités p. 182, il faut ajouter : Cornes : La luce et la traspirazione délie piante (Atti dell’ Acad, dei Lyncei, 3° série, VII, 1880).

PHYSIOLOGIE DE LÀ FEUILLE

du nombre des orifices de sortie, que le phénomène dépend réellement. Ainsi le rapport de la chlorovaporisation de la face supérieure, quand elle est dépourvue de stomates, à celle de la face inférieure qui en est pourvue, est : dans la Verveine ( Verbena ) de 1 à 2, dans le Tilleul [T ilia) de 1 à 2,5, dans le Balisier [Canna) de 1 à 7. En moyenne, pour une dizaine de plantes assez différentes (Houx, Lilas, Citronnier, Vigne, Poirier, Hélianthe, etc.), ce rapport est de 1 à 4,3 au soleil, de 1 à 2,5 à l’ombre. Quand les deux faces ont des stomates, l'avantage est à celle qui en possède le plus grand nombre. Dans la Capucine ( Tropæolum ), par exemple, le rapport des nombres des stomates étant de 4 sur la face supérieure à 5 sur la face inférieure, celui des quantités d’eau chlorovaporisée est de 1 à 2; dans la Dahlie [Dahlia), le premier rapport est de 1 à 2, le second de 2 à 3; dans l’Atrope belladone [Atropa Belladona), le premier est de 1 à 5, le second de 5 à 6. 11 peut arriver cependant que les deux surfaces foliaires, avec des nombres très difïérents de stomates, chlorovaporisent des quantités égales. Ainsi dans la Guimauve [Althæa) les stomates sont dans le rapport de 2 à 11 et la chlorovaporisation est la même (1).

On a déjà vu (p. 188) comment, toutes choses égales d’ailleurs, la chlorovaporisation varie d'intensité avec l’âge de la feuille et avec la nature spécifique de la plante. Aux exemples cités il convient d’en ajouter quelques autres. On a déterminé, chez quelques plantes de grande culture, la chlorovaporisation totale pour la durée de la végétation. On a trouvé, pour une durée de 172 jours, que l’Orge [Hordeum) transpire 7,774 gr. ; le Blé '[Triticum) 7,353 gr. ; le Pois (Pisum.) 7,065 gr.; le Trèfle [Trifolium) 3,568 gr. En mesurant de même, dans un certain nombre d’arbres et d’arbustes, la chlorovaporisation totale annuelle et en la rapportant au poids de la plante, on a obtenu les nombres suivants : Chêne yeuse ( Qucrcus Ilex) 26, Houx [Ilex) 30, Sapin ( Abies ) 52, If [Taxus) 77, Mélèze [Larix) 177, Frêne [Fraxinus) 183, Chêne rouvre [Quercus Robur) 226, Berbéride [Berberis) 322, Érable [Acer) 455 (2). On voit, comme il a été dit déjà p. 188, que la chlorovaporisation est beaucoup plus forte sur les feuilles caduques que sur les feuilles persistantes.

C’est la chlorovaporisation des feuilles qui provoque et qui règle l’absorption du liquide du sol par les racines. Grâce à elle, un courant d'eau tenant en dissolution les matières solubles du sol pénètre continuellement, dans la plante aérienne éclairée et parcourt sans cesse, des racines aux feuilles, toute l’étendue de son corps. En se vaporisant dans la feuille, ce liquide laisse dans la plante toutes les substances solubles qu’il y a introduites et qui sont les éléments nécessaires à la construction de l’organisme. Assimilation du carbone et chlorovaporisation sont donc les deux fonctions principales de la feuille; ce sont aussi les deux clefs de voûte de la nutrition de la plante.

(1) Garreau : Ann. des sc. nat., 3e série, XIII, p. 336, 1846. — J. Boussiugault : Agronomie Chimie agricole et Physiologie, VI, p. 332, 1878.

(2) Lawes : Journal hort. Soc. London, V, 1850-1831

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