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ACTION DE LA FEUILLE SUR LES LIQUIDES ET LES SOLIDES

Action de la feuille sur les liquides, les matières dissoutes et les corps

solides.

Dans de certaines conditions, la feuille absorbe l'eau qui la mouille, avec les matières dissoutes; dans d’autres conditions, au contraire, elle émet de l’eau tenant en dissolution diverses substances.

Absorption de l’eau et des substances dissoutes parla feuille. — Dans

les plantes aquatiques submergées ou nageantes qui ne possèdent pas de racines, comme c’est le cas pour les Characées, certaines Mousses, la Salvinie (, Salvinia ), l’Utriculaire (Uti'icularia), le Cornifle (Ceratophyllun), etc., ce sont surtout les feuilles qui jouent le rôle d’organes absorbants; la tige contribue à l’absorption, mais pour une part relativement faible. Dans l’Utriculaire, le Cornifle, etc., toutes les feuilles sont au même titre consacrées à l’absorption. Dans la Salvinie, des trois feuilles de chaque nœud, deux sont nageantes, la troisième est submergée; celle-ci est profondément divisée, couverte de poils, et joue seule le rôle absorbant dévolu d’ordinaire aux racines.

Dans les plantes submergées en totalité ou en partie qui sont pourvues de racines, les feuilles plongées n’en sont pas moins douées du pouvoir absorbant; elles l'exercent concurremment avec les racines. Aussi leur surface se multiplie-t-elle souvent par de profondes divisions, comme on le voit dans le Myriophylle ( Myriophyllum ), la Renoncule d’eau (Ranunculus aqualilh ), etc.

Enlin dans les plantes terrestres, les feuilles aériennes peuvent aussi, quand elles ne sont pas couvertes d’un revêtement cireux (voir p. 71) ou d’une couche d’air qui les empêchent d’être mouillées, absorber l’eau qui vient à les baigner, on dans laquelle on les plonge, et avec cette eau les divers sels fsulfate de chaux, sulfate et nitrate de potasse, etc.) qu’elle tient en dissolution. On peut entretenir la fraîcheur d’une branche et alimenter son développement, en plongeant une partie de ses feuilles dans l’eau. Après une grande sécheresse, la pluie, la rosée, le brouillard pénètrent ainsi directement dans la feuille et lui rendent sa turgescence. C’est à cette source que, dans les contrées chaudes et arides, la plante puise la majeure partie de l’eau qui lui est nécessaire (1).

Les deux premières feuilles de la plante chez les Dicotylédones, sa première feuille chez les Monocotylédones, absorbent de même les substances nutritives avec lesquelles elles sont en contact dans la graine, après que ces substances sont devenues solubles. Leur rôle absorbant est de la plus haute importance pour les premiers développements, comme on le verra plus tard.

Clilornsmlation «le la feuille. IXectar «les feuilles. — Quand leur chlorovaporisation est brusquement arrêtée, comme il arrive chaque soir au coucher du soleil, les feuilles continuant à recevoir des racines par la tige de nouveau liquide, une pression 3e plus en plus forte s’y établit, et l’eau finit par perler à la surface sous forme de fines gouttelettes. Ces gouttelettes grossissent peu à peu, puisse détachent et tombent; il s’en forme de nouvelles aux mêmes points,

(t) J. Boussingault : lue. cil. p. 362, 1878.

PHYSIOLOGIE DE LA. FEUILLE

qui tombent à leur tour et le phénomène se poursuit toute la nuit durant, pour cesser chaque matin dès que la chlorovaporisation reparaît et reprend peu à peu toute son énergie (p. 188). C’est par les stomates aquifères que cette chlorosudation s’opère, quelquefois par une simple fente produite par déchirure entre les cellules superficielles à la pointe du limbe, comme dans les Graminées (Blé, Seigle, Maïs, etc.), parfois aussi, en l'absence de tout stomate et de toute déchirure, par un passage direct à travers les membranes des cellules périphériques, comme c'est le cas sur les stipules de la Yesce ( Vicia) et du Sureau ( Sambucus ).

Toujours placés au-dessus des dernières terminaisons des nervures qui leur

amènent le liquide, comme on le verra plus loin, les stomates aqui-

groupés par deux (Sureau, Valériane, Groseillier, etc.), trois (Cyclame), six à huit (Orme, Platane, Coudrier, etc.), ou davantage (Potentilie, Renoncule, Chou, Ombellifères diverses, etc.). Dans la Crassule ( Crassula ) et la Rochée ( Rochea ), ils sont distribués cà et là par petits groupes sur toute la surface du limbe, tantôt sur les deux faces (Crassula portulacea, arborescens, etc.), tantôt sur la face supérieure seulement (C. cordata, perforata, etc.). Une disposition analogue se retrouve dans certaines Saxifrages (Saxifraga Aizoon, longifolia, retusa , etc.), et dans certains Figuiers ( Ficus neriifolia, diversi. folia, etc. ), avec cette différence que les groupes de stomates aquifères y sont enfoncés dans descryptes comme les stomates aérifèresduNérionoléandre (p. 70, fig. 35). Les feuilles submergées ont aussi de ces stomates aquifères, soit à la pointe du limbe, comme dans le Callitriche ( Callitriche ) et la Pesse ( Hippuris ), soil à l’extrémité de chacun des segments latéraux, comme dans la Renoncule d'eau (. Ranuncidus aquaiilis), l’Hottonie des marais (lloltonia palustris), etc.

Le liquide expulsé est de l’eau tenant en dissolution une très petite quantité de substances diverses, notamment du bicarbonate de chaux ; suivant les plantes, cette quantité varie entre 0,007 et 0,120 pour 100. Si la feuille est différenciée en ascidie (p. 315, fig. 129), le liquide expulsé s’accumule dans le cornet (Sarracénie) ou dans l’urne (Népenthe); il est alors acide et contient 1 p. 100 de matière solide, formée pour un quart de substances organiques, pour le reste de sels minéraux. Le quantité d’eau rejetée de la sorte peut être très considérable, comme on l’a vu (p. 189).

lace supérieure. Tantôt ils en occupent l’extrémité, comme dans les Aroïdées : Colocase ( Colocasia ), Calade ( Caladium ), Richardie (llichardia), Gouet (Arum), etc.

Tantôt on les rencontre sur les

fères sont situés d’ordinaire au bord du limbe, quelquefois sur sa

Les cellules périphériques de l'extrémité de la dent sécrètent un suc mucilagineux (d’après Reinke).

(fig. 142), soit solitaires (Fuchsic.

Primevère, Saxifrage, etc.), soit

action de la eeuille sur les liquides et les solides.

Si la région de la feuille d’où le liquide s’écoule renferme des sucres (saccharose, glucose et lévulose), il est sucré, c’est du nectar et l’on appelle nectaire la région de la feuille où il est émis. Tel est le suc qui s’échappe des renflements situés à la base des pétioles secondaires de certaines Fougères : Ptéride aquiline (. Pteris aquilina ), Gy athée ( Cgathea ), Hémitélie ( Hemitelia ), Angioptéride ( Angiopteris ), etc, tout couverts de stomates aquifères qui leur donnent une couleur blanche.

Tel est encore celui qui s’écoule directement à travers les membranes des cellules superficielles sur les renflements latéraux du pétiole dans le Ricin ( Ricinus ), le Prunier (Prunus), T Amandier (. Amygdalus ), etc., sur les stipules de la Vesce ( Vicia)

(fig. 143), du Sureau (Sambucus ), etc.

Les insectes, surtout les Abeilles et les Bourdons, sont très friands de ce nectar des feuilles et vont le butiner, notamment sur les stipules dans les champs de Vesce (fig. 143).

Excrétion «le la feuille. —

Outre ce liquide, sucré ou non, dont l’écoulement provient toujours d’une chlorovaporisation arrêtée ou tout au moins très ralentie, la feuille émet quelquefois soit à de certaines places de sa

l* ig. 143. — Abeilles et Bourdons récoltant le nectar des feuilles sur

surface générale, soit plus les stipules delà Vesce culti vée ( Vicia sativa).

souvent sur des poils dits

glanduleux ou sécréteurs, des liquides de consistance mucilagineuse. On en a déjà vu des exemples sur les feuilles irritables de la Dionée et des Rossolis (p. 329). Dans la Grassette vulgaire (. Pinguicula vulgaris), la feuille porte des poils glanduleux de deux sortes, les uns pédicellés,les autres sessiles (fig. 444). Les cellules rayonnantes qui forment les seconds et qui constituent la tète des premiers, produisent et expulsent au dehors à travers leurs membranes un liquide incolore et très visqueux.

Dans ces trois exemples, le suc excrété jouit de propriétés très remarquables. Tant que la feuille ne subit le contact d’aucun corps solide, il est neutre et peu abondant. Dès qu’un corps solide et surtout un corps de nature azotée, un morceau de viande, un insecte, vient à toucher le limbe, qui se replie autour

PHYSIOLOGIE DE LA FEUILLE

de lui pour 1 envelopper, le suc s’écoule en abondance el devient fortement

acide. En meme temps il s’y forme un principe azoté neutre, analogue à la pepsine du suc gastrique des animaux ; ainsi transformé, le suc attaque le morceau de viande ou le corps de l'insecte, le dissout et le fait disparaître, en un mot le digère.

11 est devenu un suc digestif. Le liquide qui s’accumule, comme il a été dit plus haut, au fond de l’ascidie desNépenthes(p.315, fîg. 129), possède aussi à tout instant les mêmes propriétés digestives.

De même les deux cotylédons de la plante, ou son cotylédon unique, quand ils se trouvent au moment de la germination appliqués contre une réserve nufeuille de la Grassette vulgaire {Pinguicula vutgaris). On y tllti\G insoluble, amylacée, Cel-

' oit enchâssés de nombreux po.ls glanduleux pluricellulaires, bllosiciue OU albuminoïde eXCrèles uns sessiles, les autres pédicellés, qui émettent tous un

suc doué de propriétés digestives (d'après Reinke). tent lin liquide UCidC Ct QOUé

d’une activité spéciale, qui dissout cette réserve et la digère. Les feuilles peuvent donc être le siège des phénomènes digestifs qui ont été étudiés en général à la page lob.

Résumé «les fonctions externes «le la feuille. Fonctions principales, fonctions accessoires. — En résumé, la feuille en voie de croissance se dirige sous l’influence combinée de la pesanteur et de la radiation; quand elle est développée, elle peut encore se mouvoir de diverses manières, mais surtout elle respire, transpire, assimile le carbone, chlorovaporise, chlorosude et excrète. La direction, la respiration, la transpiration, l’excrétion sont des ' fonctions externes qu’elle partage avec la racine et la tige, dont elle jouit non ' comme feuille, mais comme partie intégrante du corps de la plante : ce sont des fonctions générales. Au contraire, l’assimilation du carbone, la cblorovaporisation et la chlorosudalion qui en est la conséquence, et même la motricité après l’achèvement de la croissance, sont des fonctions spéciales, dont elle jouit comme feuille, et dont la racine comme la tige sont également dépourvues.

Au lieu de ces fonctions principales, qu’elle remplit toutes les fois qu’elle possède sa forme ordinaire, la feuille en prend d’autres toutes les fois qu’elle se différencie, comme il a été dit à la page 310. Différenciée en vrille, par exemple, en épine ou en réservoir d’air, elle soutient la plante, en écaille ligneuse, elle protège le bourgeon, en ascidie, elle recueille le liquide chlorosudé et permet à la feuille de le réabsorber plus tard, etc.; ce sont là des fonctions externes accessoires, qu’il suffit ici de signaler.

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