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CHAPITRE Y

LA FLEUR

Sachant comment une plante phanérogame adulte manifeste et entretient sa vie extérieure à l’aide des trois membres, racine, tige et feuille, qui composent son corps, il faut étudier comment elle se reproduit. Pour faire ses œufs, la plante phanérogame ne se complique pas d’un membre nouveau ; elle se borne à différencier sur sa tige un rameau ou une portion de rameau, avec les feuilles qu’il porte. Ainsi différencié, ce rameau feuille, ou cette portion de rameau feuillé, est ce qu’on nomme une fleur. Si, comme on fait souvent, on appelle pousse l’ensemble constitué par un rameau et ses feuilles, on dira que la fleur est une pousse ou une partie de pousse différenciée.

L’étude de la fleur n’intéresse, il est vrai, qu’un seul des quatre groupes principaux du règne végétal, mais elle n’en doit pas moins, en raison de la très haute importance de ce groupe, trouver sa place dans le plan de la Botanique générale. D’autre part, la fleur n’étant qu’un composé de tige et de feuilles, son étude aurait pu logiquement être faite, partie avec celle des différenciations secondaires de la tige (p. 251 et suiv,), partie surtout avec celle des différenciations secondaires de la feuille (p. 310 et suiv.). Cependant il existe ici entre la lige et les feuilles une si intime communauté d’action, le but poursuivi en commun esta la fois si particulier et si important, que la fleur nous apparaît comme une sorte d’organe sui generis, comme un tout nettement séparé du reste de la plante. Dès lors, il devient nécessaire de lui consacrer un chapitre spécial.

Nous l'étudierons ici, comme nous avons fait pour les trois membres fondamentaux du corps, d’abord au point de vue morphologique, puis au point de vue physiologique.

SECTION I

MORPHOLOGIE DE LA FLEUR

Quand la fleur est une pousse différenciée tout entière, elle est toujours nettement limitée par rapport au reste du corps. Quand elle ne comprend qu’une partie de la pousse, ordinairement sa région terminale, de deux choses l’une : ou bien la différenciation est brusque et la limite nette (Tulipe, Pavot, etc.) ; ou bien elle s’opère progressivement, on observe sur le rameau tous les passages entre les feuilles ordinaires et les feuilles florales, et il est impossible de dire où la fleur commence (Hellébore, etc.).

Le rameau de la pousse florale est le pédicelle, et son sommet aliongé en

MORPHOLOGIE DE LA FLEUR

cône, arrondi en sphère, aplati en assiette ou creusé en coupe, est le réceptacle de la fleur. Sur ses flancs, le pédicelle porte souvent des feuilles incomplètement différenciées ou rudimentaires : ce sont des bradées. Autour de son sommet, sur le réceptacle, il produit une rosette de feuilles profondément différenciées, qui constituent la fleur proprement dite et, avant son épanouissement, à l’état de bourgeon terminal, le bouton. Le rôle du pédicelle se borne à produire et à porter les diverses feuilles qui sont les éléments constitutifs essentiels de la fleur. Aussi, quand nous étudierons la fleur proprement dite, n’aurons-nous pas à nous préoccuper du réceptacle, si ce n’est d’une manière tout à fait accessoire. L’étude de la fleur est essentiellement une analyse de feuilles différenciées (1).

Il est une circonstance pourtant où le pédicelle joue un rôle important, c'est dans la disposition des fleurs sur le corps de la plante. Cette disposition dépend, en effet, des diverses manières d’étre du pédicelle, et comme elle relie l’étude de la fleur à celle du corps végétatif, c’est le premier point que nous avons à examiner.

Disposition des fleurs. Inflorescence.

La manière dont la plante fleurit, c’est-à-dire dont les pousses florales sont distribuées sur son corps par rapport aux pousses végétatives, est ce qu’on appelle son inflorescence. Constante dans le même végétal et quelquefois dans de vastes groupes de plantes, l’inflorescence subit des modifications nombreuses, mais qui peuvent se rattacher à quelques types bien définis, et ce sont ces types que nous avons à caractériser.

Divers modes d'inflorescence. — Quand le pédicelle, pourvu ou non de bractées, ne se ramifie pas, la fleur tranche isolément cà et là sur la ramification végétative ; l’inflorescence est solitaire. Quand le pédicelle se ramifie à l’aisselle des bractées qu’il porte, les fleurs, portées au bout des pédicelles secondaires, tertiaires, etc., sont rapprochées par groupes, et ce sont ces groupes de fleurs qui tranchent çà et là sur la ramification végétative; l’inflorescence est groupée. On restreint quelquefois le mot d’inflorescence et on lui donne un sens concret pour l’appliquer au groupe floral lui-même.

Simple ou rameux, le pédicelle peut n’être que la terminaison différenciée soit de la tige principale, soit de quelqu’une de ses branches feuillées ordinaires; l’inflorescence est alors terminale. Simple ou rameux, il peut provenir aussi de la différenciation d’une branche tout entière, située à l’aisselle d’une feuille; l’inflorescence est alors axillaire. D’où quatre modes :

(11 Ouvragés généraux à consulter pour la Morphologie externe de la fleur : Decaisne et Le Maout : Traité .gêner al de botanique, 2e édition, 1 878. — Payer : Traité d'organogénie de la fleur , 1857, avec les suites données par M. Bâillon : Traité du développement de la fleur et du fruit, fasc. 1-10,1871-1888. — Bâillon : Histoire des plantes, 9 vol., 1867-1888. — Eichler: Hliithendiagramme, 2 vol., 1873-1878. — Engler et Prantl : Die nalürliehe Pflansenfarnilien, Leipzig, 1887-1888 (en cours de publication).

INFLORESCENCE

Inflorescence .

solitaire. . . .

groupée

terminale. (Tulipe, Pavot, etc.) axillaire. (Pervenche, Pensée, etc.)

( terminale. (Lilas, Blé, etc.)

( axillaire. (Labiées, etc.)

inflorescence solitaire. — Il y a peu de choses à dire au sujet de l’inflorescence solitaire. Bornons-nous à remarquer que la fleur solitaire, quand elle est terminale, arrive quelquefois, par suite d'une ramification particulière de 3a tige feuillée au-dessous d’elle, à occuper diverses positions singulières qui, pour être bien comprises, exigent quelques explications.

Si les feuilles sont isolées, la première feuille située au-dessous de la fleur peut développer son bourgeon axillaire en une branche puissante,, qui rejette latéralement le pédicelle plus grêle situé au-dessus d’elle et vient se placer dans le prolongement de la tige. Après avoir porté un certain nombre de feuilles, cette branche se termine à son tour par une fleur. A l’aisselle de sa dernière feuille, elle forme une nouvelle branche qui rejette la fleur de côté, se place dans le prolongement de la première, et ainsi de suite. En un mot, il se constitue de la sorte un sympode, comme nous en avons rencontré plusieurs fois en étudiant la ramification de la tige, avec cette différence que le sympode prend naissance ici, non par avortement du bourgeon terminal, ■comme dans le Tilleul, ni par destruction de la région feuillée de la tige ■comme dans le Polygonate, mais par différenciation de chaque sommet en une fleur.

Il en résulte que la tige se ramifie en une cyme ■unipare. Le long du sympode, les pédicelles floraux sont rejetés de •côté, sans feuilles immédiament au-dessous d’eux, et diamétralement opposés chacun à une feuille. A ces deux ■caractères on distingue toujours une fleur terminale, ainsi rejetée latéralement, d’une fleur axillaire. Une pareille fleur solitaire est dite opposilifoliée , comme dans le Némophile ( Nemophila ), la Cuphée ( Cuphea ), etc.

Si les feuilles sont opposées et si les deux dernières feuilles développent •chacune une branche puissante, la fleur conserve sa position terminale, mais se trouve située dans une sorte de dichotomie de la tige. Chaque branche primaire se terminant à son tour par une fleur, puis produisant au-dessous d elle deux branches secondaires, et ainsi de suite, toutes les fleurs solitaires

Fig. 145. — Erythrée petite-centaurée ( Erythrxa Centaurium) . Fleurs solitaires dans les dichotomies successives de lu tige ramifiée en cyme bipare.

MORPHOLOGIE UE LA FLEUR

se trouvent, en définitive, placées dans de pareilles dichotomies et la tige sc ramifie en une cyme bipare (fig. lio). Il en est ainsi, par exemple, dans l’Alsine moyenne ( Alsine media), vulgairement Mouron des oiseaux, et dans l’Erythrée petite-centaurée ( Erythræa Centaurium ). C’est le phénomène déjà constaté dans le Lilas (p. 242, fig. 84), avec celte différence, qu'au lieu d’avorter, le bourgeon terminal se développe ici en une fleur.

Enfin, si trois, quatre feuilles ou davantage, verticillées ou du moins très rapprochées au-dessous de la fleur, développent autant de branches feuillées, comme dansl’Atrope belladone (. Atropa Belladona), la fleur solitaire se trouve placée au fond d’une polytomie de la tige.

inflorescence groupée. — Quand le pédicelle se ramifie, sa ramification peut présenter et présente, en effet, les deux types latéral et terminal que nous avons distingués dans notre étude générale (p. 44), ainsi que toutes les modifications secondaires de ces types (p. 47). Avec un développement rapide, une intégrité complète et une forme ramassée qui en facilitent singulièrement l’étude, elle offre les diverses manières d’être qui, dans la ramification végétative de la plante, par la grande étendue, la lenteur de développement et la destruction progressive des parties, sont souvent difficiles à mettre en évidence. Elle les présente aussi avec une bien plus grande variété. Aussi est-ce l’étude attentive des inflorescences groupées, qui a été l’origine des connaissances que nous possédons actuellement sur la ramification générale du corps de la plante. Les termes qui servent à en désigner les divers types et leurs modifications, et qui se trouvent avoir acquis aujourd'hui un sens général, ont tous été créés au début pour désigner des formes particulières d'inflorescence groupée. Ayant défini ces expressions au § 3 du chapitre 1, ayant eu l’occasion de les appliquer déjà plusieurs fois à la ramification de la racine, à celle de la tige ordinaire et à celle de la feuille, on se bornera à passer ici une revue sommaire des divers modes de ramification du pédicelle, avec exemples à l’appui.

Groupes simples. — La ramification du pédicelle est latérale, c’est-à-dire

provoquée par la formation de bourgeons et de branches à l’aisselle des

INFLORESCENCE

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