ANOMALIES DE LA FLEUR
ain?i plus d'éclat, plus de durée, et l’on a transformé la Dahlie simple, l'Astre de Chine simple, etc., en Dahlie double, en Astre de Chine double, etc.
La fleur avorte parfois complètement en se réduisant à un petit bouton terminant le pédiceile. Ainsi, dans la grappe du Muscare chevelu ( Muscari comosum ), les fleurs supérieures se réduisent à leurs pédicelles colorés, qui forment une touffe terminale. Ainsi encore dans la variété du Chou potager qu’on appelle vulgairement Chou-fleur, la ramification des pédicelles de l’inflorescence a été fort exagérée, mais au sommet de chaque pédiceile la fleur avorte.
Dans le jeune capitule des Composées, notamment de l’Hélianthe annuel, ou Grand-Soleil, il arrive quelquefois que le réceptacle, arrêté par quelque blessure dans sa croissance terminale, subit une croissance intercalaire le le long d’une zone annulaire située à peu distance du sommet. Celui-ci est alors soulevé de plus en plus et forme un cône, sur les flancs duquel se forment, du sommet à la base, de nouvelles bractées et à leurs aisselles de nouvelles fleurs (fig. 287).
Anomalies »le la fleur.
Fleurs doubles, fleurs vertes,
etc. — Dans la fleur ellemême, il arrive souvent que les feuilles d’un verticille revêtent en tout ou en partie les caractères des feuilles du verticille qui suit ou de celui qui précède: il y a métamorphose, et la métamorphose est dite ascendante ou progressive dans le premier «as, descendante ou régressive dans le second. Citons quelques exemples de ces deux manières d’être.
Métamorphose progressive. — On voit des bractées de l'involucre devenir pétaloïdes dans l’Anémone (Anemone); des sépales se transformer en pétales dans la Primevère ( Primula ), la Ronce ( Rubus ), la Renoncule ( Ranunculus ); des sépales et souvent des pétales se métamorphoser en étamines, en développant à leur surface des sacs polliniques ; fréquemment aussi des sépales, des pétales et surtout des étamines passer à l’état de carpelles, en produisant des •ovules sur leurs bords. Ce dernier cas, particulièrement instructif, se présente notamment dans le Pavot ( Papaver ), le Rosier (/{osa), la Joubarbe des toits ( Sempervivum lectorum),e te. On y voit souvent les étamines intérieures de l’androcée transformées, soit en carpelles tout semblables aux carpelles normaux et qui s’ajoutent à ceux du pistil (fig. 288), soit en feuilles mixtes qui portent des ovules sans cesser de porter du pollen, qui sont déjà devenues des
Fig-. 287. — Section longitudinale d’un jeune capitule d’Hclianfhe annuel ( Helianthus annuusj dont le large réceptacle a été blessé au sommet s. La croissance s’est continuée sur une zone intercalaire zz, en produisant un cône qui forme sur ses flancs, de haut en bas, des bractées renversées aa , et des fleurs à leurs aisselles inférieures (Sachs).
MORPHOLOGIE DE LÀ FLEUR
’ijr. 288. — Etamines transformées en carpelles clans une fleur anormale de Pavot ( Papaver ) (d’après Frank).
carpelles sans avoir perdu encore leur caractère d’étamines; ce sont des
stamino-carpelles.
Dans ces feuilles mixtes (fig. 289), tantôt l'anthère n'a subi aucune altération et porte, comme à l'ordinaire, quatre sacs polliniques; seul le filet s'est élargi, s’est creusé en gouttière et a produit sur chaque bord un rang d’ovules (a). Tantôt un des sacs polliniques externes a disparu et le bord correspondant porte un rang d’ovules ( b et d). Tantôt les deux sacs externes ont été remplacés par deux rangs d’ovules et la feuille est étamine en dedans, carpelle en dehors (c et e).
Métamorphose régressive. — On a observé un retour à l’état des feuilles végétatives dans laspathedu Gouet [Arum), dans les bractées de l’involucre du Pyrèthre (Pyretkrum), de la Centaurée ( Centaurea ), etc., dans les bractées
isolées de l’épi du Plantain ( Plantago ), du Bugle ( Ajuga ), delà Valériane ( Valériana)\ etc. On voit souvent les sépales et les pétales redevenir feuilles ordinaires (Crucifères, Renonculacées, Alsinées, Primulacées, Composées, etc.). S’il est rare de voiries étamines se transformer en feuilles vertes, il est très fréquent de leur voir prendre le caractère de pétales. On sait, en effet, que dans certaines plantes, comme la Lopézie ( Lopezia ), l’Alpinie ( Alpinia ), le Balisier (Canna), etc., quelques-unes des étamines, sans développer leurs sacs polliniques, s’élargissent en autant de staminodes pétaloïdes parfois vivement colorés et dont l’éclat s'ajoute à celui de la corolle. Ce qui se produit constamment dans ces plantes, se produit accidentellement chez d’autres. Ainsi il y a des Anémones, des Cerisiers, etc., dont les fleurs ont une partie de leurs étamines, parfois même toutes leurs étamines, transformées ainsi en lames pétaloïdes. Ce sont, comme on dit, des Anémones doubles, des Cerisiers doubles.
On est arrivé par la culture à faire doubler de la sorte un grand nombre de fleurs, en pétalisant leurs étamines. Le nombre des pétales surnuméraires ainsi ajoutés aux pétales normaux est d’autant plus considérable que la fleur renferme un plus grand nombre d’étamines ; il atteint son maximum dans le Rosier,. la Renoncule, la Pivoine, le Pavot, etc.
Ces fleurs doubles sont très instructives pour la morphologie, par les nom-
Fi
280. — Stamino-carpelles pris dans une fleur anomale de Joubarbe des toits {Serapervivum tecforum),a,ranthcreestcomplète, le filet seul porte des ovules ; />, l’un des sacs polliniques est remplacé par une rangée d’ovules : rf, la même coupée transversalement; cy les deux sacs polliniques externes sont remplacés par deux rangs d’ovules; c, la même coupée transversalement (d’après Engler).