IV PRÉFACE
au moins la grande découverte qui devait les faire oublier. Newton ne cite pas Roberval, dont il ne connaissait pas sans doute le travail, mais il reconnaît expressément l'identité de sa doctrine avec celle des différentielles, et sans signaler la publication antérieure de Leibnitz, il ne conteste pas l'indépendance de son invention. Il est difficile d'en convenir plus clairement qu'il ne le fait dans le passage suivant :
a Dans les lettres que j'ai échangées il y a une dizaine d'années avec riiabile géomètre Leibnitz, lui ayant annoncé que je possédais une méthode pour déterminer les maxima et les minima, conduire les tangentes et résoudre les questions semblables, et que cette méthode réussissait aussi bien pour les expressions irrationnelles que pour les autres; comme je la lui cachais sous des lettres transposées représentant la phrase suivante : ime équation étant donnée qui contient des fluentes, trouver les fluxions et réciproquement, il me répondit qu'il avait également trouvé une méthode analogue qu'il me communiqua, et qui ne différait de la mienne que par les mots et la notation. »
Rien n'est plus décisif que ces lignes écrites par Newton au moment même où il pubhait pour la première fois sa doctrine. Les faits qu'il énonce n'ont d'ailleurs jamais été contestés. Antérieurement à sa première publication, Leibnitz avait échangé d'amicales communications avec l'auteur du livre des Principes et reçu la confidence de quelques-uns de ses résultats, sans que toutefois on voulût lui révéler la méthode qui y avait conduit.
r^es deux lettres auxquelles le passage cité fait allusion nous ont d'ailleurs été conservées. L'une d'elles est antérieure de douze années à la publication de Leibnitz, mais toutes deux ne lui furent communiquées qu'en 1676, c'està-dire huit ans encore avant l'article des Acta Eruditorum. Ces lettres sont consacrées presque exclusivement à l'exposition de découvertes relatives aux séries et contiennent l'énoncé seulement du problème résolu par la méthode des fluxions, qui est cafchée sous un chiffre dont Leibnitz, malgré sa pénétration, ne pouvait tirer aucune lumière.
Nous avons également la réponse de Leibnitz, écrite dix mois plus tard, le 2 1 juin 1 677 ; on y voit qu'en l'écrivant il était en possession de la théorie des différentielles. Supérieur au désir de grandir par une forme mystérieuse l'importance de ses résultats et étranger à la crainte de voir ses