PRÉFACE. IX
lui de longues relations, montrent dans leur coirespondance une grande estime pour ses talents (*) ; c'est donc à tort qu'on en a fait un de ces ignorants pleins d'envie, capables au plus de suivre les autres, et né trouvant rien par eux-mêmes, on est allé surtout beaucoup trop loin en le représentant comme une âme basse et méchante et s'eflforçant de déshonorer sa mémoire (**).
Leibnitz, pour toute réponse, opposa les témoignages d'estime qu'il avait, à toute occasion, reçus de Newton; il se plaît lui-même à exprimer son admiration pour l'auteur du livre des Principes^ et conteste à Fatio le droit de le représenter dans une discussion qui semble sans fondement.
La controverse n'alla pas plus loin, et les adversaires posèrent les armes, dit le D' Brewster, tout prêts à les reprendre à la première occasion.
En 1704, Newton, publiant, à la suite de son Optique y \e Traité de la quadrature des courbes ^ déclara dans l'Introduction, et sans cette fois parler de Leibnitz, que la méthode des fluxions s'était présentée à son esprit pendant les années i665 et 1666. Les j4cta Eruditorum donnèrent en janvier 1 705 un compte rendu de cet ouvrage, dans lequel on lit le passage suivant:
a L'ingénieux auteur, avant d'arriver aux quadratures des courbes ou plutôt des figures curvilignes, place une courte introduction pour l'entente de laquelle il est nécessaire de savoir que, quand une grandeur (une ligne par exemple) croît d'une manière continue par la fluxion du point qui la décrit, on appelle différences ces accroissements momentanés, c'est-à-dire Id différence entre la grandeur avant et la grandeur après chacun de ces changements ; c'est de là qu'est né le calcul différentiel et le calcul sommatoire qui en est la réciproque, dont les éléments ont été publiés dans notre recueil par Leibnitz, qui en est l'inventeur, et dont les divers usages ont été expliqués par les frères Bemoulli et par le marquis de l'Hospital. Ce sont les différentielles de M. Leibnitz que Newton remplace et a toujours remplacées
(*) a Je sais bien que ces quadratures des courbes et le problème renversé des tangentes en bien des occasions peuvent être de fort grande utilité; mais voyant le progrès que MM. Leibnitz, Fatio et Newton y avaient fait devant que j'y eusse songé, j*ai tasché plustôt de profiter de leur travail que de n^e mettre à chercher après eux, surtout depuis que M. Fatio m*a fait espérer la publication d'un traité de M. Newton sur ce sujet, qui, à son avis, en sait bien plus que luy et M. Leibnitz ensemble. »
{Lettre de Hujrghens à l'Hospital, 72 octobre 169a.}
(**) Sans refaire ici sa biographie, contentons -nous de dire que Fatio de Duillier professait des opinions religieuses fort exaltées; il se crut le don des miracles et promit de ressusciter publiquement un mort. Il n'y réussit pas, et ses ennemis le firent condamner à une. peine infamante.