XVI PRÉFACE
et d'élévation morale pour rester juste envers celui qui, caché sous un voile
tiansparent, cherchait à le diffamer.
Il eut un tort plus grave encore : il obtint de Jean BernouUi un jugement siu' les droits de Newton, destiné à rester secret, et qu'il publia sans l'aveu de l'auteur, en y laissant subsister une phrase qui équivalait à une signature . \h\ tel procédé n'est pas excusable.
Newton chercha de son côté à interpréter la déclaration, si précise pourtant, qu'il avait faite des droits de Leibnitz. Il écrit en effet en 1716 :
(c II prétend que dans mon livre des Principes, p. 2 53 et 2 54, je lui ai passé qu'il tenoit indépendamment de moi l'invention du Calcul. différentiel; et que de m'en attribuer présentement l'invention à moi-même, c'est révoquer la concession que je lui ai faite. Mais dans le paragraphe qu'il cite, je ne trouve pas un seul mot qui le favorise. Tout au contraire, j'y représente que j'avois donné avis de ma méthode à M. Leibnitz, avant qu'il m'eut donné avis de la sienne ; et je le mets dans l'obligation de prouver ([u'il eût trouvé la méthode avant la date de ma letti^e, c'est-à-dire huit mois pour le moins avant la date de la sienne. De plus, en renvoyant, comme je fais, aux lettres que nous nous étions écrites M. Leibnitz et moi, dix ans auparavant, j'ai laissé aux lecteurs à consulter ces lettres, qui peuvent servir à expliquer le paragraphe en question. »
Il eut enfin la maladresse de supprimer la Note en question dans l'édition de 1726, sans autre résultat que de faire mieux remarquer encore l'importance décisive du témoignage, qui, placé dans le livre des Principes, est assuré de ne pas périr.
Mais c'est trop insister sur ces vaines discussions, oii la science n'a pas à s'accroître, et qui n'éclairent même pas la question historique. En résumé, (juoique la publication de Newton ait été postérieure à celle de Leibnitz, il est prouvé qu'il ne lui doit rien, mais tout porte à croire qu'il ne l'a aidé en rien. En l'absence de preuve positive, qui oserait soupçonner Leibnitz, lui si sincère et si dévoué à la vérité, d'avoir dissimulé les secours qu'il aurait reçus d'un rival .^ Sa vie tout entière, tant de fois et si minutieusement étudiée, le justifie d'ime telle imputation. Le système que soutiennent ses adversaires est d'ailleurs inadmissible en soi. Ils l'accusent, en effet, d'avoir volontairement dissimulé des vérités que de nombreux témoins auraient pu facile-