‹ Traité de calcul différentiel et de calcul intégral (volume 5)Chapitre 30 sur 260 · PRÉFACE. . XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. . XV

géométriques, mécaniques ou dépendant snivant (|iielque loi que ce soit des lignes droites ou courbes, et aussi à la solution des prol)lènies plus difficiles relatifs aux aires, aux longueurs, à la courbure des lignes, aux centres de gravité, etc.; et, ajoute-t-il, elle n'est pas bornée, comme celle de Hudde pour les maxima et miuima, et celle de Sluzepour les tangentes, aux équations débarrassées de termes irrationnels. Newton a mêlé, dit-il, cette méthode à celle qui se fonde sur le développement des équations en séries infinies, et il se souvient qu'au moment où le D' lîarrow publia son ouvrage, il lui fit savoir qu'il possédait une telle méthode. »

Il n'y a pas là, on le voit, de méthode exposée ou indiquée; cette lettre, si décisive d'après les Commissaires, pose seulement la (juestion, dont l\.eibnitz, d'après sa réponse imprimée dans le Commercium Epistolicuni, connaissait déjà la solution.

(-ette découverte est doublement précieuse : non-seulement elle réduit à néant l'accusation la plus grave des Commissaires, mais elle confirme en (juelque sorte l'exactitude des assertions de Leibnitz lorsqu'il déclare que c'est à Vienne qu'il a su la publication du Commercium, et qu'en y répondant il ne le connaît que par les rapports de ses amis, n'en ayant pas encore vu un exemplaire. On a jugé une telle déclaration très-invraisemblable ; elle explique cependant, ce qui sans cela serait bien difficile à comprendre, comment Leibnitz, ([ui n'avait qu'un mot à dire pour prouver sur ce point important la légèreté de ses adversaires, a pu s'abstenir de toute réclamation.

11 n'existe donc aucune preuve contre la parfaite candeur des grands génies qui sont en cause, et l'on doit accorder à tous deux l'honneur de la découverte qu'ils déclarent tous deux avoir faite.

Chacim des deux rivaux retira cependant les concessions qu'il avait en la loyauté de faire, et leur conduite à l'occasion du Commercium Epistolicum ne laisse de choix à ceux qui veulent l'expliquer (|u'entre beaucoup de légèreté dans le passé, ou un peu de mauvaise foi dans le présent. Elle serait incompréhensible si l'on ne savait, comme l'a dit Pascal, que les grands hommes, quelque élevés qu'ils soient, si sont-ils semblables aux moindres par quelque endroit.

Leibnitz, <jui tant de fois avait accordé à Newton riionneiu' d'une découverte indépendante et antérieure à la sienne, n'eut pas en effet assez d'équité

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et d'élévation morale pour rester juste envers celui qui, caché sous un voile ti-ansparent, cherchait à le diffamer.

Il eut un tort plus grave encore : il obtint de Jean Bernoulli un jugement sur les droits de Newton, destiné à rester secret, et qu'il publia sans l'aveu de l'auteur, en y laissant subsister une phrase qui équivalait à une signature. Un tel procédé n'est pas excusable.

Newton chercha de son côté à interpréter la déclaration, si précise pourtant, qu'il avait foite des droits de I^eibnitz. Il écrit en effet en 1716 :

« Il prétend que dans mon hvre des Principes^ p. 2 53 et 2 54, je lui ai passé qu'il tenoit indépendamment de moi l'invention du Calcul différentiel; et que de m'en attribuer présentement l'invention à moi-même, c'est révoquer la concession que je lui ai faite. Mais dans le paragraphe qu'il cite, je ne trouve pas un seul mot qui le favorise. Tout au contraire, j'y représente que j'avois donné avis de ma méthode à M. Leibnitz, avant qu'il m'eût donné avis de la sienne ; et je le mets dans l'obligation de prouver qu'il eût trouvé la méthode avant la date de ma lettre, c'est-à-dire huit mois pour le moins avant la date de la sienne. De plus, en renvoyant, comme je fois, aux lettres que nous nous étions écrites M. Leibnitz. et moi, dix ans auparavant, j'ai laissé aux lecteurs à consulter ces lettres, qui peuvent servir à expliquer le paragraphe en question. »

Il eut enfin la maladresse de supprimer la Note en question dans l'édition de 1726, sans autre résultiit que de faire mieux remarquer encore l'importance décisive du témoignage, qui, placé dans le livre des Principes ^ est assuré de ne pas périr.

Mais c'est trop insister sur ces vaines discussions, où la science n'a pas à s'accroître, et qui n'éclairent même pas la question historique. En résumé, quoique la publication de Newton ait été postérieure à celle de Leibnitz, il est prouvé qu'il ne lui doit rien, mais tout porte à croire qu'il ne l'a aidé en rien. En l'absence de preuve positive, qui oserait soupçonner Leibnitz, lui si sincère et si dévoué à la vérité, d'avoir dissimulé les secours qu'il aurait reçus d'un rival ? Sa vie tout entière, tant de fois et si minutieusement étudiée, le justifie d'ime telle imputation. Le système que soutiennent ses adversaires est d'ailleurs inadinissible en soi. Ils l'accusent, en effet, d'avoir volontairement dissimulé des vérités que de nombreux témoins auraient pu facile-

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