CHAPITRE IV
876. L'usage des escaliers est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en donner ici une définition; je mécontenterai donc de décrire les pièces diverses qui entrent dans la composition de cette partie si importante des édifices.
877. Les parties principales d'un escalier sont la cage , les marches et les limons.
878. La cage est la partie du bâtiment qui contient l'escalier; elle peut être :
Rectangulaire, comme on le voit sur les fig. 1,5,11, 15 et 21 {PI. 43);
Polygonale, comme sur la fig. 7-,
Circulaire, comme sur \e*fig. 2 et 6;
Elliptique (fig. 10 el 13) ou quelquefois d'un contour irrégulier, déterminé par la nécessité de satisfaire à certaines conditions données.
879. La forme rectangulaire est celle qui convient le mieux aux escaliers qui ont quelque importante. Les formes circulaires sont souvent adoptées pour les escaliers qui doivent occuper peu d'espace.
La forme elliptique n'est ordinairement employée que par des motifs qui résultent de la disposition particulière des autres parties du monument.
Enfin, on conçoit que les difficultés locales ou la né* cessité de satisfaire à certaines exigences de service, pourraient seules déterminer la construction d'un escalier dans une cage dont le contour serait un polygone irrégulier.
880. L'ensemble des marches d'un escalier forme quelquefois une série continue, comme on le voit sur les
Jig. 1, 2, 10, 19 et 21 ; qiais le plus ordinairement la suite des marches est interrompue par un certain nombre de paliers.
On nomme ainsi les portions de planchers horizontaux qui existent à l'entrée des appartements ou qui forment des repos destinés à diminuer la fatigue que l'on éprouverait s'il fallait parcourir en montant un trop grand nombre de marches consécutives.
Les grands paliers rectangulaires M (Jig. 11 et 15) sont placés ordinairement aux différents étages de maisons
d'habitation, et au niveau des portes d'entrée des appartements auxquels ils servent en quelque sorte de vesti1 bules.
. Les paliers de repos ou dçmi-paliçrs N (#jrv 5) ont sou-
Enfin , dans les escaliers circulaires ou elliptiques (fig. 6 , 13, 16 et 9), la forme des paliers dépend de celle de la cage et du limon.
frèl. Les ^aliers^M Qîjl fl et 15) ne sont autre chose qtfè deurf planchera ordinaires (fig. 4 et 8), formés de* solives assemblées par un bout dans la cage de l'escalier, et par l'autre bout dans une poutre ou pièce de charpente ae dont la longueur est égale à celle du palier.
882. Cette poutre est taillée comme les marches de l'escalier et se nomme pour cette raison mafthe pahères ■ • » •
En effet, du côté du point c, elleforme la dernière marche de la rampe que l'on vient de parcouri^r Iqrpoiie l'on arrive au palier, tandis que la partie qui contient le point a forme la première marche de la rampe suivante.
La marche palière (fig. 4 et 8) contient un morceau du l(mfi|l| que Ton pourrait tailler avec la marche dans l'épaisseur d'un seul morceau «de bois, mais que l'on préfère souvent tailler à part comme on le voit (fig. 12 et 14).
Dans ce caç, on assemble ces , parties de. Iiinon .avec la marche palière, au moyen de forts boulons à vis avec
Lorsque le palier est carré comme sur la fig. 3 , ou qu'il a la forme d'un secteur circulaire (fig. 9), il y a deux
marches palières 0,14, assemblées dans la portion de courbe rampante à laquelle viennent aboutir le limon qui précède et celui qui suit.
883. Quoique l'on donne ordinairement le nom de rampe à la pièce de bois ou main courante sur laquelle on s'appuie, on se sert aussi de cette expression pour désigner toute la série de marches qui existe entre deux paliers consécutifs.
Ainsi , dans l'escalier qui est représenté sur la fig. 5 , la première rampe ou travée sera composée de quatre marches comprises entre le sol S et le premier palier N.
Toutes les marches comprises entre les paliers N et N' formeront la seconde travée ou rampe , et ainsi de suite.
884. La surface apparente d'un escalier se compose de faces qui sont alternativement verticales et horizontales.
885. La face horizontale d'une marche se nomme le giron et la face verticale se nomme la contre-marche.
886. Dans les escaliers à paliers (fig. 11 et 15) les arêtes des marches sont parallèles entre elles , et chaque marche a par conséquent une forme prismatique ; mais lorsqu'un escalier n'a pas de palier, les marches sont ordinairement plus larges du côté qui est assemblé dans les parois de la cage que vers le centre (fig. 1 et 2).
% 887. Quelquefois, pour éviter des variations trop brusques de largeur, on emploie des marches contournées comme on le voit (fig. 20).
88$. Les dimensions que Ton doit donner aux marches sont deOm,325 pour la largeur de la face horizontale, et 0œ,162 pour la hauteur, ce qui donne à très-peu de chose près le l'apport de 2 à U
Ces dimensions^ données par Pexpérience, paraissent <étre celles qui conviennent au plus grand nombre de personnes. '
Le peu d'étendue de la cage ou la nécessité de faire -aboutit l'escalier à un point déterminé peuvent engager rpielquefois à changer les dimensions ci-dessus, mais il faut dans tous les cas s>en écarter le moins possible.
889. Une condition à laquelle il est absolument nécessaire d'avoir égard lorsqu'un escalier doit avoir plusieurs révolutions, c'est que l'espace vertical compris centre deux révolutions successives soit toujours assez grand pour qu'une personue de grande taille qui monterait ou descendrait ne soit jamais .gênée dans ses mouvements. -%
On doit se régler sut la hauteur d'une personne qui descendrait, patce que, dans ce cas, pour rejeter en ar>tière le centre de gravité, on se tient toujours plus droft <jue lorsqu'on monte.
Il faut en outre prévoir le cas où la personne qui descendrait serait chargée .d'un objet embarrassant par sa hauteur.
Or, la taille d'an homme très-grand n'excédant presque jamais 1,90, ajoutons 50 centimètres pour le cas où il porterait quelque objet embarrassant, mettons encore 30 centimètres pour l'épaisseur de l'escalier, nous aurons en*
*iron SMt70 peur la plus petile distance verticale entre une travée ou rampe et celle qui est au-dessus*
Par conséquent, m Ion divise ce nombre par 0,102 que nous avons donné plus haut (888) pour la brûleur qui convient le mieux à chaque marche , il s'en suit que Ton devra compter au moins 16 ou 17 marches <ians la révolution entière d'un escalier; c'est à- dire dépuis un point quelconque de l'escalier jusqu'au point qui occupe exactement la même place dans rétame supérieur, ou, si Ton veut, entre les points suivant lesquels deux rampes parallèles seraient percées par la même verticale projetante.
890. Je répète que la dislance que nous venons d'indiquer doit être considérée comme un minimum et seulement pour le cas où Ton aurait peu de place.
891. La largeur des marches doit élre* comptée sur h projection horizontale de la ligne que Von parcourt habituellement en montant ou en descendant et que ! un nomme ligne de foulée.
Celte dernière remarque ne s'applique qu**ius esra* lier s tournants, puisque dans les escaliers droits les marches ont partout la même largeur,
802. La longueur de chaque marche ou, ce qui est la même chose, la largeur de l'escalier se nomme l'ûmmçfr chantent.
893. Les marches sont ordinairement scellées par un bout dans le mur qui forme la cage de l'escalier, et l'extrémité qui correspond h l'intérieur, elles sont encastrées dans l'épaisseur d'un pilastre ou poteau en bois qil*
PL. 45 ESCAUERS. 4»
l'on nomme noyau {Jig. 1 et 2), ou dans une pièce de bois rampante que Ton nomme limon (fig. 17 et 18).
894-, Le noyau d'un escalier peut être rectangulaire comme on le voit (Jig. 1) ou circulaire comme sur la
.fig- 2-
895. Les limons peuvent, être droits comme sur les Jig. 5, 11 ,*15, 19, 21 , 17, ou à double courbure, comme
sur les^îg" 6,7, 10, 13, 16, 18, 12 et 14; dans ce cas on les nomme aussi courbe? rampantes.
896. Il existe encore des escaliers à noyau'dans quelques anciens bâtiments ; mais , dans les constructions modernes, ce genre d'escaliers doit être rigoureusement rejeté.
Le peu de largeur des marches à l'endroit où elles sont assemblées dans le noyau ne permet plus d'y placer la totalité du pied, et la hauteur des marches restant la même , il en résulte dans cette partie de l'escalier une es* pèce de précipice d'autant plus dangereux que le noyau est lui-même plus étroit.
On ne doit donc employer ce genre.de construction que dans le ca's où le peu d'étendue de J a cage ne permettrait pas d'agir autrement.
897.. L'emploi de* limons ou courbes rampantes dans lesquelles les marchés sont assemblées du côté qui correspond au centre de la cage, permettra de faire tourner l'escalier autour d'un espace vide rectangulaire, circulaire ou elliptique que Ton nomme le jour de l escalier.
Cet espace est inrliqué par des hachures sur toutes les figures de la planche 43.
898. Lorsque la cage de l'escalier est eii charpente, on dispose eu saillie à l'intérieur ou dans l'épaisseur des pans de bois , qui alors remplacent les murs , des pièces rampantes droites ou courbes que l'on nomme faux limons (fig. 17 et 18), et dans lesquelles sont assemblées les marches.
899. D'autres fois, lorsqu'il s'agit d'un escalier qui ne doit pas éprouver une grande fatigue, on supprime le limon intérieur, ce qui donne plus de légèreté à l'escalier doi\t les marches se soutiennent alors par la forme particulière de leur coupe et par la manière dont elles sont assemblées.
900. Lorsque le limon ou courue rampante a un trèspetit rayon de courbure , comme on le voit aux points a des fig. 19 et 21, il en résulte pour cette partie de l'escalier le même inconvénient que si les marches tournaient autour d'un noyau plein (896).
Dans ce cas on ne trace pas les arêtes des marches perpendiculaires aux lignes droites ou courbes qui forment les projections horizontales des limons, mais on leur donne une direction 'qui permet d'augmenter la largeur des marches assemblées dans le limon courbe, aux dépens de celles qui sont assemblées dans le limon droit.
Nous verrons bientôt comment il faut opérer pour satisfaire à cette condition que Ton nomme balancement des marches.
901. La difficulté dont nous venons de parler n'a pas lieu lorsque la cage est assez spacieuse pour que l'on puisse y placer des paliers {fig. 5,11,15, etc.)-
Épures.
902. Les défini ti ods qui précèdent étant admises, nous allons passer à l'explication des épures nécessaires pour construire toutes les parties des escaliers.
Escaliers droits.
„ 903. On pensera peut-être que l'exposé des principes sur lesquels repose la construction de ce genre d'escaliers aurait été placé plus .convenablement lorsque nous avons parlé de l'étude des bois droits; mais, d'abord, il existe entre les différentes parties d'un escalier droit, et les par ties correspondantes des escaliers courbes une si grande analogie, qu'il n'aurait pas été convenable de séparer des idées qui sont de nature à s'éclaircir mutuellement.
En effet, une ligne droite peut toujours être considérée comme* une courbe dont le rayon serait infini, réciproquement une courbe peut être considérée comme une modification d'une ligne droite. Aussi toutes les pièces d'un escalier courbe ont leurs analogues parmi les pièces correspondantes d'un escalier droit.
On retrouve d'ailleurs dans presque tous les escaliers droits des courbes rampantes à double courbure qui suffiraient seules pour nous justifier d'avoir réuni dans un même chapitre l'étude des diverses espèces d'escaliers.
904. Je ne dirai rien de la construction des cages d'escaliers qui ne sont que des murs ou des pans de bois ordinaires (67).