TRANSPIRATION DES JEUNES ET DES VIEILLES FEUILLES
Si on veut simplement montrer dans un cours Tiniluence qu'exerce leclairage, le degré hygrométrique de 1 air, l'âge des feuilles sur la transpiration, on peut plus simplement employer un petit flacon A (iig. 42), muni d'un bouchon à trois trous : Tune reçoit le rameau P, bien mastiqué, l'autre un thermomètre T, la troisième un tube sur lequel est soudé un tube horizontal dont une branche D est divisée en parties d'égale capacité; l'autre porte un bon robinet de verre R et un petit entonnoir 0; l'appareil étant exactement rempli d'eau, la pénétration de l'eau dans la plante et son évaporation se traduiront par le mouvement de Teau dans le tube capillaire; si on suit d'une part ce mouvement et de l'autre les aiguilles d'une montre à secondes, on peut déterminer le temps employé par l'eau à parcourir un certain nombre de divisions et si on connaît la capacité de chacune de ces divisions, on peut en détruire la quantité d'eau évaporée.
Il est bien à remarquer que cet appareil doit être maintenu à une température invariable; si la température variait, il fonctionnerait comme mi thermomètre très sensible, la capacité du réservoir étant énorme par rapport aux divisions du tube capillaire.
Le flacon étant placé dans une boite remplie d*ouate pour emempêcher les variations de température, on procède aux observalions : au soleil l'absorption est rapide, tandis qu'à l'ombre elle se ralentit considérablement, l'appareil est excellent pour les démonstrations à faire dans un cours.
C'est en l'employant que M. Vesque a pu suivre l'intluencc qu'exerce l'âge des feuilles sur l'activité de la transpiration.
Ayant mastiqué dans le bouchon un rameau de topinambour, et la température étant bien constante, on lit la marche de l'eau dans le tube horizontal, quand l'absorption est régulière, on enlève successivement les feuilles en les coupant avec un rasoir^ l'absorption est naturellement ralentie, mais elle l'est plus, quand on enlève les jeunes feuilles, que lorsqu'on coupe des feuilles plus âgées.
« Mes expériences », dit l'auteur, « prouvent que le rapport qui semble si naturel entre la surface des feuilles et la transpiration est complètement masqué par des influences d'un autre ordre parmi lesquelles il faut compter en première ligne Tâge de la feuille. C'est un fait connu depuis longtemps que les jeunes feuilles transpirent plus activement que les feuilles âgées. Mes expériences prouvent de plus que ce ne sont pas les plus jeunes qui transpirent le plus
aclivcmcnt, mais qu'il y a un maximum qui csl tombé, dans mon expérience, sur la onzième feuille.
Il est vraisemblable que les résultats varient d'une espèce à l'autre ; en effet, M. von Hohnel (1) a observé : que les feuilles les plus jeunes présentent le maximum de transpiration. L'activité de la transpiration diminue d'abord pour se relever ensuite. Elle atteint dans la feuille complètement développée un second maximum moins élevé que le premier et baisse peu à peu jusqu'à la fin de la végétation. »
Expériences de M. von Hohnel. — M. von Hohnel explique les faits observés par les considérations anatomiques suivautes :
Dans la première jeunesse la cuticule tout à fait perméable n'oppose aucane résistance à la transpiration, mais elle s'épaissit rapidement. Si la feuille n'avait pas de stomates, la transpiration, d'abord très active, devrait donc diminuer très rapidement et s'arrêter & un certain minimum.
Mais les choses ne sont pas aussi simples. Les stomates viennent agir précisément en sens inverse de la cuticule. Tandis que la transpiration cuticulaire est très faible dans les vieilles feuilles, la transpiration stomatique augmente sans cesse et n'arrive à son maximum que dans les feuilles complètement développées. Il existe donc nécessairement un minimum au moment où la transpiration cuticulaire est relativement faible et où la transpiration stomatique n'est pas encore bien vive.
Le premier maximum correspond à la transpiration cuticulaire, le minimum réunit les deux transpirations, toutes deux très faibles, le second maximum moins élevé que le premier correspond à la transpiration stomatique [2!.
§ 88. — Influence des radiations sur l'évaporation.
Travaux de Guettard. — Ses expériences sont insérées aux Mémoires de r Académie des sciences de 1748 et 1749. Son mode d'observation, que j'ai suivi plus tard, sans me douter que je ne faisais qu'imiter ce naturaliste, dont la réputation est loin d'atteindre le mérite, consistait à enfermer pendant un certain temps des feuilles adhérentes aux plantes dans des ballons de verre qui étaient ensuite pesés avec soin; on déterminait le poids des feuilles, et l'on pouvait ainsi savoir ce qu'une certaine quantité de feuilles avait fourni d'eau dans les circonstances variées où avait lieu rcxpérience.
Guettard ne tarda pas à reconnaître que les plantes évaporent plus d'eau pendant le jour que pendant la nuit, et qu'il fallait qu'elles fussent directement frappées par les rayons du soleil pour atteindre leur maximum d'évaporation.
(I) Ann, agron.j t. V, p. 308.
{'2) Voyez aussi Ann. agron., t. XIll, p. 370, un intéressant mémoire de M. Kohi.