‹ Traité de chimie agricoleChapitre 114 sur 399 · INFLUENCE DE LA TRANSPIRATION SUR LA FLORE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA TRANSPIRATION SUR LA FLORE

ils couvrent les talus du chemin de fer dans des endroits où Teau esl médiocrement abondante (1).

Dans les pays tout à fait secs, comme le désert arabique qui s'étend au sud du Caire entre le Nil et la mer Rouge, M. Yolkens (2) a trouvé surtout des plantes qui parcourent les phases de leur évolution pendant le temps très court qui est favorable, puis se réduisent le reste de Tannée à une vie latente en formant des bulbes, dès rhizomes et des graines qui résistent à la saison sèche.

Un des caractères les plus saillants des plantes du désert, c'est la longueur (lemesurée des racines. M. Yolkens n'a jamais réussi à déterrer entièrement une seule plante vivace; tout ce qu'il a pu constater, c'est qu'à 1 ou 2 mètres de profondeur la racine était plus mince qu'au collet. Un exemplaire de CaWgonum comosvm, dont les parties aériennes ne dépassaient pas la Ion- ^'aeur de la main, avait une racine de la grosseurdu pouce. Ai™,o0 de profondeur, la racine était encore de la force du petit doigt, de sorte qu'il faut admettre que la longueur de la racine dépasse au moins vingt fois celle de la partie aérienne. Certaines plantes ne doivent leur existence dans ces contrées brûlées qu'à la longueur extrême de leur système radiculaire. C'est ainsi que la coloquinte avec ses grandes feuilles délicates dépourvues de toute proteclion coutre la transpiration résiste dans ce milieu où un rameau détaché de la même plante se fane en cinq minutes.

D autres espèces, telles que certains Erodiums, produisent le long de leurs racines des renflements en forme de tubercules, protégés vers l'extérieur par d'épaisses couches de liège, et qui ne sont autre chose que des réservoirs d>au, car Tamidon ne s*y accumule qu'en quantité insignifiante.

la Reaumuria hirtiUaj petit arbuste de 0"*,70 de hauteur, résiste à la sécheresse par une adaptation très particulière : immédiatement après la saison des pluies, les feuilles se recouvrent d'un liquide amer qui en se desséchant y dépose des masses cristallines tellement abondantes, qu'elles prennent un aspect grisâtre. Ces cristaux sont hygroscopiques et la nuit ces singulières plantes sont absolument trempées d'eau, tandis que tout est desséché dans le voisinage. Si on coupe deux rameaux de Reaumuria et qu'on enlève l'enduit ^in de l'un d'eux, on peut conserver le rameau intact pendant quatorze jours sans qu'il se fane, tandis que celui qui n'a plus d'enduit est tout à fait sec le lendemain.

Boa nombre de graminées, et y compris le Maïs et le Blé, renflent un ou plusieurs entre-nœuds courts de la base pour y emmagasiner une certaine quantité d'eau. On connaît depuis longtemps des races ou variétés bulbeuses de diverses graminées (Paturin bulbeux, avoine élevée bulbeuse, etc.). 11 n'y '^ pas la moindre trace de matière solide de réserve dans ces renflements (3).

(1) Us résistent mal aux hivers rigoureux ; dans la province de Coustantine, j'ai vu des plantations détruites par le loug et dur hiver 180U-91.

[î) Ann. agron., t. XII, p. 484.

(3) Nous avons cité à diverses reprises daus le cours de ce chapitre les travaux de M. J. Vesque relatifs à la transpiration, il couvieut de rappeler en outre sou important mémoire sur les réservoirs d'eau des plantes [Ann. agvon., t. Xll, p. 449 et 497).

Résumé des phénomènes de transpiration. — Les faits exposés dans ce chapitre comprennent les propositions suivantes :

L'eau est puisée dans le sol par les racines qui s'appliquent exactement sur les molécules terreuses de façon que par endosmose Teau passe du sol dans les tissus ; cette adhérence de la racine au sol est particulièrement favorisée par les poils qui sont essentiellement des organes d'absorption.

La capillarité et Tendosmose sont les forces qui déterminent le passage de Teau du sol à la racine.

L'eau s'élève dans la plante par les vaisseaux, dans ceux-ci on observe souvent une pression inférieure à la pression atmosphérique.

L'eau qui gorge les tissus s'évapore dans l'air, et la quantité qui circule dans une plante herbacée est énorme; on estime quune plante herbacée évapore de 250 à 300 litres d'eau pendant le temps qu'elle met à élaborer un kilogramme de matière sèche.

Les plantes à feuillage caduc évaporent beaucoup plus d'eau que celles qui ont des feuillages persistants.

La transpiration est déterminée parles radiations directes ; toutes les radiations ne sont pas également efficaces pour déterminer la transpiration, les plus actives sont les radiations chaudes bien absorbées parla chlorophylle.

Il arrive que la transpiration soit égale, plus forte ou plus faible que l'absorption; quand elle est plus forte, les plantes se fanent; quand elle est plus faible, on voit les gouttelettes perler a l'extrémité des feuilles, ou encore la sève s'écouler par les blessures du tronc.

On observe parfois dans les pays chauds que l'évaporation est plus forte pendant la nuit que pendant le jour ; il faut concevoir que dans ce cas les gaz contenus dans les vaisseaux dilatés par la chaleur s'opposent à l'arrivée de l'eau dans les organes d'évaporation.

Dans les pays secs on rencontre surtout des plantes à feuillages persistants, qui n'ont qu'une faible évaporation, ou encore des plantes à feuilles caduques qui résistent à l'évaporation par un développement considérable de la racine, ou enfin s'adaptent à la sécheresse en formant par le renflement de quelques-uns de leurs tissus des réservoirs d'eau.

Page 1