DEUXIÈME AGE. — PRÉDOMINANCE DE LA FEUILLE
feuille apporte à Tensemble une masse de matériaux plus considérable que la racine; cette grande activité de la cellule à chlorophylle des organes jeunes nous est connue, nous avons vu au chapitre Assimilation du carbone, que les jeunes feuilles, particulièrement à la température de 25'', décomposent Tacide carbonique avec une énergie beaucoup plus grande que les feuilles plus âgées, sans doute parce qu'elles renferment plus d'eau, et qu'elles absorbent Tacide carbonique plus aisément ; or à cette époque de leur vie les plantes sont gorgées d'eau, le Sinapis nigra en renferme 91 centièmes le 7 juin, 85 le 19; VEschschoitzia califor^ Rirez, 88,1 le 3 juilUet, 91,7 le 15 juillet, 87,4 le 29; aussi le poids de la matière sèche passe-t-il pour la première de ces plantes de r.61 le 3, à 2^,22 le 19 juin, et 6«M le 4 juillet; pour la seconde, raccroissement n*est pas moins rapide, une tige sèche pèse 3t^',28 le Sjnillet, 5 gr. le 15 et 10r,7 le 29 juillet. '
Pendant cette seconde partie de sa vie, la plante grandit, s'accroit, mais bientôt commence la troisième période, celle de la floraison, immédiatement suivie de la maturation. Elle comprend, dans les plantes cultivées pour leur graine, deux actes successifs : la plante fleurit, les organes mâles et femelles apparaissent; dans l'organe femelle naissent les ovules qui ne se développeront et n'arriveront à l'état de semences parfaites, à l'état de graines, qu'au* tant qu'ils auront subi l'action de l'organe mâle ; le premier acte de la maturation est donc la fécondation ; suivant qu'elle s'accomplit régulièrement ou qu*elle est traversée par des intempéries, les récoltes sont abondantes ou misérables et on comprend que, bien que son étude ressortisse de la botanique plus que de la chimie agricole, nous devions en esquisser le mécanisme en nous bornant à en marquer les traits essentiels.
Qnand cette fécondation est accomplie, commence le transport des principes élaborés, jusque dans les ovules fécondés ; cette migration est le dernier acte de la vie de la plante annuelle, de sa perfection dépendent l'abondance et la qualité de la récolte, Tétude de son mécanisme présente donc le plus haut intérêt.
§ 94. — Troisième partie de la vie de la plante herracée. —
floraison et maturation.
Fécondation. — L'organe femelle de la fleur, le pistil^ bien qu'il varie de forme à l'infini, comprend essentiellement trois parties
distinctes, Y ovaire souvent renflé et renfermant les ovules sur lesquels doit s'exercer l'influence de Torgane mâle, le style j sorte de colonne rétrécie que surmonte le stygmate. C'est sur sa surface souvent poisseuse, que vient se déposer le pollen^ grain jaunâtre contenu d'abord dans un sac nonmié Vanthère qui est la partie la plus importante de Vétamine ou organe mâle.
Le grain de pollen déposé sur le stygmate y germe, c'est-àdire y développe un tube, qui dans les conditions normales s'engage dans un tissu particulier du style : le tissu conducteur y rampe, dissout et assimile les cellules auprès desquelles il se glisse et s'allonge jusqu'à atteindre l'ovaire, où il s'introduit pour rencontrer le micropyle de l'ovule, et enfin y pénétrer ; le protoplasma mâle s'unit à ce moment au protoplasma femelle, la fécondation a lieu.
Dans un certaiii nombre d'espèces hermaphrodites, cette fécondation se produit dans la fleur fermée, c'est ce qui arrive pour le blé; quand les anthères sortent des enveloppes, que suivant Tespression consacrée le blé est en fleurs, en réalité tout est terminé, la fécondation a été accomplie.
Très souvent cependant, les fleurs sont largement ouvertes et les insectes contribuent à la fécondation (1) : en pénétrant dans la corolle pour chercher le nectar, ils se couvrent de pollen et dans les mouvements qu'ils exécutent dans l'intérieur de la fleur ou à leur sortie frôlent les stygmates et y déposent du pollen provenant de la fleur même qu'ils viennent de visiter, d'individus de même espèce ou même d'espèces voisines, ce qui occasionne des croisements et l'apparition des hybrides.
Quand, au lieu d'être hermaphrodites, les fleurs sont mâles ou femelles, elles peuvent être portées sur le même pied ou sur des sujets différents, presque toujours alors la fécondation est favorisée par quelques dispositions spéciales, souvent le pollen est très abondant, c'est ce qui a lieu pour le pin, ce pollen transporté par les vents, de forêts même lointaines, couvre parfois la surface du sol d'une poudre jaune foncée, d'où la fable Aq^ pluies de soufre.
Dans le maïs non seulement la fécondation est assurée par une production abondante de pollen, par la position des fleurs mâles placées au-dessus des fleurs femelles, mais aussi par la dimension
(1) On asâure que dans les pays où les abeilles sout nombreuses, Tapie ultnre florissante, les rendements des vergers sont beaucoup plus élevés que dans les contrées où ces insectes sont rares.